CHEVAL. PORC
indéierm.
traces.
Telle est la composition de l'urine fraîche ; et l'on peut voir qu'aux phosphates près, qui se trouvent dans l'excrément solide, l'urine des herbivores renferme les principes les plus fertilisants. En effet, il s'y rencontre du carbonate de potasse, dont l'action sur la végétation est des plus efficaces ; des sulfates, et des principes azotés se transformant, par la putréfaction, en carbonate ammoniacal. L'urine putréfiée des herbivores, et c'est à cet état qu'on l'emploie, apporte donc aux plantes de l'azote et des sels utiles à la vé-
rait
(1) Boussingault , Anfudes de Chimie et de Physique, t. XV, 3« série.
688 DES ElfGRAIS.
gétation ; aussi son action sur le sol est-elle des plus avantageuses.
D'après mes analyses. le carbonate d'ammoniaque ne se trouve qu'en très-minime proportion dans Furine fraîche des herbivores ; on en jugera par les résultats obtenus sur 1000 parties de liquide :
Ammooaique dotée.
Urine d'une vache laitière 0,06
— d'une autre vache 0,09
— > d'une autre vache 0,10
— d'un chameau O.Oi
— d'un cheval 0,04
— d'un autre cheval '. traces
— de lapin 0.03
— de lapin 0,02
L'ammoniaque toute formée ne s'élève donc pas au-dessus de quelques cent millièmes^ dans les urin^ récemment rendues. Il est vrai que M. Millon a rencontré jusqu à 0,5 d'ammoniaque dans 1 ,000 d'urine de lapin, c'est-à-dtre 20 fois plus;, mais les résultats ci-dessus, et des recherches que j'ai entreprises sur ce sujet, me font douter de l'exactitude des expérience^ de ce chimiste.
Tout le monde connaît le bon effet que les urines putréfiées produisent sur la prairie ; et si leur emploi n'est pas plus général, cela tient d'abord à la difficulté d'en recueillir sans perte de grandes quantités, et ensuite à l'inconvénient de transporter une matière aussi aqueuse, demandant, par cela même, à être appliquée à très-forte dose. Pour atténuer les frais de transport^ on pourrait probablement préparer
Tfe^
DES KNGBAIS. t)89
sur la place même où il devrait être employé, un liquide dont les propriétés se rapprocheraient de celles de Turine putréfiée des herbivores.
Dans Turine en putréfaction , l'urée est remplacée par du carbonate d'ammoniaque qu'on se procure dans les fabriques de sels ammoniacaux. Aux sels alcalins à acides organiques, comme le lactate et l'hippurate, on substituerait sans inconvénient le pyrolignite de potasse. Les sels de potasse à acide organique, une fois introduits dans le sol, finissent par se transformer en carbonate ; mais cette transformation a lieu lentement, et je ne pense pas qu'on les remplacerait avantageusement par leur écjuivalent en carbonate : car on aurait alors une liqueur beaucoup plus alcaline que l'urine, et cet excès d'alcalinité pourrait, dans quelques cas, être nuisible. Enfin le carbonate de potasse, le sulfate de potasse, le sel marin, peuvent être ajoutés directement. Par économie, on emploierait du saliriy dont la richesse en carbonate aurait été préalablement déterminée, et par la nature même du salin on serait dispensé d'ajouter du sel marin et du sulfale de potasse, sels qui s'y rencontrent toujours.
L'urine des oiseaux contient une forte proportion d'acide urique ; Talimentation influe d'ailleurs sur cette proportion ; une nourriture très-azotée l'augmente considérablement. Wollaston a remarqué que dans les excréments d'une poule nourrie d'herbages il n'y avait que 2 pour 100 d'acide urique; ceux d'un faisan alimenté avec de Forge en renfer-
maient i 4 pour 100; enfin, un faucon alimenté avec delà viande, ne rendait en quelque sorte que de l'acide urique (1). '^ ^
Lia litière la plus dtftnniunément employée pour absorber l'urine des animaux entretenus à Tétable, est la paille de froment, en grande partie formée de ligneux ; comme tous les tissus végétaux , elle contient un principe azoté et des matières soluble^ dans les alcalis caustiques ; dans sa cendre nous avons «gnalé de la silidé enabonâande, des sels alcalins et terreux:
Le Mpport du poids des déjections au poids des aliments consommés est très-utile à connaître, parce qu'il devient la base dé tout calcul ayant pour objet d'tesurer la production du fumier. La quantité d*eau bue par les animaux influe nécessairement sur la pi-oportiond'hûmidilé renfermée dans les déjectioris,qu'il faut; en définitive, évaluer à l'état sec ; autrement on est exposé à exagérer l'engrais jirodùit par tel ou tel fourrage. En effet, Texpérience, àlaquellêilfaut înces-
samment en appeler en agriculture, montre que ce
në^^onf'^as tdiojours les déjections l'es plus lourdes
qui contiennent le plus d'engrais sec.
' Je placerai ici quelques pesées 'faites' dans un but
de recherches physiologiques, parce qu'elles sont
autant de données applicables à la question des
engrais.
(0 Wollaslon, Annnl's de Chimie, t. LXXVT. p. 31.
POPM
àeâ aniinaas.
BATION conjommée en M b«are«.
UJBCTIOIIS
bainides.
fèchta.
puacTiont
•écbei p. 100
kil. de ration*
kU.
Cheval, 400 Vache, 650
Porc, 60
Mouton.
Foin ..•••....
kiU
kiL
kil.
kiL
Avoine
Pomm. de lerre Regain
Pomm. de terre Foin
Dans tous les teraps, les agricuHetirs ont adhli^ q{?e les engrais les plus énergiques dérivéni des sul)slan^es d*origine animale ; fcctte opihîon ttaditîônnelfe, ei'primée dans le langage de la science',* revient* à dire que les fumiers les plus actifs sont précisément ceux dans lesquels il entrfe une plus forte' proportion dè'pi4ncîpes àzotès.^Oii Voîf, en effet, par^'ce qui précède, que toutes' ïèfe nia^îîèreS ' qui concourent à ht production dti'fumîer de ferme contiennent de 'Tazote , quelquefois même 'en*Urës-^Wtê ' proportion, comme les kcides urique et hippurique,
rurée; . : • ;';^';';
En considérant les changements prochains qu^ toutes cies matières fortement azotées éprouvent par le fait de la putréfaction, on prévoit que, pendant le'iir transformation eif fumier, elles donneront naissance à des sels ammoniacaux. Des faits agricoles parfaitement constatés prouvent, de la manière la plus évidente, que les sels à base d'ammoniaque doivent être
rangés au nombre des agents les plus utiles à la végétation. Il suffit, par exemple, de rappeler que, dans la culture de la Flandre, Turine putréfiée est uu engrais employé avec le plus grand succès.
Sur une grande étendue de la côte du Pérou, le sol, d'une grande stérilité, est rendu fertile par Tapplication du guano; la terre, composée d'un sable quartzeux mêlé d'aigle, produit alors des récoltes abondantes. Un changement aussi prompt et aussi fa- Yorable est opéré par un engrais formé presque exclusivement de sels ammoniacaux. C'est en présence de ce fait qu'en 1832, époque à laquelle je me trouvais sur les côtes de la mer du Sud, j'adoptais Topimon que je professe aujourd'hui, sur l'utile intervention des sels à base d'ammqniaque dans les phénomènes de la végétation. J'ai formulé mes idées à ce sujet dans un Mémoire publié en 1837 (1). Avant cette publication, un des plus habiles manufacturiers de l'Alsace, M. Schattenmann, avait fixé l'attention des cultivateurs sur ce point important, en rappelant qu'en Suisse on introduit du sulfate de fer dans les purinières pour transformer le carbonate d'ammoniaque en sulfate, et changer ainsi un sel éminemment volatil, susceptible de se dissiper en pure perte, en un sel fixe et stable. Dans une communication faite en 1833, au comice agricole de Bouxwiller, M. Schattenmann annonça positivement que les eaux de fumiers ainsi
(I) annales de Chimie et de Physique, l. LXV, p. 30i , 2' série.
préparées, répandues sur les prés, produisent un trèsgrand effet (1).
Tels sont, à ma connaissance, les faits qui établissent, bien mieux que ne le pourraient faire des observations de laboratoire, l'utile influence de Tammoniaque sur le développement des plantes. Néanmoins, il est juste de reconnaître que bien avant les dates que je viens de rappeler, Davy avait constaté que de Teau renfermant 1/300 de carbonate d'ammoniaque favorise singulièrement la végétation du blé, et d'une manière beaucoup plus marquée que ne le font^ dans des conditions exactement semblables, le chlorhydrate et le nitrate de la même base ; ce résultat, Davy l'attribuait à ce que, dans le carbonate d'ammoniaque, il entre du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et de Tazote, c'est-à-dire tous les éléments essentiels à l'organisation des plantes. L'illustre chimiste anglais a conclu de ses expériences, que l'efficacité bien connue de la suie, comme engrais, est due en partie à l'alcali volatil qu'elle renferme (2).
Dans les établissements agricoles oii l'on comprend bien l'importance des engrais, toutes les précautions sont prises pour en assurer la production et la conservation. Les dépenses faites dans le but d'améliorer cette branche vitale du domaine, sont bientôt payées outre mesure. On peut, à la première vue, juger de l'industrie, du degré d'intelligence d'un cul-
(1) Procès-verbal de la séance du 12 juillet 1835, de rassemblée générale des comices agricoles du canton de Bouxwitler.
(2) Davy, Chmie agricole^ t. U, p. 86, traduction française.
tivateuTy par les soins qu'il 4oime à son tas de fumier. C'est une chose déplorable de voir ayec quelle négjig^qcç, on^teiss^ |>çrdre les engrais dans une gvffldo partie de la France ; on rencontrc^des viUages, et . pia^haureusenient ils sont nombreux, où laiumîer est déposé p^écisépfiei^t de mai^ière à recevoir toute la pl\ûe, qui s'écoule des toitures des habitations, cûoime si on se proposait de profiter 4es eaux plu* Yiales pour le laver.
Le secret |d^: la cuUurfi ygpij^fe de la Flandrc.fraftçaise consiste peut-être djMl$ hmn e^^trèine /pie l'on met dans ce pays à recHpiUir . tQUi ce qui doit servir à féconder la terre. Les sociétés d'agriculture, aujourd'hui si multipliées, rendraient un véritable service, si elles encourageaient par tous les moyens dont elles disposent, Véconeq^ie 4^ entais ; si elles recherchaient, poui> les récompenser, les cultivateurs qui conserveqt leurs fumiers de la maniière la plus rationnelle.
Le lieu où l'on dépose les aigrais dans une farme doit être placé à la proximité des écuries et des élablés ; les dispositions peuvent varier à l'infini, mais quelles qu'elles soient, elles doivent être telles que les conditions suivantes se trouvent réalisées : 1* que les eaux de fumier ne s'écoulent pas au dehors ; 2* que ces eaux se rassemblent dans un réservoir commun pratiqué dans le sol^ afin de les reporter en temps de sécheresse sur la masse de fumier ; 3*» prendre toutes les mesures opportunes pour empêcher les eaux courantes extérieures de se rendre sur le dépôt, de raa-
nière qu'il ne reçoive que la pluie qui tombe sur sa surface ; 4*" que la place soit assez étendue pour ne pasi être obligé d'acoumuler le fomîer sur une trop grande hauteur.
Il est trè&-avantageux de rendre le terrain légèrement concave^ et de placer le réservoir dans le point le plus bas. Il est à désirer que le sol soit argileux, imperméable; et quand il n'en est pas ainsi, on se trouve dans la nécessité d'établir un bon pavage.
Les eaux de fumier rassemblées dans le réservoir sont remontées au moyen d'une pompe et versées sur le tas^ lorsque la surfiice devient trop sèche. Pour exécuter cet anrosage/ ^n place sur des tréteaux des conduits mobilfes de longueur variable s'ajûstani l'un à l'autre ^ de manière à pouvoir verser les eatix sur tous les points, ... . î
L'ouverture du réservoir, se trouvant nécessawement sous lé fumier, est fermée par un gril en bois, très-solide, dont les madriers sont suffisamment rapprochés pour que les matières solides, les pailles, ne puissent y passer. Une disposition très-importante, qu'il n'est pas permis de négliger, c'est que les pentes soient ménagées de telle sorte , que les urines des écuries, des étables, les eaux de lavage, se rendent naturellement au fumier. La litière, quelque abondante qu'elle soit, n'absorbe pas la totalité des urines, surtout à l'époque où le bétail est mis au vert, et la faute que Ton commettrait en négligeant de les diriger sur le fumier serait impardonnable.
Les litières imprégnées d'excréments et imbibées
d'urine doivent être transportées sur une brouette basse sans parois ; il ne faut tolérer Tenlevage au cro* chet, consistant à traîner les litières sur le sol, qu'auant que les lieux d'où on les enlève ne sont qu'à une très-courte distance du dépôt : si cette distance est considérable, on éprouve des pertes très-appréciables.
Les matières ne doivent pas être jetées au hasard sur le tas ; il faut les étendre, les diviser. Un dépôt inégal occasionne des vides et, par suite, de la moisissure. Il importe qu'elles soient bien tassées, afin de s'opposer à une fermentation trop rapide, toujours préjudiciable lorsqu'elle s'exerce sur un fumier trop ameubli. Il faut veiller avec un soin tout particulier à ce que la masse conserve, dans les temps chauds, une certaine humidité à la surface ; on y parvient en arrosant fréquemment. À Bechelbronn, le fumier est assez fortement tassé pour qu'un chariot chargé, attelé de quatre chevaux, puisse passer à sa surface sans trop de difficulté. L'épaisseur qu'il convient de donner au dépôt n'est pas une chose absolument indifférente ; outre la commodité des chargements qu'il ne faut point oublier, une épaisseur trop considérable pourrait devenir nuisible en occasionnant une trop grande élévation de température, et si les circonstances obligeaient à garder pendant longtemps une masse aussi épaisse, la décomposition pourrait devenir assez rapide pour occasionner des pertes trèsgraves. L'expérience a prouvé que la hauteur du tas de fumier doit être comprise entre 1 mètre et demi
DBS ENGRAIS. 697
et 2 mètres. Deux mètres sont ordinairement la plus grande épaisseur du dépôt^ en la comptant de la surface du sol de la cour. Cette profondeur est moindre à mesure qu'on s'approche vers l'extrémité où elle est nulle, car il est d'usage de conserver une pente convenable pour faciliter l'entrée et la sortie des voitures. Les chargements s'exécutent sur le fumier même.
Afin d'obvier à une trop grande dessiccation , on a l'habitude, dans certaines localités, de déposer les matières au nord d'un bâtiment. Cette disposition doit avoir des avantages incontestables, mais elle est bien rarement réalisable dans une grande exploitation, où le voisinage aussi immédiat d'une grande masse de substances en putréfaction peut devenir trèsgênant et même insalubre. Dans le département du Nord, on met quelquefois les engrais à l'abri du soleil, en éludant l'inconvénient que je viens de signaler. À cet effet, on garnit les abords de la fosse d'une plantation d'ormes (1) ; cet abri est de beaucoup préférable à celui d'une toiture, que l'on a proposée fortsouvent,mais que l'on ne trouve presque nulle part. Les toits préserveraient à la fois le fumier du soleil et de la pluie. La pluie n'est pas un inconvénient très-grave, si l'on a éliminé avec soin les eaux courantes ; mais les toitures sont trop dispendieuses pour songer sérieusement à en établir ; leur charpente, sans cesse exposée aux émanations humides qu'exhale une grande masse en fermentation, serait
(i) Gordier, AgricuUure de la Flmdre framçaisey p. 249.
698 DES iSNGRAIS.
promptement détruite. ËDim, elles eotraveraieiit Je service des voitures qui, comme chacun sait, doit se faire très^ctivement à certaines époques de l'aonée.
Quand les circonstances, le peu d'eximsion de Ist ferme, ne permettent pas l'établissement d'un réservoir ; lorsque le sol est perméable et qu'on n'a pu le rendre étanche, on court le risque de voir les eaux se perdre ; le parti à prendre, pour recueillir les naatières liquides du fumier est de recouvrir le fond de la fosse d'une couche de terre, de sable, de tourbe, de marne, en un mot, d'une substance sèche et poreuse, capable d'absorber les liquides. Cette pratîqfue est souvent suivie avec profit par les cultivateurs de l'Alsace.
Pans certaines fermes , on réunit dans des dépôts particuliers les fumiers de même origine ; ainsi on met ensemble les litières des écuries, on en fait autant pour celles des étables à vaches, pomr celles du porc, du mouton, etc. Dans de grands établissemrafts, un semblable triage est souvent une nécessité ; mais les avantages que Ton attribue à cette division sont tout au moins contestables, et les idées que certains auteurs ont émises à ce sujets se fondent sur des obser-^ vations dont l'exactitude peut être mise en doute. Sans nier que certaines cultures ne se trouvent mieux de l'emploi d*engrais spéciaux , il me paraît néan«moins plus convenable de mettre ensemble toutes les litières, quand il n'y a pas de trop grandes difficultés locales ; on obtient ainsi un fumier moyen, considéré, avec raison, comme celui dont l'application est la
DBS ENGRAIS. 699
plus avantageuse dans les cas les phis généraux. La distinction que I'qq a voulu . établir entre la> quaUtfe relative des fumiers^ d'prigines diâérentes, est beaacoup trop absdue , et c'est pour cette raison sans doute^ qu'il est fort difficile de faire aecorder Topinion de divers agronomes-i* Ainsi, selon Sinclair, le fumier de porc serait de tous le plus énergique, le plus ri-> che en principes fertilisants (1) ; suivant Schv^ertz, ce serait au contraire le plus mauvais (3).
La vérité est que4es fumiers issus des mômes am« maux présentent souvent plus de différences entre eux, sous le rapport de la qualité, que des engrais provenant de sources très- distinctes, parce que leur valeur dépend surtout de l'alimentation, de l'âge et de la condition dans laquelle se trouve l'animal qui les produit* Il est bien connu que le bétail nourrlavec de la paille donne un fumier bien inférieur à celui qui pi;avient d'une ration plus substantielle.
Lorsque les litières imprégnées des élections ani-* maies sont accumulées en quantité aiffisante dans la fosse, la fermentation ne tarde pas à se manifester : la température s'élève, et il se dégage d'abondantes vapeurs. Comme au nombre des produits volatils de cette décomposition, se trouve le carbonate d'ammo* niaque, il importe de la ralentir ; on y parvient en tenant la masse dans un état convenable d'humidité, et en ménageant autant que possible l'accès de l'air
(i) Sinclair j Agriculture pratique etrmsonnée^ t. I,p. 388. (2) Schwertz, Préceptes d'agriculture pratùfue^ p. i48.
atmosphérique. L'addition journalière des litière^!^ nouvelles amenées des étables, contribue puissamment à empêcher la dispersion des principes volatils qu'il est si important de retenir dans les engrais ; réparties a\ec discernement, elles deviennent un obstacle à révaporation ; elles forment une couverture remplissant le rôle de condensateur, en même temps qu'elles préservent les couches inférieures du contact trop direct de Toiygène. Tant que le fumier est entretenu de cette manière, la fermentation est restreinte aux couches inférieures de la masse.
Thaer s'est assuré que l'air recueilli à la superficie d'un tas de fumier soumis à une fermentation modérée, ne contient pas beaucoup plus d'acide carbonique que celui pris au loin dans l'atmosphère. Un vase renfermant de l'acide nitrique ne produit point non plus|, quand on le place dans le voisinage de la masse en fermentation, ces vapeurs blanches et épaisses, caractère certain de la présence de l'ammoniaque (1). Cette décomposition lente, qu'il est si avantageux de déterminer, ne se réalise aisément que sur des masses suffisamment comprimées, et dans lesquelles les litières ont été épandues aussi également que possible. Un point important, est d'enlever le fumier avant que les parties supérieures, récemment ajoutées, soient en voie d'altération ; autrement la masse tout entière entre en pleine décomposition, et les matières volatiles n'étant plus arrêtées au pas- Ci) Thaer, Principes raisonnes d'agriculture^ t. H, p. iSA.
DES ËNGHAIS. 701
sage par la couche supérieure y s'échappent et vont se perdre dans l'atmosphère. Un moyen de prévenir cette perte, dans le cas assez rare où on aurait un motif pour laisser consommer la masse sur toute son épaisseur, serait de la recouvrir de terre végétale dans laquelle viendraient se condenser les principes volatils. La terre qui aurait servi de couverture serait ainsi transformée en un engrais puissant.
On a proposé pour empêcher la dissipation du carbonate d'ammoniaque, durant la fermentation du fumier de ferme, de faire intervenir certains sels capables de transformer ce carbonate volatil en un sel fixe. C'est en se fondant sur une réaction de cette nature que M. Schattenmann, l'habile directeur de l'usine de Bouxwiller, ajoute aux fumiers une certaine quantité de sulfate de fer, ou de sulfate de chaux, pour fixer en un sel stable l'ammoniaque formée durant leur putréfaction (1). Toutefois, cette opération est loin d'être à l'abri de la critique. Au reste, il ne faut pas s'exagérer la perte en ammoniaque qu'éprouvent les fumiers quand on dirige la fermentation avec prudence et en suivant les indications que j'ai données. Je ne crains pas d'assurer qu'alors cette perte est très-peu considérable. La fermentation modérée présente des caractères fort différents de ceux de la putréfaction tumultueuse, qui ne manque jamais de se développer lorsqu'on néglige de prendre les pré-
( 1 ) SchattenmaoD, AnnaUs de Chimie et de Physique, 3« série, t. IV, p. 358.
cautions convenables. Comme exemple d'une fermentation rapide et défavorable , je puis citer celle qui s'établit dans des amas d'excréments de chevaux ; j'ai vu ces matières, abandonnées à elles-mêmes, sans addition d*eau, acquérir en quelques jours une chaleur très-intense , et prendre feu. J'en ai vu se réduire à un état entièrement terreux. Tels ne sont pas les résultats de la décomposition graduelle du fumier de ferme. Quand on vide la fosse oii s'est opérée une fermentation lente, on reconnaît que la couche supérieure est presque au même état où elle se trouvait quand elle a été apportée ; la partie qui vient immédiatement au-dessous est ' plus altérée : elle dènoVe parfois une légère odeur ammoniacale. Dans les strates inférieîires, la modification est profonde ; la paille de litière a perdu sa consistance, elle est fibreuse , se rompt avec la plus grande facilité ; le fumier offre une couleur d'autant plus foncée ; qu'on le prend à une plus grande profondeur! Près du sol, il est complètement noir, l'odeur qu'il répand est celle de Facide hydrosulfurique ; on y reconnaît du sulfure de fer, et nul doute que ces produits sulfureux ne soient la conséquence de la décomposition des sulfates par Finfluence des matières organiques. C'est à ce signe que je reconnais la bonne confection de l'engrais de ferme ; la présence des sulfures, de l'hydrosulfate d'ammoniaque n'a rien d'alarmant pour la végétation, car à peine le fumier est-il étendu sur le sol, que ces produits se transforment en sulfates, et bientôtil émet cette odeur musquée qui lui est particulière.
Nul doute encore que l'état sous lequel se trou\e un semblable fumier ne soit dû aux circonstances dans lesquelles on Ta placé et entretenu pendant tout le temps de sa modification ; les éléments eussent suivi une tout autre marche dans leur décomposition^ si on les avait abandonnés à Tair libre. Pour s'en convaincre, il suffit de remarquer Todeur purement ammoniacale, si fortement prononcée, qui se développe pendant Tété dans les écuries, dans les étables, là où séjournent, répandues sur le sol, les urines des herbivores.
On comprendra facilement combien doit être défavorable à \i bonne confection du fumier, l'usage où l'on est, dans certaines contrées, de le retourner, de l'aérer en quelque façon pouir hâter sa décomposition. Ainsi tourmenté, il se décompose, en effet, beaucoup plus pfomptement; mais on n'obtient ce résultat, dont je ne vois pas précisément le but, qu'aux dépens de la qualité; car il est bien évident qu'une partie de ses principes volatils s'évaporent d'autant plus aisément, qu'on multiplie davantage leurs points de contact avec l'air.
La méthode consistant à réunir les litières des étables sur une place destinée à la conservation des fumiers, est la plus généralement usitée. Cependant^ il est des pays où on laisse le fumier s'accumuler dans les étables, eh le recouvrant chaque jour de paille fraîche. Le sol s'exhausse ainsi continuelle^ ment sous les pieds dii bétail : aussi, on est obligé d*établir des crèches mobiles que l'on élève graduel-^
lement. Cette méthode a cela de commode, qu'où n'est pas astreint à nettoyer aussi fréquemment ; mais on gagne peu sous le rapport de l'économie de la main-d'œuvre^ car, en définitive, c'est toujours à peu près la même masse d'engrais qu'il faut transporter. La fermentation du fumier serait grandement favorisée par la température toujours élevée des écuries, ^ le piétinement constant des bêtes n'opérait un tassement très*fort; ensuite, la paille nouvelle dont on le recouvre tous les jours produit ici l'effet que j'ai signalé dans les fosses à fumier : elle condense les vapeurs et s'oppose à l'évaporation. Le fait est que, dans les étables oii l'on conserve ainsi les déjections, on n'observe pas toujours une très-mauvaise odeur, el )e!ii animaux qui les habitent respirent sans inconvénient si l'on a le soin de ne pas intercepter toute communication avec l'extérieur, ce qu'on ne doit faire dans aucun cas, alors même que l'étable est entretenue avec la plus grande propreté. Cet usage devient à peu près impraticable quand le bétail reçoit, non plus une nourriture sèche, mais des aliments très-aqueux, comme des racines, du trèfle vert ; l'abondance des urines est si considérablement augmentée par ce régime, les excréments sont si volumineux et si fluides, qu'il faudrait une énorme quantité de paille pour absorber les parties liquides; et malgré cette augmentation de litière, les animaux seraient encore exposés à séjourner dans la fange, ce qui, à n'en pas douter, deviendrait une cause puissante d'insalubrité.
En Belgique, on parvient, selon Schwertz, à con-
si^rver les déjections dans les étables, en remédiant aux inconvénients que la méthode précédente présente ordinairement. Le bétail est placé sur une sorte d'estrade élevée tant soit peu au-dessus du planclier : on peut alors accumuler sur le sol le fumier qu'on retire de dessous les animaux (i).
La paille est souvent d'un prix assez élevé, elle est rare dans certaines contrées; aussi dans quelques parties de la Suisse, où on se livre à la culture des prairies, on est obligé d'économiser la litière autant que possible, et dans ce but on la lave. Bien qu'il soit difficile de donner la raison d'une pratique dont l'effet est d'augmenter outre mesure le volume d'un engrais, en en diminuant la qualité, et d'accroître ainsi les dépenses occasionnées par les transports, il est de fait que cette méthode se maintient depuis très-longtemps et qu'elle s'est propagée dans divers cantons (2). On ne voit là d'autre objet que celui de recueillir, jusqu'à la dernière particule, les excréments rendus par le bétail, en employant des lavages abondants qui font rentrer cette méthode dans celle suivie par les chimistes dans leurs analyses les plus précises.
L'urine rendue par le bétail coule dans une rigole communiquant avec un grand réservoir; cette rigole contient de l'eau, dans laquelle non-seulement on délaye les déjections solides, mais qui sert encore à
(i) Thaer, Principes raisonnes et agriculture y l. H, p. 179. (2) Schweriz, Préceptes de l'agricuUure pratique^ p. 196. I. 45
706 DBS ENGRAIS.
laver la paille de litière qu'on ne remplace que deu fois par semaine. Les réservoirs sont construits dac le sol même de récurie pour les niettre à l'abri de 1 gelée. La fermentation d^une masse aussi délayée e à peine perceptible, et on peut être'assuré qu'à pa les fuites, il ne se perd rien de la matière animale t décomposition. L'engrais liquide est retiré à Tai] d'une pompe et conduit aux champs dans des cutï disposées sur des chariots.
On ^st aussi dans l'habitude d'employer séjian' ment, cômiïie engrais, les urines du bétail : on donne cet engrais le nom de purin; en Suisse on y ajoute soi] vent du sulfate de ffer; pour faire passer, comme je \\ déjà dit en critiquant* le procédé, raramoniaqut l'état de sulfate. Les engrais liquides ont leurs av?ii tagéset leurs Inconvénients; quant à leur valeur, dou chercherons bientôt à l'apprécier comparativement celle des engrais solides, et cette appréciation nou conduira à adopter, sur les engrais délayés, V opium de M. Crud, qui considère comme exagérés' les avantages qù'ort leur attribue en Suisse (1). '
Quelle que soit la forme sous laquelle les engra sont appliqués, on a vivement agité la question i savoir s'il est avantageux ou nuisible à l'intérêt d cultivateur de les employer avant ou après qu'ils oi fermenté. •
Les matières oi^aniques ne deviennent propres favoriser le développement des plantes qu'autai
(!) Crud, Economie théorique et pratique de l'agriculture^ I. p. 306.
qu'elles ont subi une profonde altération . Un des résultats de cette modification est, comme nous l'avons admis, Tapparition de sels ammoniacaux. Le fumier frais, tel qu'il sort de Télable, introduit directement dans la terre, y éprouve exactement la itiême altération et donne naissance aux mêmes produits : il y a cette seule différence, qu'étant disséminé, étendu dans une grande masse inerte, la décomposition s'opère avec beaucoup plus de lenteur que s'il était accumulé dans les fosses. La question si vivement controversée se réduit donc réellement à celle-ci : Est-il avantageux de laisser fermenter les fumiers dans le sol même qu'ils doivent fumer?
On peut s'étonner aujourd'hui qu'une semblable question ait été soulevée, eï plus encore que la réponse affirmative ait été combattue par des agriculteurs du plus graAd mérite. On a été jusqu'à prétendre que les déjections nouvelles nuisent à la végétation. La preuve du contraire peut s'établir facilement; il suffit, en effet, de rappeler que dans le parcage des moutons , dii bétail , lés excréments, comme les urines, passent' imtnédiâtëmetlt aux champs, aux pâturages que parcourent les animaux. Sans aucun doute, les déjections fraîches, répandues en excès, peuvent nuire aux plantes ; mais on peut en dire tout autant des eiigrais fermentes.
Un chimiste italien, M. Gazzéri, s'est Ifvrt avec une persévérance digne des plus grands éloges à des tra-* vaux ayant pour objet de montrer que l'usage dans lequel on est généralement de laisser putréfier les
fumiers^ avant de les conduire sur les terres, occd sionne une perte considérable en principes fertil sants, et que, par conséquent, il est avantageai à les employer à l'état môme où ils sortent des èiahl^^
Pour lever tous les doutes que l'on pouvait enc^»' conserver sur l'effet nuisible des engrais non fer mentes, M. Gazzeri a fait venir du blé dans une ter fumée avec une dose extraordinaire de colombin» qui passe pour un des engrais les plus actifs. I^ crottin de cheval, pris au moment où il venait dV' rendu, mêlé à la terre dans la proportion d'un qm: en volume, n*a causé aucun obstacle à la yéfèUii^v, des céréales (1).
Pour se former une idée de la perte éprouvée \^' les fumiers frais pendant la fermentation , M. Ga?zeri les a d'abord pesés ; puis, lorsque la déconposition a été accomplie , il a constaté de nouvea. non-seulement leur poids, mais il a encore déteminé la proportion des matières fixes et celle d substances solubles. Pour les déjections du cb val, il est arrivé à cette conclusion, qu'ils perder en quatre mois de fermentation, plus de la moi: du poids de la matière sèche qu'ils con tenait i avant la putréfaction. Âù reste, Davy avait dt prouvé que, durant la décomposition des engn frais, il se perd des vapeurs dont l'action peut et utilisée dans la végétation. L'expérience consistait
(1) Gazzeri, Annales de l'AgHcuUure française, U XIX, p. 2- s^ric.
- introduire du fumier dans une cornue dont le bec ' se rendait sous les racines d'un gazon. En quelques ^ jours, rherbe exposée aux émanations de la cornue ^ végétait avec une vigueur toute particulière (1). ^ Quoiqu'il soit certain qu'en dirigeant avec prudence la confection des fumiers, on parvienne à retenir les produits ammoniacaux volatils de la putréfaction, il semble néanmoins hors de doute que l'emploi s I direct avant la fermentation ofire plus de garanties ^9 contre les pertes. Aussi, Thaer, Schwertz, M. Coke ni en Angleterre, ont fini par reconnaître l'opportunité Ir de ce dernier usage. Cependant, dans le plus grand nombre des fermes, on rassemble les fumiers, et on erf ne les répand sur les terres que lorsqu'ils ont fer- ^)B mente : cela tient à ce que leur accumulation est pres- ^li que toujours une nécessité delà position. Dans la jf : grande culture, le transport des engrais n'a lieu qu'à des époques déterminées ; il ne saurait être continu comme l'est leur production, car il faut avant tout que les terres soient vides pour être amendées : on jl^« est donc obligé de conserver les fumiers. En Alsace, j^{] on les porte sur les champs toutes les fois que les 0 circonstances le permettent, sans s'astreindre à leur ^^ état plus ou moins avancé de décomposition. Par un 1^. effet de ces mêmes circonstances, qui font qu'il j r^ séjourne dans la fosse pendant deux ou trois mois, ,0 l'engrais est à demi consommé ; c'est peut-être, après tout, l'état le plus convenable sous lequel il puisse
.\ll
(1) Davy, CMmie agricole^ t. Il, p. 43, irad.
7iO DES ENGRAIS.
être introduit dans le sol. Il s'enterre facilement, t ses principes fécondants sont déjà assez abondani pour agir dans un temps donné avec plus d*activi. que ne le ferait du fumier entièrement frais. C t^ jiresque toujours à cet état que se trouve rengr.^^ que nous employons : il arrive bien rarenaent qu l ait passé trois .mois dans les fosses avant d*étre hlevé ; la promptitude d'action est un point qui nV pas sans importance, et l'avantage pour le cultivateur d'activer ses cultures, le décidera souvent à fai:usage, d'engrais fermenté. Dans les pays chauds e. humides, on comprend très-bien qu'il devienne i peu près indi^érent d'enterrer des fumiers frais *, leur décomposition, aidée par la chaleur du clioMt, s accomplit toujours assez rapidement ; mais il n'en e^ plus ainsi dans les climats temples : là, la tempénture qui développa et entretient la végétation est s<»u vent de courte durée, et il faut en profiter^ car pendant une grande partie de Tannée, le sol refroii conserve intactes les substances organiques qui ' sont enfouies. Dans ces conditions climatériques, ul doute que l'on ne doive accorder la préférence aux fumiers faits. C'est probablement à de semblables motifs qu'il faut attribuer l'usage si répandu en Suisse, des engrais hquides fermentes, dont l'action est pou: ainsi dire instantanée. C'est avec de telles matièrt^ que l'on active, en Flandre, les cultures de plantt^ industrielles.
La fermentation , quand elle est conduite ave> discernement, et en prenant toutes les précaution^
DES ENGRAIS. 7i1
nécessaires pour s'opposer à la volatilisation des sels ammoniacaux, à la déperdition des parties solubles, a, indépendamment de l'avantage de produire un engrais immédiatement actif, celui de le donner spus un plus petit volume et sous un moindre poids. Le fumier perd souvent le tiers de sa masse en fermentant, et c'est là une circonstance qui amène une économie importante dans les transports. On arriverait à réaliser cette écQnomie avec les fumiers frais, en les desséchant au soleil, ainsi que je l'ai vu pratiquer quelquefois ; ils se réduisent ainsi au tiers ou au quart de leur poids^ et quand la distance à parcourir est assez grande, il peut y avoir avantage à opérer cette dessiccation.
Un reproche assez grave, fait à l'application du fumier nouveau, c'est qu'elle introduit dans les terres destinées à porter des céréales, des graines de mauvaises herbes, des œufs d'insectes que la putréfaction seule est capable de détruire (1). Ce reproche perd nécessairement toute sa force dans le cas ou l'on fume une plante sarclée ; et l'habitude oii nous sommes de conduire sur les premières soles des fumiers à tous les états de décomposition, est une garantie de ce que les engrais frais ne présentent réellement aucun inconvénient d^ns la pratique. Une autre difficulté, signalée par Thaer, est celle d'enfouir un fumier aussi long et aussi pailleux que l'est celui qui sort
(1) Sinclair, AgriouUurê pratique et raisonnéê^ t. I, p. 398 Iraduct.
des élables. Cette difficulté disparait, ou^ tout ai moins, est grandement atténuée quand on dép4i^r l'engrais dans les sillons à mesure que la charrue lr>
trace.
Si les opinions sont encore partagées sur la question de savoir si le fumier doit être enfoui ayant ou après la fermentation, elles ne le sont pas moins sur le mode de le répandre sur les terres^ sur les épi»ques où il convient de le transporter aux champs. Au reste, on conçoit que la conviction que Ton s^i formée sur la première question influe nécessairement sur l'opinion que l'on professe à Tégard de la seconde. Ceux qui sont convaincus que l'ou peul employer le fumier comme il sort des étables sont absolument indifférents sur les époques oii les transports doivent avoir lieu ; ils mettent à profit^ pour exécuter ce travail, les moments les plus convenables, et ce n'est pas là un minime avantage ; c'est ce qut nous faisons à Bechelbronn : nous transportons m»^ engrais dès que nous le pouvons. Les terres de8tinée> à être fumées au printemps sont approvisionnées durant l'hiver, lorsque la gelée permet de les aborder. Le fumier, d'abord déchargé en petits tas placés de distance en distance, est ensuite épandu, aussi également que possible, quelquefois sur la neige, et nous n'avons jamais trouvé aucun inconvénient à cette pratique. Certains cultivateurs accumulent en temp^ opportuns de grands tas de fumier, sur les terres pour épandre ensuite au moment même des labours.
On a critiqué la méthode de laisser ainsi exposé
aux intempéries et pendant plusieurs mois le fumier étendue sur les champs; on a dit que, par une semblable exposition, l'engrais perd ses éléments volatils ; que les pluies le lavent et enlèvent ses parties les plus solubles ; et, guidés par ces craintes, les cultivateurs qui les partagent n'étalent leur fumier qu'au moment où ils vont l'enfouir. Cette divergence d'opinions chez des praticiens, tous personnellement intéressés à retirer des engrais le plus grand effet possible, ne doit pas être jugée légèrement : lorsqu'il s'agit de méthodes en agriculture, il ne faut pas se presser de généraliser. Le climat a dans la question sa part d'influence. En Alsace, l'expérience a prononcé favorablement; mais, dans d'autres contrées, il peut y avoir de très-bonnes raisons pour ne pas agir de la même manière. En Alsace, oii la pluie recueillie dans un an est environ 68 centimètres, il ne tombe, durant les mois de décembre, janvier et février, que 1 1 centimètres d'eau (1); dans un cUmat où il pleuvrait davantage pendant l'hiver, les fumiers pourraient probablement se détériorer. La qualité des engrais doit être également prise en considération. Un fumier chargé d'une forte proportion de carbonate d'ammoniaque, répandant une odeur d'alcali volatil très-prononcée, perdrait infailhblement de sa valeur par une exposition prolongée à l'air; mais cette perte devient trèspeu sensible quand les engrais, par une bonne con-
(1) HerreDSchaeider, Résumé des observations météorologiques faites à Strasbourg, p. 29.
714 DBS ENGRAIS.
fectioD,{9e renferment ^ qu'une faiUe. quantité de sels, amiiiopiacaux yol#tils; ou bien e^ncore, lorsque ce sont ^ {iuniers frais qui ontété.déicbargés dans une saisoiai 99sez froide pour qu'ils se conservent sans altération, jif^'à l'époque des lal>oura. Qiiltnd les pluies nç ^nt pas trop abondantes, les parties solublés du fumiei: étalé sur la terre pénètrent et séjournent dans s|i QQuche supérieure, absolument comme il arri^ lorsqulap lieu d'incorporer l'engrais dans le sol on le répand sur les plantes en pleine végétation . L'usage de fumm* en couveriure est souvent avantageux .et d'un grand secours dans la pratique ; c'est une nouvelle preuve du peu d'inconvénient qu'il y a à laisser le fumiei;.*expo8é aux intempéries de l'atmosphère,, puisque cet usage consiste à l'éparpiller à la surface des terres déjà ensemencées* Cette méthode est née de la nécessité : on l'a d'abord suivie, pour donner au sol un supplément à la dose insuffisante de fiunier qu'il avait reigue avant le&semailles ; mais on s'en est si bien trouvé dans plusieuss contrées, qu'on l'a continuée. Mous l'avons appliquée plusieurs fois aux plantes sarclées et aux ^ jeunea luzernes avec un avantage décidé, provenant principalement de ce que l'on gagne du temps pour k production des. engrais. Dans le comté de Harck, la pratique de fumer en couverture les terres ensemencées en céréales d'hiver se propage de plus en plus (1) ; on fume lorsque la plante est déjà sortie de terre, et l'expérience prouve
(i) Schwerlz, Prnwipês rmfonnégéTtigrùmUurê^ p. 267.
DBS BNGUH. 715
que le passage des chariots sur le champ, le piétinement, n'occasionnent pas de domms^ appréciables: les traces en disparaissent bientôt ; néanmoins, il est préférable de l'exécuter lorsque la terre est endurcie par l'effet du froid. Dans mon opinion, la fumure en couverture doit être considérée comme un moyen d'apporter à un sol déjà en culture l'engrais qu'on a été forcé de lui refuser à une époque antérieure. Cependant Thaer assure (1), et son autorité est toujours d'un grand poids, qu'il a trop souvent reconnu les bons effets du fumier épandu sur les légumineuses, pour ne pas être convaincu de l'excellence de cette pratique sur un terrain meuble dans lequel les semailles auraient été tardives.
La composition élémentaire du fumier de ferme est une donnée utile. l'ai analysé à plusieurs reprises celui de Bechelbronn, pris à un état moyen de putréfaction (2) ; tes animaux qui , à cette époque , concouraient à sa production étaient :
Trente chevaux,
Trente bêtes à cornes,
Douze à vingt porcs.
Le fumier préparé :
Dans l'hWerde (837-1838. contenait 20,* p. 100 de matière sèche.
Dans l'hiver de 1S38-IS39 S3,2
Dans l'été de 183» , 19,6
Moyenne... 20.7 Eau 79,3
(1) Thaer, Prindpts raiMnnéid'agnctdture, t. II. p. 187.
(2) Àmvdei de Chimie rt <h nyitqw, 3* s^rie, l. 1, p. 23* -
L'analyse a donné les résultats suivants :
Epoque àê U préparalMO. Carbo—,
Hiftr ltS7-l858 SM
Id 32,5
Id 58,7
Prislcopi 1858 56.4
PriataiDptl8S9 •. 40,0
Id 54,5
En moyenne, le fumier de ferme desséché à 1 1 (f contient :
Carbone 35»8
Hydrogène 4,2
Oxygène 25,8
Azote 2,0
Sels et terre 32,2
Bydrosèa*.
OsjfèDc.
Aiotc.
Twifiii
Avec l'humidité, sa composition est représentée par :
Carbone 7,41
Hydrogène 0,87
Oxygène 3,34
Azote 0,41
Sels et terres. . . . 6,67
Eau 79,30
La constitution des fumiers doit nécessairement varier; cependant, ceux dont Torigine est commune ne semblent pas présenter de très-grandes différences. Ainsi, un fumier de cheval provenant du midi de la France a donné à l'analyse, en le supposant sec, 2,1 pour 1 00 d'azote ; il ne contenait que 6 1 pour i 00 d'humidité ; Tçau est, en effet, l'élément le plus variable. Un autre fumier examiné par M. Thomas
DBS BNGIUIS. 717
Richardson renfermait, à l'éUt où il a été enfoui^
Halih«s oi^niques. . . 34,7 — miaérales . . . . J0,3
es,o
Cu-bone 37,4 13,09
Hydrogène 9,3 1,86
Oiygène 2S,5 8,82
Aïole 1,8 0,63
Selsellerres 30,0 10,50
Eau >» 6S,I0
Dans un fumier faii, de la ferme de Grigiipu , près Versailles, H. Soubeiran a trouvé :
Halières organiques ( 9,*J
Sets solubles alcaliDS 0,7
Carbonates de chaui et de magnésie. l,Ei
Suirale de chaux 1,1
Phospbate ammoniaco-iiiagDirien.. . . 1,1
Phosphate de chaux 0,4
MaliËres terrenses 6,6
Eau 69,4
L'azote se trouvait ainsi réparti :
Azote: des sels ammoniacaui sotubtes 0,167
du phosphale ammonisco-magnésien. . 0,064
delamatière organique 1,160
Azote dans les fumiers humides. ... 1 ,301
Pour la matière supposée sèche on aurait, en totalité, 4,54 d'azote pour 100.
Ce fumier était à un état trèb-avaiicé de décom-
position ; néanmoins la proportion d'azote parait encore bien forte, puisqu'elle égale celle de Turine des herbivores (1).
M. Houzeau a fait quelques recherches sur du fumier à demi consommé des ménageries du Jardindes-Plantes, provenant, par conséquent, d'animaux les plus divers.
Ce fumier, dont l'odeur musquée est très-prononcée, n'a pas donné de carbonate d'ammoniaque pendant une dessiccation opérée à 120 degrés. Il ne renfermait aucun sel ammoniacal, pas de phosphate ammoniaco-magnésien. Cependant, par son aspect, ses caractères, par les applications qu'on en fait, on doit le considérer comme de bonne qualité.
M. Houzeau en a retiré
Matières organiqiM» . . 28,00
Acide phosphorique. » . 0,26
Acide carbonique 0, 1 3
Chaux 0,94.^... ... ^ ,
Magnésie ^^3 JMaUères minérales. 5,21
Oiyde de fer 0,10
Chlor. et suif, alcalins. 0,27
Sable et argile 3,28
Eau 66,80
100 de fumier sec ont donné azote 1,6. Soit 0,53 pour 100 de fumier non desséché.
(1} La détermination de Tazote des fumiers, et en général de toute matière renfermant des sels Tolatils d'ammoniaque en faible quantité, se fait sur la substance humide. La dessiccation opérée pour rapporter à la matière sèche affecte la proportion d*eau d*une légère erreur due à la déperdition des vapeurs ammoniacales.
DKS ENGRAIS. 7 1 9
Si nous possédions maintenant la composition et la quantité de déjections rendues en 24 heures par les animaux contribuant à la production du fumier, il deviendrait possible de déterminer^ approximativement, quels ont été les éléments éliminés pendant la fermentation. Il suffirait de comparer la matière élémentaire contenue dans les litières sorties des étables, avec celle de l'engrais fermenté. Je possède des données que je crois suffisantes pour essayer cette comparaison. Toutefois, je' dois prévenir que les analyses dont je vais présenter le résultat ont été faites sur * les produits reft^dus par un seul individu de chaque espèce, celui sur lequel on a dosé les déjections émises en 24 heures. U eût été de beaucoup préférable d'avoir des analyses et des quantités moyennes ; mais le travailfpii m'a décidé à entreprendra ces expériences a été fait dans un but tout différent de celui que je me propose d'atteindre actuellement.
IMJeetions dv cherml (1).
Le cheval recevait pour nourriidre du foin et de l'avoine. L'urine et les excréments réunis contenaient 76,2 pour 100 d'humidité. En %i heures, les déjections ont pesé : humides 15.kil. 580; sèches 3 kil. 713.
On a trouvé pour leur composition :
•t (1) La taille du cheval était au-dessooa de la taille moyenne det chevaux de la ferme; il pesait environ 400 kilogrammes.
k l'eut lee. A l'éUt bomide. •
Carbone 38,6 9,19
Hydrogène 5,0 1,20
Oxygène 36,4 8,66
Azote 2,7 0.65
Sels et terres i7,3 4,i3
Eau »» 76,n
D^eetloBs de la rméhe»
La vache était alimentée avec du foin et des pommes de terre crues. L'urine et les excréments réunis contenaient 86,4 d'humidité. Le poids des déjections en 24 heures était: humides 36 kil. 613; sèches 4 kiL961.
L'analyse a indiqué pour leur composition :
A réUt Mc. A l'éUt hamidc.
Carbone 39,8 5,39
Hydrogène 4,7 0,64
Oxygène 35,5 4,81
Azoïe... : 2,6 0,36
Sels et terre.... 17,4 2,36
Eau »» 86,44
liUeetieKfl d« pore.
Les porcs sur lesquels ont porté les observations étaient âgés de six à huit mois, ils étaient nourris avec des pommes de terre cuites. L'urine et les excréments ont perdu à la dessiccation 82 pour tOO d'humidité ; la moyenne des déjections rendues par un porc en 24 heures a été : déjections humides 4 kîl. 170; sèches 0 kil. 750.
DBS ENGRAIS. 721
Composition :
k l'état lie. ▲ rétat humide.
Carbone 38,7 6,97
Hydrogène 4,8 0,86
Oiygèoe 32,5 5,85
Azote 3,4 0,61
Sels et terres... 20,6 3,71
Utlère.
La litière est faite le plus souvent avec de la paille de froment. Cette paille, à l'état où elle est employée, renferme 26 pour 100 d'humidité.
Sa composition est :
SèehA. NoD detséehéa.
Carbone 48,4 35,8
Hydrogène 5,3 3,9
Oxygène 38,9 28,8
Azote 0,4 0.3
Sels et terre. .*. 7,0 5,2
Eau »» 26,0
Pour litière, un cheval à Bechejbronn recevait alors par jour,
paille 2 kil.
une vache 3
un porc 1,87 kîl.
En 24 heures, on donne en litière aux écuries et aux étables :
Pour 30 chevaux, paille.... 60 kil.
30 bètes à cornes 90
16 porcs 30
Pallie 180 kil., supposée sèche 133 kil.
722 DES BNORAIS.
Les quantités et la composition des jEnatières qui entrent au fumier en un jour, sont :
rendues en M hcurei par:
50 eheriui
50 bètet à cornet.
16 porct é
Paille des litières.
roiM
l'eut
sec.
kiL
fS.O
ISS.O
roiM
l'eut hnnide
kil.
éLiaiKit BB LA «jkTtftat eicm.
C«rb.
kiL
Hydr.
kil.
0«TJ-
▲sole.
kil.
kil