‹ Économie rurale (volume 2)Chapitre 70 sur 78 · BAC · texte numérisé non relu

BAC

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kil.

On tire pour la composition moyenne de ce mé— lange :

CArb.

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L*ÉTAT BUHIDB.

Hydrog.

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Asote. Mt.

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Asote.

3eU.

LA COHPOSITlOn DD FUHIII EST :

En comparant cette composition à celle des litières rassemblées en un jour, on trouve peu de différence. L'excès de matières minérales existant dans Tengrais, s'explique tout natureUement par les cendres qu'on lui incorpore, par l'arrivée accidentelle de substances terreuses, comme les balayures de cour, la terre végétale adhérente aux racines, les débris, les résidus du nettoyage des fourrages consommés à l'étable ; enfin par les éléments dissipés à l'état de gaz, ou transformés en eau. L'azote est en propor-

tion sensiblement plus forte dans l'engrais fermenté que dans les litières et les déjections fraîches. C'est ce qu'on voit aisément en comparant la composition des deux produits, calculée en faisant abstraction des matières salines.

La composition dM litières fraîches devient : C. 49.5 H. 5,8 0. 42,7 kt, 1,0 Cellcda fumier C. 52.8 H. 6,1 0. S8,l As. 5,0

Le fumier est donc un peu plus riche en carbone que les litières; il renferme moins d'oxygène. C'est le fait du ligneux de donner en se décomposant, un produit plus abondant en carbone, malgré l'acide carbonique formé pendant son altération; c'est qu'il s'en sépare en même temps les éléments de l'eau.

Le fumier fermenté contient moins d'oxygène ; il devrait aussi renfermer moins d'hydrogène, ce que n'indiquent pas les analyses. Mais il faut observer que les 4,6 d'oxygène trouvés en moins, n'exigeraient, pour former de l'eau, que 0,57 d'hydrogène, nombre dont il est impossible de répondre dans des recherches faites sur de semblables produits. Tout ce qu'il est permis de conclure avec certitude, c'est que l'engrais, après avoir fermenté, contient plus d'azote que les matières qui concourent à sa production; et que, par cette raison, il est vraisemblable qu'on n'éprouve sur la totalité de ce principe qu'une perte très-peu importante, quand la fermentation est bien conduite, quand on porte l'engrais sur les terres avant que la putréfaction ait fait trop de progrès.

L'azote est un des éléments qu'il importe le plus

d'augmenter et de conserver dans les fumiers. Les matières organiques les plus avantageuses à la production des engrais sont précisément celles qui donnent naissance, par leur décomposition, à la plus forte proportion de corps azotés, solubles ou volatils. Je dis par leur décomposition ; car, et je ne saurais trop insister sur ce point, la présence seule de Tazote dans une matière d'origine organique, ne suffit pas pour la caractériser comme engrais. La houille, pour citer un exemple, renferme de l'azote en quantité très-appréciable, et cependant son action améliorante sur le sol est entièrement nulle ; c*est que la houille résiste à l'action des agents atmosphériquesqui déterminent cette fermentation putride, dont le résultat final est toujours une production de sels ammoniacaux, ou d'autres combinaisons azotées favorables au développement des plantes ; la terre végétale ellemême renferme le plus souvent des principes azotés n'ayant pas les propriétés des engrais. Aussi, le dosage de l'azote d'une terre arable ne donne pas toujours la teneur des matières utiles à la végétation. On pourrait^ par exemple,- rencontrer tel sol tourbeux contenant quelques centièmes de ce principe %i qui, néanmoins, resterait à peu près stérile, sans le secours du fumier. Tout en admettant l'importance, la nécessité absolue des substances azotées dans les engrais, il ne faut pas aller jusqu'à conclure que ces substances sont seules capables de fertiliser la terre. D est hors de doute que les sels alcalins ou terreux sont indispensables à l'accomplissement des phéno-

mènes de la végétation, et on est loin d'avoirsuffisamment démontré que les principes organiques exempts d'azote y jouent un rôle entièrement passif. Mais, à bien peu d'exceptions près, les sels fixes, l'eau ou ses éléments, le carbone, surabondent dans les engrais ordinaires. L'élément le moins abondant, c'est l'azote : c'est celui, d'ailleurs, dont la dissipation a lieu le plus facilement ; c'est réellement le principe dont il importe surtout de constater la présence ; car, dans certaines limites, sa proportion fixe la valeur comparative des engrais (1).

Parmi les sels, les phosphates ajoutent le plus à la qualité des fumiers, et, pour cette raison, il convient d'en tenir compte. J'ai d'ailleurs constaté par des analyses multipliées, une coïncidence des plus remarquables entre la proportion d'azote et celle de l'acide phosphorique ; de sorte que, généralement, les matières organiques les plus azotées sont précisément les plus riches en phosphates.

Puisque c'est en se modifiant par la décomposition, par la putréfaction, que se développent, dans les composés quaternaires, les substances azotées favorables à la végétation, on comprend que, toutes choses égales d'ailleurs, un engrais complètement décomposable en produits solubles et gazciformes, dans le cours d'une seule année, exercera par cela même tout son efiTet utile sur une première culture. Il en

(i) Payen et Boussingault, Annales de Chimie et de Physique, 3* série, t. lU, p. 65.

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arrive tout autrement s*il se décompose bl^wc plus de lenteur ; son action sur une première récolte sera beaucoup moins sensible y mais elle durera pendant un temps plus long. Il y a des engrais qui agissent au moment même où ils sont introduits dans le sol ; il en est d'autres dont Tactioa persiste durant plusieurs années. Cependant, tout en agissant dans des limites aussi difTérentes, ils produiront finalement le même résultat, s'ils contiennent chacun la même dose de principes azotés assimilables, s'ils ont la même valeur.

La durée de l'action des engrais doit être prise en sérieuse considération : elle dépend de la cohésion, de l'insolubilité, du climat, de là nature du terrain. L'état de la science ne permet pas de prévoir avec une précision suffisante quelle sera cette durée, mais elle indique les moyens à mettre en usieige pour hâter la décomposition des matières fertilisantes, ou pour la retarder et la proportionner aux exigences, aux besoins des plantes.

Convaincus de l'importance du rôle de l'azote dans les engrais, nous avons entrepris, M. Payen et moi, une longue série d'analyses, dans le but de déterminer les proportions de ce principe dans les nombreuses matières employées à l'amélioration du sol. Ce travail nous a fourni les moyens d'établir les équivalents des matières soumises à cet examen comparatif, en les rapportant au fumier de ferme, que nous considérons comme l'engrais normal. J'exposerai plus tard le résultat de nos recherches, mais je crois, dès à

DBS ENGBAIS. 727

présent, devoir présenter <iuelques obsenrations par* ticulières sur. les diverses matières examinées.

PaïU^y fanes et tiges Ugneuses^ feuiUesdes arbres, herbes nuisibles. — Les pailles des céréales, les tiges ou les fanes de quelques plaptes de la grande culture ; les jfeuilles ramassées: dans ks forèls^ les mauvaises herbes, contribuent à augmenter la masse des engrais. Les pailles sont généralement employées comme litières : leur conformation creuse et tubulaire, en leur permettant de s'imbiber de liquide^ les rend précieuses sous ce rapport ; elles procurent d'ailleurs aux animaux un coucher doux, en, même temps qu'elles les préservent du froid. La paille sèche .peut doubler son poids, en absorbant les urines et les déjections. Considérée isolément, elle est déjà par sa nature même un engrais qui n'est pas à négliger, puisqu'elle renferme de 2 à 6 millièmes d'azote et des phosphates en proportion. . >

Les fanes de légumineuses sont beaucoup plus azotées que les pailles de céréales : le mieux est certainement de les faire consommer comme aliment, quand elles ne sont pas trop ligneuses et trop coriaces. Comme litière, elles ont souvent l'inconvénient de présenter un mauvais coucher au bétail : aussi convient-il de ne pas les employer seules. Les fanes utilisées de la sorte offrent un double avantage ; elles ajoutent aux engrais une forte proportion de principes azotés, des sels utiles, et en outre elles permettent d'économiser la paille : c'est ainsi qu'à Bechelbronn nous avions trouvé très-profitable de faire entrer, pour

une certaine quantité, les tiges sèches de madia sativa dans la litière des étables et des écuries.

Dans les pays de forêts^ les feuilles d'arbres sont presque toujours utilisées en litière : elles absorbent sans doute moins d*urine que la paille ; mais comme elles sont beaucoup plus azotées, elles ajoutent à la qualité des fumiers. U est à désirer que les matières placées sous le bétail, pour en recevoir les excrétions, soient capables de s'imbiber d'une forte dose de liquides; et, comme engrais, ces mêmes matières sont d'autant plus avantageuses qu'il entre dans leur constitution une plus forte proportion d'azote et de phosphates. Les feuilles satisfont à ces deux conditions: aussi sont-elles d'une immense ressource dans les localités où il est possible de s'en procurer en abondance. Dans les pays où les forêts sont mises en conservation, l'administration s'oppose ordinairement à l'enlèvement des feuilles ; il est hors de doute qu'il est nuisible d'en priver le sol des jeunes taillis ; pour les hautes futaies, l'inconvénient est moindre : aussi l'enlèvement est-il généralement permis dans certaines limites. D'ailleurs, par Teffet des circonstances naturelles, une grande partie des feuilles est distraite du sol de la forêt : le vent les chasse et les accumule dans les ravins, d'où elles sont ensuite entraînées par les eaux. Mieux vaut donc que les pauvres cultivateurs en profitent, et le bénéfice qu'ils en retirent leur paraît d'autant plus considérable, qu'ils comptent pour rien la peine qu'ils se don* nent et le temps qu'ils mettent à les ramasser.

Les fanes des plantes à cosses, les tiges très-ligneuses, ont, comme litière, d'assezgraves inconvénients ; elles sont assez rigides pour gêner les animaux ; leur épiderme coriace est un obstacle 'à l'imbibition des urines. On a proposé de les broyer sous la meule, de les couper : ce sont là des opérations dispendieuses ; le mieux, du moins sous le rapport économique, est de les faire écrasersous les roues des voitures delà ferme. L'emploi de toutes les matières ligneuses amènerait sans aucun doute une économie notable dans la dépense de la paille consommée dans les étables ; car on ne doit point oublier qu'économiser la paille de litière dans un domaine, c*est augmenter le fourrage. Si, par exemple, il était possible de traiter les tiges ligneuses de topinambours, de manière à pouvoir les employer en litière, les avantages seraient déjà trèssatisfaisants ; la quantité de tiges séchées qu'on recueille sur un hectare s'élève à plusieurs milliers de kilogram.; la moelle dont elles sont presque entièrement formées est, par sa nature spongieuse, très-propre à prendre du liquide ; elles sont légères, et remplaceraient probablement un poids de paille égal au leur. Ordinairement, ces tiges servent à chauffer le four ; mais les profits qu'elles présenteraient, si l'on pouvait les substituer en partie à la paille de litière, seraient incomparablement plus grands. On parvient à désagréger les tiges de topinambours en les plaçant au fond de la fosse au fumier. En effet, tous les débris ligneux des végétaux se décomposent assez rapidement, lorsqu'ils sont mouillés par les déjections

730 DBS BN6RAIS.

des animaux; Thumidité seule est insuffisante^ et la désagrégation devient alors d'une lenteur désespérante. Les parties vertes des plantes, quand elles sont enfouies dans le sol avecTeau qu'elles oontiennenl, s'altèrent assez rapidement ; aussi la méthode à suivre pour les utiliser comme engrais est'^lle de les ent^Ter ; mais il' est des cas où leur enfouissement ne saurait s'eiécuter, d'abord à cause de la saison^ et en* suite parce qu'il serait quelquefois imprudent de rendre directement à la terre des herbes nuisibles qu'on lui a arrachées, surtout lorsqu'elles recèlent encore des semences qui'les feraient apparaître de nouveau; il est d'ailleurs souvent impraticable de conduire ces herbes au domaine ; ce qu'il y a de mieux à faire, est de les transformer rapidement en engrais dans le toîsinage même des champs.

Dans ce but, on à recours à la chaux : on établit d'abord un lit d'environ 35 centimètres avec les herbes qu'il s'agit de détruire ; on le recouvre d'une mince couche de chaux vive en poudre grossière (1 à 2 centimètres); l'on continue ainsi la superposition des couches d'herbes et de chaux. Après quelques heures de contact, l'action commence : elle peut être assez intense pour causer Tinflammation ; c'est pour la prévenir qu'il faut s'empresser de recouvrir la masse avec de la terre ou du gazon, en comprimant de manière à apporter un ob« stacle à l'entrée de l'air. L'effet est ordinairement produit au bout de vingt-quatre heures (1). Toutefois,

(i) Annales de l'Agriculture française, l. XXIII, p. 80.

avant de se livrer à une semblable opération , il est prudent de faire un essai, afin d'établir son compte, Tout dépend du prix de la chaux et de celui de la main-d'œuvre : par exemple, dans les conditions où nous sommes placés, je doute que cette méthode soit avantageuse (1).

Engrais verts. — On doit comprendre sous cette dénomination les parties vertes des plantes obtenues par les récoltes de racines ou de tubercules, comme les fanes de pommes de terre et de carottes, les feuilles de betteraves et de navets ; ce sont à la fois des engrais et des fourrages ; c'est au cultivateur à décider, d'après sa position et ses ressources particulières, s'il doit les enterrer ou les faire passer par le corps du bétail. Le plus souvent il est de beaucoup préférable de les enfouir dans le sol aussitôt après la récolte ; si ce sont des aliments médiocres, ce sont au contraire des engrais excellents, supérieurs en qualité au fumier de ferme. D'après les recherches que j'ai entreprises à ce sujet, les fanes de pommes de terre recueillies sur un hectare représentent environ 800 kilogrammes de ce fumier supposé sec ; et

(1) Je n'ai pas pratiqué celte méthode, mais elle me parait rationnelle. Je vois un inconvénient assez grave dans la difficulté de broyer des quantités un peu fortes de chaux caustique. Je présume qu'on pourrait simplement employer de la chaux vive concassée. Au reste, ce procédé parait être la base de toules les recettes annoncées pour fabriquer des engrais avec les végétaux sans le concours des matières animales. L'usage de la chaux, comme moyen de détruire les parties ligneuses des plantes et de les transformer en engrais, est fort ancien.

732 DES BNGRAIS.

les feuilles de betteraves fournies par une semblable surface, valent plus de 2,600 kilogrammes du même engrais au même état de siccité (1). C'est dans les engrais verts qu'il convient de classer les plantes marines avec lesquelles on améliore le sol. Ces cryptogames sont fortement azotés, c'est ce qui explique les avantages que procure à la Bretagne l'immense quantité de goémon récoltée sur ses côtes. Ces plantes sont employées, soit immédiatement après leur sortie de la mer, soit à demi desséchées, macérées, ou même torréfiées par une incinération partielle. £l/es agissent à la fois, par la matière organique azotée qu'elles renferment, par les propriétés hydroscopiques qu'elles possèdent, et par les substances salinesqu^ elles contiennent.

Sous le nom de goémons, les agriculteurs bretons utilisent depuis les temps les plus reculés diverses plantes de la famille des algues. On en fait un semblable usage en Ecosse et en Irlande pour 1 engrais des terres. En Bretagne, la récolte du goémon se fait à des époques fixées par des ordonnances ; les premiers produits, ainsi que les débris arrachés par les flots, sont abandonnés aux pauvres. La récolte a lieu ensuite régulièrement, à l'aide d'espèces de râteaux tranchants. Les herbes marines coupées sur la roche^ amoncelées en radeaux, ou chargées dans des gabares, sont conduites au rivage. Des gabariers font un

(1} Boussiogauli, Annales de Chimie et de Physique, 3« série, t. \1, >. 316.

commerce de gQêmon dans le département de la Manche, aux îles Chansey, et sur toute la côte comprise depuis Genest jusqu'au delà du cap la Hogue. Sur les côtes du Calvados, on se livre à la même industrie.

Le goémon, employé à Tétat où il se trouve en sortant de la mer, est enfoui aussi frais que possible; quand les cultures demandent des engrais consommés, on le stratifié avec du fumier. Dans quelques circonstances, les herbes marines sont soumises à une incinération incomplèle qui, détruisant une grande partie du tissu végétal, laisse cependant encore un produit azoté. Avant de brûler le goémon, on l'expose à la pluie, pour le laver, puis on le sèche à Tair, en le retournant fréquemment. En cet état, il sert de combustible dans les localités où le bois est rare. On a signalé avec raison un avantage précieux présenté par cette matière ; c'est celui d'être entièrement exempte de graines nuisibles (1).

Les plantes aquatiques sont aussi d'une certaine ressource comme engrais, elles se décomposent assez facilement. On détruit les roseaux qui causent souvent un grand embarras dans les étangs, en abaissant les eaux d'environ 40 centimètres; on coupe alors la plante, puis on les fait remonter : elles pénètrent alors dans l'intérieur des tiges et les font périr en très-peu de temps (2).

(1) Payen et Boussingàult, Annales de Chimie et de Physique, 3« série, 1. 111, p. 75.

(2) SchwerU, Préceptes «f a^*^ 'caUure pratique^ p. i iO.

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Les récoltes que l'on enfouit en vert, pour améliorer le sol 7 rentrent également dans les engrais qui nous occupent. Cette méthode date de la plus haute antiquité. Elle était fort recommandée par les Romains, et elle est encore suivie en Italie. On cultive, dans ce but, le coba, la navette, le sarrasin ; on donne cependant la préférence aux légumineuses, aux fèverôles, au lupin, plantes qui prélèvent le plus de principes fertilisants sur Tatmosphère : et il faut bien qu'il en soit ainsi, car autrement il serait impossible de se rendre raison de celte ancienne pratique. C'est là, au reste, l'effet utile de la jachère. Toute plante devient utile et favorable à la fertilité du sol, aussitôt après qu^elle a été enterrée par la charrue. Ce n'est pas le repos qui rend à la terre la fécondité qu'elle a perdue par suite des récoltes qu*elle a données, ce sont les plantes développées spontanément, qui y vivent» s*y multiplient, y mûrissent, y meurent et se reproduisent de nouveau ; procurant au sol, avec leurs dépouilles, la matière organique qu'elles ont formée, en assimilant les principes de Tair et de l'eau.

On peut ^jouter à ces causes, les actions météorologiques s'exerçant sur les substances minérales contenues dans un sol divisé, ameubli par de fréquents labours. Par suite de certaines altérations* des éléments minéraux sont dégagés de leurs combinaisons. C'est ainsi qu'après une jachère prolongée, une plante trouvera dans le sol, de la potasse, de la silice soluble, qu'elle n'aurait pu y puiser avant. Sous le rapport de

DES lOfGRAIS. 735

la matière organique,^ la jachère enrichit la terre ; et si; sous celui de la matière miaérale, elle n'ajoute rien, elle rend cependant assimilables des jmncipes qui ne l'étaient pas.

Semences, tourteaux. <*-* C'est dans la graine que se réunissent, à l'époque de la maturité, la plus grande partie des principes azotés de la plante, et je puis ajouter, les phosphates. Les graines sont, pour cette raison, des engrais fort riches, dont on tire un trèsbon parti. En Toscane, la semence de lupin se vend comme engrais: elle contient 3 1 /2 pour 100 d'azote ; on l'emploie après avoir détruit sa faculté germinative par l'ébuUition dans l'eau ou par la torréfaction.

L'oi^e germëe ayant servi à la fabrication de la bière est aussi utilisée comme engrais. Les touraillons qu'on en détache après la dessiccation sont dans un état de division qui permet de les répandre réguUèrement. En Angleterre, on en met de 35 à 52 hectolitres par hectare, pour les céréales (1).

Le marcderamn contient une forte proportion de matière azotée. La décomposition des pépins est lenle, et, pour cette raison, le mr rc convient surtout à la fumure des vignes ; on le répand directement, ou après lui avoir fait subir une mac ération spontanée.

Les graines oléagineuses, après l'extraction de l'huile, laissent un résidu connu sous le nom de tourteaux ou de marc. L'huile ne renferme passensi-

(1) Sinclair, Agriculture prc ique et rmsofmiey l. 1, p. 443. Traduct.

blement de principes azotés : ces principes résident en entier dans les tourteaux ; ce sont, par cela même, d'excellents engrais. I^a proportion d'azote y Tarie de 3 à 9 pour 1 00 ; en outre, comme provenant d'une semence, ils renferment une quantité notable de phosphates. Eu raison de leur origine, les marcs de graines oléagineuses ne contiennent que fort peu d'humidité, et présentent, sous ce rapport, de grandes facilités pour les transports ; on les porte là où les chargements de fumier ordinaire ne pourraient pas arriver.

On applique les tourteaux de deux manières : 1 * en poudre, en les semant sur le champ, mélangés quelquefois avec la graine ; 2"" délayés dans Teau ou dans des eaux de fumier. Par leur putréfaction sous Teau, les marcs donnent une matière extrêmement fétide, en tout comparable, par son odeur et ses effets sur la végétation, aux excréments humains qu'on retire des latrines.

Bien que les tourteaux, par la forte proportion d albumine ou de légumine qu'ils renferment, soient très-convenables à la nourriture du bétail, on trouve cependant plus avantageux, dans plusieurs contrées, de les faire servir immédiatement à l'engrais des terres. L'Angleterre en reçoit de toutes les parties du continent, et la France seule en a exporté, de 1836 à 1840 inclusivement, plus de 120 millions de kilogrammes (1). C'est surtout pour les terrains légers,

(4) Leroy de Bi Ihuno, Rapport au conseil général d'agriculturr.

sablonneux, qu'on en recommande Tusage ; mais je puis affirmer, d'après mon expérience, que cet en* grais pulvérisé agit très-favorablement dans les terres les plus ai^leuses. Schwertz conseille d'ajouter une partie de poudre de chaux à 6 parties de poudre de tourteaux, lorsqu'il s agit de fumer un sol argileux et froid (1). L'intervention de la chaux caustique me semble toujours un mauvais auxiliaire de matières qui, comme les résidus des graines huileuses, passent promptement à l'état ammoniacal.

La poudre de tourteau est donnée au sol à des époques très^différentes, selon les besoins de la culture. Il est convenable de l'appliquer par un temps pluvieux. L'effet en est certain s'il vient à pleuvoir deux ou trois semaines après son introduction ; la sécheresse arrête son action ; il arrive souvent que la sole n'en éprouve aucune amélioration; mais l'effet ne manque jamais de se faire sentir sur les récoltes suivantes. Schwertz observe judicieusement qu'à cause de cette circonstance, beaucoup de cultivateurs ont méconnu les avantages que présente réellement cet engrais (2). Effectivement, le tourteau, selon l'état plus ou moiiis humide de la saison, peut se comporter comme une matière de difficile décomposition, comme un engrais lent dans

Joitmal d^agriddtvre praUquêf t. V, p. 364. Daos ce chiffre se trouve compris celui des tourteaux provenant des graines oléagineuses importées en France.

(1) Schwertz, Préceptes d'agriculture pratique^ p. 120.

(2) Schwertz, Précepte» d'agriculture pratique^ p. 122.

•rjg DES ENGBAIS.

son action; si, au contraire, rhumidité Tient en aide, il a^ra comme un engrais des plus actifs, donl l'effet est instantané.

En Angleterre , on met environ i ,000 kil<^. de tourteau par hectare. A Holkam, M. Coke l'enterre à la charrue, six semaines avaiit itf semaille des turneps ; cependant, on considère comme plus économique et plus avantageux de le répandre en poudre fine, en ligne et avec la semence (1).

Duhamel, et après lui M. Vilmorin, mentionnent des faits tendant à faire croire qu'il est pruden» d'appliquer le tourteau dix à douze jours a^anf de semer le grain (2). En Flandre, on en emploie 1 à« quintaux métriques par hectare sur les céréales, et on le répand avant l'hiver sur les grains levés.

Pulpes, résidus des féculeries. —îisins la fabrication du sucre de betteraves, la pulpe , fortement exprimée, est considérée comme un aliment ayant à peu près la valeur de la racine elle-même. Néanmoins, il arrive fréquemment que la production de cette matière dépasse les besoins de la consommation ; et comme elle est d'une conservation difficile, elle passe

aux engrais.

Les écumes et dépôts des défécations provenant de la même fabrication, renferment la matière albumineuse combinée à la chaux : l'analyse a indiqué 0,005 d'azote; c'est, à fort peu de chose près, la

(1) Sinclair, Agriculture pratique et raisonnée, 1. 1, p. 444.

(2) Duhamel, ^Wn»*»»'» d'agriculture, p. Î04.

proportion que Ton rencontre dans plusieurs fumiers de ferme humides*

Le nfnr mnmàt des raffineries eiX le charbqn d'os résultant de,la4;lanfîoatioii ou deia décoloration du sucre. Desséohé^ ce produit coutient 20 à 30 pour 100 d'albwRÎne^ , .

Oq clarifie ordinairement 100 kil. de sucre en introduisant dans la chaudière 2 litres de sang, et 3 à 4 kîl. de noir d'os. La coagulation une fois opérée, la liqueur est versée sur un Manchet, et le dépôt lavé. C'est ce dépôt qui constitue le noir résidb des rafBneries. Dans certains cas, le noir, avant d'être rejeté^ sert à' une seconde clarification ; il retient alors une plus forte proportion de sang coagulé; comme il devient spongieux, il est impossible de le laver ; aussi on ne l'emploie plus à la décoloration des sirops ; mais comme engrais, il a gagné' en qualité. Il y a là réunion de deux principes essentiellement favorables au développement des plantes : une matière azotée putrescible et un phosphate. Ce résidu des raffineries, si riche en matières fertilisantes, a été jeté aux décharges publiques jusqu'en 1820, époque à laquelle M. Favre, à Nantes, et M. Payen, à Paris, firent connaître tout le parti qu'on pouvait en tirer; Ce fut un bien grand service rendu à ragriculture; car, depuis lors, des quantités considérables de noir ont concouru à Tamélioration du sol. On peut juger de l'importance agricole de ce produit par les débouchés qu'il trouve dans l'ouest de la France. De 1840 à 1846, il est entré dans le port de

740 ^^ BNGRAIS.

Nantes plus d'un million de quintaux de noir des raffineries, c'est-à-dire en moyenne 167,000 quintaux par année (1). L'application de cet engrais a été si rapide que le prix de l'hectolitre (95 kil.), qui était d'abord de 2 fr., s'est élevé et maintenu à 12 ou 14 fr. Cet accroissement de valeur ne tarda pas à provoquer des falsifications d'autant plus bciles que toute substance pulvérulente de couleur noire convient à ce genre de fraude. Aussi emploie-t-on dans ce but du poussier de charbon de bois, de la tourbe en nature ou carbonisée, de la houille, du calcaire noir, du schiste argileux, du terreau, etc. On aura une idée de l'extension qu'a prise la faiisification, quand on saura que dans la Loire-Inférieure, dans les bonnes années, on incorpore aux engrais 600,000 hectolitres de tourbe. Ces mélanges sont quelquefois opérés avec une telle habileté que l'altération devient très*diffîcile à constater. Une analyse, ou plutôt un dosage du pho^hate de chaux et une détermination d'azote, me paraissent le meîllettr moyen d'assigner la qualité d'un noir des raffineries; il va sans dire que l'expert devra prendre, pour terme de comparaison, des produits de provenances non suspectes. La présence, en forte proportion, du phosphate dans un itoîr est une garantie de pureté que ne donnerait pas, seul , le dosage de l'azote, par la raison qu'il est aisé d'incorporer à des principes azotés des matières minérales inertes.

(I) Moride et Bobierre, Etudes chimiques sur les engrisiê, nuscrît.

Les noirs non falsifiés, renfermant une forte proportion de sang coagulé , agissent le plus efficacement. Toutefois y cette proportion doit avoir une limite; car les meilleurs renferment, sur 100 kil., 2 kil. 5 d azote, appartenant à 15 kil. de sang sec; et il faut bien reconnaître que 100 kil. de noir des raffineries agissent sur le sol bien plus favorablement que ne font 15 kil. de sang desséché. La partie minérale, le phosphate, intervient sans aucun dqute ; mais on assure que le noir d'os neuf ne donne pas, à beaucoup près, les résultats qu'on est en droit de lui attribuer quand il est associé au sang. De sorte que, comme engrais, l'équivalent pratique du noir des raf(ineries est bien supérieur à celui qui ressort de la proportion d'azote. On n'a pas, que je sache, expliqué d'une manière satisfaisante la cause qui fait que le charbon d'os, associé à une certaine quantité de matière animale, produit un effet fertilisant supérieur à la somme des deux effets attribuables, d'une part, au phosphate, et, de l'autre, au sang; toutefois, je ferai remarquer qu'on manque d'observations comparative^ établissant avec quelque précision l'action fertilisante de chacun des éléments associés. On a dit que si le noir résidu est plus actif que le sang qui s'y Irouve, cela provient de ce que les produits putrides, formés aux dépens de la matière animale, comme le carbonate, le lactate, l'acétate d'ammoniaque, sont retenus, condensés dans les pores du charbon, d'où ils ne s'échappent que lentement, au fur et à mesure des besoins de la plainte ; qu'on sup-

prime le charbon, et les produits volatils de la putréfaction du sang se dissiperont en quelque sorte instantanément. On constaterait la valeur de cette explication en fumant une sole avec du noir animal saturé des sels d'ammoniaque dont il vient d'être question.

MM. Moride et Bobierre voient, dans la circonstance de l'association du phosphate de chaux et de la matière animale, la cause de la propriété éminemment fertilisante du noir des raffineries, parce qu'une assimilation abondante d'éléments azotés par une' plante exige une assimilation correspondante de phosphate. J'ai dit précédemment que, dans les ^bstances azotées du règne végétal, il y a une corrélation évidente entre la proportion de Tazote et celle de l'acide phosphorique. Le fait est que l'addition d'une matière azotée putrescible ajoute considérablement à la qualité du noir animal : la preuve, c'est que le noir neuf, le noir non imbibé de sang, n'agit pas, à beaucoup près, avec l'énergie qu'il possède après avoir servi à la clarification du sucre*

Pour apprécier la quantité de matière animale absorbée par le charbon d'os, MM. Moride et Bobierre ont analysé ce charbon avant et après son application au raffinage. Comme on devait le prévoir, l'analyse a montré que la matière organique augmente dans le charbon à mesure que le phosphate diminue. Cependant il est hors de doute que le charbon animaliséy quoique proportionnellement moins riche en phofr» phate, est, comme engrais, bien supérieur au charbon neuf. C'est que dans les os carbonisés, le phosphate

dç chaux est le principe dominant; pour ce motif, il y a avantage à leur associer une matière azotée putrescible. Par une raison analogue, si, comme engrais, on n'avait à sa disposition que du sang, on ajouterait coi^^dérablen^t à son efficacité en y incorporant du phosphate calçaii^e. C'est ahisi que la gélatine et le phosphate de chaux qui, par leur réunion^ constituent les os, n'ont, appliquas isolément dans le sol, qu'un effet spécial et limité, tandis que les os^ en possession du principe azoté et du principe phosphaté, sont un engrais extrêmement puissant. Le noir neuf peut être comparé au phosphate calcaire des os; le noir de clarification, à ce même phosphate auquel on aurait restitué une partie de la gélatine ; et le charbon des raffineries a peut-être sur les os quelques ava^itages dépendants d'une porosité qui le rend plus accessible aux influences atmosphériques, plus facilement attaquable par l'eau chargée d'acide carbonique ; car on doit concevoir chaque molécule du sel calcaire, séparée par une molécule de carbone; cet état de division facilite nécessairement la dissolution du phosphate.

On emploie le noir des raffineries à raison de trois à six hectolitres par hectare ; il est avantageux de le répandre, après l'avoir mêlé avec deux fois son volume de terre passée au crible. Ce mode d'application ne saurait être trop recommandé lorsqu'il s'agit d'engrais pulvérulents. D'après le poids de l'hectolitre, on voit que, pour un hectare, la dose varie de 285 kil. à 570 kil. ; et, comme le noir, à l'état

OÙ il est livré par le commerce, renferme à peu près 37 pour 100 d'humidité, ces quantités répondent à 180 et 360 kil. de matière sèche. Prenant comme moyenne 270 kil., on trouve, d'après la composition du noir des raffineries, qu'un hectare de terre reçoit 162 kil. de phosphate de chaux, et 6 kil. d'azote représentent 33 kil. de sang desséché.

Les noirs résidus des raffineries portent ordinairement le nom de leur provenance, et on les cldsse d'après le volume de leur grain en :

Noir gros grain.

Noir grain.

Noir fin (1).

Le noir gros grain est en fragments de la grosseur d'une noisette; il ne contient qu'une très-faible proportion de matière organique, comme tous les noirs qui ont été employés à la décoloration ; on les tire généralement de la Russie et des États-Unis ; ce noir est très-convenable pour être mélangé avec des matières fécales, après avoir été broyé.

Le noir grain n*est pas très-répandu comme engrais, par la raison que, le plus souvent, il est revivifié, c'est-à dire qu'après l'avoir fait servir dans la raffinerie, on le calcine pour détruire la matière organique qu'il a acquise. En Bretagne, en Normandie, ce noir est particulièrement destiné aux céréales. Comme le gros grain, le noir grain, pour produire de bons eflets, doit être additionné de matières azotées.

(1) Moride elBobierre. Manuscrit.

Le noir fin est le noir des raffineries le plus efficace comme engrais, parce que, ayant servi à la clarification, il est additionné de l'albumine du sang; en outre, son état de division facilite nécessairement Faction des agents qui le rendent assimilable.

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