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Les matières azotées et le phosphate de chaux
DBS ENGRAIS. 747
étant ^évidemment les principes fertilisants des noirs réâdus des raffineries, on a cherché à confectionner des composts capables de remplacer ces produits. C'est ainsi (pxe M. Démolon prépare, dans le département du Finistère, un engrais qu'il nomme %oofime^ en unissant des madrépores, de la chair de cheval desséchée, de la chair de poisson à une certaine dose de noir des raffineries.
Un échantillon de zoofimey analysé par MM. Monde et Bobierre contenait (1) :
Matières organiques 26,6 Azote. 2,67
Sels solubles 0,3
Phosphate de cbain 20,4
Carbonate de chaux 40,4
Oxyde de fer ; alumine 0,3
Silice 7.0
Magnésie et perte 4.5
iOO,0
Les résidus des raffineries ont présenté dans leurs effets une anomalie consistant en ce que ces engrais, appliqués peu de temps après leur sortie des fabriques, ont été nuisibles à la végétation, tandis que, conservés en tas pendant un mois ou deux avant d'être employés, ils ont toujours agi favorablement.
L'anomalie est, au reste, facileà expliquer :1e sucre contenu dans les résidus des raffineries donne, par la fermentation, de ralcool, puis des acides acétique et lactique. Appliqués dans ces conditions, les résidus, en raison de leur acidité, doivent nécessaire-
(i) Moride et Bobierre, Mémoire sur les engrais.
748 DES ENGEAIS.
ment nuire au développement des plantes. Il n'en est plus ainsi, lorsque après une exposition suffisamment prolongée à l'air, la matière animale que le noir renferme a subi Taltération qui engendre de Tammoniaque; il se forme alors nonnseulement des acétates et des lactates de cette base, mais Tengrais accuse encore une réaction alcaline (1).
La pulpe de pomme de terre dont on a extrait Tamidon par le lavage, est un aliment utile, à la condition qu'on en aura exprimé l'excès d'eau. Il arrive quelquefois qu'à la fin de la saison du travail des féculeries, la pulpe, d'ailleurs d'assez mauvaise qualité vers celte époque, se trouve en concurrence avec les fourrages verts du printemps. Elle passe alors au\ engrais.
Les eaux de lavage des amidonneries déposent, pendant leur séjour dans les bassins où elles sont réunies, des matières organiques insolubles. Ces matières, enlevées à la fin de la campagne, égouttéo et séchées à Tair, constituent un engrais pulvérulent qu'un de nos agriculteurs les plus éclairés, M. Daiily. a utilisé. Les eaux au sein desquelles se déposent ce> engrais servent très-efficacement à rirrigation de> cultures; circonstance d'autant plus heureuse qu'elle^ occasionnent, par leur putréfaction, de graves inconvénients pour les localités environnantes. M. Dailh est parvenu, en les employant à l'arrosage, à faire
(I) Payen el Boussingaull, Annales de Chimie et de Physique. t. Hl, p. 95, 3* série.
DES ENGRAÎS. 749
disparaître Fincommodité résultant des fétides exhalaisons qu'elles répandent, et de plus il a réalisé avec les eaux de sa grande féculerie un bénéfice qu'il estime annuellement à 1,600 fr. (1).
Le marc de pommes à cidre abandonné à la fermen talion spontanée est porté, sur les terres En Normandie, on le croit très-convenable pour améliorer les prairies et les jeunes plantations de pommiers (2). Un marc obtenu en Alsace, desséché à l'air, a donné à l'analyse une proportion d'azote peu difTérente de celle du fumier de ferme (3).
Sinclair rapporte que dans le Herefôrd&hire, on convertit en bon engrais le marc des pommes et des poires en le mêlant avec de la chaux vive et en le retournant deux ou trois fois pendant Tété suivant (4). II est possible que l'addition de la chaux accélère la décomposition de la matière ligneuse, mais le marc de pommes se décompose assez rapidement dans la terre sans qu'il soit nécessaire de chercher à en accélérer la décomposition.
Débris des animaux. Les débris des animaux, les matières provenant des abattoirs et des dos d'équarrissage sont trè&>recherchés comme engrais dans les localités où l'on sait apprécier leur valeur.
(1) Payen et Bouasingaolt, Annaks de Chimie et de Pkytiq^^ 3« série, L Ul« p. 79.
(2) Leclerc-Thouio, Maison rustique^ t. I, p. 90.
(3) Payeo et Bouuingault, Anmks de Chimie et de Physique^ t. VI, p. 449, a< série.
(4] Sinclair, Agriculture pratique H raisonnée , t. I , p. 443. Traduct.
750 DBS ENGRÀI8.
Tous les produits du dépeçage sont d'ailleurs utilisés par les équarrisseurs.
Il est fait pour la première {bis mention de cette profession, dans un règlement du 28 juin 1404, disant: a que les Mrurgiens seraient tenus de pwter le sai^ des personnes qu'Us auraient saignées, dans la rivière, hors de la vUle et au^-dessous de ïécoreherie aux ckvaux qui est au-dessous du castel du Loiwre. » A peu près à la même époque, on défendit aax tueurs ei écorcheurs a d'écorcher dorénavant aucune bête dm leurs maisons, ou ailleurs dans la viUe, mais seulement dans les écnrcheries. » Soit que celte ordonoiciv n'ait pas été exécutée ou que Faction de Ttotonle se soit ralentie, l'emplacement assigné pour Téquatrissage n'existait plus cent cinquante ans après, et lt> écorcheurs exerçaient dans leur^ propres demeun> situées non-seulement dans les faubourgs, mais dan l'intérieur même de Paris. C'est ce que prouve u arrêt du parlement, enregistré le 20 octobre 1 oo; leur enjoignant de sortir de la ville et des faubouq et d'aller s'établir près de l'eau, en aval de la Sein Dès 1645, la profession d'équarrisseur était assez li crative pour que des spéculateurs aient obtenu i privilège à l'effet d'enlever et d'éijorcher les an maux morts. On croit que c'est à partir de cette ép que que les équarrisseurs prirent possession de Mor faucon, car il leur est ordonné de mettre les anima morts dans les fosses, aux écus de Biron, sises MotUfaucoUy destinées à cet usage. Cependant la pi part restèrent dans la rue du Pont-aux-Biches, c^
VBS ENGRAIS. ^Sl
tre, pendant plusieurs siècles, de toutes lesprofessicms dégoûtantes. Les habitants de ce quartier nourrissaient plus de trois cents chiens,^ et il leur arrivait fréquemment d'écorcher chez eux les chevaux qu'ils avaient volés.
Diverses ordonnances antérieures à 1780 établissent qu'on vendait la chair de cheval comme viande de boucherie; aussi, l'autorité chèrcha-t-ellef à plusieurs reprises à en prohiber l'usage. Ce commerce s'est reproduit assez fréquemment. Ainsi, durant la disette dont la France fut affligée lors de la' révolution, on a constaté que, pendant six mois, une partie de la viande consommée dans la capitale prove^ nait de chevaux abattus dans les clos d'équarrissage.
En 1811, époque à laquelle la cherté des vivres, la rareté du travail obligeaient les malheureux à recourir à tous les moyens pour assurer à leur sub* sistance, on rechercha de nouveau la chair de cheval. La police en saisit des quantités considérables chez plusieurs des gargotiers établis dans les quartiers habités par les indigents (1).
On tue ordinairement le cheval en plongeant un couteau dans la direction de la crosse de l'aorte. On enlève immédiatement la peau et la chair ; la carcasse est conduite au lieu de dépôt. La peau est livrée aux tanneries. Un cheval perd 1 5 à 20 kilogrammes de sang.
On estime à 35 par jour, ou à 12,775 par an, le
jllâ? (1) Rapport au préfet de police, par MM. Huzard, RohauU, Damoiseau, Tarlon et Parenl-Duchâteîet, secrétaire.
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nombre de chevaux tués dans les équamsa^este environs de Paris; on voit arriver ces animaux ^ files de douze à quinze, attachés VunîiVaulTe,e* nues par la faim et pouvant à peine se soutewtO commence par leur couper la crinière et lescnns « la queue. C'est surtout à Ventrée de Vtoet que\î fluence est grande, parce que c'est alors que les i tivateurs se défont d'attelages épuisés par leste de l'été. Un cheval est payé de 10 à 15 batics.
Les issues, telles que la cervelle, la langue, les mons, le cœur, le foie, sont vendues, sur pto cultivateurs, à raison de 6 francs la voilure ato deux chevaux, chargeant à peu près 2,500 kiH mes. Les intestins grêles sont réservés pour les diers.
Les tendons, desséchés, sont achetés par 1< cants de colle forte. On en expédie des quant sidérables à l'étranger. Après la peau et les la graisse est la partie du cheval dont Téq): retire le plus de profit. Les ouvriers montre grande adresse dans la recherche de cette en disséquant les muscles avec l'habileté d' miste. Us mettent huit à dix heures pour ( cheval gras, tandis que le dépeçage d'un c gre s'exécute en moins d'une heure.
Il y a dans chaque clos d'équarrissage Le tissu adipeux est coupé en morceaux de d'une noisette, avant d'être soumis à 1 chaudière est chauffée avec des os séch ques jours d'exposition à Fair. On enl
DES ENGKAIS. 753
d'une écumoire, les lambeaux de tissu cellulaire que Ton jette dans le foyer. La graisse fondue est versée dans des barils où, par le refroidissement, elle prend la consistance d'une pâte molle. Il est quelques chevaux dont on retire 40 litres de graisse ; les plus maigres en donnent 4 à 5 litres.
Les sabots et les fers qui les garnissent sont encore des produits assez importants. Les fers passent à la ferraille. Les ouvriers en corne développent les sabots en feuilles, qu'on emploie pour fabriquer les peignes les plus grossiers. Les débris de corne vont aux manufactures de sel ammoniac et de bleu de Prusse.
Les os plats, longs et suffisamment durs, ont toujours été recherchés par les couteliers, les tabletiers, les éventaillistcs ; mais les carcasses, les os ronds sont restés pendant fort longtemps une cause d'embarras sérieux pour l'équarrisseur; on ne savait où les porter. II y a à peine un siècle, on en construisait encore, dans Paris même, des murs de clôture, en les cimentant avec de la terre préalablement détrempée. Ces constructions, à la fois solides et légères, étaient fort communes dans le faubourg Saint-Marceau, dans le fauboui^ du Temple, en un mot, dans tous les lieux peu éloignés des clos d'équarrissage. Malgré ce singulier emploi, les ossements laissés sur la voie publique présentaient un spectacle repoussant. On ne s'en débarrassait qu'en les brûlant; opération qui répandait dans Paris Todeur la plus infecte. Ces inconvénients persistèrent jusqu'à l'époque, encore peu éloignée, où l'on découvrit le moyen d'en fa-
754 BBS ENGRAIS.
briquer de rammoniaque et du charbon animai.
Le squelette humide d'un cheval de taille moyenne pèse 50 kilc^rammes, et 25 kilogrammes seulement, après la dessiccation à l'air.
Si Ton abat annuellement, dans le voisinage immédiat de la ville, 13,000 chevaui, on doit en retirer à peu près 325,000 kilogrammes d'os secs.
Voici la valeur que Ton donnait, en 1 826, aux divers produits de l'équarrissage du cheval :
La peau lOàiSfr. »c. la pièce.
Le crin 2 » lekilogr.
La viande fratcbe.. . . 0 30 -^
Les lendons 0 60 -—
La graisse i 20 —
Les intesiins » » —
Lessabols 0 60 —
Les os 0 04 —
Asticots. — Les larves, connues sous le nom d'asticots, si recherchées des pécheurs à la ligne, sont encore un produit de l'équarrissage. Les asticots proviennent de plusieurs espèces de mouches qui pondent leurs œufs, ou déposent leur larve toute formée, sur la chair de cheval. Pour attirer les mouches, on étale sur le sol une couche d'intestins de quelques centimètres d'épaisseur, et recouverte d'un peu de paille pour la garantir des ardeurs du soleil ; au bout de quelques jours les matières animales sont remplacées par une masse mouvante formée de myriades de larves, s' agitant, grouillant au milieu d'une espèce de terreau. Après avoir séparé les détritus, les vers sont enlevés à la pelle ; on les vend à la mesure.
Il se fait une consommation considérable de ces larves, puisqu'on en récolle, sans interruption, pendant toute la durée des chaleurs. Les asticots servent à la nourriture des faisans, des jeunes oiseaux et des volailles.
La chair musculaire que l'on n emploie pas à la nourriture des animaux, est desséchée, après une €Oction préalable, puis réduite en poudre et appliquée comme engrais.
La méthode substituée depuis quelques années au dépeçage consiste à faire bouillir dans une chaudière, avec de Feau, les animaux morts. L'opération terminée, on trouve trois zones distinctes dans la chaudière. D'abord, à la surface, une couche de graisse; ensuite un liquide gélatineux, et enfin la chair cuite, qu'il est facile de séparer des os. A Tabattoir d'Aubervillers, dans les environs de Paris, l'opération s'exécute maintenant à l'aide de la vapeur produite sous une pression de 10 à 15 centimètres. Trente à quarante chevaux dépecés par quartiers, sont portés dans une chambre construite en bois et munie, à la partie supérieure et latéralement, de portes en fonte fermant à l'aide de vis. Un générateur fournit la vapeur; la graisse se sépare, et la viande perd, par l'action de l'eau, la plus grande partie de ses sels.
La viande de cheval séchée à Tair, telle qu'on la prépare à Aubervillers, contient, suivant M. Soubeiran :
Malière animale 84,8
Phosphate de chaux.... 2,4 Malière terreuse 2,8
Eau 10.0
La chair analysée renfermait 13,23 pour 100 d'azote.
Le sang des animaux abattus convient moins à la nourriture des porcs que la chair musculaire ; il parait même leur causer des maladies graves. Sa préparation comme engrais est des plus faciles quand on n'opère pas sur de grandes masses : il suffit de le faire coaguler d*abord par rébullition^ pour le faire sécher ensuite à Tair ou dans des étuves.
M. Bonnety adjudicataire du sang des abattoirs de PariSy a substitué à l'action de la chaleur, l'action de l'acide sulfurique pour opérer la coagulation. La dessiccation du sang coagulé par ce moyen, n'offre aucune difficulté ; mais on peut se demander si Ta* cide uni à l'albumine ne s'oppose pas à la putréfaction que doivent subir toutes les matières azotées pour agir comme matières fertilisantes. Si la décomposition putride du sang coagulé par ce procédé n'était que ralentie, il y aurait un avantage incontestable dans l'application de la nouvelle méthode. C*est à l'expérience à prononcer.
A Âubervillers, le sang provenant de l'abattage des chevauXy réuni dans des cuves, est coagulé par un jet de vapeur, après on le dessèche ; il contient alors 1 5 pour 100 d'azote.
^. Soubeiran lui assigne pour composition :
Malière animale 78,0
Phosphate de chaux 0,3
Sels et matières terreuses. 4,7
Eau 17,0
fOO,0
On pourrait employer comme engrais le sang liquide, mais la décomposition a lieu avec une telle rapidité, que les produits s'exhalent sans produire beaucoup d'effet. On peut remédier par deux moyens à cet inconvénient : 1"* en étendant le sang dans une grande masse d'eau que l'on fait servir à l'irrigation; V en faisant absorber le sang par de la terre végétale que l'on répand ensuite sur les terres.
On prépare dans des établissements spéciaux, situés près des grandes villes, des engrais pulvérulents dont le sang desséché forme la base. La richesse en azote de ces engrais, la présence des phosphates expliquent comment ils ont une valeur assez grande pour être transportés jusqu'aux colonies.
Les os sont formés de sels terreux, principalement de phosphate de chaux, et d'un tissu organique cartilagineux. Le rapport existant entre la substance organique et la matière terreuse varie avec l'âge des animaux.
Berzélius a trouvé dans les os :
De rhoBB«. D«
Cartilage soluble dans l*eau
bouillante 33,3 33,3
Phosphate de chaux 53,0 57,4
Carbonate de chani H ,3 3,8
Phosphate de magnésie .... 1 ,2 2,0
Sels alcalins i,2 3,5
iOO,0 iOO,0
Mes analyses établiraient pour la composition de< os du porc séchés à l'air.
Cartilage et humidité 46,6
Phosphate de chaux 49,0
Phosphate de magnésie 2,0
Carbonate de chaux i,9
Sels alcalins 0,5
Dans les os de poissons, M. Chevreul a rencontré :
Carlilage soluble et humidité. 43,7
Phosphate de chaux 48,0
Carbonate de chaux 5,5
Phosphate de magnésie 2,2
Sels alcalins 0,8
Les os destinés à l'agriculture sont ordinairement privés de la graisse ; à cet effet, on les fait bouillir dans Teau après les avoir concassés ; ensuite on les broie grossièrement entre les dents de cylindres en fonte. A ThierSy département du Puy-de-Dôme, on moud les os qu'on n'emploie pas à la confection des manches de couteaux. On obtient ainsi, en quantité considérable, une poudre très-grossière, onctueuse : desséchée à l'étuve, cette poudre a donné à l'analyse :
Matière animale 44
Phosphate de chaux. . . 56
En Angleterre, la poudre d'os est donnée aux céréales à la dose de 30 à 40 hectolitres par hectare. Mais il est évident que la dose dépend essentiellement de l'état de division auquel les os ont été réduits ; entiers ou même en gros fragments, ils ont peu d'action, parce que la matière animale qu'ils renferment se décompose avec lenteur, défendue qu'elle est par le tissu calcaire dans lequel elle se trouve enchâssée.
En fragments d'un volume de un à deux centimètres cubes, leur action met trois à quatre ans à s'épuiser. La pulvérisation du tissu osseux n'est pas exempte de difficultés ; aussi le prix de la poudt'e d'os est beaucoup plus élevé que celui des os livrés par les abattoirs. Diviser les os en poudre extrêmement ténue sans les appauvrir en matière animale est un problème dont la solution intéresse l'agriculture. On l'a résolu par un moyen chimique, en appliquant aux os en nature le procédé suivi dans les laboratoires pour la préparation du biphosphate de chaux.
Les proportions à employer pour traiter 100 kil. d'os frais sont :
Eau 150 kil. ou 150 litres.
Acide sulfurique. 50
Quand on agit sur des os en poudre, on commence par humecter la matière placée dans des vases
de grès, de f^omb, a?ec de Teao, jusqu'à ce qu'elle ait la consistance d'une pâte liquide. Cest alors qu'un introduit Tacide sulfurique, peu à peu, et en agitant continuellement la masse aiec un bâton dont Teitrémité est protégée par uoe lame de plomb. On obtient une bouillie très-liquide, d'une sapeur aciJe mêlée d'un arrière-goùt légèrement sucré. Vin.1quatre beures après, on délaye a^ec i,00u litres d'eau, et Ton répand sur les cbamps.
On a attribué les effets du biphospbate de chaux sur les récoltes, à ce que le phospbate de cbaux se trouTe dissous par un excès d'acide, condition qui le rendrait plus facilement assimilable. Cette opinion ne saurait être soutenue un seul instant ; car le biphospbate, ou en général un phosphate dissous par un acide minéral, détruirait par son acidité même les organes des plantes avec lesquelles il serait en contact. Le fait est qu'immédiatement après son introduction dans le sol, le biphospbate perd son excès d'acide par le fait de la présence du calcaire. Il arrive même qu'avant de répandre la dissolution sur le champ, on la sature ayec de la craie ou des cendres.
L'avantage que, selon moi, présente le traitement par l'acide sulfurique imaginé par le duc de Richemond, consiste en ce qu'il en résulte une division extrême, qu'on n'atteindrait par aucun moyen mécanique, et cela, tout en conservant à la substance osseuse, la totalité de sa matière animale. Toutefois, l'avantage du procédé chimique est singulièrement atténué, quand on l'applique à de la poudre
d'os. Aussi, dans ces dernières années, on a été conduit à préparer le biphosphate, en traitant les débris des équarrissageSy des squelettes entiers de chevaux; non plus dans des vases, mais sur une aire concave, dans un bassin construit avec des pierres peu attaquables par Tacide sulfurique.
Un cultivateur du département de TÂUier, M. Dujonchay, facilite le broiement des os, en les desséchant fortement au four, de manière à leur faire perdre un cinquième de leur poids. Dans les établissements où Ton opère très en grand, la mou*ture s'opère par des cylindres cannelés, par des laminoirs exigeant une force de dix-huit à vingt chevaux-vapeur. Il faut ensuite prendre de nombreuses précautions pour prévenir la fermentation putride, si prompte à se développer dans les tas énormes de matière pulvérisée. M. Dujonchay, par la dessiccation préalable, échappe, dans sa fabrique, à tous ces inconvénients. Les os desséchés sont concassés au moyen de cylindres en fonte de O^^SO de longueur, sur 0"'',20 de diamètre, armés de dents d'acier. La pulvérisation s'achève sous des meules en pierre dure.
Les os employés comme engrais ont donné lieu à des observations contradictoires ; dans quelques circonstances, leur effet a été à peu près nul. M. Payen a cherché à expliquer ces anomalies. Selon mon savant confrère, les os contiennent dans leurs parties celluleuses une substance grasse plus ou moins consistante, que Ton peut leur enlever en les faisant
762 DBS ENGRAIS.
bouillir dans l'eau; la quantité moyenne dégraisse que Ton extrait des os de boucherie est d'environ iO pour 100. On a remarqué que cette matière grasse diminue graduellement dans les os à mesure qu'ils se dessèchent. Elle disparaît presque complètement lorsque cette dessiccation a* lieu à une température élevée. C'est que l'eau, dégagée du tissu osseux par l'effet de l'évaporation, est remplacée parla graisse liquéfiée par la chaleur. Il en résulte que le tissu oiganique, déjà difficilement attaquable par le fait de sa cohésion, devient encore moins altérable lorsqu'il est imprégné de graisse, et que cette graisse, en réagissant sur le carbonate calcaire du réseau osseux, a formé un savon de chaux résistant à toutes les influences atmosphériques. On comprend que les os parvenus à cet état ne devront exercer qu'une action à peu près nulle, à moins d'être réduits à un degré de ténuité extrême. Cela seul peut expliquer comment, après un séjour de quatre années dans la terre, ils n*ont perdu, ainsi qu'on l'a constaté, que 8 pour 100 de leur poids, tandis que ceux extraits tout récemment des animaux, et dont on a enlevé la graisse par Teau bouillante, perdent dans le même espace de temps 25 à 30 pour 100 (1). Ces remarques montrent combien Schwertz s'est mépris en attribuant la mauvai*^^ qualité de l'engrais fabriqué avec de vieux os, ou avec des os bouillis, à l'absence de la graisse, qu'il considérait, on ne sait sur quelle autorité, comme
(!) Payen, Maison rustique^ t. 1, p. 94.
une substance des plus utiles à ta végétation (1). On ne comprend pas comment les corps gras agiraient comme engrais. J'ai d'ailleurs Reconnu , dans des' expériences Coûtes il y a quelques années, pour vérifier des résultats annoncés par un cultivateur qui attribuait Feffet utile des tourteaux aux matières grasses, que rhuile de navette n'exerce aucune action favo«*
rable sur la culture du froment.
Marc de colle. — Après avoir traité par l'hydrate de chaux les rognures de peaux, les tendons, pour préparer la colle forte, il reste un résidu qui , lavé et pressé, renferme tout ce que n'a pas dissous Teau bouillante, comme les substances tendineuses et cutanées, les poils, les débris d*os, de corne, de muscles, un savon calcaire et des matières terreuses«^ Ce mélange se putréfie rapidement ; mais une fois desséché, il se conserve pendant longtemps. Le marc de colle analysé à Télat sec, a donné à peu près 4 pour 100 d'azote. On en met sur un hectare 500 à 600 kilog.; mais il faut fumer tous les ans.
Pain decreton. — Cestlemarcdes graisses de bœufs, de moutons, de veaux , traitées par les fondeurs de suif. Ce résidu, formé en grande partie des membranes du tissu adipeux, de la graisse dont elles restent imprégnées, d'un peu de sang, de muscles, d'os, a été jusque dans ces derniers temps presque exclusivement employé à la nourriture des chiens. On a commencé depuis peu à utiliser le pain de creton
(1) Schwertz, Préceptes d'àgnoulture pratique^ p. 73.
comme engrais. Avant de le mettre sur les terres, on le divise avec une hache ; quelquefois on le détrempe dans l'eau chaude. Son action sur le sol se prolonge pendant trois ou quatre années.
Chiffons de laine. — On les emploie dans plusieurs industries, et on en expédie aussi pour l'engrais des vignes et des oliviers. La décomposition très-lente de la laine la fait agir pendant six à huit ans. C'est, par la proportion d'azote qu'elle contient, par le peu d'eau de constitution, un des engrais les plus riches et les plus favorables aux transports. Un cultivateur de Seine-et-Marne, M. Delonchamps, s'est servi avec succès de ces chiffons. 3,000 kilog., dont le prix revient à 180 fr. , suffisaient pour fumer un hec- ^tare pendant trois ans. La laine remplaçait aina 45,000 kilog. de fumier, qui, au prix de 70 cent, le quiiital, auraient coûté 315 fr. Au bout de trois années, M. Delonchamps donnait à ses terres du fumier de ferme pour trois autres années, afin de les entretenir dans un état assez meuble ; puis il revenait à ia laine. Avant de distribuer les chiffons, il convient de les diviser; on y parvient à l'aide d'une faux implantée sur un billot, sous un angle de 45''.
En Angleterre, on met sur un hectare 1 ,600 kil. de chiffons de laine découpés en petits morceaux. Sinclair prétend qu'ils réussissent mieux sur les sols secs, sablonneux ou crayeux, par la raison qu'ils attirent rhumidité (1). Je n'ai pas remarqué qu'il en
(1) Siaclair, Agriculture pratiqfie et raùùnnée^ t. I» p. 421.
soit ainsi. Dans le sol très-sec d'une vigne fumée avec de la laine, j'ai observé que les chiffons se décomposent très-lentement, et jusqu'à présent Teffet en a été très-peu sensible.
La r apure de corne agit avec une grande énei^e. Elle convient à toute espèce de sols; en Angleterre on en donne 36 hectolitres par hectare.
Les tendons y les rognures de peaux , les crins , les plumes, les résidus de colle d'os, sont des engrais analogues au précédent, et dont la valeur fertilisante se déduit surtout de la proportion d*azote contenue dans chacun d'eux. Cette valeur une fois fixée, chaque cultivateur connaît la dose de matière qu'il doit administrer à ses cultures, et cela d'une manière beaucoup plus rationnelle qu'en suivant des indications plus ou moins vagues. Ainsi, Sinclair veut que l'on enfouisse sur un hectare 8 hectolitres de débris de plume, et Schwertz en met sur la même surface quatre à cinq fois autant; rien n'est d'ailleurs aussi arbitraire que de doser au volume de semblables matières; on conçoit que le poids d'un hectolitre de rognures de peaux, de plumes, etc., doit différer considérablement, selon l'état de division des substances mesurées ; en général ^ c'est toujours au poids qu'il convient de prescrire le dosage des engrais.
Coquilles y vases de mer et de rivière. — Ces matières sont peu azotées, cependant leur abondance, la facilité de s'en procurer de grandes masses, font qu'elles sont extrêmement utiles dans les localités peu distantes des sources qui les fournissent. Les sels alcalins et
766 DBS ENGBAIS.
terreux que ces matières contiennent ajoutent d'ailleurs à leur propriété fertilisante.
Les sables de mer les plus employés en Bretagne sont désignés sous les noms de merl et de ireaz ou tangim.
Le maerl ou. merl, appelé aussi sable de mer, sable vermiculaire, fond de corail, est composé, pour la plus grande partie , de concrétions calcaires renfcrmaot quelques centièmes d'un tissu organique très-^azoté. Il est mêlé de coquillages et de divers débris de noadrépores. On le trouve en abondance dans la mer, à Tembouchure de la rivière de Morlaix, où il s'en fait une exploitation considérable. On assure qu'il s\ régénère, et de temps à autre on en découvre des banc^ nouveaux.
On recueille le merl dans des gabares, à Taîde de dragues. L'extraction se fait du 1 5 mai au 1 5 octobre ; les quais de Morlaix en sont couverts en cette saison, et on le transporte jusqu'à cinq lieues daas l'intérieur des terres. Une gabarée pesant 7,000 kii., se vend de 8 à 10 fr. On tire maintenant du tuer/ sur la côte de Plancourtrez. Dans la rade de Brest, on Ta découvert près de 1 embouchure de la rivière de Quimper. Enfin il parait que le sable de mer employé par les agriculteurs du Devonshire et du Cornwall est de même nature. Dans l'arrondissement de Morlaix, on en emploie 14,000 kilog. par hectare de terres légères et sèches, et 28,000 kilog. sur les sols argileux. On ne saurait douter que le merl n'agisse encore par sa matière calcaire sur les sols argileux de la
Bretagne, pour lesquels le sable seul est déjà un excel* lent amendement. C'est également au carbonate de chaux qu'il renferme^ qu'il faut attribuer les bons ef^ fefts qu'on a obtenus de son usage sur les terrains qui présentent des efïlorescences de pyrite de fer. U est convenable de le porter sur les terras, peu de tenips après sa sortie de la mer; par une exposition pro^ longée à l'air, il se désagrège et perd une partie de ses qualités.
Selon M. Besnou , le merl aurait la plus grande analogie avec le corail ; la matière organique est pla^ cée principalement à la surface, et elle se sépare facilement en xm tube qui en est en quelque sorte la gaine. Le merl se rencontre sous la forme de rognons perforés de trous habités par de nombreux annélides. Dans le merl de la rade de Brest, séparé du sable, M. Besnou a trouvé :
Matière organique azotée.
Silice combinée
Carbonate de chaux
Eau
Variété
Variété
rameute.
en rogooo.
On a constaté des traces de carbonate de magné-* sie, de sulfate de chaux, d'oxyde de fer et de sel marin.
Le treaz est un sable de mer recouvrant des plages dans diverses localités des environs de Morlaix ; c'est le même sable que l'on désigne sous les noms de tangue ou tanqtie sur nos côtes septentrionales. Ce sable
favorise la végétation, surtout après que les la^sçes ont enlevé la plus grande partie du^l dont il est imprégné. On le répand sur les terres en quantité plu5 considérable que le merl. Le peu de matière animale qu'il contient se putréfie et se dissipe lorsqu^il reste exposé à Tair pendant un temps trop long : au^ a-t-on établi iine distinction entre le ireaz frais ou vif et le ireaz mort.
M. Yitalis a donné des analyses du treaz ou tançue à ces différents états, qui ne prouvent qu'une seule chose, la grande différence de composition que le treaz peut présenter.
Taogue. Vite.
Eau 6,0 3,5
Oxydedefer 0,6 . 1,0
Sable micacé 20 »3 40,0
Argile 4,0 3,5
Carbonate de chaux G6,0 47,5
Matière organique, dosée par calcinatioD. 3,1 4,4
J'ai fait voir précédemment que la méthode par laquelle on dose la matière organique d'une terre ou d'un engrais donne le plus souvent des résultats fort incertains, et nous en avons ici une nouvelle preuve : la tangtie morte doit probablement renfermer moins de matière organique que la tangue vive. Néanmoins, les analyses de M. Yitalis suffisent pour montrer comment le treaz allège les sols compactes et argileux. Les cultivateurs en donnent jusqu'à 40,000 kilogrammes par hectare, afin de trézer le fond, qu'ils entretien-
nent ensuite avec un trézage beaucoup moins abondant (1).
Rien d'aussi variable, d'ailleurs, que la composisition de ces sables de mer. M. Besnou a fait plusieurs analyses de ces tréaz :
D«U Bai« ^*!!tf*'* YtMde
rftd€ de d« Du ^^ la rÏTière
Brest, tmuwtm. Conquet. Undcriiu. du Fao«.
Sable 29,0 51,5 60,0 73,7 88,9
Carbonate de chaux.. 70,0 45,0 27,0 15,4 2,4
Phosphate de chaux.. 1,0 » » » »
Sels solubles traces 1,1 4,2 1,3 1,3
Alumine » 1,5 » 3,7 2,6
Débris de végétaux ...» » » 6,9 5,4
Ces sables renferment, en outre, des traces de matière organique azotée et d'oxyde de fer.
On doit encore à M. Besnou quelques analyses des coquilles les plus communes.
Coquille d'huître Coquille desiécbée. d*ounia
DOodeMéobée.
Carbonate de chaux 98,3 71,0
Phosphate de chaux 1,2 2,0
Matière organique azotée 0,5 4,1
Alumine, magnésie, oxyde de fer. . traces »
Sels solubles » traces
Eau de constitution » 22,9
Sur plusieurs points des côtes de la Normandie, particulièrement à Lion-sur-mer, arrondissement de Caen, on ramasse, pour l'agriculture, d'immenses quantités de moules que les fortes marées apportent
(1) Payen et Boussingault, Annales de Chimie et de Physique, 3« série, t. III, p. 92.
770 ^^ jsmsiBMa.
sur la plage à certaines époques de Tannée. Le prix de ces bivalves varie de 80 centimes à 1 franc 50 centimes rhectolitre ; on les transporte jusqu'à 40 kîlon)ètreB dans F intérieur des terres (1).
En résumé, on voit que la tangue est un mélange de sable, d'argile, de débris de crustacés, de coquilles de madrépores, qui vient se déposer dans les anses, dans les baies, en un mot, sur les points du littoral où la mer est calmé. Dans le département de la Manche, son emploi comme amendement remonte à l'annêt 1760. Aujourd'hui, on évalue à plus de 500,000 mètres cubes les matières fournies pour le taaguage par les baies du mont Saint-Michel^ de Lessay et de Pont-de-1 a-Roque.
Les coquilles, les sables et les plantes ne sont pa> les seules matières utiles fournies par la mer à Tagriculture ; les poissons ou leurs débris sont très-souvent destinés à l'engrais des terres. Celte pratique est fort ancienne, et parait universellement répandue; j'ai déjà rappelé qu'à l'époque de la conquête de T Amérique, les Espagnols la trouvèrent établie chez les Indiens des côtes de Tocéan Pacifique. Sur le littoral de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, on fume aussi les terres avec des poissons ; il en est de même dans le voisinage des marais de Lincoln, de Cambridge et de Norfolk. Les résidus de la préparation des huiles de hareng, de chien de mer, de morue, sont excellent pour améliorer le sol; et dans le Comv^all, on
(«) Girardio et Du Breuil, Cours <r Agriculture, l. L
cueille, dans le même but, les débris des pêcheries (1). On a conseillé de mêler ces débris à de la chaux vive; cette addition est surtout convenable pour les huiles avariées de hareng : il se foi'me alors un savon de chaux qui s'oppose à l'action nuisible sur la végétation, que ne manquent jamais de produire les matières grasses (2) .
L'analyse de la morue salée, que j'ai faite conjointement avec M. Payen, a donné une proportion d'azote d'environ 7 pour 100. On comprend dès lors pourquoi la chair des poissons, leurs cartilages, se comportent comme des engrais trèsr-actifs.
Les dépôts formés par les eaux des rivières donnent aussi un engrais dont on tire souvent un parti fort avantageux. Le Nil, qui inonde périodiquement les plaines de la basse Egypte, doit son action fertilisante au limon qu'il dépose.
Sur les bords de la Durance, on recueille avec soin le limon charrié par cette rivière, pour améliorer les terres qu'elle parcourt. Les eaux des canaux d'irrigation dérivant de la Durance sont souvent troubles et impropres à l'arrosage : pour les débarrasser de ce limon, on les fait déposer dans une suite de trous ou nayy disposés de manière à recevoir le limon ou niie abandonné par Teau dont on a ralenti le cours. On enlève la niie lorsque, quelques jours après l'évacua^ tion des eaux du nay^ elle offre une consistance con-
(1) Sinclair, Agrictdture pratique et raisannée, t. I, p. 442.
(2) Thaër, Principes raisonnes d'agriculture , l. H, p. 2i5»
venable ; alors on la coupe par tranches et on 1. sur les bords. On fait deux à trois récoltes de ni an ; il n'est guère possible d'en faire davantag le dimanche des Rameaux est le jour fixé pour verture de la prise d'eau dans le canal de la Du! et la fermeture a lieu le jour de la Toussaint. Le du limon s'opère par couches successives : il esi tant plus abondant que les orages ont été pli quents pendant l'été. Les cultivateurs appori plus grande attention à la couleur des eaux charrient; ils connaissent à ce seul indice le I l'orage a éclaté et le torrent qui a enflé la Durai sont d'autant plus intéressés à se livrer à ce d'observation, qu'ils savent par là apprécier la et la qualité du limon : ainsi les eaux rouges r pas admises dans les nays, et on se garde mé les faire servir à l'irrigation des prairies, que) soit Turgence qu'il puisse y avoir. La nite, u extraite du nay, est exposée à l'air pour l'an l'état pulvérulent. On l'emploie lorsqu'il s'agif vêler le sol cultivé ; si on la destine à l'amélf des vignobles ou des vei^ers, on en couvre surface du champ, dans lequel elle est incorp des labours subséquents. La nite peut être a à tous les genres de cultures : admise dans i à blé, M. de Bellevai est parvenu à porter u ment de 4 pour 1 à celui de 12 pour 1 (1).
(i) Stanislas de Belleral, Annales de V Agriculture frai rie, l. XI V, p. 26i .
Suies de bois et de houille, cendres de Picardie. La suie est connue depuis iort longtemps comme un engrais utile. M. Braconnot a trouvé dans la suie d'une cheminée dans laquelle on avait brûlé du bois (1) :
Acide ulmique 30,0
Matière azotée soluble dans Teau. 20,0
Matière carbonacée insoluble 3,9
Silice 1,0
Carbonate de cbaux i4,7
Carbonate de magnésie trace.
Sulfate de cbaux 5,0
Phosphate de chaux ferrugineux. . i,5
Chlorure de potassium 0,4
Acétate de cbaux 5,7
Acétate de potasse 4,1
Acétate de magnésie 0,5
Acétate de fer trace.
Acétate d'ammoniaque 0,2
Principe Acre et amer 0,5
Eau 12,5
L'examen que j'ai fait avec M. Payen des suies de houille et de bois confirme la présence des principes azotés indiqués par M. Braconnot. Dans les grandes villes, on fait un commerce assez considérable avec la suie destinée à l'agriculture. On la répand en couverture sui: les trèfles et les jeunes froments, à la dose de 18 hectolitres par hectare (2). On a conseillé de la mêler à la chaux; mais, puisqu'il s'y trouve des sels à base d'ammoniaque, c'est évidemment là une prati-
(1) Braconnot, Annales de Chimie et de Physique, t. XXXI, p. 52, 2« série.
(2) Sinclair, AgrieuUure pratiqtte et raisannie, 1. 1, p. 451.
774 DBS ENGRAIS*
que vicieuse, qui trouve tout au plus son excuse dans la plus grande facilité que présente un semblable mélange pour être incorporé dans le soL Le mieux est certainement d'appliquer la suie seule, par un temps calme et pluvieux, comme le recommande M. de Dombasle. En Flandre, c'est particulièrement sur les semis de colza destinés au repiquage qu'on applique cet engrais, et 1 oh croit qu'il possède la propriété de préserver les jeunes plants de l'attaque des insectes. Près de Lille, on en donne 50 hectolitres par hectare (1). Schwertz cite plusieurs faits qui établiraient que l'effet de la suie sur le trèfle e^t des plus avantageux; il admet, en outre, que la suie de houille est préférable (2). Cet avantage de la suie de houille tient évidemment à deux causes : d'abord elle a plus de densité, et dans le dosage en volume un hectolitre de suie de houille contient réellement plus de matière; ensuite nous avons trouvé qu'à poids égaux, elle est plus azotée que la suie de bois.
Les cendres de Picardie se préparent par la combustion lente et imparfaite des tourbes pyritouses exploitées dans le déparlement de l'Aisne, pour la fabrication du sulfate de fer et de l'alun. Cette tourbe, disposée en las, s'échaufle et s'enflamme ; la combustion continue pendant un mois environ ; il se dégage d'abondantes vapeurs sulfureuses : le résultat est une cendre grise, renfermant encore des matières
(i) Cordicr, Agriculture de la Flandre française, p. 263. (2) Schwerlz, Préceptes d'agriculture pratique, p. i2o.
DBS ENGRAIS. 775
charbonneuses ; on en fait un usage très-profitable pour amender les prairies. On pourrait croire que l'utilité des cendres de Picardie dépend uniquement du sulfate de chaux qu'elles contiennent nécessairement, mais il est bien reconnu qu'elles sont beaucoup plus actives comme engrais ; et on peut en juger par ia<K>nsommatiôn qui en est fort étendue. L'analyse explkpie en partie la vertu fertilisante de ces cendres^' en montrant qu'elles renferment plus de 1 /2 potir 1 00 d'azote. Il est très-probable que pendant Tincinération lente de la tourbe, il se produit du sulfate d*am-^ monidque. !
Les cendres vitrioliques, résidu du lessivage de' lignites pyriteux et alumineux qu'on exploite pour la fabrication de la couperose, sont analogues aux ceh^ dres de Picardie et employées avec un égal succès en agriculture. A Forges-les-Eaux, les terres pyriteuséet lessivées sont mêlées avec un quart de leur poids de cendres de tourbe. C'est ce mélange qu'on utilise comme un engrais actif dans une grande partie du pays de Bray ; il convient également aux prairies, aux herbages humides et aux terres arables. L'analyse faite par MM. Girardin et Bidard a donné pour la composition de ces cendres (1) :
(4) Girardin et Bidard, Jourrud d'agriculture praiiçw, t. VI, p. 578.
Matière organique soluble 2^7
Humus insoluble 49,8
Sulfates de protoxyde et de peroxyde de fer. 1 ,8
Sable fin 39,0
Sulfure de fer
Peroxyde de fer
Les cendres vitrioliques de Forges-les^EauT sont plus azotées que celles de Picardie ; elles contiennent 2,72 pour 100 d'azote.
Ce qui se passe dans la combustion imparfaite de la tourbe pyriteuse, explique, jusqu'à un certain point, les effets de récobuage, pratique importante, très-répandue, et dont il serait difficile de comprendre l'utilité si elle ne se rattachait en quelque sorte à la production des cendres vitrioliques.
Les effets utiles de l'écobuage résident yraisemblablement dans la destruction des matières organiques très-pauvres en principes azotés, dans la transformation de la superficie du sol en une terre poreuse, charbonneuse, et par conséquent apte à retenir, en les condensant, les vapeurs ammoniacales dragées pendant la combustion ; enfin dans la production de sels alcalins et terreux, exerçant, comme on sait. Faction la plus utile sur la végétation (t).
Ces conditions sont si bien celles que semble réaliser Técobuage, que pour rendre cette opération favorable au sol, il faut de toute nécessité que les
(i) Payen et Boussingault, yénnales de Chimie et de Ph^siqmt^ 3« série, t. lU, p. 00.
végétaux soient transformés en cendres noires ; et, comme Ta fort bien remarqué M. Robert Hoblyn, lorsque l'incinération est complète, que le résidu est véritablement de la cendre rougeàtre, le sol peut être frappé de stérilité pour l'avenir (1). Une combustion peu ménagée, une entière incinération, amènerait également, et par la même cause, un mauvais résultat dans la préparation des cendres de Picardie; elles pourraient agir comme le font les cendres de tourbes des foyers ; mais privées de tous principes azotés, elles ne sauraient améliorer le terrain à la manière des engrais oi^aniques.
J'ai vu souvent pratiquer Técobuage dans les steppes de TÂmérique équinoxiale. On met le feu aux pâturages, lorsque l'herbe, parvenue à un certain développement, devient sèche et ligneuse ; la flamme se propage avec une vitesse incroyable en parcourant des espaces immenses. Le terrain devient noir, la combustion des parties les plus rapprochées du sol n'est jamais achevée. Quelques jours après le passage du feu, on voit poindre une végétation vigoureuse, et en quelques semaines le théâtre de l'incendie se change en une verte et riche prairie.
Déjections des animaux. Fumier de cheval. — D'après leur composition, les déjections du cheval devraient agir plus activement que les déjectionsde la vache. Cependant les cultivateurs les considèrent comme étant de qualité inférieure. Cette opinion est fondée
(i) Sinclair, AgricuUwre firatique et raisonnéej 1. 1, p. 485.
778 DES ENGBAIS.
jusqu'à un certain point. Ainsi, bien qu'il soit admis que les déjectiona du cheYal, enfouies dans la terre Etant d'avoir fermenté, donnent un engrais trèsr-pui:r sant, il est cependant reconnu qu'en général, les mêmes matières fournissent, par leur décolnpositioD, un fumier moins utile que celui des étables» Cela tient uniquement à ce que les déjections de l'écurie, en raison de leur peu d'humidité, offrent de plus grandes difficultés pour être traitées convenablement; mêlées à la litière, mises en tas, elles s'échauffent rapidementet se dessèchent. Si l'on n'entretient pas dam la masse en fermentation une quantité d'eau suffisante pour modérer la température ; si l'on ne prévient pas, par un tassement convenable, l'accès de l'air, on perd, à n'en ,pas douter, une proportion considérable des principes qu'il importerait de conserver. Je puis en donner un exemple frappant que je prendrai dans la conversion du fumier de cheval en engrais complète» ment consommé.
Un fumier frais du cheval contenant, à l'état sec, 2,7 d'azote pour 100, ayant été disposé en couche épaisse et abandonné à une décomposition complète, a donné un terreau dans lequel il n'entrait, au même état de siccité, que 1 pour 100 d'azote. J'ajouterai que par cette fermentation, le fumier avait perdu à peu près les 9/10 de son poids. On peut juger, d'après ces nombres, combien a été grande la perte en principes azotés. Dans la pratique, quelque peu de soins que l'on apporte dans la confection du fumier de cheval, on ne pousse jamais la fermentation à ce de-
gré extrême ; mais il n'en est pas moins vrai que l'on en approche plus ou moins, et que le résultat^ pour n'être pas aussi défavorable que celui auquel je suis arrivé, est encore très-désavantageux. Aussi les praticiens éclairés ont-ils jugé depuis longtemps que le traitement des déjections du cheval demande des soins, des attentions dont on peut se dispenser lorsqu'il s'agit de convertir en fumier les déjections des bêtes à cornes; et M. Puvis a constaté que pour obtenir de bons résultats dans la confection du fumier des chevaux, il faut lui donner plus d'humidité qu'il n'en peut recevoir par les urines de ces animaux ; que si on ne l'arrose pas, il se dessèche, perd de son poids et de sa qualité, tandis qu'en l'entretenant convenablement humide, il produit une quantité de fumier à demi consommé, de qualité supérieure et au moins égale en poids à celui des vaches (1).
M. Schattenmann, ayant eu à sa disposition les produits d'une écurie de deux cents chevaux, a suivi, pour la confection du fumier, un procédé des plus rationnels, dont il a obtenu d'excellents résultats. Il a établi une fosse peu profonde, de 400 mètres carrés de surface, divisée en deux parties égales. Le fond de cet emplacement était disposé de manière à présenter deux plans inclinés permettant aux eaux de se réunir au milieu, où se trouvait un réservoir muni d'une pompe pour ramener sur le fumier les liquides qui en découlaient. En outre, l'eau nécessaire pour
(1) Puyis, Journal d'Agriculture pratique^ t. lU, p. 09.
maintenir un degré conYenable d'bumidité el^ fournie par une autre pompe communiquant a^^: un puits. Cette dernière disposition est indispe^sable ; car la quantité d'eau nécessaire est » coddérable quand on opère sur de semblables m" ses, qu'il ne faudrait pas songer à se la procurer [< d'autres voies. Les deux parties de l'aire ont été &. ternatîvement garnies de fumier sortant des écurie on tassait jusqu'à la hauteur de trois à quatre o; très; on foulait fortement, et on arrosait ak damment. Le tassement et l'humidité constante str deux conditions indispensables au succès im bonne confection. M. Schattenraann ajoutait aui eaux saturées par les parties solubles du fumie: du sulfate de fer en dissolution ou du sulfate <i^ chaux en poudre, afin de transformer en sulfate ^ carbonate d'ammoniaque développé pendant la fermentation, et s'opposer ainsi à sa volalilisatioufl!^ est presque inutile d'ajouter qu'il fallait ne pas intr> duire dans la matière un excès de sulfate d^ '^- Dans l'emploi du sulfate de chaux, on n'a ^ ^ craindre cet inconvénient.
Je ferai cependant observer, en me fondant a^^ constitution la plus générale de l'urine des herbivores, que l'intervention du sulfate de fer, et ^^^ celle du plâtre, doit être plus nuisible qu utile. <> urines contiennent du carbonate de potasse, à^^
(1) Sctaattenmann, Annaki de Chimie el de Phy»^* ^ ^ t. IV, p. 417.
l'action est des plus favorables à la végétation. Or, le sulfate de fer, le sulfate de chaux, le transforment immédiatement en sulfate de potasse, sel à peu près inerte. Ainsi, pour s'opposer à une déperdition d'ammoniaque, qu'on prévient à l'aide de quelques soins, on prive les fumiers de leur propriété alcaline, propriété qui fait qu'ils agissent à la fois comme les engrais organiques et comme les engrais minéraux, comme les cendres de bois, par exemple.
Les agriculteurs recommandent ordinairement de réseiTer le fumier de cbeval pour les sols argileux, profonds, humides; cette recommandation s'adresse uniquement au fumier obtenu par la voie suivie communément. Quant au fumier de cheval préparé avec l'attention que j'ai indiquée, il convient à tous les sols ; et s'il diffère du fumier de vache, c'est par sa qualité supérieure. C'est ce qu'explique l'analyse élémentaire des excréments et de l'urine d'un cheval nourri au foin et à l'avoine.
100 d'urine ont donné 12,4 d'extrait sec.
J'ai trouvé pour la composition de cette urine :
▲ l'étal liquide.
Carbone 4,46
Hydrogène 0,47
Oxygène 1,40
Azote 1,55
Sels 4,51
Eau 87.61
Les excréments du même cheval ont donné par la dessiccation 24,7 pour 100 de matière fixe.
782 DES BN6RAIS.
Uanalyse a indiqué dans :
Lei excréments tecf. Les excréiBeatihnB,46.
Carbone 38,7 9,56
Hydrçgène 5, i i »26
Oxygène 37,7 9,31
Azote 2,2 0,54
Sels 16,3 4,02
Eau » 75.31
Le fumier des bêtes à cornes est souvent trèsraqueui surtout lorsqu'il est fourni par des animaux mh it vert ; à cause de celte humidité, sa confeclion ej^l Icile à conduire. Son équivalent est plus «levé qu» celui du fumier de cheval ; il est en effet moins azulc et partant moins actif.
Si la nourriture exerce beaucoup d'influence >c la qualité du fumier, les conditions dans lesquels * trouve le bétail en exercent une qui n'est pas ni''' grande. Les vaches laitières ou saillies donnent un fumier moins azoté, moins chargé de phosphates f celui des bœufs de travail ; cela se conçoit aisémeni les principes azotés et phosphatés de la nourridisont distraits des sécrétions pour concourir au dt'^f" loppement du fœtus, à la production du lait; p^r'» même raison, les déjections des élèves, toutes circoï^ stances égales d'ailleurs, procurent un engrais nioio riche que celui des animaux adultes. J'aurai occasiot de revenir sur ce sujet important, qui n'a pas élésulfisamment approfondi.
L'urine et les excréments d'une vache lail»^^
rendant par jour 8"^',25 de lait^ ont donné à l'analyse les résultats suivants :
100 d'urine contenaient 11,7 d'extrait sec. J'ai trouvé pour la composition de :
L^urîne sèche. L'arine liquide.
Carbone 27,2 3,18
Hydrogène 2,6 0,30
Oxygène 26,4 3,09
Azote 3,8 0,44
Sels 40,0 4,68
Eau... 88,31
100 d'excréments frais ont laissé, à la dessiccation, 9/k de matières sèches.
Les excréments secs. Les excréments humides.
Carbone 42,8 4,02
Hydrogène 5,2 0,49
Oxygène 37,7 3,54
Azole 2,3 0,22
Sels 12,0 1,13
Fumier de porc . — D'après ce que j'ai pu observer, les porcs bien nourris et à l'engraissement donnent des déjections fortement azotées, devant, par conséquent, produire du fumier de bonne qualité. Schwertz a constaté effectivement que cet engrais agit plus activement sur les terres que ne le fait celui des déjec- «
lions de la vache.
100 d'urine de porc ont donné à l'analyse.:
784 DES ENGRidS.
Urioe Mche. Urine liqaidc
Carbone 12,1 0.25
Hydrogèoe 1»5 0,03
Oxygène 25,9 0,54
Azuie 11,0 0,23
Sels 49,5 1,03
Eau 97,92
100 d'excréments frais ont laissé 16 de inatièiv> sèches.
Bicréroenti «cet. Exerrâi. homides.
Carbone 27,6 4,42
Hydrogène 4,5 0,72
Oxygène. . . i . . . 22,9 3,66
Azote 4,4 0,70
Sels 40,6 6,50
Eau... 84,00
100,0 lOO.OO
Le fumier de mouton est des plus énergiques : c'e>l ce que confirme Tanalyse; les excréments de moutoo sont peu aqueux, et contiennent à Fétat normal prt^ de 1 pour 100 d'azote. Le plus souvent on les applique directement, au moyen du parcage. Schwertz estime qu'un mouton, pendant une nuit, fume ud6 surface d'un mètre carré (1); nous avons trouvée Bechelbronn 1 mètre 1/3. Voici le détail d^une observation :
Deux cents moutons ont parqué pendant quinze nuits sur un chaume de seigle, dont la superficie était de 3,973 mètres carrés, soit 1",32 pour la surface assignée à un mouton. Cette fumure a produit un
(1) Schwertz, Préceptes éfagricuUure pratique, p. 161.
DBS ENGRAIS. 785
maximum d'eCTet sur la récolte de navets venue après la céréale.
Un chimiste danois, M. Jœrgensen, a soumis à Tanalyse les déjections d'un mouton nourri avec du foin:
Urine lèche. Urine liquide.
Carbone 31,7 4,28
Hydrogène 3,9 0,53
Oxygène 20,5 2,77
Azote 9,7 1,31
Sels 34,2 4,61
Les excréments ont perdu à la dessiccation à 1^5% 57, 6 d*eau pour 100. Analysés à l'état sec, on en a retiré :
Carbone 44,0
Hydrogène 5,3
Oxygène 35,6
Azote 1,7
Sels 13,4
La colombine est considérée comme un engrais chaiid, tellement actif, qu'il faut en user avec prudence. Le fumier de pigeon convient à toutes les cultures. Schwertz l'a appliqué pendant longtemps, et toujours avec le plus grand succès, sur le trèfle, en le mêlant avec de la cendre de houille (1).
Les cultivateurs flamands se procurent la colombine dans le département du Pas-de-Calais, où il
(1) Schwertz, Préceptes dagricidture pratique^ p. 156. I. 60
786 DES ENGEÂIS.
existe de nombreux pigeonniers. On loue un pigeonnier à raison de iOO fr. par an, pour la fieiUe de 600 à 650 pigeons : c'est ordinairement. la cbacge d*une voiture. Dans les environs de UllOiOn ^emploie particulièrement cet engrais sur le lin et le tabac. Selon M. Cordier, la fiente de 7 à 800 pigeons sufBrait pour fumer un hectare de terrain (1). On peut juger de la valeur de la colombine par la forte proportion d*dzote qu'elle renferme : celle de Bechelbronn en contient 8 1/3 pour 100 (2). Il y entre, en outre, une forte proportion de phosphate. Ce résultat ne doit pas surprendre, quand on sait que la matière blanche mêlée à la fiente des oiseaux est de Tacide urique presque pur.
Le guano est un engrais analogue à la colombine ; l'usage en est très-répandu sur le littoral du Pérou. Le guano parait être le résultat de l'accumuIatioD séculaire des excréments d'oiseaux qui ont leur refuge dans les ilôts et sur quelques points de la côte de la mer du Sud. Cette matière forme des dépôts ayant souvent plus de 20 mètres d'épaisseur, qu*on exploite à ciel ouvert, principalement dans les île» de Chinche, près de Pisco; mais on en connaît des gisements plus au sud, dans les Iles de Iza, de Oo, à Ârica, et dans le voisinage de Payta, comme j*ai pu m'en convaincre durant mon séjour dans ce port. Les habitants de Chancay se livrent particulièrement
(0 Cordier, Àgrieulture de la Flandre française^ p. 256. (2) Payen et BouasingaaU, Annak9 de CMmê et de Fk^mqm. 3* série, t. UI, p. 403.
DES ENG&AIS. t87
au commerce du guano. De petits bâtiments, nommés guaneros^ font constamment le transport de cet engrais (1).
Yauquelin et Fourcroy ont les premiers fixé l'attention :s|jc la nature du guano ; l'échantillon qu*ils ont examiné : avait été vapporté par M; de Hudubûldt ; il renfermait : . :
1» de ràcîde urique (0,25).
2" de l'oxalale d'ammoniaque. -
^ du cbloriiy4lrato d'ammoniaque.
4®. de roxalate de potasse.
8® des phosphates de potasse et de chaux.
6^ du Dhlorare de potassium- .
7« uoe matière grasse.
%o du sable.
Plus récemment, M. Fownes a analysé la même matière. Un échantillon, en poudre, d*un brun clair et répandant upe odeur extrêmement désagréable, a donné (2) ;
Oxalate d*ammoniaque \
Acide urique. 1 ^^^
Traces de carbonate d*ammoniaque» ( '
matière organique /
Phosphate de ebaui et magnésie..*. 29,S
Phoaphates^et cWorutes alcalins.;. • • . I .^
Traces de sulfates •••) *
Un autre échantillon, plus foncé en couleur et sans odeur, contenait :
■«««Mw^Vii^«i**^>^^— o^v^a^i^a»— ^^
(i) De Humboldl, Annalet de Chimie, t. LVI, p. 258. (2) Fownes, BMloihèque universeUe de Genève , t. LXm, p. 104, nouvelle série» .
Oxalate d'ammoniaque par *♦»•
Phosphates terreux **»2
Phosphates, sulfates et chlorures alcalins. 14,2
La composition du guano confinnerait, s*il en était besoin, l'opinion qu'on s'est faite sur son origine, les îles qui le fournissent sont encore habitées pendant la nuit par une multitude d'oiseaux pêcheurs ; toutefois, d'après les supputations de M. de Humboldt en trois siècles leurs excréments ne pourraient former qu'une couche d'un centimètre d'épaisseur, et l'imagination recule devant l'âge qu'il faudrait assigner aux dépôts actuels avec cette lente progression : aussi, M. de Humboldt se demandait si ces dépôts ne seraient pas antédiluviens, s'ils n'appartiendraient pas aux époques où se sont produits des couches de lignite. Cette supposition paraîtra aujourd'hui d'autant plus fondée que, depuis qu'elle a été faite, on a observé des blocs de roches, non-seulement à la surlace, mais encore dans l'intérieur des amas de guano.
Il ne faudrait pas déduire la composition moyenne du guano, des analyses précédentes faites sur des échantillons de choix; la matière terreuse y est ordinairement plus abondante. Un guano importé en Angleterre et en France, a présenté une proportion d'azote fort éloignée de répondre à 25 pour 1 00 d'acide urique. Dans trois essais, l'azote a été : 0,4i, 0,05 et 0,05 ; la moyenne serait 0,08, équivalant à la quantité d'azote contenue dans la colombine.
Récemment on a découvert et exploité des dépôts de guano sur la côte sud-ouest d'Afrique, dans les ilôts d'Àngra, de Fequena^ de Malago et à Ichaboe. Un échantillon apporté d'Ângra, avait une couleur brune, une odeur fortement ammoniacale ; on y apercevait des fragments de plumes, des coquilles d'œufs, des débris de végétaux. M. Francis y a trouvé :
Carbonate, oxalale, chlorhydrate d'ammoniaque. ) a a i>
Acide urique, humus ) '
Phosphate de chaui et de magnésie 22,4
Phosphates et sels de potasse 7J
Sable 0.8
Eau 27,1
Un autre échantillon, également d*origine africaine, analysé par M. Tesmacher, renfermait environ 4 pour 1 00 d'acide ulmique combiné d'ammoniaque.
Carbonate, phosphate, oialale, ulmate
d'ammoniaque 25
Phosphate, sulfate de potasse, chlorure., ii
Phosphate de chaui et de magnésie 32
Matière terreuse 2
Eau 30
iOO
La composition moyenne du guano du Pérou, de bonne qualité, déduite de nombreuses analyses, peut être exprimée ainsi :
790 MS fiNGRAIS.
; Urate d'«iriiBoiiiaq«ie • — 04,5
Acide urique .....* * 00.6
Oxalale d'ammoniaque 06.7 J 1 8,3
Cblerliydrftie d'amrooniaque %••. ^ «.«»'•« • 02,6
PhoBpbaie d*ammouiaqae 03,0
Phosj^hate de polasse , ,• 02»S
Pbosptaie de soude .,. 00,9
Phosphate ammoaiaco-viâgnésien • 00»5
Pho&pbalis de chaux * • 25,8
Phosphate de magnésie 2.0
Sulfale de polasse 2,0
Sulfate de soude ^^'^
Sel marin *»0
Oxalate tle chaux <^»^
' Silice «,5
'Humus et matière organique indéterminée. 4,3
Eau et perte • 27,1
À Aréquipa, au Pérou, on met 400 V\\. de guano pai' Hectare, pout^ la culture du maïs. On admet qu*uii terrain non fumé, donnant en mais 18 pour 1 de semence, produira 230 par l'action de cet engrais.
C'est surtout dans les sols sablonneux et peu fertiles de la côte qu'on obtient un résultat aussi avantageux: dans les terres riches, il ne faudrait pas s'attendre à un effet aussi prononcé. Ainsi, dans certaines parties de l'Amérique du Sud où, sans l'intervention du fumier, on obtient 238 pour I de semrnce, on comprend que le guano ne porte pas la récolte beaucoup au delà. Cette réflexion, au reste, est commune à tous les engrais, et si j'ai cru devoir la faire, c*est qu'elle explique pourquoi le guano, bien qu'agissant très-utilement dans les terres d'Europe, n'occasionne cependant pas toujours un rendement comparable
DBS BHGaAIS. 791
à ceux qu'on obtient dans les sables du Pérou* La litière des versàsùie est utilisée comme fumier dans le Midi. L'ânalyèe y indique SpouriOO d'azote. : Les déjécïions d$ T flamme wnt tmdes agents les plus acti^ dont dispose le eulti? ateurr Dam les pays oii l'industrie c^cole est en progrès, ces déjections sont très-récherchées , et on n'épaiîgne auenne peine pour se le«s procurer. ^En Flandre, les matières; fécalfes sont r^objeid'ûn eèmmeroelrès-étendu, et, dans la pinoximitë dès villes populeuses^ elles sont d'une immense ressource pour l'amélioration du sol. Les Chinois les recueillent avec un soin minutieux, dans des^vases disposés de distance en distancé le long des 4^hemins les plus fréquentés ; des vieillards, des femmes et des enfants sont occupés à les délayer et à les déposer près des plantes (1). Souvent on les pétrit avec de Targile, on en forme des briques que l'on pulvérise quand elles sont sècbes, puis Ton répand cette poudre en couverture. Il résulte de l'emploi presque exclusif de cette poudrette, qu'en Chine les champs ne présentent que la plante utile qu'on y cultive, et qu'il est difficile d'y rencontrer une herbe nuisible.
Avant la conquête de l'Amérique, les Péruviens des hauts plateaux des Andes fertilisaient leurs cultures de mais avec des excréments réduits par la dessiccation à Tétat pulvérulent.
(i) Stanislas Julien, Annales de Chimie et de Physique^ 3« série, i.lll, p. 65.
La qualité des matières fécales, comme engrais, dépend beaucoup de la nature et de TaboodaDce des aliments consommés par les individus qui les ont rendues. D'Ârcet rapporte à ce sujet un fait curieux : Un agriculteur avait acheté le contenu des latrines d'un des restaurateurs les plus en vogue du Palais- National ; encouragé par le succès qu'il obtint de leur emploi, il voulut en étendre Tapplication , et se rendit, dans ce but, adjudicataire des vidanges de plusieurs casernes de Paris. L'engrais de cette nouvelle acquisition ne produisit plus Teffet qu'on en attendait; il en résulta des pertes.
M. Berzélius a trouvé dans les excréments de l'homme :
1» Débris des aliments 7,0
2» Bile 0,9
3« Albumine 0,9
4" Matière extractive particulière 2,7
5» Matière Ti»queu8e, résine, résidu insoluble,
matières animales indéterminées i 4,0
6'» Sels 1,2
7» Eau 73,3
Les sels avaient pour composition :
Carbonate de soude 29,4
Chlorure de sodium (sel de cuisine). 23,5
Sulfate de soude • i 1 ,8
Phosphate ammoniaco-magnésien. . . 1 i ,8
Phosphate de chaux 23,5
iOO,0 (i)
(1) Berzélius, Annales de Chimie, t. LXI, p. 321.
Un homme rend par jour :
EXCRÉMENTS hnmidet. Met.
465 gramm. 44,5 gramm., d'après Dallon. 191 — 51.6 — — M.Valenlin.
142 — 35,0 — — M. Barrai.
Urinede l'homme. — Sa couleur varie du jaune clair à l'orange foncé; sa saveur est salée, légèrement acre . L'odeur qu'elle émet est singulièrement modifiée par l'usage de certains aliments. Les asperges rendent l'urine d'une extrême fétidité ; l'huile de térébenthine lui communique, au contraire, l'odeur de la violette. Elle est presque toujours acide. Sa pesanteur spécifique, un peu supérieure à celle de l'eau, se tient dans les limites de 1,005 à 1,030 ; l'urine rendue le matin est plus dense, plus colorée , plus salée, plus odorante que celle émise dans le cours de la journée; elle laisse déposer un sédiment jaunâtre d'acide urique qui, étant plus soluble à chaud qu'à froid, se précipite par l'effet du refroidissement. Abandonnée à elle-même, elle se putréfie rapidement en développant des sels ammoniacaux.
De Turine fraîchement rendue a donné à l'analyse (1) :
(1) Berzélius, Atmalei de Chimie, t. LXXXIX, p. 22.
Urée 3,0i
Acide urique 0, 10
Matières animales indéterminées j ...
Acide lactique et lactate d*ammoinaque. } '
Mucus de la vessie • 0,03
Sulfate de potasse 0,37
' Sulfate de soude 0,32
Phosphate de soude.. 0,29
Chlorure de sodium 0,45
Phojsphate d^ammoniaque 0,17
Chlorhydrate d*ammoniaque 0,15
. Phosphates de chaux et de magnésie.. •• 0,10
Silice traces.
Eau 93,30
Les phosphates de chaux et de magnésie, le phosphate ammoniaco-magnésien, sels insolubles , sont tenus en dissolution par Tacide qui se trouye dans Turine à Tétat de liberté ; aussi, quand cet acide est saturé par Tammoniaque développée lors de la putréfaction , les phosphates se déposent en un sédiment plus ou moins abondant.
La quantité d'urine sécrétée en vingt-quatre heu* res, par un individu, serait, en prenant la moyenne de quarante-huit expériences faites par M. Lecanu, de 1,268 grammes, renfermant :
Urée 25,0 grammes.
Acide urique 1,0
Sel marin 17.5
Phosphates terreux. 1,2
Matières fixes 44,7
Eau 1223,3
D'après la composition des substances renfermées
dam l'urine 9 il en résulte que, chaque jour, un homme émet par les voies urinaires 12 grammes d'azote, et environ f gramme de phosphate terreux.
L'urine recueillie dans un pissoir public de Paris a donné, à l'analyse, 7 pour 1000 d'azote.
Comme les substances azotées de l'urine finissent par se transformer en ammoniaque, agent si actif des engrais, je crois utile de rapporter ici quelques déterminations d'azote faites dans mon laboratoire à l'occasion de recherches particulières sur l'urine rendue le matin.
Oripne. Gartctèrei. Aiote p. 100.
Homme de 46 ans Acide 1,84
— 21 ans — 1,02
Enfant de 8 ans Légèrement acide. 0,70
— de 8 mois Très-peu acide.. . 0,16
Homme de 35 ans , graveleux. Neutre 0,59
Femme diabétique — 1 ,00
Cheval a... Peu alcaline 1,72
— Alcaline 1,63
Vache — 1,23
— Très-alcaline 4,33
Lapin — 1,76
Chameau — 3,00
Éléphant — 0,31
Rhinocéros. — 0,51
Les matières fécales peuvent ^étre appliquées immédiatement à la culture , à la sortie des latrines. Dans quelques parties de la Toscane , on les délaye
dans trois fois leur volume d'eau. J'ai yu répandre les vidanges, sans être étendues, sur un chaaip dt* froment, sans qu'il en soit résulté aucun inconvénient; de sorte qu'il faut considérer cette préparatioicomme un simple moyen de distribuer plus également la quantité d'engrais dont on dispose.
C'est surtout dans la. Flandre française que les déjections humaines sont recueillies avec le plus de soins. Le réservoir destiné à leur conservation est uides objets essentiels de tout domaine agricole. Le fermier établit dans son voisinage une cave voûtet en maçonnerie, dont le sol est pavé en grès ; les quatre murs et la voûte cylindrique qu'ils supportent sont en briques. On ménage deux ouvertures; Tune perce l'épaisseur de la voûte dans son milieu, elle est destinée à l'introduction des matières; l'autre, plus petite, est pratiquée dans le mur du nord , et a pour objet de permettre l'accès de l'air jugé nécessaire à la fermentation. Un semblable réservoir peut avoir une capacité de 32 mètres cubes. Toutes les fois que les travaux de culture le permettent, les attelages vont à la ville acheter des vidanges qu'on verse ensuite dans les caves, où elles séjournent oi^inairement
pendant plusieurs mois avant d'être portées sur les terres.
L'engrais flamand, la gadoue ou courte graisse^ car celte matière est désignée indistinctement sous ces différents noms, est répandu à l'état liquide avant ou après les semailles, ou bien encore à la suite du repiquage. Son action est prompte et énergique. Lorsque
DBS ENGRAIS. 797
la semaille est achevée, et que le sol a reçu toutes les façons que les cultivateurs flamands prodiguent à la terre , on conduit dans des tonneaux , le soir, une charge d'engrais tirée de la fosse. A la limite du champ se trouve une cuve de la capacité d'un quart de mètre cube, dans laquelle on dépose la matière. Â l'aide d'une cuillère de bois fixée au bout d'une perche de 4 mètres de longueur, un manœuvre puise le liquide dans la cuve, et le répand autour de lui. La cuve vidée, on la transporte sur un autre point ; alors l'opération recommence et se continue jusqu'à ce que la totalité de la gadoue soit employée (1).
L'achat , le transport et l'application de l'engrais flamand ne laissent pas d'être dispendieux; aussi voyons-nous qu'on l'administre particulièrement aux cultures industrielles, à celles dont les produits marchands ont le plus de valeur, comme les plantes à huile, et particulièrement le tabac.
Cet engrais, du moins celui que nous avons examiné , M. Payen et moi, est d'un jaune verdàtre, et on ne saurait mieux le comparer, sous le rapport de l'odeur, qu'à une dissolution très-étendue d'hydrosulfate d'ammoniaque. Ce sel s'y rencontre à n'en pas douter; mais, par son exposition à l'air, il passe trèspromptement à l'état de sulfate de la même base. Selon M. Kuhlraann, on reconnaît la qualité de l'engrais liquide à son odeur, à sa viscosité, à sa saveur salée et piquante. Parla fermentation dans les fosses,
(1) Cordier, AgricuHure de la FUmàn françaisej p. 240.
798 DBS ENGRAIS.
qu'on ne yide jamais complètement, les matière» fécales deviennent en effet légèrement yisqueuses. LoFsque les excrémenis solides domineot dans la matière fermentée, elle exerce sur la T^étatîoD une action de plus longue durée; maïs lorsque la gadoue proyient uniquement des urines» ^Ue agit presque immédiatement. après son af^lieation. Dam lès deux cas, l'effet de l'engrais flamand est limité à la durée de la campagne ; c'est un engrais anmud , comme toutes les matières organiques dont la fermentation putride est achevée*
Quelquefois on jette 4aaB la citerne 4es tmarieaux réduits en^ poudre,; c'est quand la gadoue est trop allongée d'eau ou bien encore quand on en muique.
Voici, suivant M. le professeur Kuhlmamiy uo exemple de l'emploi de l'engrais' flamand sur une rotation adoptée dans Içs environs de Lille ^ durant laquelle on fait colza, blé, avoine.
Première année. En octobre Ou novembre^ on fume avec le fumier de ferme, en Tenterrant j^ fa charme. On répand alors 600 hectoUtres d!engrai$ liquide par hectare, on donne un deuxièoie labovr et Von plante le coba.
Deuxième année. Le colza récolté, on laboure pour les semailles d'automne, et on répand ^ 120 à 150 hectolitres d'engrais liquide par keetare. On sème le froment* .
Troisième année. Labour sur éienles de blé ; on introduit 1 20 hectolitres d'engrais liquide, et Ton sème de l'avoine. Si , par quelques circonstances , on se
DBS BNGRAI8. 799
trouve dans Timpossibilité de donner Fengrais li--> quide en automne, oii le répand en mars, et alors on a observé qu'on peut en mettre -on cinquième de moins. On évite autant que possible de raj)pliqa6r à cette époque, à cause des dégâts ' qu'occarionnent presque toujours les charrois. C'est pour éviter ces dégâts que , sur les champs de colza, lorsqu'on est forcé de les fumer après la plantatiori, on leur donné du tourteau en poudre.
Pour les betteraves, on porte la dose d'engrais flamand à 1,500 hectolitres par hectare; mais quand cette racine est destinée à la fabrication dix sucre, on évite tout emploi de gadoue ^ rexpérience ayant dé«montré qu'elle eicerce sur la production d«i sucre la plus fâcheuse influence.
À Lille, le prix d'achat de Tengrais flamand est de 25 centimes l'hectolitre. On estime en Flandre qu'un hectolitre, pesant environ 100 kilog«, équivaut â 250 kilog. de fumier de ferme. L'engrais que nous avons analysé, M. Payen ,et moi, avait été envoyé par M. Kuhlmann ; à Tétat liquide, il a donné 2 pour i 000 d'azote. Mais il ne faut pas oublier que par sa nature, l'engi'ais flamand réalise son maximum d^action dan^ la saison où il est mis sur la terre ; Tannée suivante, il n'agit plus. Le fumier d'étable, au contraire, du« rant la même période de temps, n'exerce qu'une partie de l'effet total qu'il est capable de produire , et qu'il produit réellement les années suivantes.
Comparer l'engrais liquide au fumier sur une cul* ture annuelle, c'est comparer cet engrais à la firaction
800 DBS BNGRAIS.
inconnue du fumier de ferme qui réagit dans la première année, et d'une semblable comparaison il n'est pas possible de déduire les valeurs relatives des deux fumiers. J'ai insisté sur cette circonstance, parce qu'elle se reproduit souvent dans l'appréciation des engrais, et qu'en n'en .tenant pas compte, on s^expose à porter un jugement défavorable sur certaines ma* tières dont la décomposition est lente, à la vérité, mais qui finissent cependant par communiquer au sol une amélioration plus durable. La célérité d*actioD dans un fumier est une qualité précieuse dans un grand nombre de cas, et l'engrais flamand la possède au plus haut degré. Toutefois, c'est aussi un avantage que de posséder un engrais élaborant, au fur et à mesure des exigences des plantes, les principes uUles à leur développement, suspendant cette élaboration pendant Thiver, et restant dans la saison pluvieuse à l'état à peu près inerte, insoluble, lorsque la. végétation est interrompue,, alors que les eaux pluviales dissoudraient en pure perte la matière fécondante. Ces avantages, auxquels il faut joindre celui de diviser, d'ameublir le sol, le fumier d'étable les présente ; ils sont tels que ce fumier, même en Flandre, est une oécessité dans la culture, et que les engrais annuels n'en sont réellement que les auxiliaires..
La méthode pratiquée en Flandre pour utiliser les vidanges est certainement des plus rationnelles. C'est celle que l'on suit en Alsace, dans le voisinage des villes ; j'y trouve cette seule différence, que le cultivateur se dispense d'emmagasiner la matière, parce qu'il
va la chercher au moment où il veut i*employer. On rapplique comme en Flandre, ou bien on l'incorpore à des substances absorbantes, comme delà paille, du fumier. À Strasbourg, on effectue le transport dans des voitures formant un coffre de forme parallélipipède parfaitement étanche, fermé par un couvercle mobile, et d'une capacité de 36 hectolitres.
Le prix d*achat de 36 hectol. de matières est. 9 fr. » c.
Frais de vidange 5
Droit de sortie payé à l'octroi 1 10
Gratification allouée au valet de ferme 2
"Tt lo"
Ces frais portent le prix de l'hectolitre, sur place, à 48 centimes. On donne ordinairement dix voitures de gadoue par hectare de chanvre, de tabac, de choux ou de navette.
Les vidanges de Paris sont traitées d'une manière toute différente, qui semble être en opposition avec les plus simples notions de la science, de l'hygiène et de l'économie : je veux parler de la confection de l^poudrette.
il existe à la porte même de Paris, à Montfaucon (1), un lieu de dépôt pour les vidanges, consistant en un bassin supérieur, d'une superficie de 6,000 mètres carrés, et d'environ 10 mètres de profondeur. C'est dans ce bassin, cubant 60,000 mètres
(i) Montfaucon n'est plus aujourd'hui qu*uo lieu de dépôt, doù les matières sont conduites à Bondy, au moyen de tuyaux pour les liquides, et de bateaux pour le transport des substances épaisses.
cubes^ que sont amenées, dans de très-grands tonneaux, les vidanges des dWers quarliers. Des entreprises particulières, soumises à des règlements de police, se chargent de Textraction et du tran^xirt des matières fécales, aux frais des propriétaires des maisons. Une fois déchargées^ Mon tfaucon, ces matières appartiennent à la ville, qui afferme leur exploitation. La vidange d'une fosse d'aisances se paye, à Paris, en moyenne, 8 francs le mètre cube ; et, comme on estime à 600 ou 800 mètres cubes le volume de matières enlevées chaque nuit, il en résulte, par conséquent, toutes les ii heures, une dépense de 5,600 fr., entièrement à la charge des propriétaires.
Ce premier bassin de dépôt communique avec des réservoirs divisés en cinq ou six compartiments placés au-dessous, dans lesquels se rendent les eaux vannes, que Ton fait écouler lorsque les parties soHdes se sont déposées. Ces eaux, avant d'arriver dans ces réservoirs inférieurs, se tamisent à travers un clayonnage grossier; là, elles occupent d'abord un compartiment où, par le repos, elles abandonnent encore des matières solides; de ce premier compartiment, elles passent dans un autre , et ainsi successivement, en déposant, dans chacune des stations, un sédiment de plus en plus ténu. A la sortie des réservoirs, l'eau vanne est dirigée dans un égout aboutissant à la Seine. On conçoit qu'à mesure que les stations se multiplient, elle tient en suspension de moindre proportion de particules solides, et que, par conséquent, l'épaisseur des sédiments.
DES ENGBArs. 803
dans les divers compartiments parcourus, diminue à partir du point d'entrée ; aussi, laut-il un itemps assezconsidérable pour retpplir les derniers comipartiments qu'on ne vide que tous les deux ou trois ans ; tandis que les plus rapprochés du lieu de déchaîne s'exploitent chaque année. Le bassin de déchaiige, où a lieu le dépôt le plus abondant, est même vidé deut ou trois fois par an.
Lorsqu'on juge qu'un bassin contient une quantité suffisante de dépôt, on enlève le liquide au moyen d'une vis d'Àrchimède, si la différence de niveau, du bassin où l'on veut la déverser ne permet pas de la faire écouler. La matière fécale est chargée dans des tombereaux et portée surun champ placé dans le voisinage des bassins. Là, on Tétend, on la herse pour renouveler 1^ surfaces et accélérer la dessiccation ; on répète cette opération jusqu'à ce que la matière soit asse2 consistante pour être mise en tas. Au bout de quelque temps, on l'étalé en couche peu épaisse; on la piétine pour, la diviser, en ayant soin d'enlever les pierres, les débris de poterie, puis on la crible. C'est alors qu'on l'amoncèle en. tas,, atteignant quelquefois un. volume de trois mille mètres cubes; ainsi amoncelée, la poudrette ne tarde pas à éprouver une fermentation assez vive; la masse s'échauffe, et il s'en dégage des vapeurs aqueuses et ammoniacales. C'est à ces tas que les cultivateurs vont prendre leurs chargements. L'hectolitre de poudrette se vend environ 4 francs 50 centimes. Les 700 mètres cubes de matières fécales transportées
804 DES BNGBAIS.
chaque jour à Montfaucon produisent, au maximum, 100 mètres cubes de poudrette.
La poudrette est d'une couleur brune ; elle pèse 67 kilog. l'hectolitre; mesuré comble, Thectc^tre contient 1/6 en plus. Par. une distillation opérée à 200 ou 300*, elle doiine 52,5 d'un liquide ammoniacal, et 47,3 de matière sèche dans laquelle se trouvent des sels ammoniacaux fixes, tels que des sulfates, des phosphates, des chlorhydrates, etc. Les recherches de M. Jaquemart établissent que dans 1 00 parties de cette poudrette il entre 1,26 d'ammoniaque, dont la plus grande partie est à Tétat de carbonate ; mais elle renferme, en outre, de la matière animale donnant, par la distillation sèche^ une quantité à peu près égale d^ammoniaque (t). D'où il suit que 100 de poudrette représentent euTÛron 21/2 pour 100 d'alcali volatil, ou 2 d'azote. Par une analyse directe, nous avons obtenu 1,6 d'azote.
M. Soubeiran a examiné la poudrette de Montfaucon et celle de Bercy, livrées au commerce en 1847. Il n'est pas indifférent de citer la date, parce qu'il y a lieu de croire que de graves modifications se sont introduites récemment dans la préparation de cet engrais, elles contenaient :
(1) Jacquemart, Annales de Chimie et de Physique, l. VU, p. 37S, 3* série.
De Montfaiieon. De Bercy.
Matière organique 29,00 24, 1 0
Sels solubles alcalins 0,43 0,85
Carbonate d'ammoniaque traces. 0,00
Carbonate de chaux 3,87 7,36
Sulfate de chaux 3,87 4,00
Phosphate ammoniaco-magnésien. 6,55 5,45
Phosphate de chaut 3,46 i ,44
Matières terreuses 24.82 43.20
Eau 28,00 43,60
100,00 az.i,78 100,00az.l,98
A Bercy, la poudrette est préparée avec des vidanges de fosses, divers débris, et du sang des abattoirs.
L'administration municipale de Paris afferme la voirie de Bondy
Pour la somme de 500,000 fr.
Elle a à sa charge :
Dépenses du dépotoire, entretien des
machines 125,000 fr.
Transports par bateaux, à Bondy. . • 25,000
Revenu net du fermage 350,000
La poudrette est répandue sur le sol à Tépoque des labours ; on en donne de 20 à 30 hectolitres par hectare; elle produit de bons effets sur les prairie??
Bones de Paris*
Aujourd'hui les immondices sont transportées à 2000 mètres au delà du mur d'enceinte ; il n'y a plus de voiries spéciales. Pour établir un dépôt il
suffit d*ètre autorisé. Tous les matins, les tas d'ordures disséminés sur la . voie publique sont enlevés par les boueurs. La superficie du pavé de la ville est divisée en cantons, et le canton en sections calculées de manière à ce que chacune d'elle fournisse la chaîne d'un tombereau à un cheval. L'entrepreneur adjudicataire du nettoiement concède une ou plusieurs sections à des cultivateurs des environs qui, à jour et heure fixés, viennent enlever les ordures des maisons et la boue provenant du balayage.
Des renseignements pris à la Préfecture de police établissent que, pour ce service, on emploie chaque jour :
Le matin, 100 voitures à un cheval.. . . | ^40 voitures à deux chevaux. ) Le soir, 50 voilures à deux chevaux. 100
680 chevaux.
Les voitures étant à deux roues, on peut adopter 1200 kilogrammes pour la charge traînée par un cheval. On trouve ainsi que, toutes les vingt-quatre heures, on enlève 816,000 kilogrammes d'immondices, soit par an 298 millions de kilogrammes, chaque habitant de Paris en produirait alors environ 298 kilogrammes.
Le curage des égoûts, le balayage, Tenlèvement des boues, Tarrossement public occasionnent chaque année à la ville une dépense de onze cent mille francs: ' '
Les boues fraîches, vertes^ ne conviennent paë à
DBS ENGRAIS. 807
Tagriculture; il faut les laisser en tas, à Toir libre, pendant six mois au moins avant de les uiiliseb comme engrais. En fermentant, elles répandent une odeur des plus nauséabonde et perdent une grande partie de leur poids et de leur volume.
MM. Haywood et Lee estiment que la seule ville de Schefiield, ayant une population de 110,000 âmes, fournit par an 2, 1 77 tonnes anglaises en immondices, débris de toute nature, supposés secs, dans lesquels il entre :
Potasse et soude 541 ^253 kilogramn^es.
Chaux et magnésie 368,280
Acide phosphorique S28^i65
Azolc 757,710
Noiranimalisé. — Les succès obtenus par l'application du noir des raffineries, et Taugmentab'on de prix qui en fut la conséquence, conduisirent à la recherche d*un engrais analogue. Le noir animal, base du résidu des raffineries, étant d'une valeur assez élevée, on a essayé de le remplacer par de la terre végétale calcinée à rabri de Tair. On obtient * ainsi une poudre charbonneuse, poreuse, absorbante avec laquelle on prépare le noir animalisé. Â cet effet, on y mélange à la pelle, un volume égal au sien de matières fécales. Ce mélange est mis en tas sur un sol suffisamment incliné , afin de favoriser l'écoulement de l'excès de liquide; puis, on l'étend sous des hangars, oii il est retournée,
brassée, de manière à favoriser la dessiccation. Quai. J le mélange a pris une consistance convenable, on y introduit encore un nouveau volume de vidanges ; i»d favorise de nouveau la dessiccation, et Ton opère aii;>< jusqu'à ce qu'on ait fait absorber successivement d la terre torréfiée trois ou quatre fois son volume iiiitial de déjections. En été, l'opération dure un mois. A cause de la propriété absorbante de la terre, rodtar de la matière fécale est considérablement atténuer. Ce procédé est, en réalité, une préparation de pi»;idrette. C'est une dessiccation des déjections, favoris par un mélange terreux, ayant l'avantage de pont aux pertes réelles qu'on supporte en suivant L méthode ordinaire; mais pour l'acheteur, indifférent aux pertes du fabricant, le produit n'est p(i> ^ comparer à la poudrette, et encore moins au n.%: des raffineries. En effet, le noir animalisé, dont L base est une substance à peu près inerte, de la tein calcinée, contiendra peut-être, à poids égal, unepli> forte proportion d'éléments ammoniacaux que ti\r. renferme la poudrette, mais évidemment on n'y trouvera jamais une dose aussi élevée de phosphate. 1^ comparaison avec le noir des raffineries est encore [ku^ défavorable au noir animalisé dont la teneur en plK>>phates est incomparativement moindre. La préparation de ce produit a toutefois ceci d'avantageux, qu\ile permet de livrer à l'agriculture une quantité con^idérable de matières fertilisantes, en grande partie perdues jusqu'aujourd'hui.
L'odeur infecte des matières fécales est, jusqu'à un
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certain point, un obstacle à l'extension de leur emploi. Toutefois cet obstacle ne se présente que dans les localités les moins avancées dans l'industrie agricole ; et un fait assez remarquable, c'est que le dégoût qu'inspirent naturellement ces matières a surtout été surmonté dans les pays justement renommés pour l'excessive propreté et l'aisance de leurs habitants; je puis citer la Flandre et l'Alsace. On a dit que certains végétaux alitnentaires venus dans une terre fumée avec les déjections humaines, en contractent l'odeur. Dans le cercle très-limité de mes observations sur ce sujet, je n'ai rien remarqué de semblable.
Composts. On a beaucoup écrit, beaucoup discuté sur les avantages des composts ou mélanges propres à l'amélioration du sol. Les recettes sont nombreuses ; elles prouvent que la découverte d'un compost demande peu d'efforts de la part de l'intelligence. Qu'il soitpossible d'unir entre elles différentes matières, de manière à obtenir un composé agissant avantageusement, c'est ce qui arrivera indubitablement toutes les fois que ces matières seront elles-mêmes prises isolément» de bons engrais. Mais qu'on parvienne à remédier à la rareté du fumier, à le créer en quelque sorte par des composts, c'est là un point très-sujet à contestation. Quand on discute avec attention les nombreux mélanges indiqués comme conduisant à ce but, on s'aperçoit toujours que la méthode revient à étendre, à délayer, un engrais puissant avec une substance inerte ou peu active. Ce mode de procéder peut avoir son côté avantageux ; il permet une répartition plus