‹ Économie ruraleChapitre 122 sur 129 · De l'Influence des déf rlchemenis sur In dUninuilen · texte numérisé non relu

De l'Influence des déf rlchemenis sur In dUninuilen

des cours d'ean*

C'est une question importante, et aujourd'hui généralement agitée , que celle de savoir si les travaux agricoles des hommes peuvent modifier le climat d'un pays. Les grands défrichements , les dessèchements de marais si influents sur la répartition de la chaleur dans les différentes saisons de l'année^ influent-ils aussi sur les eaux vives qui arrosent une contrée, soit en diminuant la quantité de pluie, soit en permettant aux eaux pluviales une évaporation plus prompte, lorsque des forêts ont été abattues et transformées eo grandes cultures ?

Dans de nombreuses localités, on a cru reconnaître que, depuis un certain nombre d'années, des cours d'eau utilisés comme moteurs se sont très-sensiblement amoindris. Sur d'autres points, on est fondé à croire que les rivières sont devenues moins profondes; et l'étendue croissante des plages recouvertes de galets qui apparaissent sur leurs bcfrds, senoible attester la disparition d'une partie de leurs eaux ; enfin des sources abondantes se sont presque taries. Ces remarques ont principalement été faites dans les vallées dominées par de hautes montagnes, et l'on croit avoir remarqué que cette diminution des; eaux a suivi de près l'époque à laquelle on a commencé à détruire, sans aucun méns^ement, les bois qui se trouvàientTépartis à la Surface du pays. '

Ces faits indiqueraient que là où des déboise-

GONSlDdijBUTIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 731

ment^ se sont effectuéis, il y pleut moins qu'autrefois : c'est en effet l'opinion assez généralement adoptée^ et, si on l'admettait définitivement sans un examen plus approndi, on serait conduit à tirer tout d'abord cette conséquence, que les défrichements di* minuent la quantité de pluie que reçoit annuellement une contrée. Mais, en même temps que l'on a constaté les faits que je viens de rapporter, on a observé que , depuisJe déboisement des montagnes, les rivières et les torrents qui semblent avoir perdu une partie de leurs eaux , présentent des crues subites et tellement extraordinaires qu'il en résulte souvent de grands désastres. De mèmeon a vu, à la suite de violents orages, des sources à peu près sèches surgir tout à coup avec impétuosité, pour se tarir bientôt après. Ces dernières observations, on le conçoit facilement, doivent avertir de ne pas embrasser légèrement l'opinion commune, qui admet que la coupe des bois diminue la quantité annuelle de pluie : car il n'y aurait rien d'impossible à ce que non-seulement cette quantité n'ait pas varié, mais il pourrait encore arriver que le volume des eaux courantes fût resté le même , malgré les apparences de sécheresse présentées à entames époques de Tannée par les rivières et les sources ; peutrêtre y trouverait-H>n œtteiBeuk^difiCéreiice, que l'écoulement de la même masse d'eau devient beau^ coup plus irrégulier par l'effet du déduiisèffient : par exemple, si les basses eaux que présente le Rbtoe pendant une partie de l'année, étaîeiit c^bipensées exactement par un nombre suffisant de grandes imies,

considérables. S'il en était î toujours cet avantage , qi qu'elles ménageraient en qu des eaux pluviales. Si réellei deviennent plus rares à n nwnfs prennent de l'extemi qu'en effet les pluies sont de^ ou bien i ce que révapora) risée par un sol que les ■• la fois contre les rayons du Ces deux causes, agissant < vent souvent se combine!

évaluer isolément ce qui l'autre, il convient d'abon établi que les eaux courant d'une contrée, au milieu de défridiements ; en un root pris l'apparence du fait po reste, le point utile de la qi

CONSIDÉRATIONS MiTÉOROLOGlQUES. 733

térium pour arriver à la solution de cette question.

Les lacs sans issues qu'on rencontre soit dans les plaines, soit sur les divers étages des chainesde montagnes, me paraissent éminemment propres à éclairer la discussion. On doit, en effet, considérer les lacs comme des jauges naturelles, destinées à évaluer, sur une échelle colossale, les variations que peuvent éprouver les eaux courantes qui arrosent un pays. Si la masse de ces eaux subit une variation dans un sens quelconque, il est évident que cette variation sera indiquée par le niveau moyen du lac , par cette raison que ce niveau varie à différentes époques de l'année, selon que la saison est sèche ou pluvieuse. Ainsi, le niveau moyen d'un lac s'abaissera si la quantité d'eau courante qu'il reçoit diminue ; il ^s'élèvera , au contraire, si les eaux vives deviennent plus abondantes; enfin ce niveau restera stationnaire si le volume d'eau qui se rend dans le lac reste le même. Dans la discussion, j'ai considéré de préférence les observations relatives aux lacs sans issues ; la raison en est facile à saisir, puisqu'il s'agit de constater des changements de niveau, souvent assez faibles. Je ne négligerai pas cependant ce qui concerne les lacs dont les eaux se déversent par un canal, parce que j'ai la conviction que leur étude conduit encore à des résultats assez précis. Avant d entrer en matière, je dois donner quelques éclaircissements, afin de bien définir ce que j'entends par changement de niveau.

ment d'accord sur la réalité et c'est le plus grand nombi beaucoup de cas le chang<

I qu'une illusion, que les mai

ibaMes, nuds que les odte ■ntra, au contraire, voiefit de la mme de HqttMe, ui part et d'autre, Un apporte > l'une ou de l'autre manièi prendre parti, pour le mi ■'.■■^\ -l ^ qui divise les géologues.

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GONSIDIÎRATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 735

météorologique de l'atmosphère que je me propose d'apprécier. Ce que j'ai à dire a été particulièrement observé en Amérique ; toutefois, je chercherai à établir que ce que je crois vrai pour rAmérique le serait encore pour tout autre continent.

Une des parties les plus intéressantes de Venezuela est, sans aucun doute, la vallée d'Âragua. Située à une petite distance de la côte, douée à cause du relief du terrain, de climats variés et d'un sol d'une fertilité sans exemple , elle réunit à la fois les cultures propres aux régions tropicales et à l'Europe. Le blé réussit assez bien sur les hauteurs de la Yittoria ; bornée au nord par la chaîne du littoral, au sud par un système de montagnes lié aux Llanos, la vallée d'Âragua se trouve limitée à l'est et à Touest par une suite de collines qui la ferment complètement. Par cette singulière configuration, les rivières qui prennent naissance dans son intérieur n'ayant aucune issue vers l'Océan, forment, par leur réunion, le beau lac de Tacarigua ou de Valencia. Ce lac, au rapport de M. de Humboldt, excède en étendue celui de Neufchâtel ; il est élevé de 439 mètres au-dessus de la mer; sa longueur est d'environ dix lieues : sa plus grande largeur ne dépasse pas deux lieues et demie.

A l'époque où M. de Humboldt visitait la vallée d'Âragua, les habitants étaient frappés du dessèchement graduel que subissait le lac depuis une trentaine d'années. En effet, il suffisait de comparer les descriptions données par les historiens avec son

lODUtn; en looo, a uuc vk^u»

gua ; or, en 1800, M. de Hui à 5260 mètres du rivage (2).

L'aspect du terrain appo velles preuves : plusieurs □ conBerreut encore aujour qu'ils portaient autrefois i qu'ils étaient environnés d'< DU par le retrait du lac, se en admirables cultures de < et de cannes à sucre ; des < la plage voyaient les eau:

année. En 1796, des lies noi rition. Un point militaire i bâtie en 1740, dans ril< alors dans une péninsule (3' granit, celles de Cura et de boldt rencontra, parmi 1»

métrés au-dessus du niveau remoli d'hélicites (4).

GONSIDJSAATIONS MÉTËOROLOGIQUES. 737

Des faits aussi clairs, aussi certains, n'avaient pu manquer de faire naître de nombreuses explications, qui toutes avaient de commun une issue souterraine, permettant aux eaux un écoulement (1) vers rOcéan. M. de Humboldt fit justice de ces hypothèses, et, après un mûr examen des localités, le célèbre voyageur n*hésita pas à voir la cause de la diminution des eaux du lac Tacarigua dans les nombreux défrichements opérés depuis un demisiècle dans la vallée d'Aragua. «En abattant les arbres qui couvrent la cime et le flanc des montagnes, a-t-il dit, les hommes, sous tous les climats, préparent aux générations futures deux calamités à la fois : un manque de combustile et une disette d'eau (2). »

Depuis Oviédo qui, comme tous les chroniqueurs, a gardé un silence absolu sur un amoindrissement du lac, la culture de l'indigo, celle de la canne, du coton, du cacao, avaient pris un immense développement. La vallée d'Aragua possédait, en 1800, une population aussi dense qu'aucune des pai*ties les mieux peuplées de la France, et on était agréablement surpris de l'aisance qui régnait dans les nombreux villages de cette contrée industrieuse. Tel était l'état prospère de ce beau pays quand M. de Humboldt habitait la Hacienda de Cura.

Vingt-deux ans plus tard, j'explorais à mon tour la

(1) Hutnboldl, l. V, p. 171.

(2) Humboldl,l. V, p. 173.

738 ri)NSIIi|ÏRATII)îilK MtTllfeROLOUlyUES.

vallée d'Aragua. J'avais fixé ma résidence dans la petite ville de Maracay. Depuis plusicui-s années, les habitants avaient remarqué que non -seule raenl Iw ebux du lac ne diminuaient plus mais qu'elle» éprouvaient une hausse très-sensible. Des terraÎDS naguère occupés par des plantations étaient submei^és. Les iles de las Nuevas Aparecidas, sorties des eaux en 170(i, étaient devenues <)e nouveau des hauts fonds dangereux pour la navigation. La langue de terre de la Cabrera, au côté nord de la vallée, avait si peu de largeur, <]ue la plus jielitecnje du lac l'inondait totalement. Un vent soutenu du nord-oucsl suffisait pour couvrir d'eau la roule de Maracay à Ntieva-Valencia. I^s craintes quavaient eues pendant si longtemps les riverains étaient changées de nature ; on ne redoutait plu» le dessèchement complet du lac; mais on se de-

vèrent leuir liberté en s'enrôlant sous les drapeaux de la nouvelle république ; les grandes cultures furent abandonnées, et la forét,si envahi^rite soiis lestro-' piqueS;^ eut bientôt repris une grande partie du terrain que les hommes lui avaient arraché par plus d'un siècle de travaux constants et pénibles: Lors de la prospérité croissante de la vallée d'Âtaguà, tés' principaux af&uents du lac étaient détournés pour servir à de nombreuses irrigations ; les rivières res-^ taient à sec pendant phis de isix mois (ïe T^ilnéè.' Â l'époque que je rappelle, leurs eaux, qui n^éfaiéiii' plus utilisées, coulaient librement. ' "

Ainsi, pendant le dévetoppement de l'industrie agricole de la vaUée d'Aragua, lorsque les défrichè!^'^ ments se multiplient, quatid les gi'andeà cultures prennent de Textension, le niveau du lac baissié graduellement; plus tard, durant une période de désastres, heureusement passagers, lés défrichetûents s'arrêtent, les terres occupées par la grande culture sont en partie rendues à la forêt; alors les eaux cessent de baisser, et bientôt elles prennent Un mouvement ascensionnel non équivoque.

Je porterai maintenant la discussion, sans toutefois sortir de l'Amérique, dans une région où lé clîolàVé analogue à celui de TEutope permet dé cultiver lés^ céréales ; je veux parler des plateâtii delà NôùVelle-i Grenade, de ces hautes vallées, élevées de deux à trois miUe mètres, jouissant, pendant toute l'année, d'une température de 14* à i 6* centigrades. Les lacs sont fréquents dans les Cordillères ; il me

740 CONSIDÉRATIONS UËTÉOROLUGIQUES.

serait facile d'en décrire un grand nombre ; mais je dois me borner à citer ceux qui ont été le sujet d'anciennes observations.

Le village d'Ubaté est placé dans le voisinage de deux lacs : il y a environ un siècle ces deux lacs n'en formaient qu'un seul (1). Depuis, on a vu les eaux diminuer successivement, et de nouvelles plages s'étendre d'année en année. Aujourd'hui des champs de blés, d'une fertiUté extrême, couvrent un terrain qui était encore complètement inondé il y a trente ans (2).

En parcourant les environs d'Ubaté, en consultant les plus vieux chasseurs du pays, en compulsant les archives des paroisses, on reste convaincu que de nombreuses forêts ont été abattues. Les défrichements continuent, et il est constant que la relraite des eaux, bien que beaucoup plus lente

d'une fois Toccasion de constater l'exactitude qu'il a mise dans l'évaluation des distances, donne au lac de Fuquené dix lieues de longueur sur trois lieues de largeur (1). Par une circonstance des plus heureuses, le docteur Roulin a eu, en 1826 , l'occasion de lever un plan de ce lac, auquel il a trouvé une lieue et demie de longueur sur une lieue de largeur.

On pourrait craindre que les dimensions adoptées par Piedrahita ne soient outrées. Je ne le crois pas ; et, en m'appuyant d'un côté sur mes nivellements barométriques, de l'autre sur le silence que gardent les chroniques à l'égard des lacs d'Ubaté, silence d'autant plus remarquable qu'elles citent des amas d'eau beaucoup moins considérables, j'incline à croire qu'à l'époque ou l'évèque de Panama visitait ce pays, il n'y avait qu'un seul grand lac qui s'étendait sans interruption depuis Ubaté jusqu'à Zimijaca; dans cette supposition l'évaluation de Piedrahita n'a plus rien d'exagéré. Au reste, le fait de la retraite des eaux est beaucoup plus important que l'évaluation de la surface du terrain laissé à sec ; ce fait n'est révoqué en doute par personne : les habitants de Zimijaca savent tous que le village fut bâti très-près du lac : dont il se trouve aujourd'hui à environ une lieue. Anciennement, on se procurait aisément les bois de construction ; les montagnes voisines étaient couvertes, jusqu'à une

(1) Piedrahita, Histona de la conquistade la Nueva Granada^ p. 5.

742 CONSmÉRATlOIiS MÉTÉOROLOGIQUBS.

certaine hauteur, des arbres propres à ces régions froides; le chêne de la Cordîlière {encmos) y abondait ; on y trouvait aussi de nombreux lauriars (my- 4*Ka), dont on tirait une grande quantité de cire. Maintenant, ces montagnes sont presque totalement déboisées ; c'est principalement à l'exploitation des sources salées de Taosa et d'Ennemooon qu'on attribue la destruction rapide des bois, dans les en- TÎrons d'Ubaté et de Fuquené. A ces faits autiientiques, que je pourrais au besoin multiplier, on répondra sans doute que la disparition des eaux, tout incontestable qu'elle est, aurait peut-être eu lieu sans le déboisement. On peut soutenir à la rigueur que le dessèchement est dû à une tout autre cause à nous inconnue, et qu'il faut le ranger parmi les nombreux phénomènes dont nous constatons la réalité^ mais qu'il ne nous est pas donné d'expliquer.

Je n'ai pas à citer ici, comme pour le lac de Valencia v une i^ecmdescence des eaux , occasionnée par l'abandon de la culture et l'apparition de nouveaux bois.' Je pourrais cependant invoquer, en faveur de l'opinion que je défends, la lenteur du dessèchement dans la vallée de Fuquené, depuis que l'abattage des arbres a cessé. Les cultivateurs, ne voyant phis se former aussi rapidement qu'autrefois ces terrains fertiles que le lac abandonne, pensent déjà au moyen d'obtenir directement ce qu'ils obtenaient par l'effet du déboisement du pays. C'est dans ce but ({u'en 1826 des spéculateurs

GONSnràRATIONS MÉTÉOROLCMSIQUES. 743

avisaient au moyen propre à dessécher entièrement le fond de la vallée. Je préfère apporter une preuve d'un autre ordre, en montrant que des lacs qui sont dans une situation telle que jamais aucun déboisement n'a eu lieu dans leurs alentours , n'ont éprouvé aucun changement dans leur niveau.

Je commencerai par le lac de Tota, parce qu'il n'est pas très-éloigné de Fuquené , qu'il se trouve d'ailleurs dans des circonstances géologiques semblables, et qu'il est en même temps le lac le plus cu<rieux qu'on puisse rencontrer dans toute la Nouvelle- Grenade.

Le lac Tota est placé sur un point très-^élei^ de la Cordilière de Sogamoso ; son élévation doit approcher de 4,000 mètres. A cette hauteur, la végétation di&r parait presque entièrement. On aperçoit çà et là dis^ persées sur la roche de grès, quelques-unes des plan-^ tes qui caractérisent la région des Paramos^ des saiifrages , des frailejones enduits d'un épais duvet , et ces graminées , s^oablables à de la paille sèche , qui ont fait donner aux Savanes le nom de Pajanales,

Le lac est à peu près circulaire, et Piedrahita, qui le visita en 1 542, lui assigne deux lieues de diamètre; ses eaux, quand elles sont soulevées par les vents , forment des vagues qui en rendent la navigation dan-^* gereuse. Unetradition bien antérieure à ladécouverte de TÂmérique , fait résider dans le lac un monstrie marin ; e'ert lui qui agite les eaux et le» verse sur le chemin tracé sur le rivage. Des. personnes dignes de foi m'ont assurèiavoir vu à la isurfSsce du

744 CONSIDtRATIORS MËTtOROLOGIQDRS.

lac non uii monstre, comaie l'affirment les Indiens , mais bien une masse d'eau s'élever subitement et communiquer en retombant une agitation telle à la masse liquide que les v^es viennent inonder la route, que les voyageurs sont obligés de parcourir. Tout le monde reconnaîtra à cette description un phéi]omène analc^e aux seiches du lac de Genève. Les Indiens ont la prétention de pouvoir prédire, par l'aspect de l'atmosphère, l'agitation des eaux, ou, mmme ils le disent, sile lac doit se fâcher; il est alors prudent de ne pas se mettre en route. En 1652, le chemin passait, comme il passe encore aujourd'hui, tout au bord du tac, et les seiches, qui se succédaient alors avec autant de fréquence qu'à présent, rendaient le trajet tout aussi dangereux, la route se trouvant comprise entre le lac et un mur de rochers élevés. Les

CONSIDÉRATIOHS MÉTÉOROLOGIQUES. 745

jamais changé : c'est près de l'équateur, dans la province de Quito, que je les ai étudiés.

En laissant Ibarra pour se rendre à Quito, on traverse une vallée charmante, dans laquelle se rencontre le lac de San-Pablo ; les Indiens lui conservent son ancien nom de Chilcapan ; j'ai trouvé qu'il est élevé de 2,763 mètres au-dessus de l'Océan. La température correspondante à cette hauteur ne permet plus la culture du maïs ; mais on aperçoit de nombreux champs d'orge, d'avoine et de pommes de terre; tout le fond du pays consiste en beaux pâturages parcourus par des troupeaux de moutons que l'on élève pour l'exploitation des laines qui alimentent les fabriques de draps de la province. Les villages riverains existaient bien av^t la conquête ; la masse de la population est encore purement indienne; elle a conservé ses usages et son idiome ; les choses paraissent se trouver dans l'état où elles étaient sous l'empire des Incas. La seule différence essentielle qu'il soit peut-être possible de signaler, c'est la substitution de pacage des moutons à celui des lamas : toutefois ces derniers animaux sont encore assez communs ; on rencontre fréquemment]|sur les routes des troupeaux de lamas, conduits par des Indiens qui les dirigent, chaînés de marchandises, vers les villes voisines.

Un fait généralement admis, c'est que le plateau de San-Pablo n'est plus boisé dqpuis un temps immémorial. Sous les Incas, c'était déjà une terre de pacage. Des bergeries, établies depuis plus d'un siècle

placée entre la vainic u<. .^.. .

mer du Sud est couverte , sui de forêts impénétrables. J'it rtance, parce que j'ai la cod dtib^iwfnent» qui aurait lieu ax |ùi,iiitaie à une assez grand encore sur le niveau des eaux.

. Je pourrais citer, sans m'élo localité que je viens de faire c lao de Cnicocha remplissant t dans lequel deux Ues, examii soin par le coloael Hall, atteste stauoe de son niveau. L'étude ou le lac de Sang, nommé aii Cfqwc en rougit les eaux a Indiens Caoares qu'il fit égoi un résultat semblable. Ces issue; mais j'ai choisi de pré .pan, précisément parce qu'i relie au nord , par laquelle voulu montrer qu'ainsi que j

cirooQstance^ lesi eaux du Chilcapan a'ont pas haâmé sensiblement. En examinant avec attention la rocbe de trachyte, là où le Rio->Blanco fait irruption, je n'ai rien remarqué qui indiquât une action éroeîve du cours d'eau. Dans le^ nombreuses cascades que j'ai été à nt^oi^ d'examiner, je crois avoir reconnu qu'eq effet une chute d'eau peut creuser profondément les pierres les plus dures; mais je n'ai pas observé que l'eau eut une action bien prononcée lorsqu'elle coule sur une roche, à moins qu'elle n'eqtraine, comme c'est générsdement le cas pour les torreats;^ des cailloux dont le firottement continuel use les sur£ace& sur lesquelles ils glissent.

Je terminerai ce que j'ai à dire sur les lacs de l'Amérique mérWional^ en parlant (^e celui de Quilatoa, déjà situé dans Tautre hémisphère^ parce qu'il a été observé avec exactitude, à deux époques suffisam ment éloignées l^une Tàùtre, en lt40 et en 1831 .

Quand on séjourne à Lata^unga, ville située à peu de distance du volcaa de Cotopaxi, on entend souvent parler des merveilles de la Laguna de Quilatoa. De temps ^ autre ce , .lac, en jetant des flammes esabrasç lep. arbustes qui croissent sur se^ ; bords ; il produit d^ , fréquentes détoaMions, qu'on entend À une ».t|*èsrgrapd«: diatauee. il n!en fallait panda*y^ptage^ pqw> dé^erpaioer la MCandAuni^e i( entreprendre^ en siçptemhre .1739» une excursion: au lac de Quilatoa, Il reconnut à ce lac 200 tojiaes de diamètre,; car il est tout à iait circulaire : il a'^en fal*

748 fiONSmÈHATlONS MftTROHOrcHlKJtlES.

lait de 20 toises environ pour que l'eau atteignit ses bords escarpés.

Le 28 novembre 1831 , jo me trouvais à mon tour près du lac de Quilatoa qu'on ne saurait mieux comparer qu'à un cratère dont l'eau occuperait le fond. J'ai trouvé qu'il est élevé de 3,918 mètres , c'est-àdire qu'il appartient à la région froide ; en elTet , il est entouré de pâturages immenses, et 500 mètres plus bas se trouve la bergerie de Piliputzin ; k l'est, la Cordillère occidentale des Andes est couverte jusqu'à la mer du sud, de forêts à peu près inconnue». Les renseignements que me donnèrent les bergers Tirent disparaître tout le merveilleux qu'on attribue au lac de Quilatoa; jamais ils n'avaient vu de flamme sortir de ses eaux, jamais ils n'avaient entendu de détonations. Le résultat de mon excursion fui de constater Que les choses se trouvaient dans le même

CONSIDERATIONS MÉTÉOHOLOGlQUliS. 749

que, par conséquent , la chaîne de l'Oural ne se lie pas à rÀtlaï, ainsi qu'on le croyait généralement, ce célèbre géographe montre que précisément là où l'on avait coutume de placer les monts AJghiniques, commence une région remarquable de lacs qui se continue dans les plaines traversées par les rivières d'Ichim, d'Omsk et d'Ob (1). On dirait que ces lacs nombreux sont le résidu de l'évaporation d'une grande masse d'eau dont le pays était couvert , et qui aurait été fractionnée en autant de lacs particuliers par la configuration du sol. En traversant la steppe de Baraba, pour se rendre de Tobolsk à Baraoul, M. de Humboldt a constaté que, partout, le dessèchement augmente rapidement par l'effet de la culture.

Il resterait à examiner les lacs de l'Europe au point de vue qui nous occupe. J'ai parcouru trop rapidement la Suisse pour que mon attention ait pu être suffisamment dirigée sur cette contrée intéressante. Heureusement, un observateur illustre nous a laissé des documents propres à fournir de nouvelles preuves de l'influence de la culture sur la diminution des eaux. Saussure, lors de ses premières recherches sur les lacs de la Suisse, sous le rapport de la température, examina ceux qui sont placés au pied de la première ligne du Jura.

Le lac de Neuchâtel a huit lieues de longueur ; sa plus grande largeur ne dépasse pas deux lieues. Saus-

(1) Humboldt, FragmefUs asiatiques^ U 1, p. 40-50.

750 WNSIDÉRATIONS MÉTÉOBOLOGlQUIiS.

sure fut frappé, en le visitant, de l'étendue qu'il (levait avoir autrerois : car , rfit-il , les grandes prairies horizontales et marécageuses qui le lermideul au iîud-ouesl, ont klè indubitablement couTerte« d'eau comme l'ont été tes plaines que l'on suit jusqu'au lac de Bienne.

Le lac Moral est séparé du lac de NcuchMel par des marais horizontaux, qui, à n'en pas douter, étaient submergés autrefois. Alors, ajoute Saussure, les trois gi-ands lacs de Neuchàtel , de Bienne et de Morat, se trouvaient réunis dans itn Seul bassin (1).

En Suisse, comme en Amérique, comme en Asie, les anciens lacs, qu'on pourrait appeler les lacs primitifs, ceux dont le fond des vallées était recouvert lorsque le pays était inculteet sauvage, scsontdivisés, par l'effet du dessèchement , en un certain nombre

CONSIDERATIONS METÉOROI.OGIQUES. 751

cupa plus que le bas de la vallée : le lac de Genève fut formé.

En se fondant sur les monuments construits par les hommes, on ne saurait douter que depuis douze à treize cents ans les eaux du lac de Genève ne se soient graduellement retirées. C'est évidemment sur les plages qu'elles ont abandonnées que le quartier de Rive et les rues basses ont été bâtis (1). Cet abaissement de la surface du niveau du lac, poursuit Saussure, n'est pas seulement l'effet du creusement du canal de déchaîne , il a été produit aussi par une diminution dans la quantité des eaux affluentes.

La conséquence qu'il est permis de tirer des observations de Saussure, c'est que depuis douze à treize cents ans les eaux courantes ont diminué graduellement dans les contrées voisines du lac de Genève. Personne ne contestera, je pense, que, durant cette longue période , il n'y ait eu en Suisse d'immenses défrichements et un progrès toujours croissant dans la culture de ce beau pays. Par l'examen du niveau des lacs, nous sommes arrivés à cette conclusion que, dans les contrées où se sont opérés de grands défrichements , il y a eu très- probablement diminution dans les eaux vives qui coulent à la surface du terrain.

Les forêts, auraient donc pour effet de conserver le volume des eaux en s' opposant à ce qu'elles se réunissent et s'écoulent avec une trop grande

(1) Saussure, Voyages, 1. 1, chap. ' vi.

752 CONSlDbaATlONS MÉTÉOROLOGIQUES.

rapidité, et, en mettant un obstacle à l'évaporalion. Qu'un sol ombragé d'arbres soit moins propre à favoriser Tévaporation qu'un terrain déboisé, c'est ce que tout le monde admettra sans difficulté ; mais pour bien observer les différences des deux conditions, il faut parcourir, après une saison pluvieuse, une route traversant successivement un pays découvert et un pays boisé. On remarque alors que la route de la forêt est encore couverte de boue, lorsque déjà le terrain découvert est entièrement sec.

C'est surtout dans l'Amérique méridionale que la difiicultc de l'évaporation sur un sol garni par une abondante végétation est plus tranchée. Dans les forêts l'humidité y est constante, même longtemps après la saison des pluies ; les sentiers qu'on y pratique restent, pendant toute l'année, de véritables bourbiers; l'unique moyen de dessécher ces routes forestières est de leur donner une largeur de 80 à 1 00 mètres , ce qui revient à dire qu'il faut faire un véritable défrichement.

Une fois admis que les eaux courantes diminuent par l'effet des défrichements et de la culture, il coovient d'examiner si cette diminution provient d'une moindre quantité de pluie , ou d'une évaporation plus active, ou bien encore si elle est due aux irrigations.

J'ai posé en principe qu'il devait être à peu près impossible de faire nettement la part de ces diverses causes. J'essayerai toutefois, en terminant, de les apprécier d'une manière générale. La discussion

gagnera déjà quelque chose si Ton prouve qu'il y a diminution d'eaux courantes par l'effet seul du dé- . frichement.

En ce qui concerne l'irrigation, il faut nécefr* sairement distinguer le cas où une grande cul*!' ture est substituée à la forêt, et celui où un terrain < aride, est rendu cultivable par l'industrie de l'homme. Dans le premier cas, il est assez prolMK' ble que l'irrigation n'atténue que fort peu les eaux . courantes; car on doit admettre que la quantité; d'eau consommée pour le compte de la végétation . d'une surface donnée de forêts égale, si elle né lai > surpasse pas, celle qui absorberait une même surface, livrée à la culture après le déboisenJent. Alors, l'influence exercée par ce terrain cultivé rentre dans la condition d'un sol défriché, agissant unique* ment en favorisant l'évaporation. Dans le second cas, c'est-à-dire dans celui où une grande étendue de : pays inculte aura été couverte de culture, il y aurai évidemment consommation d'eau par la végétation* qu'on aura favorisée ; l'introduction de l'industrie agricole tendra donc à diminuer les cours d'eaux qui • sillonnent ce pays. C'est très-probablement à cettecirconstance qu'il faut attribuer le dessèchement graduel des lacs où se rassemblent une grande partie des eaux vives du nord de l'Asie.

Dans les considérations sur les lacs de Venezuela, de la Nouvelle - Grenade et de la Suisse, j'ai dit qu'on pouvait attribuer la disparition d'une partie des eaux courantes tributaires de ces lacs à une

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