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moindre quanlité de pluies ; mais on soutiendrait avec tout autant de raison, qu'elle est simpiemeiit ta conséquence d'une cvaporation plus rapide. Il est effectivement des circonstances sous l'influence desquelles la diminution des eaux vives est occasionnée par une évaporation plus active. On atité à ce' sujet de nombreux exemples: mais, dans une discussion de ce genre , ce sont surtout les faits bien avérés qu'il convient d'accepler. Pour ce motif, je me bornerai à rapporter deux observations : l'une recueillie à l'ile de l'Ascension, par M.' Desbassyns de Richeraont; l'autre, aux mines de Marraato oùj'ai séjourné plusieurs années.
Dans l'ile de l'Ascension, on a vu une belle source placée au bas d'une montagne, primitivement boisée, perdre son abondance et se tarir lorsqu'on eut coupé les arbres. On attribua la perte de la source au de** boisement ; on boisa de nouveau, et quelques années après, la source reparut peu à peu, et coula bienliil avec son ancienne abondance.
La montagne mélullirëre de Marmato est située dans la province de Popayan , au mileu des fjréts. Le cours d'eau sur lequel les bocards sont établis est formé par la réunion de plusieurs petits ruisseaux qui prennent naissance sur le plateau de Saa- Jorge. I
En 1826, lorsque je visitais ces mines pour la pre- i mière fois, Marmato se réduisait il quelques misé- ' râbles cabanes habitées par des nègres esclaves. Ea 1 830, cette localité offrait l'aspect le plus anime ; on
Cœ^IDERATlQNi^ . BI^TÉOROI/IGIQUKS. 755.
y Toyait de graads.atelierB^ une. fonderie d'or ^ des machines pour diviser et amalgawar le minerai. Une population libre, de près de 3,000 habitants, se trouvait échelonnée sur la pente d^ la «iDontagne. C'est dire que d'importantes coupes avaieat été faîtes, tant pour la construction des machines et-des habi«* tations que pourja fabrication du charbon. En vue de faciliter le transport, ces coupes^ avaient eu lieu sur le plateau de San-Jorge. Le défrichement durait à peine depuis deux ans^ que déjà l'on s'aperçut que le vo-« lume d'eau dont on dispose pour les machines avait diminué notablement (1). La question était graVe, car à Marmato une diminution dans la quantité d'eaux motrices sera toujours suivie d'une dimi-^ nution dans le produit en or.
U n'est nullement {probable que des défrichements locaux et ausâ limités aient pu influer assez sur l'état météorologique de l'atmosphère pour faire varier la quantité annuelle de pluie. Il y a plus,à Mar« mato, aussitât qu'on eut constaté la diminution des eaux , on s'empressa d'établir un pluviomètre (2)^ Dans le cours de la deuxième année d'observation^ on mesura une quantité de pluie plus forte que celle recueîUie pendant la première année, bien que les défrichements aient continué^ et sans qu'on ait r&^ marqué une augmentation appréciable dans les eaux motrices. . . « . *
(\) Un jaugeage exact fait à différentes époques a.prouv^ la dimn nution des eaux motrices.
(2) Amakê de (^tm$ H de BhyHque, t. LXf, p. iS7. *'
7o6 CONSIDÉRATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. ^
Sans doute les observations udométriques de deux" années sont insuffisantes, même sous les tropiques, pour accuser une f arialion définitive dans la quantité de pluie ; mais elles établissent toujours que la niasse d'eau courante a diminué, bien qu'on ait jaugé plus de pluie. Il est donc vraisemblable que des déboisements locaux, très-peu étendus, sont capables d'atténuer et même de faire disparaître des sources et des ruisseaux, sans que cet effet puisse être attribué à une moindre quantité d'eau pluviale.
Les éléments nous manquent pour examiner si les grands défrichements , peuvent rendre les pluies moins abondantes. Les observations udométriques conduiront seules à résoudre la question, et, malheureusement les observations qu'il est permis de discuter sont trop peu anciennes, car, en Europe, elles n'ont commencé qu'alors que les grands déboisements étaient déjà effectués. Les États-Unis d'Amérique , où les forêts disparaissent avec une inconcevable rapidité, réuniront sans doute dans un temps qui n'est pas très-éloigué, une série de faits précieux.
En étudiant, sous les tropiques, le phénomène de la pluie, je suis arrivé à me former sur la question du déboisement une opinion que j'ai déjà fait partager à plusieurs observateurs.
Pour moi, il est constant qu'un défrichement trè*étendu doit diminuer la quantité annuelle de pluie qnî tombe sur une contrée.
On a dit depuis longtemps que dans les régions
CONSIDf-SATlONS MÉTIîOHOLOr.lQlJES. 757
équinoxiales, l'époque de la saison pluvieuse revient chaque année avec une étonnante régularité : le fait est exact, mais il ne faut pas l'énoncer d'une manière trop générale.
La régularité dans l'alternance des saisons sèches et pluvieuses est très-prononcée dans les contrées dont le territoire est extrêmement varié. Ainsi, un pays offrant à la fois des forêts et des rivières, des niontagnes et de grandes plaines, des lac£, des plateaux étendus, a des saisons périodiques parfailement tranchées (1). Il n'en est plus de même si le territoire est plus uniforme, s'il devient en quelque sorte spécial. L'époque du retour des pluies sera beaucoup moins régulière, si les terrains arides dominent, si des cultures d'une grande extension remplacent en partie les forêts; si les rivières sont moins communes, les lacs plus rares (2). Les pluies seront alors moins abondantes, et, dans un semblable pays on éprouvera de temps à autre des sécheresses d'une longue durée.
Si, au contraire, des forêts épaisses recouvrent la presque totalité du territoire; si les rivières sont multipliées, les cultures liniitées, l'irrégularité dans les saisons aura encore lieu, mais alors dans un sens différent. Les pluies domineront, elles seront pour ainsi dire incessanles (3).
(1) Veoezuela, les Llanos, plnleaui de la Nouvelle-Grenade, dâ QoilO, plaines de la Ma|;dalena, province d'Aniioqiiia, provinces de Guajaquil, de Carlagena.
(2) Proyincca de Socorro, de Sogamoso, de Cumana, de Coro, d« Cuenca, de Piura.
(3) Choco. forèls de rOrénoque. . ■ . .;i ■
75â CONSIDÉRATIONS MÉTIîonOLOGIOrE:^.
Le continent américain nous offre , sur un développemenl immense , deux régions placées sous les mêmes conditions de température, et datis lesquelles on rencontre successivement les circonstances les plus favorables à la formation de la pluie, et celles qui lui sont entièrement opposées.
A partir de Panama, en se dirigeant vers le sud, on trouve la baie de Cupica, les provinces de San- Buenaventura , du Choco cl d'Esmeraldas; dansée pays couvert de forêts qu'on ne pénètre qu'à U faveur de la multitude de rivières dont il est sillonné, les pluies sont presque continuelles. Dans l'intérieur du Cboco, il ne se passe pas un jour sans pleuvoir. Au delà de Tumbez, vei-s Payta, commence un ordre de choses entièrement différeni : les forêts ont disparu ; le sol est sablonneux , la culture à peu près nulle. Ici, la pluie est en quelque sorte inconnue. Loi-sque je me trouvais à Payta, il y avait, au dire des habitants, dix-sept ans qu'il n'avait plu.
Dans la proximité du désert de Sechura, dans le voisinage de Lima, il pleut très-rarement : dans ces contrées les pluies y sont aussi rares que les arbres.
Ainsi, dans le Choco, dont le sol est couvert de forêts, il pleut toujours ; sur la côte du Pérou, dont le terrain est sablonneux, dénué d'arbres, privé de verdure, il ne pleut pas; et cela, comme je l'ai dit sous l'influence d'une même température. Piur» n'est pas d'ailleurs plus éloigné des andesde l'Assuay que ne le sont les plaines humides du Choco de la Cordillère occidentale.
Les faits que j'ai exposés semblent établir :
r Que les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qui coulent à la surface d'un pays;
2^ Qu'il est impossible de dire si cette diminution est due à une moindre quantité annuelle de pluie, à une plus grande évaporation des eaux pluviales, ou à ces deux effets combinés;
S"" Que la quantité d'eaux vives ne parait pas avoir varié dans les contrées qui n'ont subi aucuns changements dus à la culture ;
4'' Qu'indépendamment de la conservation des eaux vives, et en mettant un obstacle à l'évaporation, les forêts en ménagent et en régularisent l'écoulement ;
S"* Que la culture établie dans un pays aride et non couvert de forêts dissipe une partie des eaux courantes ;
ô"" Que par des déboisements purement locaux, des sources peuvent disparaître, sans qu'on soit en droit de conclure que la quantité annuelle de pluie ait diminué ;
T Qu'en se fondant sur des faits météorologiques recueillis dans les régions équinoxiales, il y a lieu de présumer quelesdéfrichements diminuent la quantité annuelle de pluie.
FIN DU DEUXIÉlfE ET DERNIER VOLUME.