QUANTITÉ
IfATDBS
de
LA BÉCOI.TI.
kil.
Orge.
POIOS DE fcA RÉCOLTE
par hectare.
GBAng.
Avoine.
kil.
im
38 iO
Les engrais ont été répandus sur le sol, lorsque les plantes étaient déjà développées. Le guano a produit un effet bien prononcé, comme on devait s'y attendre; la poudre de tourteau n'a pas eu d'action, parce que cet engrais n'était pas placé dans les circonstances convenables pour arriver, par voie de décomposition, à l'état assimilable : état auquel se trouve tout naturellement le guano. Aussi, quand les tourteaux de graines oléagineuses sont employés pour activer la végétation, comme engrais auxiliaires, on lés ap-
plique, délayés dans l'eau, lorsque déjà ils sont en putréfaction ; mais il est préférable de les incorporer au sol 9 à l'époque de la semaille.
Je rapporterai maintenant les résultats auxquels M. Kuhlmann est arrivé , en étudiant, comparativement avec quelques autres engrais, les effets du nitrate de soude et des sels ammoniacaux. Dans ces recherches, on a essayé comparativement plusieurs substances exemptes d'azote : l'huile, la fécule, les glucoses ; et, comme la théorie l'indique, comme je l'avais déjà reconnu pour l'huile, ces substances n'ont eu aucune action. L'excédant de récolte, occasionné par le nitrate de soude du Pérou, a été très-notable; mais, en égard au prix de ce sel, M. Kuhlmann ne pense pas que l'emploi en soit avantageux : à l'exception des nitrates, et des sels à base d'ammoniaque^ les substances salines privées d'azote n'ont pas augmenté la récolte.
Tableau.
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La fertilité propre de la terre contribua à la production végétale ; de sorte qu'il peut arriver que certains éléments de la récolte se trouvent dans le sol en proportion plus forls que dans le fumier enfoui. Cependant, comme on doit tendre, non-seulement à maintenir, mais encore à augmenter la fécondité, il convient de donner une dose d'engrais telle, qu'il s'y rencontre les éléments que les plantes cultivées emprunteront en partie à l'atmosphère, ou qu'elles puiseront entièrement dans le terrain. Quand on connaît, d'une part, la constitution chimique de la récolte présumée ; de l'autre, celle de l'engrais, on a toutes les données de la question économique , puisqu'il s'agit simplement de calculer la quantité de fumier nécessaire pour introduire dans la terre les matières azotées et les substances minérales qui pourraient entrer dans la récolte . Il n'y a plus ensuite qu'à examiner si le prix de la fumure sera payé par les produits qu'on attend de la culture. En ce qui concerne les substances minérales, on peut se borner, dans une appréciation de ce genre, à considérer les phosphates, parce que ce sont les sels les plus nécessaires.
Admettons, qu'en moyenne, une gerbe de blé de 100 kilogrammes renferme :
Graia 32 kilog. valant 5 fr . 76 c.
Paille 68 — 2 04
D'après la constitution chimique du froment et de la paille, il y a dans une gerbe de 100 kil. :
DÉRIVtS DBS CORPS ORGANISÉS. 95
Azote de la matière organique 1000 gramm.
Acide phosphorique des phosphates. 4i6 —
Si l'on demiaBde maintenant quelle quantité de tourteau il faudra prendre pour qu'elle apporte les phosphates et les matières azotées contenues dans la gerbe» on trouve, à l'aide de la table des équivalents, que le tourteau de lin contient pour 100^ à l'état où il est employé, 5,20 d'azote, et 3,32 d'aoîde phosphorique (3,83 à l'état sec) ; par conséquent, pour avoir 416 grammes d'acide phosphorique, il faudra prendre 12 kil. 53 de tourteau, et 19 kil. 23 pour représenter les 1,000 grammes d'azote. Nous adopterons ce dernier nombre, parce qu'étant le plus fort, il satisfait aux deux conditions.
Soit le prix du tourteau de lin, 12 fr. les 100 kil.
19\23 coûteront 2 fr 30 c.
La valeur de la gerbe étant 7 80
On aura pour différence 4 50
Dans ces conditions de prix, l'emploi du tourteau offrirait probablement des avantages. La proportion indiquée par le calcul s'accorde d'ailleurs avec les faits ; car, pour obtenir une récolte de 5 à 6,000 kil. de gerbes, on fume ordinairement l'hectare avec 1,000 kil. de tourteau de lin.
En France, la production des marcs d'huile est considérable. Aux produits de notre sol vient s'ajouter celui qui résulte du traitement des graines importées. L'importation augmente chaque jour : elle était de 26 millions de kil. en 1837 ; elle a atteint, en 1840,
le chiffre de 50 millions de kil. On sait qu'en moyenne les graines oléagineuses donnent en nombre rond 0,60 de marc. Il résulte de documents authentiques, discutés avec un rare talent par M. Leroy de Béthune, que non-seulement on exporte la totalité des tourteaux issus de ces graines, mais que cette exportation s'accroît de ceux qui émanent de la culture française. En 1837, on en a exporté 5 millions de kilogrammes; en 1840, 10 millions : c'est là un fait agricole déplorable (1).
Tout en reconnaissant, avec M. Leroy de Béthune^ qu'il est sage d'encourager l'exportation, j'admets également, avec l'habile rapporteur, qu'il est des matières pour lesquelles il est prudent de la ralentir; et le marc d'huile, cet élément puissant de fertilité, vient se placer en première ligne. En cette circonstance, je suis loin de partager les principes, souvent trop absolus, des économistes. Dans mon opinion, toute exportation dont la conséquence est l'appauvrissement du sol doit être entravée : je m'opposerais à l'exportation de la terre arable. Eh bien, laisser passer à l'étranger un engrais actif, c'est, à mes yeux, exporter la terre végétale de nos champs ; c'est diminuer leur fécondité ; c'est provoquer le renchérissement des subsistances : car il faut autant de travail, autant de soins et de capitaux pour produire peu sur une terre ingrate, que pour produire beaucoup sur un
(1) Leroy de Bélhune, Rapport fait au Conseil général d'agriculture. Journal d'Agriculture pratique, t. V, p. 362.
terrain fécond ; c'est empêcher le cultivateur de tirer parti de tous les avantages que la nature lui accorde; c'est comme si on refroidissait le climat de la France.
Je vais rechercher maintenant si l'application du tourteau de colza à la production du foin est possible.
Les prairies hautes, quand elles n'ont pas été terrées, donnent souvent les plus tristes résultats.
Le foin a une valeur moyenne d'environ 6 fr. les 100 kil.
Dans 100 kilog. de foin et regain, nous admettrons :
Azote 4500 gramm.
Acide phosphorique.. 324
Le tableau indique dans 1 00 kilog. de tourteau de colza à l'état normal :
Azole 4^92
Acide phosphorique. . . . 3^,88
Donc, il faudra :
30^*^50 de tourteau pour représenter ISOO gramm. d'azote. 8^,35 — — 324 — d'acide phosphoriq.
Prenant 30,50 kilog. à 10 fr. les 100 kilog., pour le tourteau moulu, ou pour la valeur de l'engrais devant concourir à la production de :
iOO kilogr. de foin . 3 fr. 05 c.
Valeur du foin. . . • # 6 00
Différence.... 2 05
98 YALBUR COMPARÉE ÛBS ENGRAIS
Cette différence est encore assez prononcée pour que le tourteau de colza puisse être employé en yue de produire un excédant de récolte ; il n'en serait plus de même si le prix de l'engrais était de 17 fr., comme il arrive quelquefois, la valeur de 30 kil. de tourteau étant alors de 5 fr. 20 c.
Les équivalents rapportés dans le tableau expriment la valeur relative des divers engrais ; ils font connaître la proportion dans laquelle telle matière doit être substituée à telle autre ; et quand on est obligé de faire des achats, c'est par les équivalents respectifs que l'on décide quelle est l'acquisition la plus favorable. Par exemple, sous le rapport de l'azote, l'équivalent du tourteau de chènevis est 14,2, c'est-à-dire que 100 kilog. de fumier peuvent être remplacés par 14,2 kilog. de tourteau.
Si 100 kilog. valent 8 fr., les 14,2 kilog. vaudront 1 fr. 14 cent.
Considérons maintenant le même tourteau sous le rapport des phosphates ; nous voyons que dans le tableau l'équivalent est 46,6, ce qui veut dire qu'il y a dans 46,6 kil. de tourteau de chènevis autant d'acide phosphorique ou de phosphates que dans 100 kilog. de fumier de ferme ; d'où il résulte que, si l'on trouvait du fumier à 70 cent, le quintal, il n'y aurait aucun profit à se procurer du marc de chènevis.
Les chiffons de laine, au prix de 7 fr. les 100 kil. ^ présentent de l'avantage sur le fumier de ferme à 70 c. En effet, l'équivalent des chiffons est 3,3 ; 3,3 kil, reviennent à 22 centimes. On réalisera
DÉRIVÉS DBS GOaPS ORGANISÉS. 99
donc, par cette substitution , un bénéfice de 28 centimes par quintal de fumier qu*on aurait em* ployé* Au reste, en bonne culture , c'est moins au gain qu'apportent les substitutions d'engrais qu'il faut s'attacher , qu'à la possibilité de se les procurer à un prix convenable.
10,6 kil. de tourteau de colza, d'après l'équivalent azote , pourraient être substitués à 1 00 de fumier ; pour opérer cette substitution sous le rapport des phosphates, il en faudrait 11,6 kil.
J'ai suffisamment insisté sur ce point, que les sub*stances organiques putrescibles employées à fertiliser le sol , ne doivent pas seulement être azotées , mais que, indépendamment de l'azote, elles doivent encore renfermer des alcalis , des sels, et particulièrement des phosphates. Une matière organique, azotée, putrescible, mais exempte de substances salines, ne peut donc être considérée comme un engrais complet; elle n'agira que dans certaines limites, et à la condition d'être appliquée à une terre suffisamment pourvue d'éléments minéraux utiles à la végétation. C'est par ces motifs que je n'ai pas cru devoir ranger les sels ammoniacaux parmi les engrais capables de remplacer le fumier normal, le fumier de ferme. Cependant, il est des cas où ces sels exercent une influence favorable ; j'ai vu le sulfate d'ammoniaque, l'eau ammoniacale de la dissolution de la houille, produire d'assez bons effets sur la prairie ; mais dans la culture arable, sur des terres en bon état, les résultats ont été bien moins tranchés, et quelquefois même entièrement
nuls. On en jugera par les détails d'expériences exécutées à Béchelbronn.
En 1847; du sulfate d'ammoniaque a été mis sur deux soles de froment et sur une sole d'avoine , à raison de 1 kilog. par are. On a obtenu , semences non déduites :
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kil.
ii,95 13,49
Avec suiratc.
Sans sulfate.
Avec suirate.
Sans sulfate.
ATOIK*.
Avec sulfate.
Sans sulfate.
L'action du sulfate d'ammoniaque a été nulle sur le froment. Il y a eu, à la vérité, un accroissement sensible dans la récolte d'avoine, mais l'excédant obtenu compense à peine le prix du sel employé.
Cependant, comme les derniers produits de la putréfaction des matières organiques azotées sont des combinaisons ammoniacales, il est de la dernière évidence que les sels à base d'ammoniaque, dans beaucoup de circonstances, agissent utilement sur la végétation; c^estce que confirment d'ailleurs l'emploi du guanoy les anciennes expériences de Humphry Davy, les observations plus récentes dues à M. Schal- ^enmann et à M. Kuhlmann , qui s'accordent sur
DÉEIVÉS DES CORPS OaGANISÉS. 101
plusieurs points avec celles de Rigaud de Tlsle et de M. Lecdq. Mais elles sont en opposition formelle ayec les expériences de plusieurs physiologistes qui ont étudié Faction des sels ammoniacaux offerts isolément aux végétaux ; circonstance d'ailleurs bien différente de celle où les dissolutions ammoniacales sont incorporées dans la terre arable. Ainsi y M, Bouchardat (1) a reconnu que de jeunes plants dementha aquatica et syhestriSy de mimosapun dicay meurent très-promptement quand ils végètent^ les racines plongées dans de très-faibles solutions de chlorhydrate, de nitrate et de sulfate d'ammoniaque. En présentant, il y a déjà quelques années, diverses considérations sur le guano, j'ai émis l'opinion que les sels ammoniacaux, pour agir comme engrais azotés, doivent toujours renfermer des acides organiques ou de l'acide carbonique. Peut-être convient-il aujourd'hui de réduire la catégorie au seul carbonate. Du moins ayant arrosé de jeunes plants de trèfle, venus dans du sable siliceux, avec une dissolution d'oxalate d'ammoniaque à 1/600, je les ai vus mourir dans les huit à dix jours qui ont suivi la première irrigation. Des plants du même âge, semés dans les mêmes conditions, mais arrosés avec de l'eau distillée, continuèrent à croître et donnèrent des fleurs.
En traitant du plâtrage, j'ai présenté quelques ob-
(1) Bouchardat , Compte» rendus de l'Académie des Sciences , t. XVI.
jections à l'opinion qui admet 'que l'azote fixé pendant la culture du trèfle provient du sulfate^ du chlorhydrate d'ammoniaque, absorbés en nature par la plante. Je vais établir, maintenant, qu'il est impossible que les sels ammoniacaux à acide inorganique, autres que l'acide carbonique et l'acide phosphorique, agissent comme engrais quand ils sont appliqués isolément, et je montrerai que leur emploi n'est réellement efficace qu'alors qu'ils ont modifié leur composition.
100 kilog. de gerbes de blé (paille et grain) renferment ordinairement 800 grammes d'azote, et laissent, quand on les brûle :
4,225 grammes de cendres
dans lesquelles il entre :
42 grammes d'acide sulfurîque, 22 grammes de chlore.
On sait que dans les sels ammoniacaux :
iOO d'azole répondent à 283 diacide sulfurique, — 257 de chlore.
Considérons maintenant le sulfate d'ammoniaque qui , suivant M. Schattenmann , se comporterait , dans la culture du blé, comme un engrais. Si les 800 grammes d'azote contenus dans les 100 kilog. de gerbes dérivent du sulfate absorbé par la céréale, on doit retrouver dans leurs cendres l'acide sulfurique de ce sulfate ; et par les rapports établis ci-dessus, ces cendres devront contenir 2,264 grammes d'acide
DÊRiyj£s DES GORFS ORGANISÉS. 103
sulfurique. L'analyse a indiqué qu'elles en contiennent seulement 42 grammes.
Appliquant le même raisonnement au chlorhydrate d'ammoniaque, on troi:^ve que, dans le cas où l'azote de 100 kilog. de gerbes proviendrait de ce sel, les cendres devraient renfermer 2,056 grammes de chlore. Elles en renferment réellement 22 grammes.
Sans doute, les principes azotés de la céréale n'ont pas eu, dans les cultures de M. Schattenmann, uniquement les sels ammoniacaux pour origine. Les engrais dont le sol était pourvu, l'atmosphère, ont dû fournir leur contingent; aussi l'appréciation de l'influence utile des sels à base d'ammoniaque devientelle plus rigoureuse quand on discute les résultats obtenus sur les prairies. Là, le produit a été doublé, et sur 100 kilog. de foin récolté, 50 kilog. peuvent être attribués à l'action du sel employé (1).
100 kilog. de foin, dans lesquels il entre 1,500 grammes d'azote, laissent 6,500 grammes de cendres.
Si la moitié (750 grammes) de Tazote du fourrage est arrivée avec les sels ammoniacaux, les cendres contiendront :
2,12*2 graram. d'aciJé sulfurique, si Ton fait usage du sulfate, 1,928 graram. de chlore, si la terre a reçu du chlorhydrate.
Or, par l'analyse, on trouve dans les cendres de foin :
(1) Dans une année, j'ai obtenu des résultats tout aussi favorables ; l'année suivante, le résultat a été à peu près nul.
104 VALEUR COMPARÉB DES ENQRAIS
i09 grammes d'acide sulfuriqae, 162 grammes de chlore.
Il est donc très^-vraisemblable que, si les sels ammoniacaux poi^ent de Tazote dans les plantes, ils n'y pénètrent pas à Tétat de chlorhydrate, de sulfate, car on n*a absolument aucune raison de supposer que les acides unis à l'alcali sont éliminés presque en totalité pendant l'acte de la végétation. Il faut donc de toute nécessité que l'ammoniaque de ces sels, pour céder de l'azote aux végétaux, arrive dans leurs organes sous la forme de carbonate, d'autant plus que ce carbonate est, avec le phosphate, le seul sel ammo* niacal qui paraît agir directement et favorablement sur les plantes.
Cependant, s'il en est réellement ainsi, comment se fait-il que des sels d'ammoniaque, comme le chlorhydrate et le sulfate, passent à l'état de carbonate une fois qu'ils sont incorporés dans le sol? La bonne terre arable renferme presque toujours, il est vrai, du carbonate calcaire, mais nous n'avons pas de motifs pour admettre que ce calcaire échange son acide avec les sels ammoniacaux. On sait, au contraire, que le carbonate d'ammoniaque réagit instantanément sur le chlorhydrate et le sulfate de chaux, et que les produits de cette réaction sont, d'une part, du chlorhydrate et du sulfate d'ammoniaque, et, de l'autre, du carbonate calcaire. La théorie du plâtrage imaginée par M. Liebig repose même sur le fait de cette double décomposition, par laquelle le carbonate ammoniacal des eaux de pluie se trouve fixé à l'état de sulfate,
aux dépens du sulfate de chaux comme donné au sol amendement.
Cette réaction du sulfate de chaux sur le carbonate d'ammoniaque est incontestable : c'est bien là ce qui se passe dans nos laboratoires ; mais dans les champs, quand la terre bien ameublie contient juste la dose d'humidité nécessaire à toute bonne culture, la réaction entre les deux sels a encore lieu, mais elle a lieu en sens inverse. Alors c'est le carbonate de chaux qui réagit sur le sulfate d'ammoniaque, pour former du carbonate d'ammoniaque et du sulfate de chaux.
Ce résultat, tout singulier qu'il paraisse au premier énoncé, aurait cependant pu être prévu si l'on se fût rappelé les principes que Bertholet a posés dans sa Statique chimique.
Quand on mêle deux dissolutions salines, et que de ce mélange il peut en résulter un sel insoluble, le composé insoluble se forme et se précipite. C'est ce qui arrive en versant une dissolution de carbonate d'ammoniaque dans une dissolution de sulfate de chaux. Maintenant, si, au lieu de mettre en présence les deux sels dissous, on les mêle à l'état pulvérulent, en ajoutant la quantité d'eau strictement nécessaire pour favoriser la réaction sans en dissoudre les pro* duits; comme, au sein d'un semblable mélange, il peut se former un composé volatil, ce composé se forme et se dégage : c'est le carbonate d'ammoniaque.
L'expérience probante est facile à faire et n'est pas sans intérêt : que l'on mêle intimement ensemble de
la craie préalablement lavée, et du sulfate xl'ammoniaque cristallisé , si les deux poudres sont bien secheSy.on n'apercevra aucune réaction ; que Ton introduise a|ors du sable mouillé, de manière à donner au mélange la consistance d'une terre arable meuble et suffisamment humide, à l'instant même il se développera des vapeurs de carbonate d'ammoniaque, reconnaissables à leur action sur les couleurs v^étaies et à leur odeur. Si l'on ajoute de l'eau en excès, si, par exemple, on délaye la matière, les vapeurs ammoniacales cessent aussitôt. Le carbonate d'ammoniaque, qui n'était pas encore volatilisé, se dissout et agit sur le sulfate de chaux déjà formé pour reconstituer du sulfate d'ammoniaque et du carbonate de chaux. Tout rentre alors dans la réaction ordinaire. Enfin, ce mélange trop aqueux étant exposé à l'air donne, de nouveau, des vapeurs ammoniacales au fur et à mesure que l'eau se vaporisé, et le déga* gement du sel volatil continue jusqu'à ce que la masse soit complètement desséchée. En entretenant un semblable mélange dans un état convenable et constant d'humidité, on peut, en deux ou trois jours, sous l'influence d'une température de 20 à 26% faire dissiper la plus grande partie de l'ammoniaque du sulfate, et l'on obtient une quantité de sulfate de chaux qui donne la mesure du progi*ès de la réaction. Il est presque inutile d'ajouter que le sulfate de chaux, placé dans des conditions d'humidité égales à celles où nous avons placé la craie, n'éprouve aucune action de la part du carbonate d'ammoniaque.
DÉRIVÉS DES CORPS ORGJkNISÉS. 107
Ainsi, dans les circonstances ordinaires d'homidité où se trouYent les sols cultivés, il est au moins douteux que le plâtre retienne définitivement Tammoniaque des eaux pluviales à Tètat de sulfate.
Pour doser le sulfate de chaux produit dans la réaction qui se passe entre le sulfate d'ammoniaque et le carbonate de chaux, on traite par l'eau- froide le mélange après qu'il a été entièrement desséché à l'air. La chaux du sulfate dissous est ensuite précipitée par l'oxalate d'ammoniaque et dosée à l'état de carbonate.
Pour constater la présence du sulfate d'ammoniaque, on peut faire digérer le mélange dans de lalcool faible qui dissout ce sel sans prendre de sulfate de chaux.
Le chlorhydrate , le phosphate, et l'oxalate d'ammoniaque, se comportent comme le sulfate. Le carbonate calcaire se décompose dans les mêmes circonstances et en donnant lieu à des produits équivalents (1),
(t)i<»Un gramme de sulfate d'ammoniaque cristallisé, incorporé à cinq ou six fois son poids de craie, a donné, après deux jours d'exposilion du mélange humide à Tair libre, Oc'sSO de sulfale de chaux. Dans une autre expérience, on a obtenu, de is'sOlS desulfale d'ammoniaque, 0<^-,85 de sulfate calcaire* Or, d*aprè8 les proportions du] spl «ntmoniacal, on aurait dû obtenir 0c^-,9i et Or-,03 de sulfale de chaux. Ainsi , les ^|^^ environ de Tammoniaque coortenue dans le sulfate soumis à l'expérience avaient été transformés en carbonate ; * ' •
2* U'%5 de sulfate d'ammoniaque a été mélangé avec 8 gramm. de craie et 60 à 70 gramm^ de sable siliceux. Le mélange a été entretenu humide et exposé à Tair pendant quatre jours^ la tempéra-
Les faits qui viennent d'être exposés permettent peut-être de concilier les résultats contradictoires obtenus dans Tapplication des sels ammoniacaux comme engrais. Quand on présente aux plantes du chlorhydrate, du phosphate, ou du sulfate d'ammoniaque, ces sels sont absorbés en quantité limitée, comme la plupart des substances solubles ; leur effet
ture étant de 20 à 26<>. La matière, après avoir été desséchée par Taction de Tair, a été mise à digérer dans de Talcool faible ; la liqueur alcoolique, évaporée, n'a donné qu^une trace insignifiante de sulfate ammoniacal. On a eu environ 1p'*,2 de sulfate de chaux ;
3<> Un moyen très-simple de constater la réaction qui nous occupe, consiste à plonger un morceau de craie dans une dissolution de sulfate d'ammoniaque ; ce morceau de craie ainsi imbibé, étant exposé à l'air, émet pendant plusieurs jours des vapeurs de carbonate d'ammoniaque. Plusieurs fragments de craie mouillés avec la dissolution de sulfate, et exposés , au moyen d'un aspirateur, à un courant d'air contigu qui se lavait ensuite dans de l'acide chlorhydrique, ont laissé dégager assez de vapeurs ammoniacales pour former dans la liqueur acide près d'un gramme de sel ammoniac ;
A^ Dans du sable siliceux légèrement humecté , on a incorporé 2 grammes de plâtre, puis le mélange, arrosé avec une dissolution renfermant 2 grammes de carbonate d'ammoniaque, est resté à Tair pendant huit jours, ayant toujours la consistance et l'humidité propres à une terre arable. Au bout de ce temps, on a laissé dessécher, puis on a traité le mélange par Talcool faible : la liqueur alcoolique, évaporée, n'a pas laissé de sulfate d'ammoniaque ;
5<> Du phosphate d'ammoniaque , mêlé à de la craie, et le mélange entretenu humide pendant quelques jours , s'est comporté comme le sulfate placé dans les mêmes circonstances; les Vm du phosphate ammoniacal ont été transformés en phosphate de chaux ;
6<> La réaction de l'oxalate d'ammoniaque sur la craie se manifeste alors même que le mélange est très-aqueux ; ce qui s'explique, au reste, par TafBnité puissante de l'acide oxalique pour la chaux. La totalité de l'oxalate alcalin est promptement changée en oxalate calcaire et en carbonate d'ammoniaque.
utile se borne probablement à porter dans la plante du chlore^ du phosphore et du soufre. Mais si, au lieu de les administrer isolément, dissous dans Teau, comme on le fait dans les expériences de physiologie, on les incorpore dans un sol meuble et humide, ces mêmes sels réagissent sur le calcaire que contient presque toujours la terre arable, et se transforment en carbonate d'ammoniaque, dont il serait difficile de nier l'heureuse influence sur la végétation. Ces mêmes faits font présumer que le chaulage, le marnage, n'ont pas uniquement pour objet de fournir aux cultures l'élément calcaire ou alcalin qui leur manque, mais qu'ils agissent encore en apportant un principe, le carbonate de chaux, dont l'action toute particulière sur les engrais change, par voie de double décomposition, les sels ammoniacaux qui ne s'assimilent pas, en carbonate assimilable, qui porte dans la plante Tazote de la matière organique des fumiers, et le carbone tenu en réserve dans les roches calcaires.
Ces réactions entre des sels solubles et un sel insoluble, s'effectuant dans les conditions toutes spéciales que présente la terre arable, montrent en outre qu'il ne faut pas toujours conclure des phénomènes observés dans les laboratoires, aux phénomènes qui se réalisent dans la grande culture ; et il est vraisemblable qu'en étendant aux sels alcalins l'étude de ces réactions singulières, on comprendrait mieux l'action et le genre d'utilité des substances salines en agriculture. Ainsi, le rôle du sel marin comme amende-
ment est encore fort incertain. Des agronomes trè&habiles doutent de son efficacité; en Angleterre , malgré l'abolition de l'impôt, on n'en consomme qu'une insignifiante quantité comme amendement. Cependant il ne serait pas impossible que, donné au sol à une dose modérée, il ait une certaine action. Dans les plantes marines, la soude se trouve en grande partie combinée à des acides orga«niques, et le chlore que l'analyse constate dans leurs cendres, n'est nullement en rapport avec la forte pro* portion d* alcali qu'elles contiennent. La totalité de sodium ne pénètre donc pas dans le végétal à l'état de chlorure, mais très-probablementàrétatde carbonate de soude, et cela, peut-être, par suite d'une réaction analogue à celle que fait éprouver le calcaire aux sels ammoniacaux. Il est vrai que le chlorure de sodium en dissolution ne subit aucune modification de la part du carbonate de chaux; mais on sait que si, dans du sable humecté avec cette même dissolution, on introduit de la craie en poudre et qu'ensuite on abandonne le mélange à l'air, on voit apparaître une effervescence de soude sesquicarbonatée. Ainsi, par les effets combinés de la capillarité et l'acide carbonique de l'atmosphère, le sel marin, dans les conditions que je viens de signaler, éprouve au contact de la craie une décomposition partielle, dont le résultat est du carbonate, et qui, comme tout sel alcalin, favorise le développement des plantes. On voit donc qu'il n'est pas irapossiUe qu'en donnant du sel marin à un sol suffisamment calcaire, on l'amende réellement avec
DÉRIVAS DBS CORPS ORGANISÉS. IH
du carboqate de soude; on comprend encore comment le même sel marin introduit dans une terre privée de carbonate de chaux, peut ne produire au«cun efiTet appréciable sur les cultures*
L'énumération des substances comprises dans le tableau des équivalents des engrais^ montre combien, par les résidus de ses fabriques, l'industrie peut seconder la production agricole. L'utilité de ces matières pour l'amélioration du sol, explique l'empressement que l'on met à les recueillir, malgré leur aspect repoussant et leur odeur infecte; dans les pays où la culture des terres est en voie de progrès, on recherche avec une sorte d'avidité les débris organiques de toute nature et de toute origine. C'est par l'art agricole que le rejet des abattoirs, la boue des villes, les matières immondes accumulées dans les voiries et les latrines, sont transformés en ces riches moissons, source des aliments substantiels, des produits des manufactures, avec lesquels se nourrissent et se vêtent les populations. S'il était possible de recueillir les déjections, les boues produites dans une contrée, laproduction agricole serait ^ngulièrement simplifiée, et l'économie rurale d'une nation ressemblerait singulièrement à l'économie d'une ferme bien administrée » dans laquelle rien ne doit être perdu. Or, comme l'expérience établit d'une manière incontestable qu'une quantité donnée d'engrais détermine, par son union avec le sol, la production d'une quantité beaucoup plusconsidérable de substances alimentaires, on peut admettre rigoureusement que les immondices
d'une ville, si elles étaient utilisées comme fumier, reproduiraient, et bien au delà, les aliments nécessaires aux habitants. Ainsi, les ordures, les matières fécales delà ville de Paris assureraient annuellement un produit de plus de deux millions d'hectolitres de froment, et peut-être de soixante à quatre-vingts millions de kilogrammes de viande. Mais la plus grande partie des débris et des déjections d'une population agglomérée est irrévocablement perdue, et le peu qu'on utilise ne profite guère qu'aux cultures les plus voisines, parce qu'il est de la nature des matières fertilisantes de ne pas supporter les frais de transport.
Quant aux engrais que je nommerai industriels^ qu'ils consistent en résidus rejetés des fabriques, ou qu'ils soient confectionnés directement par l'industrie, leur production est nécessairement renfermée dans des limites assez étroites, tandis que s'ils sont facilement transportables, le champ de leur débouché est en quelque sorte indéfini. Il résulte de ces conditions qu'il arrive bientôt un moment où leur application n'ofire plus que des avantages bornés. En effet, on ne saurait nier que les bénéfices, souvent considérables, réalisés par le* cultivateur intelligent en employant un engrais industriel nouvellement émis sur le marché, ne puissent être attribués à l'ignorance ou à l'inertie de ceux qui ne se tiennent pas au courant des progrès de Fart agricole. Que les bons préceptes se vulgarisent, et bientôt les demandes du nouvel engrais ne seront plus en rapport avec une production généralement limitée. Dès lors il surviendra
une hausse de prix qui amoindrira, si elle ne les fait pas disparaître entièrement, les avantages obtenus d'abord. C'est, au reste, le caractère de la science appliquée, d'être très-profitable aux esprits les plus éclairés : ensuite elle est un peu utile à tout le monde; la somme du bien est toujours la même, mais elle se répartie sur un plus grand nombre. Celte élévation de prix, conséquence delà limite dans la production, toutes les matières capables de devenir des engrais industriels la subiraient, fussent-elles des plus communes, et du prix le plus modéré ; et cela, à cause do l'immense étendue du marché qui leur serait ouvert, dans l'hypothèse d'un transport peu dispendieux. Il serait facile de démontrer quelle minime influence peuvent, en définitive, causer sur la production agricole, considérée dans son ensemble, les engrais provenant de l'industrie manufacturière. La quantité de matière élaborée par cette industrie est considérable sans doute ; mais cette quantité n'est plus rien quand on la compare à la masse vraiment extraordinaire des produits qui, chaque année, sortent des immenses ateliers de l'agriculture.
Je suis bien loin, cependant, de contester les services réels que, sous le rapport des engrais, l'industrie agricole attend de l'industrie manufaèturièreetdu commerce : nul doute que tous les eflforts doivent tendre à ne rien laisser perdre de ce qui peut contribuer à fertiliser la terre. Les substances de l'organisme animal, si riches en azote et en phosphates, sont déjà exportées au loin; la dessiccation, en réduisant
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leur maase, iouf en conservant leur éoergie^pepmeide les éipécHer à de grandea distances. Le sol des Antille» est fécondé avec du sang, delachaîr musculaire desséobés à Londres ou à Paris; les céréales de TEkkrope sont quelquefois fumées avee le guano des îles de la mer du Sud ; les tourteaux fournis par des grai« nés oléagineuses rtcoltées en Egypte améliorent les cultures du midi de la France. Maisr ce que je veux établir^ c'est que tous ces engrais auxiliaires ne boni-* fieront jamais qu'dne fraction très-restreinte du territoire; et je persiste à croire que c'est par Tintroduction des méthodes rationnelles qu'on doit espérer le pro^ grès agricole d'une contrée ; c'est par l'application de ces méthodes que le cultivateur crée les fumiers qui font produite à la terre de riches moissons, tout en lui conservant^ en augmentant même sa fertilité. C'est dans la prairie que l'agriculteur les trouve et l'on prouverait facilement que les éléments de l'engrais normal, le plus certain et presque toujours le plus économique, sont réellement pris dans l'atmosphère et dans les eaux d'irrigation.
V»ble»n de la Talenr compiirée des eniprais.
Le tableau qui termine ce chapitre est emprunté aux mémoires publiés par M. Payen et moi, il y a bientôt dix ans. Dès cette époque ^ nous avions établi de la manière la plus formelle l'importance des substances minérales dans les engrais; car, tout en proclamant la nécessité absolue des principes a/otés, nous étions si éloignés de penser que ces
principes fussent les seuls capables de contribuer à TamélioBation du sol, que nous reconnaissions les sels alcalins et terreux comme indispensables au développement des végétaux^ J'ai dû rappeler ces faits, parce qiie plusieurs auteurs, dans leurs écrits sur des sujets agricoles, ont affecté de croire que Tazote était pour nous Tunique élément utile des fumiers. Des publications remontant à 1837 ; les discussions soulevées dans cet ouvrage, prouvent surabondamment que nous n'avons jamais professé une opinion aussi exclusive. Quand, en 1840, nous avons exécuté notre travail, il n'existait pas, que je sache, une seule analyse d'engrais: il fallait bien commencer; et, comme nous voyions alors, comme aujourd'hui, l'élément le plus important, dans la substance azotée, nons avons d'abord procédé à la recherche de l'azote dans cent trente espèces de matières utilisées comme engrais. Depuis, en vue de compléter les équivalents, j'ai introduit dans la table un élément nouveau, l'acide phosphorique, afin de pouvoir comparer les matières fertilisantes au fumier de ferme, sous le rapport des phosphates. Malheureusement, je n'ai pu étendre cette recherche à toutes les substances inscrites dans le tableau, c'est que le dosage de l'acide phosphorique est bien moins rapide que celui de l'azote. Au reste, il est dans l'essence des données numériques destinées aux applications de se perfectionner avec le temps; il y a donc lieu d'espérer que, d'ici à quelques années l'analyse apportera dans les équivalents des engrais, d'importantes rectifications.
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