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« engrais, a dit ce chimiste illustre, doit à la longue « épuiser le sol. )u Davy attribuait à une semblable exportation, la stérilité de quelques-unes des parties de l'Afrique septentrionale et de l'Asie mineure; l'aridité actuelle de la Sicile , cet ancien grenier de l'Italie, lui paraissait due à la même cause. Rome renferme certainement dans ses catacombes, du phosphore apporté de toutes les contrées du vieux monde. Dans ses recherches sur la végétation, de Saussure a signalé les substances minérales renfermées dans les plantes. Sprengel, M. Berthier, ont analysé un grand nombre de cendres. M. Liebig, en insistant sur le rôle utile des bases alcalines et des sels dans les cultures, a rappelé l'importance du rôle et la matière inorganique dans l'étude des assolements; importance que j'ai toujours admise depuis l'époque ou j'ai connu les travaux de Saussure ; mais, à mon avis, si Ton n'a pas tiré un parti convenable des travaux des analystes, c'est que toute discussion sur les substances minérales nécessaires aux végétaux doit, pour être fructueuse, s'appuyer sur l'analyse des cendres de plantes venues dans le même sol, fumées avec un même engrais dont on connaît le contenu et la composition des cendres. C'est pour la matière inorganique une sorte de compte courant à établir entre les récoltes et le fumier. Bien que j'accorde une grande confiance aux analyses publiées jusqu'à ce jour, je n'ai pas cru devoir en faire us^e pour atteindre le but que je me proposais. Il ne m'a pas semblé qu'il fût. bien rationnel de comparer
des matériaux aussi bétérogènes par leur origine, que peuvent l'être des analyses de la cendre de végétaux récoltés à Genève, à Paris, en Allemagne, lorsqu'il s'agissait d'expliquer des phénomènes agricoles réalisés dansune ferme de l'Alsace. Par ces divers motifs, je me suis décidé à analyser les cendres des végétaux admis dans les rotations suivies à Bechelbronn, en bornant toutefois ces recherches aux parties de la plante que l'on récolte. Je n'avais qu'un intérêt très-secondaire à connaître la composition des cendres de celles de ces parties laissées sur le terrain, car il e^t évident que les substances minérales qu'elles contiennent ne sont pas distraites du sol. Ainsi, j'ai seulement examiné les cendres des tubercules de la pomme de terre, des racines de la betterave, sans faire porter un semblable etamen sur les feuilles de ces deux plantes.
Les cendres provenaient presque toutes des produits récoltés en 1841. Dans le plus grand nombre de cas ^ on a fait deux analyses de la même substance. Dans ce long et fastidieux travail, auquel j'ai du consacrer près d'une année, j'ai été habilement secondé par M. Letellier.
On remarquera, dans les résultats, des pertes qui dépassent celles que l'on tolère ordinairement dans des recherches faites avec soin . Je me suis assuré à plusieurs reprises que ce déficit, dont j'ai été d'abord très-étonné , provient surtout de la difficulté qu'on éprouve à incinérer certaines matières végétales. Lorsqu'elles sont riches en sels alcalins^ ces matières lais-
sent des cendres si facilement fusibles qu'il devient fort difficile de s'opposer à leur agglutination ; le charbon échappé à la combustion se trouve emprisonné dans une espèce de fritte qui forme un obstacle à l'action de l'air. La nécessité où l'on est alors d'incinérer à la température la plus basse possible, afin d'éviter ou plutôt d'amoindrir cet inconvénient, fait qu'on laisse quelquefois dans la cendre un peu d'humidité; mais c'est bien réellement au charbon qu'est due la perte la plus importante. Ainsi, le déficit subi dans l'analyse de la cendre de froment s'élève à 2,4 pour 100. Or, par une recherche directe, le charbon a été trouvé égal à 2. La perte réelle se réduirait, par conséquent, à 0,5 (1). Quoi qu'il en soit, j'ai présenté les résultats tels qu'ils ont été obtenus, sans introduire aucune correction. Au nombre des produits de l'analyse, l'alumine figure avec l'oxyde de fer. Cette terre, que j'ai presque toujours rencontrée en quantité minime dans les cendres, est peut-être accidentelle, car elle peut provenir de la terre adhérente dont il est bien difficile de débarasser complètement les plantes que l'on incinère ; cependant il ne faut pas oublier qu'on la trouve dans l'eau des rivières.
Tableau.
{{) J'ai trouvé depuis, qu'en opérant à une température peu intense, on obtient des cendres exemptes de charbon. Je chauffe le vase de platine, dans lequel s'effectue la combustion, au moyen d'une lampe de Garcelle.
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214 DBS ASSOLEMBinrS.
Si maintenant on applique ces résultats analytiques aux produits récoltés sur un hectare, on a pour chacune des cultures comprises dans les assolements, la quantité des matières inorganiques enlevées au terrain.
Tableau.
ils:
On voit, en consultant les chiffres inscrits dans ce tableau, qu'une récolle moyenne de blé faite sur un hectare, prive le sol d'environ 19 kilog. d'acide phosphorique. Une récolte de fèves enlève 22 kilog. du même acide. La betterave prend 12 kilog. d'acide phosphorique, et de plus une forte proportion de potasse et de soude qui approche d'un quintal. Il est bien évident que de semblables résultats tendent continuellement à appauvrir la terre arable des substances minérales utiles quis'y rencontrent ; il pourrait même arriver une époque où un terrain sera rendu improductif par suite de cet épuisement. Dans les fonds d'une richesse extrême, comme ceux provenant d'un défrichement analogue à ceux qu'on opère de nos jours dans les forêts vierges du nouveau Monde, on conçoit que l'épuisement des matières salines reste inaperçu pendant une longue suites d'années, pendant des siècles mêmes. En effet, en Amérique, où les grands défrichements se font presque toujours en incendiant les forêts, des millions de stères de bois laissent, après leur combustion, une quantité de sels véritablement prodigieuse. Aussi, on ne prévoit pas la limite de la fertilité de terres arables ayant une telle origine ; et j'ai déjà eu occasion de citer ces récoltes abondantes qui payent si largement les peines du planteur. Dans des circonstances moins extraordinaires, dans le voisinage des grands centres de population, là précisément où, en raison du prix élevé des denrées, le cultivateur a l'intérêt le plus direct de porter au marché la plus forte proportion
possible de ses produits, réduisant ainsi au minimum la consommation sur place, le manque des principes salins indispensables à la fécondité ne tarderait pas à se faire sentir, si, en retour des exportations on n'importait pas sur rétablissement des débris organiques destinés à réparer les pertes. Au reste, tout ce j'ai dit sur ce genre de culture, à l'occasion de la matière oi^anique, est exactement appliquable à la matière inorganique.
Le cas le plus intéressant à considérer dans la question qui nous occupe est celui d'un domaine rural isolé, obligé de tirer toutes ses ressources de lui-même; un domaine, en un mot, d'où l'on exporte continuellement unefraction déterminée de ses produits, et dans lequel on n'importe jamais de fumier. Je crois avoir établi précédemment par quelle voie les terres en culture empruntent à l'atmosphère, pour les remplacer, les éléments azotés de l'exploitation continuellement exportés. Il me reste maintenant à montrer comment sont remplacés à leur tour les principes salins, les alcalis, les phosphates qui accompagnent les céréales, le bétail, le laitage, conduits au marché. J'arriverai ainsi, j'en ai la conviction, à éclaircir un point intéressant de l'histoire des assolements par les résultats de l'analyse chimique. Je raisonnerai toujours, dans ce qui va suivre, sur les données pratiques que j'ai rassemblées à Bechelbronn et dont j'ai déjà fait usage. Ce domaine est un établissement très-ordinaire; les terres, arrivées à un état de fertilité très-satisfaisant, par suite d'une culture raisonnée, ne sont pas fon-
218 l>t!i \>n(H.l.lll.MS.
cii-'i'ci lient litlics, ol li-ui' qiijlilr d6croitrail i'a|>idonioiil si l'un cessait de luur ruiidre périodiquement la dusc d'oiii^iiiis llécL's^ilil■o,
J'ai (lu d'abord dil'tci-Liiiiiur la nature et la quantité des substances minérales du l'umier. Dans le but d'arriver à une connaissance sunisamment précise de la composition de ces nifilit'rcs minérales, j'ai brûlé, à diverses époques de l'aniKc, des quantités asiet cmisidérables de fumier. Les «.iiuire» ont été intimement mêlées, et c'est sur ce uul.iuge (juo les atialyHïs ont été faites, après qu'un mil aciiové l'incinération daos un vase de platine. Le rcsiillat moyen de cesan:ilyses se représente par :
lcarli,)riii|i(i> 2,0
Aci^il;Sl|>llo^|lhll^lHue 3,0
(-"llun.|UL- 1,0
Chlow 0,6
SlU«!. sulili!, jirgile e6,4
Cliuuï 8,«
Magni^sie ... 3,8
Oxydu de fer, alumine 6,1
Putassc el suuilc 1.8
IjC fumier de ferme n'vîA l'iïks \'unw\wtf i\\\iondemenl
i la tene; elle reçoit en outre une
be el de plâtre. Je rap-
DBS ASSOLBMBNTS.
Dans l'assolement adopté à Bechelbronn, le fnmier de ferme introduit dans la culture d'un hectare renferme 3, 272 kil. de cendres. '
Nous répanidôns sur la sole de trèfle de première année 5 mètres cubes de cendre de tourbe, et au* tant, au 'commencement du printemps, sur la sole de deuxième ' année ;' soit 10 mètres cubes pesant 5,000 idl (i). Je ne ferai pas figurer le plâtre que le trèfle de deuxième année reçoit ordinairement, parce que je considère cette addition comme parfaitement inutile à ià suite' de la>dose de cendre de tourbe que nous employons.
La totalité des substances minérales données à la terre par hectare et pour cinq ans est :
▲eu pboiph.
BU
•Dlfuriq
kil.
kil.
kil
Parle fumier....
Parlciccndreide
tourbe
kil.
kil.
kil.
kil.
kil.
kil.
Somme
U est facile de voir que, par l'engrais et les amendements qu'il reçoit, le sol est surabondamment pourvu de tous les principes minéraux que peuvent exiger les récoltes. Considérons en effet les rotations suivies à Be-
(1) Depuis quelques années on n'emploie plus de cendres de tourbe.
220 DBS ASMLBMBNNB.
chelbronn sous le rapport dessubstancesinorganiques, comme nous les avons déjà considérées sous le rapport des matières organiques; comparons, en un mot, la quantité et la nature des substances minérales prélevées durant les cultures successives, avec les mêmes substances introduites dans le sol à l'ouverture de l'assolement, et nous trouverons que les quantités d'acide phosphorique, d'acide sulfurique, de chlore, de silice, de bases alcalines et terreuses, que l'analyse indique dans les produits récoltés, sont toujours inférieures aux quantités des mêmes corps existant dans la terre arable.
Je ferai porter la comparaison sur l'assolement n"" 1 dont la rotation est ouverte par la pomme de terre. Je n'ai pas cru devoir discuter l'assolement n^ 2 dans lequel la betterave remplace la pomme de terre, parce que la constitution des cendres de ces deux récoltes offre assez d'analogie pour qu'il soit à peu près iùdiffércnt d'introduire l'une ou l'autre sole dans la discussion.
Tablkao.
DBS ASSOLEMENTS.
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