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CHAPITRE XIII

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L'établissement d'une prairie permanente exige que le sol, bien préparé, ait une disposition qui permette à la fois l'arrivée et l'écoulement des eaux. Sans eaux disponibles pour l'irrigation, ce genre de culture manque son but principal : celui d'assurer du fourrage au domaine, malgré les éventualités fâcheuses auxquelles ne sont que trop souvent exposées les trèfles de l'assolement. Dans les climats humides, à pluies fréquentes, aux hivers peu rigoureux, sent moins la nécessité d'annexer à la culture alterne, une surface plus ou moins étendue de prairies ; mais, dans les contrées sujettes aux sécheresses, il est prudent d'assurer la nourriture du bétail de fonds, qu'il est toujours si long, si difficile et si coûteux de remplacer, quand on a été forcé de s'en défaire. Il est vrai que, dans les années favorables, cette annexation du pré à la terre arable amène un excédant de fourrage ; mais alors on peut spéculer momentanément sur l'élève ou sur l'engraissement, si l'on ne

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trouve pas qu'il soit plus lucratif de porter le foin au marché.

C'est à la trop grande restriction de la prairie, qu'il faut, je crois, attribuer la lenteur qu'on remarque dans l'amélioration de la race bovine. Dans les années ordinaires, le trèfle, les plantes sarclées, apportent des quantités suffisantes d'aliments : la prairie permanente n'est plus indispensable; mais que plusieurs années sèches se succèdent, alors le fourrage devient rare, et le cultivateur ne pouvant en tirer des prairies arrosées, se voit dans l'obligation de détruire son étable.

Il est d'ailleurs des terrains dont on ne peut faire que des prairies : telles sont les pentes des montagnes, oii il est difficile de labourer, ou de fixer la vigne. Au reste, dans une grande partie de l'Europe, quand il y a possibilité d'établir un bon système d'irrigation, la culture du fourrage est souvent préférée, à cause de la sécurité de ses produits et du peu de maind'œuvre qu'elle exige.

Il y a deux sortes de prés : les prairies hautes, celles dont le terrain renferme assez d'humidité pour en* tretenir la croissance des herbes sans autre secours que la pluie ; et les prairies basses, recevant, à la volonté du cultivateur, des eaux fertilisantes. Les premières sont soumises, en grande partie, aux chances météorologiques de la culture arable ; elles donnent peu ou point dans les années extrêmement sèches; aussi les avantages qu*on leur reconnaît, sont-ils, au point de vue du rendement moyen, fort contestables.

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Les secondes sont généralement productives^ et leur rapport n'est réellement influencé que par une température fins eu moins propice.

Quand une prairie est établie, il ne faut pas cesser de veiller à sa conservation ; une des conditions es* sentielles est que le sol soit bien égalisé, pour que les eaux n'y formeqt.P^ àB flaques, ayant le double inconvénient de détruire les herbes utiles et de £gh voriser le développement des plantes, marécageuses. U convient, par conséquent, de faire disparaître toutes les protubérances qu'élèvent les taupes et les fourmis ; il faut combler les dépressions occasionnées par le piétinement des animaux. Les pitres, les arbustes, nuisent au fauchage, protègent l'établissement des insectes, et occupent d'ailleurs le sol en pure perle ; on doit les enlever. C'est au printemps que ce travail est exécuté; c'est alors qu'on extirpe les mousses. Les inégalités, quand elles ne sont pas trop fortes, sont aplanies à l'aide du rabot. Un hersage croisé est le meilleur mode à employer pour extirper les mousses, mais il faut que les dents de la herse soient bien effilées; cette opération produit, en outre, un très-bon effet en donnant de l'air au coUet des racines, en agissant comme un labour très-superficiel. C'est particulièrement en automne qu'on nettoie les canaux, qu'on répare les anciennes rigoles ou qu'on en creuse de nouvelles. Les terres, les gazons, prove-* nant de ces travaux, sont mis en état pour être épandus à la surface pendant l'hiver ou au printemps. C'est ordinairement dans la saison froide, lorsque le

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sol est capable de supporter les attelages, que Ton y transporte les amepdements.

Les prairies hautes ^ pour donner un trèç-fort rendement, doivent être fumées ; il est convenable de leur assigner tous les trois ans 80 à 100 quintaux de fumier par hectare. Dans quelques localités on y porte en hiver du fumier long non consommé ; au printemps, on létend Jes pailles, après qu'elles ont été lavées par les pluies, pour les utiliser une seconde fois comme litière. Le plus souvent, on se borne à terrer la prairie en automne, si la consistance du terrain le permet, avec du limon de rivière, des débris de gazon* Le terrage convient à tous les prés; il chausse leS; racines, remplit les vides» les fissures, en même tçmps qu'il introduit des matières organiques, et des. substances minérales. Enfin, on fume quelquefois^ en étendant, dans l'arrière-wison, des lanes de pommes de terre qui s'y désagrègent et y pourrissent, ou bien, encore en faisant rouir sur le gazon du chanvre ou du lin. Dans les deux. cas, la matière décomposable des feuilles et des tiges amé* liore la terre e;n la péné^trant ; maïs c'est là un engrais bien minime, et qui^ pour les |^*airies hautes, nf supplée que trèsrimparfaîtement^ soit à une fumure» soit à un abondant ter^s^e.

La prairie permsuiente est arrosée par deux procédés distincts : faar. l'irrigalion proprement dite, et par submersion. Dans le premier mode, l'eau est amenée dans .un conduit priqelpal longeant la partie supérieure du plan ioçUné que doit toujours former

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le soi. De ce conduit partent des rigoles allant en se rétrécissant à mesure qu'elles s*en éloignent. La distance qui les sépare dépend du plus ou moins de perméabilité du terrain. Le long de la partie basse se trouve une tranchée pour recevoir et conduire au dehors les eaux après qu'elles ont parcouru la prairie.

Lia où les eaux vives sont abondantes, on les donne d'abord pendant quelques jours; on suspend leur arrivée, puis on les fait couler dans les rigoles, et ainsi successivement jusqu'à ce que l'herbe soit en état d'être fauchée. Après la première coupe, on procède de nouveau par irrigations intermittentes, jusqu'à l'époque de la récolte du regain.

Dans les localités où le climat est plus chaud, on irrigue avec des eaux vives pendant deux mois consécutifs, à partir du commencement du printemps; on arrête l'arrosage quelque temps avant la coupe ; l'eau est ensuite rendue durant trois semaines, afin de développer la seconde pousse. Après la dernière coupe, on irrigue encore jusqu'à ce que la prairie soit en herbe ; dès ce moment, on cesse l'irrigation, et quand le sol est suffisamment raffermi, on le livre au pâturage. Si Ton ne dispose pas d'un grand volume d*eau, l'irrigation est continue sur la prairie prise dans son ensemble; mais, en réalité, elle est partielle, par la raison que les rigoles ne sont alimentées que successivement. En principe, toute irrigation, pour être profitable, doit être intermittente: le séjour trop prolongé de l'eau, même animée d'une

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certaine vitesse^ détermine la croissance des plantes aquatiques, qu'il importe par-dessus tout d'empêcher. L'eau doit couler avec lenteur ; autrement, loin de laisser déposer les particules de matières qu'elle tient en suspension , elle déchausse les plantes en entraînant la terre végétale. De là, la nécessité de ne donner qu'une très-faible inchnaison aux rigoles.

Au printemps, lorsqu'on redoute des gelées noc^ tumes^ on se borne à irriguer pendant le jour seulement ; dans la même saison, quand il souffle un vent violent du nord, il est prudent de suspendre l'irrigation, l'évaporation pouvant, dans cette circonstance, causer un trop grand refroidissement. Ces préceptes sont d'ailleurs subordonnés à la nature du climat.

L'irrigation par inondation n'est praticable que dans le voisinage d'une rivière, et dans des situations telles qu'elles permettent de faire affluer à volonté les eaux sur desprairiesparfaitement nivelées. Ces inondations, que l'on fait naître momentanément par un barrage, s'exécutent, dans nos climats, à la (in de l'automne. U est rare qu'on les fasse durer plus de quinze jours. Après avoir mis à sec pendant huit ou dix jours, on inonde de nouveau, et ainsi alternativement jusqu'au printemps; alors, les submersions deviennent moins fréquentes et surtout moins prolongées; elles ne durent plus que pendant cinq à six jours. Lorsque l'herbe a acquis une certaine vigueur, on cesse d'irriguer jusqu'après l'enlèvement du foin; ensuite, on remet l'eau pour développer le regain.

U y a des contrées où la prairie est mise à sec dès

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le commenoement de Thiver; dans d'autres, au contraire, (m laisse séjourner Teau le plus longtemps possible pendant les moisi les plus rigoureux, afin d'abriter la terre contre te froid : l'adoption de l'une ou l'autre de ces deux méthodes dépend probablement de l'épaisseur de la couche d'eau dont on dis* pose. Si cette couche n'a qu'une faible profondeur, Feau gèle jusqu'au sol, et la gelée nuit "alors aux plantes ; mais si Teau est suffisamment profonde, elle ne gèlera qu'à la surface. On sait que, pour une certaine épaisseur, l'eau d'une mare conserve, dans ses couches les plus basses, une température supérieure au point de congélation, et, dans ce cas, elle forme, à r^ard de l'h^be qu'elle recouvre, un véritable écran ; et si ce n'était la nécessité de l'air pour l'entretien de la vie végétale, l'inondation devrait être maintenue pendant toute la durée de l'hiver. Ainsi, ce système d'irrigation remplit trois objets à la fois : en garantissant l'herbage contre les froids excessifs, en abreuvant le sol pour l'époquedes chaleurs de l'été, en t'«imendant à la faveur du limon.

Ce qui est produit par l'art, est fréquemment l'effet decauses naturelles. Des pays d'une immense étendue sont fertilisés par des inondations périodiques, sans lesquelles la terre resterait frappée d'une stérilité absolue. Telle est l'Egypte^ fertilisée par les crues régulières du Nil ; tels sont les steppes, les Uanos, les pampas de l'Amérique méridionale, que l'on doit considérer comme les plus grands p&turages qui soient à la surface du globe.

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. Les. Uanos de l'Orénoque, idu Gasaaare ejt de^ l'Afure^ sofit des plaînei; ^inuDeiises apparteo^gt au bassin, hydrographique .da .rOrénoque, .4o0^ h ^^upjei^ ficie est évaluée à près de dix poi^e luyriimiètres carrés. L'égalité apparente de leur sol^ rjb^qri^pn sans bornes que Ton y découvre, leur dqnne Vaspect de rOcéan. On s'en formerait néanaioins une idée, peu exacte, si on les considérait comme une plaine ^yant partout le laème niveau. Us ont 4qs plateaux d'une faible élévation à la vérité, mais d'une étendue souvent considérable : ce sont les meuis ; cea inégalités peu apparentes, ayant au plus 150 mètres de hauteur, remplissent cependant un rôle important dans l'aménagement des eaux* Ces protubérances, toutes faibles qu*elles s<mt, donnent aux Uanos toute leur impor^ tance, en en faisant un rofiuge pour les êtres vivants, aux époques périodiques de l'inondation, et en conservant les eaux pour la saison des sécheresses. Les mesas sont formées d'un sable disposé en strates horizontales reposant sur le gi>ès dur et imperméable des plaines. Ce sont comme autant de lambeaux, de restés d^unealluvion, qui,! à une époque ancienne, aurait couv^ la totalité du \soL Ces amas de gravier, par leur nature poreuse, s'imbibent d'eau durant la saison des pluies;' et^ quand les rivières débordées rentrent dans leurs lits, lorsque cesse l'inondation , ils laissent échiqfiper, avec lenteur, les eaux qui s y trouvent accumulées, en même temps qu'elles y sont préservées des effets de l'évaporation* Ces mesas deviennent de véritables sources; de Tune

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d'elles, la mesa de Gtumipa, il ne sort pas moins de quarante rivières qui se rendent à rOrénoque, au golfe de Paria, ou, directement à la mer. En suivant avec attention un faible ruisseau ayant pour origine un terrain marécageux ombragé de quelques palmiers, on reconnaît que le sol sablonneux sur lequel il s'écoule, lui fournit constamment de nombreux fidets d'une eau argileuse. On s'attendait d'abord à le voir disparaître, soit par l'évaporation favorisée par une température de 28 à 32 degrés, soit absorbé par le sable : il en est tout différemment ; son volume augmente avec rapidité, et cela, à ce point, qu'il devient navigable à 1 0 ou 12 lieues de sa source.

C'est peut-être à la constitution géologique des mesas, qu'une grande étendue de terrain doit sa fer* tilité. Les Uanos sont peuplés ; on y rencontre des villes et de nombreux villages : le Uanero passe sa vie à dompter les chevaux, à soigner le bétail.

L'inondation du bas pays de 1 Orénoque est toujours la conséquence des grandes crues hivernales ; bientôt les savanes se changent en autant de lacs; sur plusieurs points, la terre est recouverte de un à deux mètres d'eau; les communications entre les mesas, où hommes et animaux sont réfugiés, deviennent des plus difficiles, et, pour aller d'une habitation à une autre, il faut le plus, souvent recourir à des embarcations. Les Uaneros les plus expérimentés se hasardent seuls à parcourir à cheval ces terrains inondés; car, pour entreprendre une telle tra-* versée, il faut, comme eux, joindre à l'hahiieté du

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