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DE LA PRAIRIE

cavalier 9 la prudence du pilote. Lorsque les eaux sont retirées, quand on n'aperçoit plus dans les llanos que le ciel et le gazon, des hommes presque nus, armés d'une lance et munis d'une longue courroie {lazo), toujours à cheval, parcourent les savanes pour inspecter les chevaux, le bétail, errants dans ces pâturages ; ils ramènent les animaux trop éloignés de la ferme, et les marquent d'un fer chaud au chiffre du propriétaire.

Le pâturage, ranimé par suite de l'inondation , est principalement formé de graminées atteignant, dans les parties les plus distantes des rivières, 25 à 30 centimètres de hauteur ; mais dans la proximité de VA" purej du Casanave^ elles s'élèvent jusqu'à un mètre. Aux graminées sont réunies des malvacées et une variété de sensitive que Ton considère comme le meilleur fourrage des llanos.

Dans l'irrigation par submersion périodique, on s*aperçoit de l'effet nuisible de la stagnation trop prolongée à une écume blanchâtre dont l'eau est recouverte ; c'est un signe évident de la putréfaction de la matière organique.

La nature des substances dissoutes ou tenues en suspension exerce de l'influence sur les effets de l'irrigation; la température des eaux hâte la croissance de l'herbe, et c'est pour cette raison que les sources sont souvent utilisées avec succès.

Une question fort importante, est celle de savoir quelle est la quantité d'eau nécessaire à l'irrigation d'une surface donnée de terrain. Pour parvenir à

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cette appréciatiotiy il faut considérer qu'une prairie haute, dans nos contrées, donne un produit satisfai* sant, seulement dans les années suffisamment humides. Par exemple, en 1816, M. Herrenschneider a mesuré, à Strasbourg, T93 millimètres de pluies et de neige fondue répartis en 162 jours ; soit, par jour, 2,2 millim., et par surface d'hectare, 22 mètres cubes d'eau. . . •

Durant la saison chaude de la même année, du 1** a^il au 31 août; il est tombé 433 millimètres de pluies; soit, par jour 2,8 millim., et par hectare, 28 mètres cubes. La récolte de foin a été bonne.

L'année 1 8 1 8 a été extrêmement sèche : les foins ont manqué généralement; il n'y a eu que 553 millimètres de pluies répartis en 129 jours; soit, par jour, 1,5 millim., et par hectare, 15 mètres cubes.

Dans la saison chaude de 1818, du T' avril au 31 août, il est tombé 228 millimètres de pluie; ou, par jour 1,5 millim., par hectare 15 mètres cubes, la moyenne du printemps et de l'été se confondant avec la moyenne annuelle.

On pourrait croire, d'après ces nombres, qu'il suffirait d'assurer à un hectare de prairie 28 à 30 mètres cubes d'eau par jour pour en obtenir un bon résultat : il n'en n'est rien cependant ; et ce volume qui active puissamment la végétation, quand il provient de la pluie, serait insuffisant, s'il était déversé k la surface d'une prairie.

En Allemagne, on considère comme irrigation favorable, quand, tous les huit jours, on peut recouvrir

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un pré d'une couche d'eau de 21 centimètres d'épaisseur. C'est par surface d'hectare 2100 mètres cubes, ou 2625 mètres cubes par hectare, pour vingtquatre heures. Néanmoins, quand on ne dispose que de la moitié de ce volume^ on doit encore entreprendre des. travaux d'arrosement. Avec moins d'eau^ l'opératioA devient si peu satisfaisante, qu'il est prudent de réduire la surface à irriguer. Ainsi, quand on donne à un hectare de pré, par jour, 262 mètres cubes d'eau, l'irrigation est envisagée comme bonne; 131 mètres cubes procurent une irrigation moyenne ; elle est imparfaite avec 66 mètres cubes*: Cependant, on.«btieBlt déjà une. amélioration très-sensible dans le rendement, avec des irrigations même exiguës. ÀVDsi la WiaJcelbachy tout en ne débitant que 0,484 mètres cubes par seconde, irrigue cependant avec profit 425 hectares de prés ; 25 hectares sont im«» mergés pendant 20 heures tous les quatorze jours c c'est 98 mètres cubes par hectare et par vingt-quatre heures.

Ces quantités (1) paraîtront sans doute exagérées aux personnes dont Tattention n'a pas été dirigée sur ces questions. Une circonstance particulière m'a permis de jauger trè&-exactement l'eau employée à Tarrosement. Pour utiliser l'épiiisement-d'une-mine, nous avons. -établi une prairie prjès d'un puits d'extraction, d'oii,/ chaque jour^i on extrait 96,6 • mètres cubes d'eaui Cette quantité suffit à peine pour irri-^

(1) Zetter, Économie Ratt, sur la loi d* irrigalion.

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guer conTenablement une surface de terrain de 1 ''l 5; et, dans les grandes sécheresses de l'été de 1 846, la totalité de l'eau a été absorbée par le sol, bien qu'il

repose sur un fond d'argile.

Comme résultat moyen, on estime, en Allemagne, que 25 à 30 jours d'irrigations faites en temps opportun, avec 5 mètres de hauteur d'eau, suffisent pour la prairie. C'est, en somme, par hectare 50 mille mètres cubes; et, pour chaque jour d'irrigation, un débit dé 1818 mètres cubes; ou bien 137 mètres cubes par jour, en supposant l'arrosement réparti dans tout le cours de l'année.

Dans les Vosges, où l'on irrigue abondamment, l'hectare de pré reçoit, les jours d'arrosement, une hauteur de 45 centimètres ; il faut, par conséquent, disposer, par an, de 90 mille mètres cubes d'eau pour un hectare, en admettant 20arrosements ; en moyenne annuelle, l'hectare de prairie en recevrait par jour 246 mètres cubes.

Après avoir discuté un assez grand nombre de renseignements, M. Puvis croit qu'une couche d'eau de 20 centimètres de profondeur et 25 à 30 jours d'arrosage avec cette quantité procureraient des résultats avantageux. Ce serait par hectare, par chaque irrigation, 2 mille mètres cubes ou 55 mille mètres cubes par année, soit en moyenne, par jour, environ 150 mètres cubes; mais M. Puvis ajoute, avec ra»on, qu'on pourrait doubler cette quantité sans aucun inconvénient.

Un fait curieux, c'est qu'en f^ypte on emploie

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beaucoup moins d'eau qu*en Europe pourTirrigation. M. Linan, ingénieur au service du pacha, évalue à 29 mètres cubes Teau donnée par jour à 1 hectare des terres du Delta. On pourrait, il est vrai, se demander d'abord si ce régime est suffisant ; il faut remarquer, en outre, qu'il s'agit surtout, en Egypte, de conserver l'humidité introduite dans le sol lors de l'inondation du Nil. Enfin, il est certain que les terres arables exigent moins d'eau que les prairies.

La submersion, quand elle a pour objet la fertilisation et même la création du sol, est nommée warping par lesagriculteursanglais.On la pratiqueprèsl'embou* chure des fleuves, là où l'eau, ralentie dans sa course et exhaussée par le flux de la mer, peut submerger les ter^ res riveraines, qu'elle laisse ensuite recouvertes d'un abondant dépôt limoneux. On établit d'abord une digue parallèle au fleuve, dont la hauteur et la solidité sont déterminées par l'élévation qu'atteint l'eau refoulée par les grandes marées. Deux portes d'écluses, l'une d'admission {flaodgaie)^ l'autre de décharge {cUmgh), suffisent pour limoner quatre à cinq hectares. Lors des hautes marées, la porte d'admission, ens'ouvrant de dehors en dedans, laisse pénétrer l'eau; tandis que la porte de déchaîne, tournant sur ses gonds de l'intérieur à l'extérieur, est maintenue fermée par la pression même qui fait pénétrer la masse liquide. Cet état de choses persiste tant que monte la marée ; aussitôt qu'elle commence à baisser, la pression s'exerce en sens contraire : elle ouvre la porte de décharge, en même temps qu'elle ferme la porte d'admission.

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L'eau s'écoule de renceinte inondée beaucoup plus lentement qu'elle n'y est entrée, les sections des écluses étant calculées en conséquence. L'envahisse-* ment et l'écoulement se réalisent dans l'iotervaUe* des deux hautes marées.

Durant son court séjour, l'eau dépose sur le sol qu'elle a envahi un sédiment, warp^ s'élevant dans quelques localités jusqu'à deux centimètres et demi d'épaisseur. Par le warping^ des sables improductifs deviennent fertiles à ce point, qu'on lésa cultivés sans autre engrais pendant dix à douze ans ; et, par suite d'opérations de ce genre, on a vu la couche de limon atteindre plusieurs décimètres de puissance. Aussi la nature du sol sur lequel l'atterrissement est déposé est absolument indifférente. Il est arrivé que dans le cours d'un seul été les eaux, successivement amenées et expulsées, ont laissé un sédiment de 1 5 à 40 centimètres. Lord Hawke reconimande de cultiver, pendant cinq ou six ans, la terre limonée avant de la mettre en prairie (1). Le vrarping, qu'on peut pratiquer sur le littoral de tous les cours d'eaux limoneu* ses, n'est pas sans analogie avec certaines opérations du laboratoire, puisqu'il consiste à introduire l'eau, et à la décanter quand elle a laissé déposer les matières fertilisantes qu'elle tenait en suspension « On exprime d'rilleurs: l'importance du.ltmoMge,>en disant qu'il peUlàla foîa créer le sol, l'assainir elle féconder. La partie cultivable de la basse Egypte est

(1) Tàlhaitt, TraUê étirrigaiùm.

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formée par le limon que les eaux ont enlevé aux montagnes de l'Âbyssinie. On a supposé qu'eatrente siè-« des, les fertiles atternssements du Delta du Mil se sont exhaussés de 6 mètresv

La récolte du foin se fait ordinairement en France vers le mois de juin. Un faucheur coupe dans sa journée une surface de prairie de 30 à 35 ares. Le soir, l'herbe est disposée en petits tas pour la garantir du serein et l'abriter contre les averses. Le lendemain, quand la rosée est dissipée on Tétend au soleil ; le jour suivant, après Tavoir étendu on le retourne une ou deux fois à Torquette, le matin et dans l'après-midi, et Ton continue ainsi jusqu'à ce que la dessiccation soit achevée ; on rentre ou on met en meule. En général, on ne doit faucher à la fois que la quantité d'herbe que l'on présume pouvoir rentrer en deux ou trois jours. Le regain, coupé dans notre climat vers la fin d'août, exige beaucoup de soins pour sa fenai son, parce qu'elle a lieu le plus souvent dans des conditions défavorables à la dessiccation. On admet qu'une prairie donne en regain la moitié de ce qu'elle rend en foin. Le fanage est ordinairement exécuté par des femmes ; dans une journée de travail, elles sèchent 6 à 800 kil. de foin.

Le rendement moyen des prairies irriguées bien entretenues, dans l'est de la France, est estimé à 3500 kil. de foin et à 1500 kil. de regain. Le produit des prairies hautes est tellement éventuel qu4I ' est difficile de l'indiquer avec quelque exactitude ; il n'est

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