‹ Économie socialeChapitre 19 sur 49 · LA DISTRIBUTION OIS R1CHBSS£S · texte numérisé non relu

LA DISTRIBUTION OIS R1CHBSS£S

daires, pour leurs ressources futures^ en cas de maladie, de vieillesse d'infirmités^ de mort, même pour rexîslence de leurs orphelins; et comme on Ta dit, c'est ainsi tout à la fois une caisse d'épargne, une caisse de famille, une tutrice légale et même une banque.

Il se peut que ces précédents informes et timides d'entreprises industrielles gouvernementales et de solidarité entre un nombre considérable d- individus sous la surveillance, les auspices et Tinitiative du pouvoir public , soient les germes d'un mode d'association ' supérieur aux sociétés privées, et qui, sans les absorber, sans leur faire une concurrence redoutable ou nuisible, garantisse à une forte partie des populations inférieures que, sans ce refuge, le paupérisme recruterait infailliblement, un travail et une existence généreuse qu'elles ne pourraient pas trouver dans le mouvement industriel libre de la nation.

^ En Russie, les seigneurs pourront tenter, avec leurs serfs nombreux, quelque chose d'analogue à ce que le gouvernement en France, ou des insti* tutions mises sous son contrôle immédiat, pourront aoEsomplir avec l'adhésion libre des prolétaires. ' L'institution plus ou moins perfectionnée des caisses dépargne semble avoir une portée émi** nemment significative, pour l'avenir, dans cette direction. D'abord , cette institution trouve ses garan* lies de durée et de nécessité dans la position des cb.sses ouvrières. Tant qu'il y aura un seul ouvrier

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salarié^ sans capital héréditaire^ les caisses d'é* pargue subsisteront. Toutes les nations les adopte* ront et les vulgariseront un jour. Car ces épargnes* là ^ les premières du moins de chaque ouvrier^ ne peuvent être confiées par eux . aux vicissitudes de rindustrie, aux chances de la'fortune commerciale : il leur faut une garantie pour le principal et un emploi de ce capital qui porte un intérêt et qui le fasse bonifier. Les gouvernements» ou plutôt des institu-» tiops qui soient soumises au contrôle et à l'action directrice ou répressive des pouvoirs représentatifs > peuvent seuls offrir ce double avantage ; ils deviennent ainsi les banquiers des populations lès plus voisines de la misère, les plus dignes de leur sollicitude. C'est une alliance tutélaire et salutaire au dernier, point» pleine de bonnes choses» et qui peut conduire rapidement les classes inférieures à une émancipation physique et intellectuelle, qu'elles chercheraient en vain dans les hasards de la concurrence anarchique privée» de la concurrence» véritable loterie indus-trielle et commerciale!

Si un jour le pouvoir social » dans les nations européennes» s'immisce directement dans les intérêts matériels du grand nombre » et organise un vaste ensemble d'associations et de solidarités parmi les classes inférieures» c'est par là qu'il prendra position et qu'il pourra se mettre au cœur de la production» du travail» et des intérêts de la multitude. , Ce rôle n'est pas impossible : il dépendra des difficultés que la solution de la question du salaire et

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en général Torganisation du travail rencontreront dans les droits acquis ou dans les prétentions des intérêts particuliers^ opposés.

Mais si , dans tous les cas , cette fonction ne peut être que le résultat d'une longue série de préroga-^ tives ajoutées successivement à celles du pouvoir social par la force, la complication, et la gravité des événements futurs , il est un autre genre d*in« tervention analogue, dans les relations matérielles de plusieurs peuples, qui semble avoir une raison d'être prochaine, infailliblement salutaire.

Sans doute les mêmes mœurs qui ont permis aux gouvernements d'interdire aux établissements in-* dustriels Temploi des enfants avant tel âge, et le travail au delà de tant d'heures, leur permettront et en exigeront même davantage. Il est probable que rintervention sociale ne s'arrêtek*a pas là, et qu'un jour elle réglementera assez complètement et libéralement les devoirs des sociétés par actions et autres à l'égard des ouvriers ; qu'elle leur prescrira , non pas assurément le taux de salaire et la part de bénéfice exacte dont ils devront jouir, mais tous les soins, toutes les garanties qui peuvent donner la lumière, la moralité, et la sécurité d'existence dans les limites compatibles avec la prospérité, avec les ressources et les intérêts particuliers des diverses industries et des divers établissements.

Si quelque combinaison économique est propre à inspirer et à entretenir le sentiment et les expédients

PAnONAU. Ml

dassocintion et de solidarité^ o'est assurément Tapplkation générale des machines qui présupposent cette association même , c'est à dire la réunion poui; un même but d'un grand nombre d'intérêts, d'ad: ministrateurs et d'ouvriers*

Or, l'administration générale et le personnel d'un chemin de fer, d'un canal, d'un service de bateaux à vapeur, d'une grande manufacture, ont cet effet au plus haut degré.

Quels que soient donc les sentiments rebelles et contraires à tout esprit d'association et da réunion ^ qui puissent caractériser les moeurs actuelles d'un peuple , on ne peut en rien conclure oontre son av^ nir à cet égard. La nécessité le poussera à l'imita^ tion, à l'importation et à la multiplication de ces Téhicules productifs et de Ces moyens el^péditifs de transport, afin de soutenir son rang parmi les na* tions, afin d'être riche et puissant» Donc c'est l'essmitiel , tout se fera ensuite j car il s'identifiera avec ce sentiment dés qu'il sera placé dans \t milieu qui le fait naître et grandir.

Mais une fois acquis aux mœurs et au caractère intellectuel d'un peuple, ce sentiment et ces com*^ binaisons seront d'une fécondité in^uisaUe pour l'amélioration et l'avancement des choses générales, pour l'harmonie des intérêts à l'intérieur, et le ht* soin de paix à l'extérieur; enfin, pour les alUanoeS solides des peuples et pour tous les bienfaits qui Msultent de l'accord des honmes.

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* Nous avons vu comment le milieu matériel créé sous ces mêmes influences ^ dégagerait inFailliblement le sentiment d'hiérarchie et d'ordre, mais aussi, et parallèlement, celui d'égalité et de U* berté : nous avons également montré que les capacités surgiraient et que la loi hiérarchique se baserait plus rigoureusement que jamais sur les services et sur les aptitudes.

11 s'ensuit que les rapports qui s'établiront des ouvriers aux capitalistes , aux chefs gérants et di-> recteurs du travail, et des ouvriers aux ouvriers , dans le même établissement , dépendront de Télément qui prédominera chez les divers peuples : Télément de subordination hiérarchique, ou l'élément d'égalité radicale.

En Angleterre, en Amérique, peut-être même en Finance , si les signes du temps persévèrent, il ne semble pas que la subordination aille de longtemps bien au delà des rapports d'ateliers et des obligations de la fonction ou de l'œuvre.

En Russie, en Autriche , en Espagne , en Italie , au contraire» l'association par voie de subordination à Cantique a plus de chances « Mais d'après ce que nous croyons avoir reconnu dégalisateur dans les influences morales de nos puissances nouvelles et dans l'action incessante, dans la lettre même de l'Évangile, ou plutôt dans la tendance de la multitude à l'interprétation radicale et exagérée doa prin« cipes et des prescriptions de son Code moral , il est

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probable que cette forme d^asaociatton ira sans cesse dëclinaot et ne sera que passagère ai Europe , si elle s*y constitue et s*y affermit jamais un peu com-^ plëtement.

Cependant il y a bien des motifs dans la réalité actuelle et dans l'histoire , pour croire ici au retour du lien hiérarchique et des sentiments de déférence, d'obéissance et de subordination i libéralement et pour ainsi dire religieusement entendus.

Il semble que la protection , et les services gradués, par une déférence plus ou moins libre et volontaire, soient un fait, une loi constitutive de tout état de société passé , présent et à venir. Du moins le voyons^nous dans les deux seuls moments de Tétemité dont nous puissions juger : l'histoire et le présent de Thumanité.

A Tinstant même où toute forme officielle hiérar-» chique et de subordination est soigneusement et radicalement retii*ée des rapports sociaux , on peut facilement s*assurer que ce n'est qu'une franchise illusoire, en ce sens que l'indépendance serait entière, absolue. La réalité est, comme toujouni, que chacun de nous gravite vers une protection, vers une puis-sance de position, de génie, de talent ou de renommée; qu'il lui donne, par un salutaire instinct , des marques non douteuses ou d'infériorité, ou d'empressement, ou de considération , yacu&o/iVe sans doute, mais enfin consentie; et qu'il en attend ou qu'il en reçoit son élévation , ses ressources, sa $é«-

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curité, ou l'amélioration de sa position propre. Et qu'à ton tour^ chacun^ quelque libéral qu'il aoit, et peut-être par cette raiaon niéine> est le centre et Tespoir d'un plus ou moins grand nombre d'êtres, ses semblables, dont il reçoit une déférence, une soumission ou un respect réel ou simulé, réfléchi ou d'habitude.

D'où nous concluons que Tégalîté ne peut pas dé^ passer ces termes dans les rapports généraux d'hom* me à homme, de classe à classe, et que l'échelle des individus peut bien avoir des échelons plus flexi*blés, plus rapprochés; mais qu'entre le premier et le dernier échelon, il y aura toujours toute la dis-» tance qui sépare l'extrême vertu, l'extrême grau-» deur et l'extrême perfection , de l'extrême égoisme, de l'extrême inhabileté et de l'extrême vice.

Nous en concluons également qu'entre ces deux bouts de l'échelle sociale des positions, il y aura toujours une série immense de supérieurs et d'inférieurs, de fait, sinon de droit; par la force des cho* ses, sinon par le libre choix et la libre adhésion ; en un mot, des classifications et une réciprocité de ser^ vices qu'on caractérisera comme on voudra , par les mots demi-dieux, géants et hommes, patrons et clients , plébéiens et patriciens , seigneurs et serfs , supérieurs et inférieurs , officiers et soldats , maîtres et ouvriers.

Pour bien saisir les fondements de la légitimité et de Tutilité sociale de ces liens, prenons garde qu'il y aura toujours un peuple, c'est à dire uns

itiaMe relativement moiDs éclairée, moins morale, moins avancée enfin cfue la tète, qne l'élite.

Et cela (outre l'inégalité virtuelle des facultés en^* tre individus) attendu l'inévitable division du travail et les inconvénients de la spécialité individuelle, qni font que chacun se concentre dans une face de sa nature à Texclusion des autres ^ et que le développement ^ l'harmonie , non seulement entre léi fa-« cultes et puissances d'homme à homme, mais l'har* monie des facultés dans un même individu , est un rêve, une impossibilité : les penseurs de profession, les savants, les prêtres et les artistes d'une société Seront toujours au delà du grand nombre*

Or, c'est en cela qu'est la haute raison des classi*^ fications sous le rapport intellectuel et moral, c'est ce qui fait qu'il y a un peuple, une masse. Des hommes, des agglomérations d'hommes qui sont en avant, voilà ce que ne semble pas comprendre assez une portion de la démocratie moderne, et pourtant ce qui met un obstacle invincible à l'égalité absolue.

Et nous devons en prévenir : c'est là ce qui fait qu'en parlant de la diffusion des lumières , de la phis grande moralité, etc., nous n'entendons parler que d'une diffusion et d'une moralité relativement {4us grandes qu'aujourd'hui dans l'Europe; mais nullement d'une égalité universelle entre les indi* vidus, d'un nivellement immobile à tous ces égards; car à peine ce progrès relatif sera*-t-il réalisé parmi le grand nombre, que déjà l'élite des sociétés sera au delà, aura codcu un type de vérité et de beauté.

17S LA DISmiBOTlOIf MS EICHRSSBS.

et possédera une sciente supérieure à celle de la foule ^ et formera la nouvelle aristocratie de Tintelligence, de la vertu et des beaux-arts.

Remarquons aussi que les sociétési comme les individus, ont une fonction spéciale dans l'œuvre générale : donc, de même que dans une société les individus n'étant pas et ne pouvant pas être également livrés aux mêmes travaux, et par conséquent également éclairés^ également intelligents en toutes cho-^ ses/ il y a, en réalité, âne tête^ un milieu et une queue dans Tavancement et. dans la moralité générale; de même, dans Thumanité, les sociétés ne peu* vent pas être sur la même ligne : il v a une hiérarchie de supériorités, relative ; il y a une tête, un milieu et une queue.

Nous avons vu combien Tordre, la ponctualité, le lien hiérarchique, la combinaison des activités et leur harmonisation pour un même but; combien l'esprit de corps et d'association ou de solidarité étaient nécessaires, ou naturels dans le milieu nou« veau ; et quelle densité de population allait se faire graduellement sur tous les points du territoire de diaque nation ; combien, enfin, les relations, les intérêts seraient compliqués, et la nécessité d*y voir clair, impérieuse!

N'est-il pas naturel d'en conclure, à mesure que se dessinera et qu'opérera ce milieu , l'apparition successive de dispositions réglementaires dans les

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rapports indystriels des ëtablissemènts et atriiers, el parmi les ouvriers surtout^ le germe d*atie soli-* darité régulière eutre les divers ordres d'ouvriers' et même d une réciprocité de services ou d'obligâttous te&tre les chefs de l'industrie et lés classés labo« rieuses?'

Cette production en grand , partout ou sera em« ployée la vapeur^ et ragglomératioa considérable d'ouvriers qu'elle nécessitera, feront sentir le besoin à tous de TéQ]emeni» spéciaux pour chaque brandie d'industrie. Peut-être que l'esprit de corps se reproduira comme naturel aux hommes et comme étant un moyen d'ordre. Certes, ce ne seront plus des corporations à rimsge du moyen^&ge : chacun sera libre de son industrie, libre de faire sa deitinée, sans obstacles factices. L'activité, laplitàde, le génie ne seront plus garrottés par des formalités iniques ou par des monopoles et des privilèges insensés. On conservera ce qu'il y avait de bon dans ces essais grossiers d'organisation et de prévoyance, et l'on y ajoutera la solidarité des travailleurs similaires entre eux.

Cette solidarité, cet esprit de corps, ce besoin d'entente et d'ordre sont tellement passés en habitude, incamés en nous, que dans nos temps de dissolution, de particularisation et d'individualisme outré , ils ont survécu à toutes les institutions ruinées ; ils se perpétuent même sous nos yeux : que dis-je ! ces règlements et cet esprit de corps sont si bien inhérents aux grandes réunions de tout ordre et aux spécialitéSi que les ouvriers les plus libéraux

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du monde s en împoaeDt eux-mêmes, alors qu'ils eu refusent venant de toute autorité extérieure* Me les ^t-on pas formuler tyranniquement des conditions d'exclusion dans leur sein à propos des coalitioQ^ pour la hausse de leur salaire? Le compagnonnage i les sociétés de secours mutuels des ouvriers tailleur$^ des ouvriers serruriers, etc., existent encore. Les ouvriers boulangers ont des us et coutumes qu'ils respectent et qu'on ne peut pas plus enfreindre moralement qu*une loi.

U sufl&t qu'une conoeption organisatrice plus pu is^ sanle , plus libérale, plus élastique vienne se mettre en oonlaet avee ces déments dispersés, ces traditions d'ordre et d'association, pour leur rendre une affinité salutaire et pour les transGorlûer en une vaste assuf-rance des oumers.

I^ SOi«n»ARITB BT LA «OTIUUIV M IBCdlW.

Tableau statistique des sociétés de secours mutuels en Europe. — L'Aiiglelerro.--*La Frmot.-^ Esprit et inotagc» d# ces Mdétéf .^iloconvéoieuts et insuffisances, — Les colonies agricoles des Pay^ Bas, leur but, leurs bases et leurs résultats. — * Promesses.

la préToyance et la solidarité des ouvriers ont fiait de grands progrés de nos jours ; ces progréa datent, surtout de ces derniers vingt ans. Ce que le com-pagnanMige avait grossiérémeitt ébauché à travers le iP<^Tm-4ge f les sodéiés de secours mutuels Tout anaéUoré et agrandi. L'exemple de solidarifté et de eeouaunanté plus intimes qu'avaient donné les ek^tres et les monastères de la chrétienté a été leoouvelé et appliqué dans ce qu'il avait de compa** liUe avec la liberté et les mœurs contemporaines» par les sociétés coopératives et par les ooromunautéa? des «eetos religieuses; et les défrichements opéréa par rl^^ pour donner uu patrimoûe aux pauvres^ ses brebis de prédilectioo , semblent même avoir voulu revivre dans les essais de colonies agricoles des PaySfBas.

Il est aiyourd'hui notoire que If Angleterre est couverte de petites sociétés de tous genres^ qui toutes

176 LA DISTBlBUTiON DBS BIGHES&IS.

ont pour objet de combattre une misère vraiment nationale. On peut dire que dans ce pays^ tout ce qui n'est point aristocratie , haut clergé, haut commerce et haute industrie, est enveloppé dans l'immense réseau du paupérisme, dont les mailles se manifestent sous la forme de taœe des pauvres^ sociétés de bienfaisance, sociétés coopératives^ se^ cours mutuels, etc. Des millions d'individus se rattachent donc ainsi à des institutions qui n'ont rien de commun avec Tancienne organisation sociale du moyen-âge et qui sont pour toujours jetées hors de son orbite.

La seule ville de Londres possédait en 1 824 plus de huit cents associations de tous genres , qui toutes avaient le même but, le soulagement des classes prolétaires. M. de Gérando nous en a donné la liste. On peut les distinguer en deux espèces., celles que les riches et la philantropie ont créées par charité ou par prudence, et celles que les classes laborieuses ont instituées elles-mêmes dans des vues d'économie et de prévoyance. Les premières sont assez connues : ce sont des sociétés bibliques pour rinstruction religieuse, des sociétés de charité ma^ ternéUe , des hôpitaux généraux et spéciaux , des écoles pour l'éducation des enfants trouvés, des écoles de travail et d'industrie, des sociétés d'amëlioration, telles que la société pour la suppression de la mendicité, des sociétés pour le soulagement dès malheureux , des dispensaires, etc. Les sociétés de secours nûituels se rapportent uniquement à b pro^

SOLIDARITÉ BT MUTrALri^É DE SBGOIJRS. 177

fession particulière dont elles prennent le nom. Presque toute la population des artistes , des artisans et des employés , appartient à ces sociétés : littérateurs, médecins, peintres, musiciens, acteurs, avocats, aubergistes, maîtres d'hôtels garnis, commis de la banque et du commerce, officiers de santé de Tarmée, maîtres d'école, marins. Il n'est pas jusqu'au bas clergé, dissidents et autres, qui ne soit constitué en sociétés de secours : ainsi il y a à Londres une so« ciétë en faveur des enfants du clergé, une société pour l'assistance* des membres du clergé anglican, qui habitent la province. Déjà en 1 814 les sociétés de secours mutuels comptaient 925,439 individus en Angleterre et dans le pays de Galles; en 1829, elles en comptaient 1,600,000, et depuis lors elles n'ont pas cessé cet accroissement rapide ; de sorte que ce n'est point trop présumer que de porter ce nom-* breà deux millions et demi en 1837.

En France, les associations de bienfaisance et les institutions de charité se sont aussi multipliées depuis vingt ans. A Paris, on en comptait, il y a deux ans, au moins trois cents. Les sociétés de secours mutuels, surtout, y augmentent chaque jour. Déjà en 1829, Paris en renfermait deux cents dont faisaient partie prés de vingt mille individus de la classe ouvrière; celles qui existaient sur toute la surface du pays comptaient dans leur sein plus de quatre-vingt mille membres. Depuis la révolution de juillet , ces sociétés se sont singulièrement développées. Chaque jour, de nouveaux statuts sont IL 12

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publiés à Lyon» à Marseille, à Paris. Le peu de succès des tentatives de coalitions^ dans ces dernières années^ a forcé la plupart des ouvriers intelligenis à se retrancher dans ce secours mutuel ; d*un autre côté^ de l'aveu de tous les écrivains qui s'occupent de ces matières, rAUemagne, l'Italie et les Pays-Bas en sont pour ainsi dire couverts , et ce n'est rien exagérer que d'en porter le chiffre total en Europe à plus de trois millions et demi.

Ces sociétés consistent , en France , de la part des ouvriers d'un même état, à mettre en commun» chaque mois ou chaque semaine , une faible partie de leurs salaires ( 1 fr., 1 fr. 50 c, 2 fr, tout au plus par semaine) et de former ainsi une caisse spéciale^ destinée à secourir ceux d'entre eux qui peuvent tomber malades, devenir infirmes ou se trouver sans

travail.

L*esprit qui préside à ces petites associations est tout à fait rassurant. Nous avons vu les règlements et les statuts de beaucoup d'entre elles; il n'en est pas une qui ne fasse une condition rigoureuse d admission» de la probité, de la bonne foi, de la délicatesse, d'une conduite morale,de manières polies. L'ivrognerie, la binitalitë, des dettes sont des motifs d'exclusion. C'est sans doute ce besoin d'édification qui a fait rejeter par plusieurs r^lements tout ou* vrier faisant déjà partie du compagnnonaget La plupart de ces sociétés sont spéciales et ne reçoivent guère que les ouvriers d'une même profession ; en généra}, elles bornent leur cercle à la localité où elles se sont formées. 11 en est pourtant un bon nombre

SOUDAHITS BT MUTUAUTB DE SBCOUKS. 179

d'une sphère plus étendue. Ainsi la société des 8er<ruriers deLyon a des succursales à PariSt ^ Bordeaux, à Dijon et dans toutes les principales Tilles du Midi* Elle se trouve en conséquence en confraternité et eu solidarité parfaite avec toutes cessociétéssecondaires. Les avantages de ces sociétés sont incontestables : l'ouvrier trouve ainsi un motif d'émulation au bienj qui lui manquait dans l'isolement ; il se sent fortifié dans le malheur. S'il chôme, c'est un devoir des syn^r dics de lui chercher du travail, de le défendre s'il vient à être mis en jugement^^ de pourvoir à ses fumé-* railles s'il vient à succomber^ et d'assurer soa faible héritage mobilier à sa famille s'il meurt loia d'elle^ Ce n*est pas tout : les réonions oblîgiées des sodé-; taires contribuent à initier les classes ouvrières à la vie publique^ au frottement des individualités p e( par suite à l'humwisation des caractères. En discu?^ tant les intérêts de U communauté, les titres d'ad^ mission, etc., ils ont devant eux les prescriptioM dit règlement qui les préparent peu à pw au théâtre plus relevé de la vie poli^que.

Malheureusement, comme moyen direot de Men^ être, ces sociétés ne sont guère plus effioftoetf qp^ celles de bienfaisance. La solidarité ne s'éCandanC qu'aux cas de maladie ou de cbooicige, il n'y a la riea qui contribue sensiblement à l'aisance : e*est mm moindre misère qu'on cherche et qu'on obtient. Or, ce que l'on donne ainsi comme principal, ne devrait être qu'un accessoire de l'association. Une telle sécurité est donc à peu près négative ; elle est mémesouveiiti illusoire : les ressources de ces sociétés ne leur pe]>

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