‹ Économie socialeChapitre 29 sur 49 · LA TIB SOCIALE · texte numérisé non relu

LA TIB SOCIALE

nous voudrions leur donner essor. Et une fois née Topinion est indestructible pour bien des générations : Toilà l'admirable !

Si l'humanité devient de plus en plus morale sous ces influences économiques , apparemment elle aura de moins en moins besoin que les lois Tassujettissent au bien et qu'elles remplacent les mœurs ; la loi intérieure , les habitudes des individus , jointes à l'opinion extérieure de leurs semblables, doivent suppléer largement les prescriptions et les coerci— lions des institutions pénales.

Donc nous ne pouvons voir dans le caractère politique général de l'avenir un nouvel édifice aux formes sévères , plein de dispositions restrictives et préventives^ et conduisant aux lisières rbomme dans tous les âges jusqu'au tombeau ; ses règlements abandonneront à eux-mêmes ceux dans lesquels se reconnaîtront la dextérité et l'aplomb d'hommes qui savent se conduire; voilà le grand bon sens politique des sociéliés modernes et de celles à venir : elles se confieront avant tout dans la force morale^ inoculée aux générations par l'éducation chréiieime^ dans la persuasion que doit porter avec elle la vérité, et à»n,$ la vertu rectrice et répressive qui doit lui être inhérente, sous peine que tout ne soit impossible au poiivmr public, à ses lois et à ses menaces.

La moralité , l'opinion , voilà désormais les ré* glements et l'organisaticm principale à l'aide desquels les sociétés s'ordonneront.

Aisé^ rbomme en général ^ avons-nous dît| s^é-

cUdrei se perfectionne physiquement f moralement intetlectudlement; sa pensée devient donc plus femcy plus vaste, son jugement plus juste, son corps plus.sain, son cmur plus généreux et phis a& fectueux, plus aimant} ses actes plus réfléchis, plus sociaux, moins bestialsé U s*eaquiert des évo« nements publics, et prend intérêt à la choae sociale; il apporte dans la balance ses vœux , ses désirs, sa puissance d'homme dtoyen, ami de Tordre et du mieux. Émancipé de la misère , il s'émancipe bientôt de l'ignorance, du vice grossier, et des volontés d'une iqjuste puissance.

U conquiert donc alors légitimement les droits politiques de la cité et de Vétatj et ce qu'on devait lui refuser dans Tignorance et dans Tabrutissement lui sera accordé comme une garantie de stabilité et de puissance, quand il saura le mériter. Car, c'est un Eût d'histoire, qu'on ne conquiert bien, et vite et durablement une situation que lorsque l'on a la capacité de la garder. Les hommes ne deviennent égaux légalement que lorsqu'ils le sont déjà de fait» Le droit ici, dans le mouvement réel des sociétés, n'est guère reconnu qu'alors que le Eût, l'aptitude est prouvée. C'est qu'en efltét, pour qu'on soit digne d'un droit ou qu'on puisse l'exercer sans danger pour le progrès, il faut qu'on ait prouvé qu'on saura simultanément remplir ses devoirs.

Partout où il se fait des propriéuires , des capi*talistes, de l'aisance, il se fait des citoyens; et les citoyens font la puissance des nations : des citoyens.

240 LA VIB SOGIALB.

c'est à dire des hommes libres^ intelligents, courageux, moraux, amis de Tordre et de la paix.

Et partout où la propriété mobilière ou immobilière se généralise, les inégalités des conditions diminuent. Tout expédient qui engage à augmenter la production et le travail sert donc puissamment la cause de l'égalité, et par conséquent celle du yéri«table gouvernement représentatif : rien n'est donc plus radical à cet égard que les chemins de fer et que les machines productives à vapeur.

L'intervention du grand nombre dans les affaires du pays sera reconnue, sollicitée dans les diverses nations européennes , moins comme un droit imprescriptible , antérieur , et indépendant de toute condition de lumière , de moralité, et d'aptitude, ou de bon usage, que comme une conséquence naturelle, nécessaire, du développement des facultés sociales et de la dignité de conduite des citoyens. Gomment ne parleraient-ils pas des. choses politiques, quand ils en seront capables? comment n'exerceraient-ils pas une puissance de/ait, quand ils auront la puissance virtuelle ? et comment pas la puissance de droit, quand ces deux puissances, virtuelle et de fait ?

Peut-être le mode de travail et le mécanisme industriel nouveaux suggéreront-ik successivement de transporter le mode si fécond, si social de Vélec-" thn et du concours ( en preuve de capacité ) dans

DftOITS POLITIQUES. 2il

toutes les sphères de réconomie matérielle. Jusqu'ici Télection n*a encore été appliqua qu'en politique, et même très partiellement. Le concours ( qui n*est qne le jury sous une antre forme, que l'élection, non selon la volonté de l'électeur, mais d'après le critérium des connaissances obligées et spécifiées dans un règlement auquel les juges doivent se conformer ) , le concours n'a lieu que pour les places des fonctionnaires publics.

Or, tant que l'industrie en général est en proie à la concurrence morcelée ; tant qu'il n'y a que des individus isolés , travaillant ad libitum pour leur propre compte, il n'y a pas possibilité, ni raison d'élection et de concours. L'élection et le concours supposent Tassociation, des entreprises en commun, en un mot des sociétés et des sociétaires.

Mais les forces motrices nouvelles et les chemins de fer, en appelant, par leurs propriétés reconnues, les sociétés par actions , les réunions d'intérêts et d'hommes , et la combinaison des efforts et des volontés sous l'unité de direction , en appelant de plus en plus un ensemble ordonné dans Tindustrie, appellent nécessairement tout un système d'élection ou de concours; et cela seul est une révolution signalée. Déjà l'élection est dans notre état social, dans nos mœurs politiques, dans la tendance générale de l'Europe et de la civilisaliou moderne.

La constitution du travail par associations la fera entrer dans l'industrie. L'élection, le concours, le jury, ne sont pas autr** chose que l'heureux IL IG

242 LA VIE SOCULB.

moyen de donoer à chacun suivant ses mérites ou ses démérites sociaux^ suivant, non pas sa capacité intellectuelle uniquement ^ celle de pouvoir faire, mais selon sa capacité volontaire, morale, sociale, effective, en acte et en bienfaits ou en fautes; celle de faire réellement le bien ou le mal, et d*en faire juges et arbitres ceux pour ou contre qui se font les actes sociaux, à savoir : le peuple , la société dans ses représentants , dans ses électeurs aptes et légi* times , pour le cas de la conduite gouvernementale ou publique, et les coassociés actionnaires, co« travailleurs^ intéressés, dans les cas dmdustrie particulière, d'entreprises, d'établissements et d'intérêts privés.

Les hommes sont nécessairement dans la dépen* dance les uns des autres} mais jusqu'ici les hommes forts ont toujours fait consister leur puissance à mettre les faibles dans la leur, et à chercher leur plus grand profit d'ambition, d'orgueil et de richesse.

Mais la tendance des temps modernes est de su^perposer l'intérêt généi*al à l'intérêt des grandes individualités , et , pour cela, de les mettre dans la dépendance indirecte, mais infaillible de la volonté des majorités actives. Four être revêtus de la puissance, ils ont besoin de plus en plus de racclamation du grand nombre; ils sont amenés forcément à agir dans l'intérêt public; ils en sont les instruments avoués, et, quand ils ont la puissance, il leur est de plus en plus diiBcile de se l'inféoder : on les place , on les destitue, on les remplace avec toute facilité.

DROITS P0LITIQDA9. 343

U élection est le grand véhicule de la puissaueo régularisée des classes éclairées et aisées : c'est cette iustitutiou qui, une fois entrée dans l'esprit public et conquise par un peuple, met un océan entre la liberté et le despotisme, entre la sourerainelé du peuple bien entendue et le droit divin des aristo^ craties exploitantes, ou le droit athée du radicalisme anarchique.

Dès que le travail et l'industrie de constituent dans l'intérêt du grand nombre, comme cela aura lieu par la propagation des moyens économiques à va<« peur, la même tendance, le même soin , les mémea moyens qu'en politique, ou plutôt d'analogues, doivent s'y manifester et s'y appliquer.

Dès que les grandes réunions de capitaux , d'iiw téréts, de volontés, sont inséparables de cette pro^ pagation , la participation d'un grand nombre d'intéressés à la gestion d'un établissement devient iné«vitahle : leur voix délibérative est de rigueur.

Toute réunion ou aasociation libre, et une réu** nion de capitalistes, d'industriels, de travailleors, ne peut point ne pas être libre, suppose pour chacun des sociétaires voix délibéra tire, participation active, directe ou indirecte dans la bonne gestion de ses intérêts , et, par conséquent, son droit à l'élec-» tion des chefs et des administrateurs , et à leur contrôle par des délégués, des représentants, des dépu-* tés; elle suppose des assemblées, et toute assemblée

Page 1