‹ Économie socialeChapitre 35 sur 49 · LA PUISSANCE DES NATIONS · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE DES NATIONS

galités, il est probable, disons-nous , que beaucoup de pays, qui auront été amenés antérieurement à développer extraordinairement leur commerce extérieur et à faire naître ainsi une population nombreuse , dont les objets de consommation et d'alimentation première proviennent des richesses qu'ils créent pour Vétranger , décroîtront un jour en po^ puladon comme en prospérité^ puisqu'elles décroîtront en moyens de subsistance.

Évidemment, toute la partie de population qui, chez les nations, aura vécu jusque-là sur le commerce extérieur , se trouvera forcée de disparaître à mesure que les autres importeront chez elles-mêmes l'industrie similaire, surtout si cette importation est rapide et générale , comme il arrivera sans doute chez plusieurs d entre elles.

Toutefois, cette quasin^galité de génie, d'activité, de puissance et de prospérité entre les nations est aussi peu probable ^ aussi impossible plutôt, qu'entre les individus d'une même société. Et trop longtemps encore, sans doute, une assez grande inégalité industrielle existera entre les nations du continent et du monde , pour que plusieurs peuples puissent asseoir une prospérité séculaire sur les ressources du commerce extérieur.

Four le commerce anglais , les débouchés d'Europe vont tarir à mesure que l'Espagne , le Portugal , ritalie et les autres nations continentales se fetx>nt plus industrieux et importeront chez eux

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les machines, les manufactures , les chemins de fer^ la canalisation , etc. (i)

Far conséquent , à mesure que les autres sociétés européennes imiteront cette industrieuse et active nation, sa puissance relative diminuera à leur égard.

On peut donc prévoir que les relations commer*ciales des Anglais vont subir tôt ou tard un grand changement ; elles ne diminueront peut-être pas en définitive, mais elles ne se feront plus avec les mêmes peuples. Ils retrouveront autant de débouchés peut-être, mais ce ne seront plus les mêmes. A mesure donc qu'ils en perdront , ils devront s'ingénier pour en ouvrir d'autres. C'est à cause de ce cas pressant de vie ou de mort pour l'ile britannique , qu'on peut la considérer pour longtemps comme la plus vigilante pourvoyeuse des nations et la plus voyageuse; comme celle qui sollicitera le plus les nations paresseuses ou peu industrieuses au travail et à la richesse, et qui continuera à disperser sur tous les points du globe des essaims de producteurs, pour le parsemer de colonies.

Les États-Unis deviendront le plus puissant des peuples , tant qu'ils feront autant de propriétaires fonciers et de capitalistes qu'il arrive de proie tai*» res émigrant d'Europe , et qu'ils se maintiendront dans cet esprit d'égalité qui met moralement obstacle à la concentration exagérée des fortunes.

Dans tous les cas , l'union américaine parait destinée au grand rôle d'initiatrice dans le continent ,

(1) Voir ta Note 5 à la findaYolitine

378 LA PUISSANCE DBS l^AtlOlfS.

dûdt eïlé e$( aujourd'hui k première n&tioii . Quoi qu'it arrive^ elle est pour longtemps encore , sinon a jâ*iaÀiiy une terre d'égalité et de liberté politique; elle est, à cet égard , à là tête de rhumanité ; et il lui est réservé , même sans volonté préméditée de prosélytisme, de se donner en exemple aux petits états anarcliiqueâ dû sud , et de les initier aux secrets de sa richesse et dé Sa puissance. Chaque joilr et partout ses nombreux bateaux à vapeur sillonnent les côtes du nouveau monde méridional ; elle est en commerce actif avec tous les foyers de production importants , et leur donne en spectacle l'attitude fiére, les mœurs simples et austères , le sentiment religieux , la re- Contiaissance vraie pour les dons de la Providence , Tesprit d'ordre et d'actitité^acoTi^ , et Taisance de citoyens qui s^appartiennent , qui sont gouvertiés pour eux et sous leur contrôle.

Si jamais le besoin de Sociabilité et la chaleur d'ame qui distinguent le peuple français, et en général les peuples chrétiens, viennent à se combiner chez TAméricain avec tant de qualités solides et fonda-' mentales, cette civilisation sera longtemps à la tête du mouvement général.

Mais il s'en faut que cette propagation des chemins de fer et des forces motrices modernes se fasse au même degré par tout le globe, et y produise des effets analogues à ceux qu'a réalisés la race anglaise, et qu*on peut prévoir pour le reste de l'Europe avancée. Les peuples et les races ne sont pas tous également actifs; donc ils ne produiront et ne s'enrichi-

roBt pM également; et oemiM cette iikdjgfftlité est extrême entre l*Ean>pe et l'Asie, entre TAbie et r Afrique, entre la race cauGasieime et là mtmffAe, entre oeUe^ci et la noire, et principalement entte la noire et la blanche, on peut préyoir que les dvfliaations où les races inférieures, molles et paresseuses prédominent, seront singulièrement sulialtamiSées par les sociétés industrielles de rSurope. De même, il est à prévoir que lltalie, l'Espagne, le Portugal, les souches latines, et en général les nations méri«> dionaks des anciens continents, et le Mexique, etc., dans le nouveau monde, seront ou resteront Soa«mis à l'arbitrage de fait, et à la prépondérance des Russes, des Américains, des Anglais, des Germains et des Français.

liais il ne faut pâs croire, pour cela, à l'asitije^ tissement des Orientaux^ à la tyrannie dés Occidentaux, car ce ne sera plus la guerre que les Ocei*dentaux voudront, ni les conquêtes stériles et la victoire si coûteuse $ il s'agit désormais, avant tout, d'échanges, de ventes, d'affiiires commerciales, de richesses*. •• ; et s'ils entreprennent encore des conquêtes de pays, ce sera pour conquérir des produits, des matières premières, des débouehêf qui manquent à leur prospérité bien entendue. Si dOnc les Occidentaux ruinaient, enchaînaient, offensaient les Orientaux et autres, jusqu'à la haine nationale, où seraient les débouchés, les échanges et les matières preiniêres? les consommateurs qu'ils ^cherchaient pour les produits manufocturés d'Europe?

980 LA PVimjacM ma KàTion^

Voilà ce qui sauvwa le monde entier d'une domination despotique et .violente quelconque^ rusae^ anglaise ou américaine.

Toutefois iln'y a plus à temporiser; toute nation qui veut vivre, avoir un nom dans l'avenir, et marquer, doit, sans désemparer, se mettre à Tcsuvre, au développement industriel et moral simuUanément, et faire tout ce qui peut le mieux a chaque instant éclaireri enrichir, édifier, exalter, fortifier, et d<Hiner des bras et du courage.

Malgré les efibrts des retardataires, il est certûn que les avantages de la priorité resteront longtemps à certains peuples, comme les États-Unis et TAnglelerre; mais pourtant il est certain aussi que ces nations subiront un moment de statu quo dans leur prospérité; car le marché d*£urope se rétrécira de plus en plus pour eux jusqu'à cette limite d'impur*tations compatibles avec toutes les conditions de développement des pays où elles seront faites.

L'Angleterre, les États-Unis, certainement ont encore en expectative bien des débouchés vierges dans le reste du globe, et ils s'efforceront d'y devancer les États jusqu'ici retardataires; n'importe I il y a lieu a concurrence, le marché est asses grand. .

Toute l'Europe se ressentira donc à un haut degré des avantages de cette application : la popijtlation de la plupart des nations qui la composent doublera bien vite, et l'on verra l'Europe en masse envoyer des milliers de bateaux à vapeur solliciter

lA FUiaSANCI PU NATIOHS. 291

les relations commerciales, activer le trayail, ouvrir de nouveaux délK>uché8 dans le reste du monde. Et la production prendra en Asie et partout un tel développement, que les institutions, les rapports sociaux, la constitution du travail et la distribution des richesses de ces contrées immobiles , subiront une crise et des innovations plus ou moins brusques, mais inévitables.

LES V0TA6BS GOSMOrôLITES.

M9LVBMCË9 DltfeBftSS.

La loeiibililéi la Térîtéi les pr^iigés naUoimi; la toléraiicti la variété; les croyances et les habitudes sous l'influence des voyages de longs cours, ou trans-nationaux.— Comment sera eonstituëe indlreetenieiit une école mutuelle des n8lions«<-^ Preuves lûstori^uas de Tinfluenoe des voyages cosmopolites sur la civilisation gâkérale.

La généralité ded Européens ne s*occupe guérô aujourd'hui deâ masses innombrables d*hommes^ des semblables et ses frères^ qui vivent éloignés de la sphère de fréquentation que leur ont délimitée les lentes et dispendieuses voies de communication du passé; mais désormais^ les distances étant rapprochées^ cette sphère va s'élargir non pas uniquement comme le carré de la différence des deux vitesses ancienne et nouvelle^ mais comme le cube et au delà.

Quand on sait qu'on peut aller en un pays^ quand on y a été^ quand on y a des souvenirs^ on y tourne don espérance; il se fait en nous une curiosité un

M4 TOTAGBS COSMOKILmS.

lien et comme une aspiration constante. Ainsi le voyageur qui a été à Berlin , à Londres, en Italie, recherche soigneusement, lorsqu'il est rentré au bercail de la patrie, les journaux^ les ouvrages qui lui donnent des nouvelles de ce pays; il est en rapport magnétique avec les absents, il correspond dans Tespace par le cœur et les désirs.

Il en est de même de la vue de la nature; nous ne nous attachons qu'aux sites, aux lieux, aux pers* peclives que nous pouvons distinguer, qu'atteint notre rayon visuel. Or Timagination a aussi son rayon visuel, au delà duquel tout est vague, incertain, mal dessiné, négligé et oublié comme les ob* jets rejetés sur les confins de l'horizon.

Les voyages font fraterniser les hommes par les mœurs, par les croyances; ils nouent des relations, préparent des échanges, étendent l'horizon de l'esprit comme ceux de l'œil, dissipent les préjugés, inspirent la tolérance et tous les sentiments de sociabilité; ils développent, en un mot, toutes les faces et toutes les puissances de l'être humain.

Les voyages mettent les croyances et les mœura en contact, ils donnent, à la vérité, la possibilité et l'occasion de s'établir, de s'universaliser ; les voyages sont les conditions du mieux, du triomphe de la vé« rite.

Les voyages contribueront donc efficacement à faire disparaître les haines, les rivalités, les vaniteux et funestes préjugés nationaux.

Un Anglais, un Allemand, un Russe, un Turc,

INPLUBNCES D1VBA9BS. âS5

un Égyptien^ auprès d'un Français^ seront comme auprès d'un concitoyen (1); il se fera le même pra-* grés, à cet égard, que lorsqu'un Boui^uignon eut des relations suivies avec le Normand ou avec le Flamand; il en sera de nation à nation^ comme jadis de province à province.

L'analogie est complète^ il suffit de relire l'histoire du passé à cet égard, soit chez les Romains^ soit chez les féodaux, pour deviner en partie, sinon lire l'histoire de l'avenir.

La fréquentation d'une civilisation étrangère est toujours dissolvante des préjugés de territoire et de tout ce qui n'est pas fondé en vérité et en moralité. Ainsi, chez les Romains les dieux de la patrie s'en allèrent, ou furent méconnus, dès qu'ils connurent et admirent dans la ville éternelle les dieux Aran^ gers; l'indiSërence alla bientôt jusqu'à ouvrir un temple à toutes les divinités exotiques, et l'on peut dire à toutes les mœurs.

Parmi nous la destruction et l'oubli ne remonteront pas si haut, car, en fait de morale et de notion de la Divinité, il n'y a rien au delà de l'Évangile, et nous l'avons. Oui, le précepte évangélique du sacrifice de chacun à tous est gravé sur la porte , ou planté au sommet aigu de toutes les églisc»i en Europe ; à notre iusu, il est passé en désir, sinon en pratique, dans tous les cœurs, et nul homme sensé

(0 £a ce moment, des savants danois, n(M7Nrégiens et suédois, se trouvent réunis à nos compatriotes pour Texploralion du Spitxberg «I de la Laponie. ( Note mppl )

386 VOYAGES GOSMOPOUTE0.

n*ea conteste la perfection absolue* Dans le grand contact et le grand remuement de dogmes et de croyances qui va accompagner la dispersion nouvelle des peuples par les voyages, il ne s'agira donc que d*accomplir, d*élai^, de propager, et non de rejeter, comme on rejette une erreur ou une moindre vé« rite, pour une vérité supérieure* Ce qui manque au monde européen, ce sont des moyens de richesses pcmr accomplir les promesses du christianisme et de la révolution française.

Les voyages mettront dans chaque pays une variété inouie en toutes choses, sauf dans la loi mo^ raie, qui tend à s'universaliser, et qui dans sa nature est une, et ils contribueront par là au perfectioivnement de chaque branche de connaissances , des procédés et des méthodes industrielles et intellectuelles.

Nous voyons dans l'histoire les sociétés primitive» débuter par V uniformité la plus xnonoione et la pins passive : ainsi k Chine, l'Inde, l'Egypte. Mais à mesure qu'avance la civilisaXion, ^'eslrindire la U* berté, la ^ariâé apparaît de plus en phis : e'eat qu'il y a un bonheur réel dans ces émotions variéec^ et que l'ennui est inhérent à l'uniformité. Les temps modernes tranchent d^à oet égard avec l'antifoité, et l'on peut dire que la variété est le caractëi» de la Uberté, comme l'uniformité du deqpotisme.

La variété dans l'avenir augmentera et s'attaquera à tout, principalement^ comme de coutume^ aux goûts, à la parure, à Tameublemenl;, à l'aschitciptme

publique e( privée^ elc«; et il It faut pour que les ol^to d'écbaoge Mieot de plus eu plus nombreux ^ et qu'il Y eit pour cbtcon du travail et des éléments de prospérité ches tous les peoj^y en raison de la population croissante*

C'est un bâi, que plus la mviiisatton avance, plue les goûts et les canctères manifestai de naanees. Et en effet, la richesse est arrêtée dam son essor, si Fon pose des limites aux okjiets utiles 4$n sigréables. Il doit se développer autant de goûts dans la eoneommatkm ca ùit de toilette, de nourritnre, d'habitations, etc., qu'il y anatmE«lleraenitde faesoinsetde désirs foodanentaux , en prédisposition et à Tétai d'enveloppement dans Ions ks indivadus, et des Bsoyensdeies satisfaire dans learicbcsses matérieUes et dans les proeédés et les oombinisons de rkwlua^ trie fanoMLine.

Cfaaenn rapportera donc de ses irofngca quelqnes produits inocmnitts qu'il regardera comme devanS fiiire partie de son eonlertable. C'est par ees salie* factious, toutes particulières à chaque caraotère, fne h liberté pndtvidueUe poiitim prendra oorps en trouvant aatisf action et en se développant d'une manière indéfinie*

Plus il y a de richess» en d'vtilités créées, pins il y a de choix; par conséquent, dumm pent sntie^ faire son «noffsnsiveyïnilas^/e, ¥oilày dans ans les cas, où mènent le développement neoveau de Vm^ dnstrie et la fréqnenlalion eatraeidhiairades antres pays. L'mse des finmses ■oeadmauiii ifni feront faiif

288 TOYAGBS COSIHWOLITBS.

fausse routCi et qu*acceplent bon nombre de voyageurs qui cbercbent à justifier leur secrète intention de succomber à Tégoisme, c'est celle-ci : En ce lieu existe I est honorée la polygamie; on croit à tel dieU| à tel enfer, etc. En cet autre, ces mêmes mœnrs^ ces mêmes croyances sont anathème ; donc tout cela est également vrai , donc rien n*est vrai et tout est indifiërent : Respecter les mœurs du pays où Ton esty voilà la sagesse et la vertu.

On verra donc une infinité de petits sceptiques à la manière de Montaigne; heureux s'ils en avaient le génie! De là la recherche égoiste des sensualités, et Tindifférence en matière de dogmes et de moeurs.

S'il est bon en soi de rapprocher les hommes , de faire qu'un Chinois puisse nouer connaissance avec un Français, un Péruvien avec un Russe ; s'il est bon que les nations voisines se fréquentent, et qae le chrétien aborde un jour le mabométan ou le brah' wumiste, les chemins de fer et les bateaux à vapeur doivent être acceptés et propagés comme les plus utiles auxiliaires de cette fin^

Les voyages contribueront plus que ce soit au monde à faire accepter avec empressement les usages nouveaux aux populations rurales de toutes les nations , et à leur inspirer l'abandon facile des traditions surannées^ rétrogrades ou stationnaires.

N'est-il pas de toute évidence que si tous les individus qui composent le vulgaire étaient, dans toutes les provinces du globe, éclairés, intelligents; que s'ils avaieat regardé face à face les chances de la

INFLCElfCES DIVBASSS. 289

fortune et les fatalités de la vie, comme le font le peuple de Paris et des grandes villes, et la classe moyenne des petites, un changement total s opérerait dans leur destinée , et qu'à l'agitation insensée des émeutes et des collisions intestines succéderaient les discussions pacifiques et le triomphe de la vérité et de la vertu ?

Par l'effet des mêmes agents, les hommes s'habitueront à une prompte volte-face dans les idées de pure connaissance positive, de procédés, de manière de voir. En tout ce qui ne sera point matière de croyances religieuses et de devoirs sociaux, ils adop« teront aujourd'hui un point de fait, une idée, quitte à la déloger le lendemain. Ils seront enfin sous l'influence habituelle du progrès et des modifications insensibles per|)étuelles qu'il fait naître; les hommes mûrs, les vieillai*ds, seront plus accessibles aux modifications de manières de voir et d'haUtudes intellectuelles ; ils seront mobiles en mieux jusqu'à la mort.

Nul étranger n'abordera impunément le sol euroropéen, cette généreuse terre classique de la liberté, de la fraternité et de l'égalité; nul ne pénétrera dans nos bibliothèques sans retourner avec le vaccin de la civilisation qu'il s'y sera inoculé. Ainsi fait déjà la jeunesse égyptienne; ainsi font le Turc même et le Russe, le Valaque, le Brésilien, le Péruvien, et un nombre, assez rare encore, il est vrai, de voyageurs appartenant à l'élite de toutes les contrées du monde ; mais il ne faut^ dit-on, qu'un seul voyageur pour II. 19

390 T0TA6BS GOftIIOPOUTBS.

importer la peste à Constantinople, ou la fièvre jaune dans maintes contrées d'Amérique; or c'est aussi une épidémie que la vérité, que la liberté, l'égalité et le mieux en tout I £n chaque contrée, sur toute chose, le voyagieur dira donc le procédé, les idées^ les opinions, les usages de son pays, et il reviendra annoncer aux siens les idées, les procédés, les opi-> nions, les usages des contrées qu il aura parcourues ; et, par là, sera constituée, comme par une main invisible, Yécole mutuelle des nations, Téducation du genre humain la plus pure, la plus prompte, la plus économique qu'eussent jamais pu imaginer les plus habiles (^ilosophes organisateurs de systèmes I

On avait bien prévu que la liberté et l'égalité feraient le tour du monde; mais, nul n'avait dît qu'elles le feraient en chemin defor^ ayant pour char un wagon.

Jusqu'ici nous nous sommes préoccupé presque exclusivement des destinées de l'Europe, sous l'influence des puissances qui sont nées de son génie»

C'est qu'en effet des destinées de TEurope dépendent en grande partie celles du reste du monde»

Dès que nous savons ce qu'elle deviendra, nous n'avons plus qu'à la voir agissant à l'extérieur et projetant sa puissance et son activité imposantes, irw résistibles, sur les divers continents.

Les voyages à Tinlérieur élèveront les classes infé-

I2IFLUK2ICSS DIVBBSJSS, 29t

rieures au degré de civilisationj au niveau intelleo* tuel et moral de l!élite de la société. Les voyages à Textérieur éléverçnt cette même élite à uoe uouvdl^ supériorité relative^ à une plus haute moralité» à de# mœurs extranatiooales ^ à des sentiments et à une vue cosmopolite de jour eu jour plus compréhen^ifs et plus humains.

Far Vinventioi^ de Guttemberg» la pensée de rhomme a reçu tous les caractères de la plus rapide communication xAagnétique. £lle a pu être en mille lieux à la fois^ se perpétuer et se multiplier àriofini* Far les inventiçus de Watt et de Stephenson, par l'invention des chcDoiins de fer et des bateaux à vapeur^ rbop^i^e lui--même centuple son activité^ l'intensité de sa vie; et si agir c'est vivre^ l'homme par làagv^ani dit et prolonge d'autant son existence, carila^r^^ désorman^ en 80 ans, plus qu^'il i^ l'eût £ait en ui^ vie de '300 ans d'autrefois.

L'imprimerie donnait des ailea à la pensée de Vhonune, les locomotives en donnent à l'hoaune jk^f même, à son corps.

. Ofi si l'on exfimine les résultats successifs d^l'iiH fluence des voyage», dans ce qu'ils ontd» plus im^ portant pour le sort du grand nombre^ tout le passé atteste que chaque agrandissement de k sphère, el de l'intensité des voyages, et des relations commer*^ ciales, correspond, pour un prochain avenir, à un ach croissemeut de la population et de la production, et à l'accession d'une plus grande classe moyenne à U liberté, à la propriété, au biea-^tre. Nous ne eon*

naissons pas d^exception signalée à ce fait. On peut alors puiser ici une confiance vive dans la propagation des chemins de fer et des bateaux à vapeur, pour l'amélioration des destinées générales à tous ces égards.

Les locomotives^ disons*nous^ i^morqueront le char de la civilisation, elles accéléreront la marche de la liberté et de Tégalité : car les voyages et les relations commerciales actives sont les voies ordinaires de la civilisation ; ils ont toujours précédé les grandes évolutions sociales.

Ce sont les voyages qui ont civilisé la Grèce et Rome. Les sages d*Athëncs et de Lacédémone avaient tous puisé dans les voyages, la science, les lumières nouvelles dont ils éclairèrent la Grèce des ahciens Pélasges et d'Homère. Si les n^;octants, si les commerçants et les armateurs du Pyrée^ ne s'étaient point enhardis à sillonner l'Archipel, et à demander des échanges actifs aux villes de TAsie- Mineure , à j^ypte, aux colonnes d'Hercule ; si Carthage, à son tour, n'avait pas versé ses industrieux et actifs commerçants sur les côtes de la grande Grèce, l'antiquité païenne serait sans nom , et Rome universelle eût été impossible ; et il y aurait encore autant de dieux que de cités , autant de cités que de provinces. Rome illustre était également impossible, si ses orateurs, ses philosophes, ses chevaliers et sénateurs, n'avaient voyagé en essaims nombreux à Athènes , la célèbre niétix>pole de la science et des mœurs polythéistes, si elle n'avait

INFLUENCES mTBBSBS. 293

été y polir sa rudesse guerrière, et y dérober le flambeau inspirateur des beaux-arts. Homère luiméme^ Pythagore, Hérodote , Platon, Aristote, Thaïes, Euclide, Socrate, furent tous d'infatigables voyageurs, ou renseignés par les voyageurs contemporains. L'expédition d'Alexandre, celle des Dix mille de Xénophon , ne sont pas autre chose, socialement parlant , que des voyages à main armée : sans ce grand voyage d'Alexandre, Aristote ne serait pas le plus grand naturaliste de l'antiquité ; sans la curieuse investigation d'Hérodote en Egypte et partout, que saurions-nous au delà de l'antiquité de 2000 ans ? Sans les voyages de la Rome conquérante des Pompée, des Antoine, desCésar^ à travers l'Asie, l'Europe et l'Afrique, Pline l'ancien n'eût pas résumé les sciences naturelles de cette grande portion de la terre; César n'aurait point écrit ses Commentaires; Tacite n'aurait point écrit des Germains, et notre science moderne, notre humanité, ignoreraient leur passé. ^

Ce sont les voyages qui ont civilisé Rome ; et ce sont les mémorables voyages des Portugais, des Hollandais, des Vénitiens, des Génois du xv* siècle, par delà le cap de Bonne-Espérance, aux Indes- Orientales, qui ont décidé Tère d'activité industrielle, de richesse et de bien-être dont l'Europe et le monde jouissent à l'heure qu'il est.

C'est l'immortel voyage de Colomb qui a sauvé tout un hémisphère de Toubli et du retardement ; ce sont ce) immenses caravanes de pèlerins d'Europe ,

294 YOTAGGS COSMOPÔLtTEâ.

soldats^ curieux^ cotnnierçants, aventuriers, savants^ missionnaires, emportés et jetés sans relâche pendant deux siècles sur les rivages américains, qui ont transplanté les institutions et la vie moderne sur cette terre où se pétrifiaient en silence toutes les civilisations primitives.

Et c*est tout cet ensemble de voyages accumulés par les générations de quarante siècles, qui nous ont valu de connaître le globe, de posséder une géographie, une histoire, une numismatique, quasi^-universelles, une flore, une minéralogie, une zoologie, une géologie quelque peu satisfaisantes; qui ont agrandi notre horizon, développé nos idées, augmenté nos connaissances et nos lumières, accru nos besoins et nos jouissances, imprimé un jet plus intense et plus fertile à la sève européenne, enhardi le courage populaire à l'affranchissement , déposé la semence féconde de la fraternité et de l'égalité chrétiennes par toute la terre !•••

Ce seront les voyages, enfin, les voyages sur les rails glissants, et à la remorque des impétueuses locomotives , qui achèveront cette universalité ; qui mettront , de nouveau , en regard ; toutes les croyances, toutes les institutions, tous les mécanismes industriels, et qui décideront, hâteront le règne de la liberté et des vertus chrétiennes, et propageront éternellement sur le globe le vrai, le beau, et le bon, à mesure qu*ils se développeront dans les inspirations du génie et des grands cœurs.

En effet, si les voyages et le commerce, jusqu*îci

si rares , si difficiles , secondés seulement par les moyens de tran8i)ort grossiers ou périlleux , et presque toujours accompagnés de la guerre, de la conquête , de la violence et de la destruction , ont eu cette influence sur les destinées du monde, comment envisager froidement les résultats de voyages entrepris sous les auspices de la paix, du commerce^ de la curiosité, de la science et de la tolérance;, avec des véhicules aussi rapides que la locomotive de terre et de mer!...

Toutefois les excursions des peuples ne manifesteront pas toujours ce caractère pacifique et ces démonstratidns humaines. Nous le verrons bientôt, le sacrifice guerrier ne va pas cesser incontinent pour ce que la richesse augmenterait, et que les peuples se visiteraient ; mais les guerres seront de rares interruptions au règne de la paix.

Et précisément, parce que les voyages ont ce ré-» sultat de porter la perturbation dans les croyances, dans les institutions et les mœurs jusqu'à les transformer , et jusqu'à bouleverser les droits acquis, ils décideront infailliblement les crises ordinairement inséparables de ces grands phénomènes. La décadence des empires, ou plutôt le mouvement et le progrès de l'humanité dans le passé, correspondent toujours à l'invasion des croyances, des mœurs, des usages étrangers, des civilisations supérieures dans les civilisations inférieures; à l'introduction, dans la nation, de voyageurs étrangers, ou à la dispersion des classes élevées ou lettrées, des penseurs et des

996 VOYAGES COSHOFOLITBS.

philosophes dans les civilisations exotiques, chez les pçuples voisins.

Ainsi Rome, ainsi la Grèce, ainsi TÉgypte antique et rinde de nos jours.

C'est pourquoi les empires qui ont eu le plus de durée sont aussi ceux où il a été mis le plus d*obs^ lacles aux voyages des naturels à l'extérieur, des étrangers à Tintérieur. Et de nos jours même cela se vérifie encore : les nations hes plus immobiles interdisent la sortie ou Tentrée de leurs frontières au grand nombre.

La Chine Irouvc dans cette politique 1 plus sûre garantie de la stabilité de ses mœurs et de ses institutions. Elle doit son immobilité et sa perpétuité à sa séquestration absolue, qui en fait une véritable oasis dans Thumanité. Et Ton peut prédire que le jour où le Chinois voyagera au delà du Japon et des iles de ses côtes ^ ou que ce peuple se laissera pénétrer par les curieux d'Europe, c'en sera fait de son immobilité sociale.

La Russie également, l'Italie, la Turquie, et en général les gouvernements ombrageux et retardataires, ne conçoivent pas de plus sûr moyen d'enrayer le mouvement et le progrés chez eux , que d'empêcher, plus ou moins obliquement, leurs sujets de voyager.

CARA€TfcRBS DES V0YAGB9 FVTVES.

— Dans quelle vue ces voyages sont entrepris. — Aniniâlion signalée du siècle pour les voyages. ^ Inconvénients de la dlflicullé ou de la rareté des voyages pour la science et les beaux-arts en général. — Nouvelles preuves historiques de Timportance sociale des voyages. *- Gomment se conduira la propagande pacifique de la civilisation européenne aux pays antipodes ou trans-Européens.^- Ce qui résultera pour la science de Texpansion des Européens sur Tancienne terre classique d^Asie, etc. — Transformations inévitables des croyances religieuses actuelles. — Pourquoi les peuples à tous les Etals de civilisation voudront peu h peu de la liberté à teuro" péepme.

La plupai*t (les voyages ne seront donc pas entrepris dans des vues mondaines et frivoles ; on voyagera principalement pour s^instruire. La curiosité aboutit toujours là ; surtout on voyagera pour commercer, pour acheter et vendre : des ingénieurs, des militaires tacticiens, des architectes, les praticiens polytechniques en général, seront reçus avec faveur, appelés même dans tous les pays par les particuliers et par les gouvernements pour naturaliser chez eux les merveilles des arts utiles et économiques, ou pour y puiser une science, une expérience qui leur manque. Déjà chacun est à la recherche des moyens d'amélioration. Chaque nation euro-*

péenne rivalise à qui va créer le plus de richesse, le mieux, le plus vite, et à plus bas prix ; cette rivalité s'établit également pour le perfectionnement des individus. Une grande source d'émulation et de rivalité féconde, c'est quand les peuples sont attentifs à leurs progrès mutuels; qu'ils les enregistrent et en font leur profit sans haine, ni dénigrement : c'est ce que l'on voit de nos joui's. Les nations ne sont plus ennemies : elles sont, ou vont être émules.

Enfin , tout annonce à qui veut voir qu'il va se commencer entre les nations un vaste système d'emprunts intellectuels, politiques et industriels, sous l'inspiration et la direction d'un sage éclectisme; et que ce sont là les voies par lesquelles la Providence veut préparer et accomplir l'unité européenne; nous entendons l'unité, mais non l'uniformité; cette unité qui est compatible avec la multiplicité, avec la variété , mais qui relie , harmonise chaque manière d'être, d'agir et de sentir avec toutes les autres; qui donne une même morale à tous, mais des formes va-* riables, selon la diversité d'aptitudes, de goûf^, de climats et de fonctions.

Pour avoir une idée du caractère, du but et du nombre des voyages qui seront entrepris lorsque les moyens de transports nouveaux seront vulgarisés jusqu'à la portée des classes moyennes, il suffit de voir ce qui se passe pour ceux que leur position met à même de faire les frais actuels d'un voyage.

Nos ingénieurs, nos architectes, nos industriels

CARACTfekKft DES TOYAGBS FtTURS. 299

sont envoyés, ou vont à leurs frais recueillir Texpé* rience des deux peuples rois de l'industrie et de la richesse : l'Angleterre et les États-Unis.

Nos publîcistes y vont étudier le système représentatif : chez Tune les avantages et les inconvénients de l'égalité des conditions démocratiquement entendue; et chez Tautre, ceux d*une aristocratie et d*une représentation décevantes !

Les publicistes anglais, à leur tour, viennent prendre en France des leçons d*Unité, de législation, et de bonne entente administrative.

Et toutes les classes du peuple anglais viennent se former en France aux habitudes plus expansives d'une sociabilité facile, à une insouciance étourdie et nécessaire des contrariétés et des coups du hasard ; apprendre à moins donner au calcul , à la froide raison, et davantage au sentiment, à ses semblables , et à combattre ainsi les causes profondes du spleen.

ti'Êgypte envoie Télite de sa jeunesse aux écoles de Paris, comme autrefois Rome aux écoles d'Athènes; la Sublime Porte elle-même donne à ses envoyés auprès du gouvernement français la mission de visiter nos fabriques et nos ateliers.

Les seigneurs russesenvoientles futurs chefs d'ateliers de leurs usines et de leurs manufactures à nos écoles de commerce. Les États-Unis, l'Angleterre et la France, sont des lieux de pèlerinage , des lieux saints , la Mecque industrielle pour le monde profane civilisé; mais, non contents de cette curiosité

300 TOYAGES COSMOPOLITE,

pour leur patrie et de cet hommage à leurs idées et à leurs œuvres, ces trois ceatresdirigent^ à l'aidede leurs voyageurs et de leurs commerçants infatigableSy leurs lumières et leur vie sur les quatre coins du monde.

De toutes parts, enfini les voyageurs et les natioas s'avouent mutuellement qu'elles viennent puiser Tune chez l'autre les chances de se mieux rivaliser; et chacun ouvre avec empressement les portes de son arsenal , offre courtoisement soi-même des armes à ses émules.

Et pourquoi , à la suite de nos ingénieurs^ de nos architectes , des négociants et des industriels , n'envoyons-nous pas des compagnies entières d'ouvriers mécaniciens^ des contre-maitres , des chefs d'établissements^ des caissiers et des commis principaux de banque et d'administration commerciale?

C*est que les voies de communication sont encore trop lentes ; trop dispendieuses , trop irr^ulières.

Pourquoi nos philosophes, nos publicistes, nos savants , nos littérateurs sont-ils réduits à avoir des idées souvent si fausses de l'état de civilisation , des mœurs , des usages , des formes politiques des peuples du continent, et à donner pour la vérité d'aujourd*hui ce qui a été la vérité de l'autre siècle ? Pourquoi sont-ils privés des moindres notions statistiques touchant la plupart des éléments indispensables de leurs spéculations et de leurs affirmations? C'est qu'ils n'ont point encore de locomotives et de rails qui les mènent sans trop de cahots, de débour-

Ci^BACrlEEBâ DES VOYAGES FCT17BS. 301

ses de temps et d'argent; de temps, dont ils sont avares , et d'argent , qu'ils n'ont pas , jusqu'aux capitales , ces grands cœurs tout palpitants des civilisa-* tions étrangères , pour y tàter le pouls des populations, connaître leur tempérament, leurs diagnostics d'avenir , leurs ressources et leurs puissances.

Pourquoi nos savants archéologues , botanistes , géologues , etc., n'explorent-ils point à l'heure qu'il est les terres si pleines de souvenirs de l'antique Asie , du Mexique et du Pérou ; la Flore du monde entier ; les mines et les carrières; les montagnes, où sont empreintes les dates des grands cataclysmes ? C'est que des continents ou des contrées entières sont privés non seulement de chemins de fer, de bateaux à vapeur, de chemins vicinaux, mais desentiers, de routes quelconques, et, par conséquent, d'hom* mes et d'abris ! C'est , enfin , qu'il manque sur une grande portion du globe le matériel indispensable de la civilisation : des voies de transport et des riches^ ses. Telle est Timportance d'une circulation perfec« tionnée, qu'on pourrait ainsi en faire une question d'être ou de n'être pas , pour presque toutes les poursuites^ toutes les satisfactions et les exigence un peu larges de Thumanité en masse.

Tant que nous n'avons pas compté les hommM un à un; tant que les physionomies, les tailles, les attitudes, lesmceurs, les faiblesses, n'ont point été vues du haut en bas , dans toute leur nudité et leur réalité vivante; tant que nous n'avons aperçu que l'humanité en masse , de loin et par le récit des au-

302 YOYAGBS COSMOPOLITES.

leurs ^ par les on dit et les suppositions craintiTes de l'imaginatioa ; nous sommes ainsi faits ^ que nous devenons dupes des habiles , que nous croyons à Texistence des géants , que nous donnons envie aux ambitions vaines d'exercer sur nous une fausse supériorité. Par la solitude, nous devenons faibles et dépouillés de tout ce que la fiction nous fait prêter d'excellences et de supériorités aux autres ; par les voyages^ nous devenons fermes et puissants, en leur présence , de tout ce que la connaissance des hommes et des choses nous a forcé de leur enlever % nous croycma à l'égalité, et uous nous en sentons dignes* C'est ainsi que les croisades ont été pour les serff et les vilains du moyen âge un des plus énergiques motifs de désillusionnement de l'aristocratie, du prestige seigneurial» En leur faisant voir la vie | en leur montrant d'autres relations de supérieur à iafé* rieur ; en leur mettant en speetade la nomade et vagabonde existence de l'Arabe eC sa franche Jndé? peadancci ou la rudesse et la fermeté, l'altitude forte et martiale du Turc , et les manières d'être diverses, la variétési grande de moBurd, d'habitudes, de coetulnes , d'institutions de l' Aûe et de l'Europe orientale, elles leur ont fait dire à part soi : <f Noi seîgpDMttrs ne sont que des hommes comme nous , et la liberté est à qui sait la conquérir in II a sulB de celte lueur dans leur ame; et, dès ce jour, les insti« tulions du moyen âge se précipitèrent. C'eit aux croisades, c'estrà-dire aux voyages du peuple chré« tien dans l'Orient, que sonl rapportés le mouvement

CARACTJEEU J>S« VOYÀQfIft FUTURS. SOS

émancipateur des commiuies et les ptegris de rior dustrie. Lés voyages éveillent les désirs ; les voyages exciteDt les comparaisons ; et, par là ^ ils exercent l'entendement. Les désirs font rechercher les moyens de les satisfaire ; et une fois les moyens trouvés^ on songe à hriser les obstacles.

Personne n'ignore que les croisés apportàrent des étoffes d'Orient qu'on s'effœrça de reproduire dans toute r£urope«

£n un mot , par ces voyages , la chrétienté se réveilla j 8<mgea aux merveilles de l'industrie , aux richesses des climats heureux de l'Orient* Elle com« prit $es superstitions et sentit ses chaînes. Croyances) rangs, fortune, gouvernement, travail. •«, tout fut eudommagé, tout fut atteint, modifié, examiné, remis ea question.

Mais combien autres ne seroot pas les émigra^ tions, les mélanges, les voyages, les contacts et la fréqu^ce et l'intimité des relations I et œmbien aa«» très les résultats , les ohangemants , dans l'ère qui s*ouvre!«o

On peut dire que les hommes vont seulement fairt connaissanoe , et que le globe va être ooniui et «ë-^ ploré.

Les nécessités et les intérêts commerciaux en se« ront, en général, l'occasion, ce qui rendra moins ouh bragenx les pouvoirs despotes et jaloux de l'Asie. Le prosélytisme chréUen , d'ailleurs , sera par là moins direct , moins apparent , et , partant , plus efficace. Les voyageurs et les commerçants opèrent comme les

304 YOYA6BS COSMOPOLITES.

défricheurs de terres incultes du monde moral : les uns labourent et les autres sèment; et quelquefois chacun fait ce double office. Les rails seront le con* ducteur puissant de Tassociation universelle , de la véritable catholicité ; ce sera d'abord le désordre , le bruit de la confusion des langues ; mais il se fera en définitive un apaisement général , après lequel une nouvelle langue sera créée.

L'Europe portera de nouveaux besoins aux diver* ses civilisations ; et , par là , elle leur inoculera des vices, des passions, sans doute; mais elle leur ino* culera Tantidote en même temps, c'est-à-dire l'amour du travail, par amour du bien qu'il donne en échange. Les sauvages, pour avoir des chusj don-> lieront les produits de leur grossière industrie , ou des matières premières utiles à l'Européen. Ils cnlti* veront les fruits délectables de leur sol et de leur climat, pour avoir le vin et l'eau-de-vîe de l'Européen : les habitants de la Nouvelle-Zélande sont ainsi en voie de réveil et de progrès par le contact des Anglais.

Chaque croyance, chaque institution sur le glolie seront misesainsi peu à peu à l'épreuve : beaucoup n'y résisteront pas. Dans certains pays, la brusquerie du choc et de l'épreuve fera éclater des colères et des faai-* nés; dansd'autres, ledissolvant agira insensiblement, et les populations tomberontdansl'indifférence; mais, en même temps, une nouvelle vie surgira , le levain de l'esprit nouveau fermentera au milieu des croyances surannées.

Pourquoi la Chine , l'Inde , TOrient tout entier

CABACriEBS DBS V0YA6BS FITTUBS. ' 305

parait-il si fatalement immobile? C'est qu'il n'est pas visité ; c'est que TétraDger n'y voyage pas ; c'est que l'Asie n'est pas étreinte par les mille bras du génie civilisateur de l'Europe^ et que sa voix reten*» tit à peine aux confins de ces empires.

L'Orient n'est pas visité !... Il le sera, dés qu'un réseau de rails couvrira l'Europe; il le sera, dès que nos ports seront remplis de bateaux à vapeur; dés que la vapeur noircira de sa fumée l'écume des mers, emportant^ comme une tempête docile, des caravanes de voyageurs et de commerçants pour toutes les plages !

Et la même curiosité, le même élan de vie sug-* géreront à l'Europe l'envahissement moral de l'Afrique : car, désormais, l'Europe, féconde nourrice et mère des progrés, sera une pépinière de missionnaires, d'explorateurs et de commerçants.

Une pépinière de missionnaires : car , comment croire que chaque pèlerin se dépouille de sa croyance d'homme libre , de citoyen actif, et qu'il veuille cacher ce que trahiront ses actes et son attitude fraternelle : sa foi irréfléchie à l'inégalité des hommes devant un père commun : idée sublime, que depuis 1 ,800 ans les hommes d'Occident ont mission de propager , et dont ainsi les chemins de fer auront contribué à hâter la promulgation et le règne universel !

Une pépinière d'explorateurs scientifiques et littéraires : et c'est ici que se déploie un magnifique avenir , et que s'offre une moisson digne des désirs II. so

S06 T0YACB8 €0SNOPOUTBf.

împatieaU de tant d'esprits noblement ambitieux I A mesure que s ouvriront les voies de communicatioa » rapides et sûres à l'intérieur des contrées asiatiques , soit par la remonte des flwves vierges ^ en bateaux à vapeur, soit par les chemins de fer p l'Europe savante se précipitera vers ce berceau de tous les dieux ^ de toutes les idoles de son imagination 9 de toutes les langues , de toutes les civilisa*tions ; vers le centre de tous les cataclysmes physiques et sociaux ; vers la source de toutes les races , où sont ensevelis tant de vestiges humains ^ où se puisait tant de révélations lumineuses.

Si t chaque jour p nos artistes et nos philologues a'oKposent à tant de périlsi se dévouent à tant de fatigues pour aller interroger le passée où les ruines racontent son histoire, que ne feront pas leors successeurs , lorsque des entreprises cosmopolites leur faciliteront les passages , les traversées les plus opposées des deux hémisphères , et qu'ils trouveront» au lieu de l'isolement qui les attend et les décourage aiqourd'hui, la compagnie la plus variée et la plus encyclopédique » lorsque chaque contrée leur offrira ainsi un centre d'opération et toutes les protections désirables?

Géologie » médecine , épidémies ( choléra ^ fièvre jaune), anthrcqxilogie , histmre , archéologie , botanique, minéralogie, histoire naturelle dans toute sa conception et sa compréhensicm ; dogmes > cultes, morale, législation , langues ; en un mot toutes les brancliM des atonaissances bunsaines , vont complé»

CARAGTÙUBS MS YOYÀQBS FDTUR8. 307

ter leur histoire, combler graduellement leurs lacunes et faire uu nouveau pas immense. A mesure que les locomotives de terre et de mer se multiplieront^ les voyages ^ les communications d'imprimés nouveaux et des monuments écrits , jusqu'ici ignorés, viendront offrir au jugement individuel et à toutes les branches philosophiques, économiques, historiques, scientifiques et artistiques, une masse de fails et de comparaisons infiniment plus complètes et plus voisines des conditions d'une bonne conclusion gé^ nérale ou systématique , et permettront une ency-* clopédisation universelle enfin satisfaisante*

Des philanthropes discrets , avons-nous dit , des missionnaires prudents iront semer de tous côté^ des sentiments et des idées qu'ils laisseront au temps de germer. Plusieurs gouvernements formeront un cordon sanitaire; ils élèveront une muraille spiri^ tuelle j ils mettront, comme certains pouvoirs d^gé» nérés, tous les livres européens à l'index; mais il faudra bien excepter les marchandises et les mar* chaods; et le prosélytisme s'accomplira. Beaucoup d'Européens iront s'établir dans ces contrées, et, sans y penser, par le seul effet de leur existence^ de la |»atique de leurs croyances , et par l'exemple de leurs relations entre eux , ils agiront puissamment sur l'étranger.

Maintenant , on peut se demander si aucune des croyances actuelles résistera à ce contact et k cette épreuve» Nul, doute : toutes y laisseront quelque chqse ; toutes , san^ excepter notice civilisation et 9^

308 VOYAGES COSMOFOUTES.

formes. Mais la lumière qui nous guide restera pure; cette lumière qui nous a conduits au port à travers les ténèbres du moyen âge et les débris du monde antique , et qui nous a placés en tète du pèlerinage spirituel et moral qu'accomplit ici-bas Thumanité ! La fraternité , Tégalité , la liberté , sous les auspices sanctifiants de TÊvangile, feront le tour du monde , après maintes haltes et maints conflits : car nous devons nous souvenir que la vérité est aussi longtemps à pénétrer dans le cœur des hommes que Terreur y est prompte.

Par les voyages, il se fera une meilleure apprécia* tion des choses ; surtout on apprendra à être moins exclusif y et, partant, moins intolérant. L'harmonie s'établira entre nos diverses poursuites : on perdra plus de défauts qu'on ne perdra de qualités. Avec l'Américain des États-Unis, nous apprendrons à être plus laborieux, à reconnaître le prix du temps; nous développerons notre sens industriel. Avec l'Asiatique , l'Européen deviendra plus poétique de cette poésie du soleil et de la nature riante , qui parsème l'existence de topazes et de diamants ; encadre de perles ou drape de magnifiques cachemires ; em« baume de parfums enivrants > et pose nonchalamment dans un jardin d'Armide, ou sur les sofas d'un palais des Mille et une Nuits, toute beauté dans le ciel et toute beauté sur la terre !

La liberté, l'égalité, sont indifférentes , difr*on, à qui n'en sait pas le prix , comme a esciave ; a qm n'en sait pas les jouissances, comme à l'indolent

eiRicriu» dm tota«is fdtuu. 309

Asiatique : oui I mais à qui en a une fois l'avantgoût , elle est une passion. Donc ces biens-là ont une valeur intrinsèque ; et tous les peuples , toutes les races en voudront. Le faible nègre en veut bien, lui que Ton dit impuissant à se gouverner, comme un enfant à marcher seul. On en voudra, blanc ou noir, rouge ou cuivré, sous les pôles comme sous Téquateur ; et pour le contentement de s'appartenir, et pour la richesse qu'elle fait produire, pour Tactivité et les poursuites diverses qu'elle inspire, et pour ks lumières qu'elle permet d'acquérir, et pour la curiosité qa*elle permet de satisfaire I

Oh ! si les hommes d'Asie , en voyant un homme libre d'Europe , le voyaient en même temps pauvre, affligé, faible, sot, inhabile, ignorant; oh! alors, c'en serait fait de la liberté! Mais l'Européen voyageur apparaîtra riche , capable , instruit jusqu'à en paraître sorcier; puissant jusqu'à troubler le sommeil du grand lama, ou du divin» gouverneur de l'empire du Milieu; gai et heureux enfin !•«. Or l'humanité recherche le bonheur : il n'y a pas là d'exceptions ni de distinctions de races. Le bonheur , pour le vulgaire, en tous pays, est d'être libre et riche; c'est de vivre, et vivre de la vie positive, extérieure.

LA SCPREHATIB ErROPBBKRE.

Gomment le etiainp des infltieBces et des transflnnâtioiis dues aux api^ioalioiis de h vapeur devient immciiM. —• Ge qu'P fait pour ne pas s'y perdre. — Systèmes religieux qui se disputent aujourdliui la foi des hommes. -* Lequel a le plus d'avenir. — Signes précurseurs. -» Indices de la supériorité, de la morile européenne sur toutes les autres morales. -« Commeivt elle se propagera par toute la terre. — Influence probable des voyages et de la politique future des Européens, sur les destinées de TAsie, de PAfrique et des autres parties du monde. <-*- Ce que feront désormais ks voyages paàin ques, pour le progrès de la civilisation, des voyages k main armif > les guerres le firent dans Tantiquité.

Si les machines fixes , en introduisant le mode de production en grand , et en servant d'abord au dë^ veloppement de Tindustrie et de la richesse , commencent une véritable révolution dans les habitudes et dans les mœurs des masses des nations prises individuellement et opérant sur elles-mêmes^ les chemins de fer et les bateaux à vapeur rachévent , en y faisant intervenir Télément étranger^ Tinfluence cosmopolite, par importation des idées, des usages, des formes et du fond de toutes les autres civilisations de la terre.

Et ici , le champ des influences et des transformations devient immense. Après avoir reconnu combien chacun de nous influence tous les autres à

rintërieur d'une même nation ^ par ses exemples ^ par sa parole^ par ses écrits^ par sa prëseAce^ son r^rd y son geste , une attitude , xitt rien , im seul contact muet, une seule atmosphère dliomme; et comment la vie^ les mœurs, l'opinion, sont la résultante de toutes œs inftnenees magnétiquement projetées sur ses semblables , par obacun de ceutt qui Tont subir les lois et les presoriptiima de cette même opinion...; il faudrait s'élever presque à la compréhension de Tinfini , pour se ftire une idée un peu fidèle des conditions nouvelles , des'élé» ments et des forces qui concourent à la fbrmati6A de cette autre résultante, qui doit sortir de tant de nations, de tant de climats, de tant de races!

Ce serait donc à s'y perdre, si Ton n'avait ttL sol un idéal f un espoir, un critérium ^ une Ibi; si Ton ne croyait à Texistenoe de la vérité ; qu'il en est une pour l'homme, qu'elle est prédestinée à triompher de Terreur, et qu'on en possède une parcelle , la phis pure^ la plus essentielle, le principe, le fond, sinon la forme.

En d'autres termes, il faut croire que l'idée commande aux faits, et qu'une rdigion, une morale, une seule est destinée à l'universalisation; qu'eUe tend à conquérir la terre dans la suite des siédes, et à établir non une vaste et stricte uniformité en toutes choses, mais, entre les hommes, des rapports d'égalité et de fraternité, et des institutions qui mettent de plus en plus la puissance aux mains de li capacité vertueuse , qui inspirent à chacun la

Icmtë , et lui donnent l'aptitude de $e faire Tenfant de aes OBUvres.

Sans cela , il n'y aurait pas de raison pour que l'Europe ne devint pas aussi bien brahmanique, mahométane , fétichiste que chrétienne ; qu'elle ne fût pas aussi bien assujettie à Tinfluence orientale que l'Orient à l'influence de TOccident.

Mais il y a dans la réalité de plus solides arguments que ces raisonnements à priori.

Quatre systèmes religieux se disputent aujour<d'hui la foi des hommes : le mahométisme, le brah« manisme, le fétichisme et le christianisme.

En ce moment, le brahmanisme et toutes les hou* tures de ce vieux tronc paraissent flétris comme tout feuillage d'où la sève se retire, et dont les racines sont atteintes du principe de mort. Il est appe* santi, sans force d'expansion, et n'a produit jamais que des populations molles , superstitieuses , puérilement craintives et indolentes. Il n'a pas été au delà des castes, et il s'est immobilisé dans les conceptions primitives.

L'islamisme, également, baisse pavillon; il se subalternise devant les mécréants chrétiens; il a be-> soin de leur protectorat pour n'être point déshérité de toutes ses conquêtes de l'Asie occidentale , où déjà, d ailleurs, la force virile des populations est acquise au christianisme : la race turque va disparaissant non seulement en moralité , mais en nombre; Et dans l'Asie moyenne et supérieure , il tourne également sur lui-même, sans ardeur de prosély-

8IJP1BVATIB BUMOPÉBmU. 313

tisme^ n'ayant plus assez de vie pour laisser s'échap* per même quelque secte , comme une excroissance sur Tarbre vigoureux.

Et nulle autre civilisation que l'européenne n'écrit une idée , n'exprime un sentiment, une foi vive dans ses faits et gestes ; nulle autre ne combat pour des principes , ne se dévoue à l'esprit. Pour toutes , c'est une question d'intérêt de potentats , une rivalité étroite, égoïste, personnelle, qui soulève et ameute passagèrement des masses de soldats passivement cruels.

Nulle nation asiatique ne se meut , ne prospère , ne se peuple à l'intérieur; nulle ne s'épanche au defaoï's, soit pour chercher des échanges, soit pour coloniser^ soit même pour conquérir. Et l'Europe, avec rUnion américaine, suflBt à couvrir toutes les mers de stations, de colonisations; à remonter tous les fleuves , pour solliciter le mouvement et l'aug-» mentation du bien-être. Leurs commerçants , leurs consuls , leurs diplomates vont frapper à toutes les portes de ce vaste et vieil Orient. En certains points^ ils le cernent , ils l'assiègent et se disposent à battre ouvertement en brèche.

Ainsi la Russie, par les frontières chinoises, sol** licite les échanges ; et, par le Caucase , elle imposé sa domination ou réveille et attaque la Perse. Ainsi l'Angleterre et toutes les puissances maritimes montent la garde sur les frontières de la Chine, bivouaquent dans rinde , sur le littoral de l'Asie méridionale et sur celui d'Afrique.

914 TOTAOn COSHOFOLITBS.

~ Ne sont-ce point là ées signes précurseurs de finvasion générale des idées , de rhistoire^ de la science el des moyens industriels de TEurope en Asie ? Or qui ne sait Tinfluence de l'histoire d'une civilisation sur les destinées d'une autre civilisation inférieure ? Et pourquoi notre histoire européenne ne serait-elle pas pour les peuples arriérés ce que fut pour l'Europe du moyen âge, de la renaissance, celle de la Grèce et de Rome?

* Sans doute, c'est le commeree, c'est la politique, rintérét, qui ouvrent toutes les tranchées, et non une croisade nouvelle ; mais le commercé , la politique, ont après eux une arrière*garde, des qiission-* naires munis du grand-livre de TOccident, des savants y des philosophes , des philanthropes intrépides et prudents, des voyageurs quand même, des amateurs qui portent incognito la lumière qui a dissipé hien d'autres tendres que les ténèbres de l'Orient. Nous l'avons déjà dit : les commerçants , unique* ment par leur séjour dans ces contrées , causeront de lentes, mais certaines altérations dans les mœurs et dans les idées de ces peuples.

Ce qui assure la bonne réception de la parole morale et des idées européennes siu* Dieu, sur la société , c'est qu'elles promettent le bien-^tre , l'égalité au plus grand nombre ; c'est qu'elles lui parlent de bonheur en ce monde ; qu'elles ont un caractère tout à la fois idéal et positif, compatible avec la poursuite et la contemplation du but terrestre ; c'est que son industrie et son commerce politique promettent des

richesses et en donnent après tout , et qné ses in ventions , ses machines nayales , annoncent par leur perfection une supériorité que toute vanité nationale sera tentée de rivaliser en se la donnant. * Qr c'est par le canal du prestige de la puissance éffiective qtie se propageront sans doute promptement la forme et les principes européens, bien mieux que par des discours abstraits et des exhortations au vulgaire, qui ne seraient accompagnés d'aucune preuve du genre sensible.

H y a nn fonds commun de croyances impérissables en Europe : c'est l'Évangile. Ce sera là la clarté autour de laquelle se rallieront les intelligences. Ce n'est pas comme à Tépoque où les Romains et les Grecs firent connaissance avec, le reste du monde-; ce contact devait être funeste à leurs croyances; ils étaient d'ailleurs déjà en décadence. La lumière étrangère devait leur montrer les ténèbres relatives où ils se trouvaient : les faux dieux ont tout à cfain-^ dre du vrai Dieu , les fausses morales de la. morale de rÉvanglle. Or rien de semblable n'existe pour chaque nation en Europe^ ni pour TEurope dans le reste du globe.

Les Français et les Européens n*ont rien" à oraindf e de Tislamisme , ni du brahmanisme , en-« core moins du fétichisme. Â Constantinople, on imite Paris; dans l'Inde, on imite Londres; mais Paris, mais Londres, n'imiteront certainement ni les Turcs ni les Indiens ; si ce n^est, cependant, dans quelques unes de leurs étoffes ou dans certains de leurs pro-

316 TOTAfilS COSMOPOUTBS.

cédés industriels. Néanmoins il y aara pour TEarope elle-même tout le mouvement, toutes les irrégularités, toutes les fermentations que peuvent y produire la fusion et la transformation des usines , des habitudes , des préjugés , et, nul doute, la soU« darité plus intime des nations européennes entre elles s'accomplira difficilement sans des désordres partiels graves.

Les vrais chrétiens sont essentiellement révola* tionnaires, mais révolutionnaires pacifiques, attaquant les idées religieuses étrangères pa r le seul fait qu'ils prêchent les leurs, mais respectant les pms^ sauces constituées. Probablement la plupart des voyageurs se borneront à propager les sentiments chrétiens, les idées politiques qui en sont le corollaire, mais non les formes, les cérémonies et les pratiques du culte : car les peuples chrétiens sem-* blent se dépouiller de plus en plus de toutes formes; ils se contentent de V abstrait, et la vie contemplative et spirituelle qu'on s'efforce de leor inculquer est bien propre à entretenir cette di^sition. Depuis trois cents ans, ils se sont montras les plus versatiles à cet égard.

Cependant les sacerdoces catholiques et protes* tants propageront partout ces formes ; et du moins, si elles ne sont pas adoptées, elles sercmt connues.

L'Asie ne tardera pas i être entreprise, ou plutôt, elle Test déjà depuis longtemps , avec réflexion et

SUPiniATIE BCROPBEITNB. 317

oonscieDce. Elle Test par la Russie , par rAngle* terre et par toutes les principales nations d'Europe; par leurs possessions dans les mers d*Asie , et principalement par celles des Anglais.

Mais elle le sera au dessus de tout par la Turquie et rÉgypte. Ces deux empires sont désormais con-* duits à la régénération et préparés à recevoir la vie européenne. Le monde politique est aujourd'hui témoin de leur rapide initiation à notre tactique , à nos usages ; déjà ils en sont à accepter les chemins de fer.

Au nombre des faits saillants et récents que les publicistes auront à méditer, chaque jour, de plus en plus , il faut mettre la guerre de Méhémet-AK contre la Porte. Le résultat accompli de cetle lutte^ soit qu'on le considère comme le commencement de la fin pour V empire , et le premier pas oflBciel de Méhémet-Ali dans la voie d'émancipation, soit qu'on y découvre l'agonie d*une civilisation retai^ dataire, et le réveil juvénile de la race arabe , soit qu'on y trouve pour la Russie un plausible et per^ pétuel prétexte d'intervention qui explique ou dévoile son attitude envahissante ; pour la France , Toccasion de potirsuivre sa glorieuse initiation so-^ date en Egypte; pour l'Angleterre, Toccasion de poursuivre ses desseins ambitieux , et de renouveler sa diplomatie jalouse contre la France , ou de lui prouver sa lovale solidarité dans ses efforts rour la pacification et l'avancemefit des peuples, etc. Ce résultat , dans toutes les bytx>thé8es , marque cer*

318 TOYAGKS COSMOPOUTES.

tainement le point de départ d'une époque qui sera féconde en mouvements et en métamorphoses , et qui tranchera dans les fastes de la civilisation générale.

Il est facile de pressentir que les altérations profondes qui se trahissent dans la croyance des ma* hométans ont ouvert le cratère par où s'échapperont prochainement les commotions et les discordes^ et qu'après le grand coup de massue lancé contre la Forte par le bras vigoureux d'Ibrahim , un der* nier brisement suffira pour achever la rupture déjà si avancée de l'unité ottomane, et pour la conduire ainsi à se reconstituer sous les auspices de la civilisation européenne.

A mesure que la question d'Orient ae compliquera, et elle ne peut manquer de se compliquer, cette guerre acquerra, en effet, plus d'importance» L'âge avancé de Méhémet-Âli ne porte peut-être qu'à quelques jours de nous l'issue d'une nouvelle crise. £t il faut se souvenir que l'Europe est au^ jourd'hui placée entre deux grands mouvements qui doivent considérablement modifier le sien pro*^ pre, dont il faut tenir soigneusement compte, et qu'il faut, par conséquent, bien connaître : oelui de l'antique Asie et de la moderne Amérique, l'un, mouvement de régénération, de réveil et de métamorphose laborieuse, l'autre, mouvement de crois* sauce et de maturité ; l'un annonçant un avènement, l'autre une restauration*

Tout ce qui se rattache à celte guerra doit donc

SUPUMATIX BUaOPBiaHE. 319

être conservé comme on conserve un berceau ec une tombe : on y remontera peur expliquer la grandeur future de l'Egypte régénérée, comme on remonte aux sources d'un ruisseau devenu fleuve; on y des** cendra en suivant les destinées de Tempire ottoman» comme on descend à Temboudiure d'un fleuve qui vient se perdre dans la mer.

Il est impossible que le mouvement révolution»* naire qui s'opk« à l'intérieur de ces deux empires ne retentisse pas sur leurs confins et ne se communique pas ainsi de proche en proche, jusqu'aux profon-* deurs de l'Asie.

Il est évident que le nouveau pouvoir ^ptieo ne peut se consolider qu'à force de civilisation, et en devançant son redoutable suzerain et maitre d'autrefois. Aussi l'Egypte s'unît-elle à l'activité et aux vues des cabinets européens. D^ Méhémet-Ali a favorisé le grand projet de TEuphrate et celui de la communication de la Méditerranée avec la mer Rouge (1), conçus ou poursuivis par les Anglais; et nul doute qu'avant peu, grâce à cette protection toute-puifsante, ces projets ne deviennent des réalités. A cet égard encore, la possession d'une partie des Indes, et toutes les cohmisations européennes dans les lies de ces côtes, sont un £aiit capital pour

(1) L'Egypte redevieodn le graiië chmîn des IniBB fmt lont

TocddeDl et le nord-ouest de FEurope. B^à les voyageurs afDueit vers Alexandrie , le Caire , Suez et la nier Rouge ; cl cette voie est aujourd'hui aussi sûre que «os grandes routes d^Earope , grâce h Taelive «urveiUaiice de MéhéaMi*Ali.

l'Europe occidentale et septentrionale : car c'est cette dissémination de possessions cherchées autrefois par les chemins les plus sinueux^ qui aujourd'hui va suggérer de chercher le plus court chemin à travers les terres, par un système mixte de bateaux à vapeur ou de fleuves, et de chemins de fer. Ces deux voies, si prodigieusement raccourcies et expéditives, vont apprendre mieux que jamais à connaître le prix de la vitesse : désormais on prendra la ligne droite, quoi qu'il en coûte, et il en résultera les plus fécondes influences. En particulier, le projet des Anglais de remonter et de trouver les contrées qui séparent la mer des Indes de la Méditerranée, par un sillon mixte de fleuve et de voies de terre, à peine réalisé, aura pour effet de jalonner les contrées riveraines de TEuphrate et de l'Oronte d'entrepôts ^ de villes commerciales , de rappeler les étrangers sur ces bords, et par cette voie de civiliser de nouveau la Perse et la Syrie.

Cette civilisation est d'autant plus certaine, et sera d'autant plus rapide, qu'elle sera secondée par la politique des deux gouvernements maîtres de ces contrées. La Perse et l'Egypte, en effet, sont traquées toutes deux par de redoutables voisins , la Russie pour l'une, la Turquie pour l'autre.

Ce projet accompli, Bagdad redevient florissante comme une antique métropole de l'ancien monde. Les chemins de fer, la canalisation, )es bateaux à vapeur s'acclimatent alors dans le cœur de l'Asie occidentale. Un grand chemin est ouvert au com-

meroe entre TEur ope du nord^uert et la mer d^ Aèiey et un vaste et long ruban de contréet est aoqnb à la civilisation moderne chez ces peuples appésanits. '

Car TÂsie n'est pas à toujours toinbëe en létbatgie ; nous avcms cai notre faveur 3yOoo ans d'hiBliNre; les races asiatiques ont prouvé, par lews dviUs^-^ tions primitives, qu'elles ont autrefois connu le mouvement et l'ardeur productive la plus intause. Oubliera-t-on que c'est de l'Asie que sont parties toutes les grandes familles qui ont peuplé la terro^ que nulle contrée du Nord n'a été le pinnt de éé»part d'autant d'ânigratioiis, n'a vu naître plus 4e générations, et n'a été douée d'une force plus eo^ pansive; que des guerres nombreuses et firmiSM» Tont remuée plus d'une foiadefondeneomfaiejiqte l'activité de l'esprit et l'ardeur* des «soyanees . j ma été assez grandes et assez habituelles pear y muki^ plier les sectes, les baises et les guerres 4e rriîgioBi Ici encore, ne donnons donc pas aux raoss^ à là puissance de l'organisalion , une fatalité qu'aies n'ont pas, ou, du moins, ne donnons pas gratmtement aux races d'Asie une organisation efféminée k jamais, des prédispositions à la torpeur ou au somnambulisme extatique.

La liberté, la force volontaire, le réveil des idées, une éducation virile, Tiniliation chrétienne ou m* ropéenne, voilà ce qui manque à ces races, bien plus que les bosses et la largeur du criine. Dirontnous aussi que les races espagnole et portugaise sont pi^édestinées à s'immobiliser dans.la civilisation IL SI

jnCfriBUM OÙ dlM t'atardeiit? ^t cependant ce sont àe% dk^DMdJaplt des Porfugsis et des Espagnols dies deux iMktjiu 3ty* siècle, de Fernimd GerteE et' de 'hop^ de Vegaj tout comme lei Asiatiques de nos jmvMclii k»desbendânt5des]pop«latîoins inconniies, •qui «M mvq^tf leur passage et leur puissance sur desmiltiem de mcttuments gigantesques.

. Nms ne dirons pae non plus que les nations du Hoïïd^ par rda seul qu'elles habitent des pays où la fntm musciilaîro des travailkitrs est plus consratn- HSsnfënesgique, favnfisëe qu'elle est par le climat, 'iana ifSÉioëes fatalement Je la supi^imalie universelle 4iir ixA nations du midi iiktertropîealy dés le jour ou Isn suwa et les «mtrss sont constiliiéea pour le travail ai piç tMarrant phsB la puissance que dans la richesse. fia serait sauma tira les peuplés à une fatalité clhna«- Iftfif i qw taui éëment ifains l'hislôtre* D'al^ord Isa fiMs db Nord d«ivMt kmt civilisation au Midi^ àl FAasa^ commia berceau des peuples^ poitt 'de ë<tMiti|do isMes les colonisatlcHis ées deux moodtos;. Bntajte). l^Éjgffpte €t Tlnde/ le l^nm.ei le Ainiqoe^ la âiine , T Assyrie ont possédé des «rassslimra aunqnds les muscles ne firwt pas défiiul et dont le soleil et les autres influences débilitantes dea.irsfiqiies no surent pas mattriser la volonté^ ni dilcBdre roeganisatioA.

.. TomdiBfis^ acUieHeoient y 1« populations du N^ ma sapMorité tellement marquée en adivilé ^ fisMe I sn Intelligeace , en savoir^ en richesses

et accumulées^ et en population

rdatire^fsnr pnsquetoulle,mopde Aiéri(Mofial4'Awf •et d'Afrique y jqai'A Suit accepter comme U. fo4t iiH dubUable que les raodsdtt Nord Hsnnt, éUrwjt u4 kog aTeuir^ . hi arUlreS' diii inonda. . »

£iir vain le aolid'Oiiaikt .isbra ricb64^ fécond » g^ nérfei^s; ë neauppUpni toujou^^ip^a l'aetÎFUé ^ tMf Boki^, i'élaboraiîo» teooQ^ve fuelw i«t|Jiîf# .4i7

flr£iw8 aiAfBMbeni! da^iionftniMy pq«r «p^M?f)« yowr

multiplier ou être consommables^ et il e$i ^SMii9 ique les lacea iDécidioDalaS/ a'MilijâUifiseiH'. À Aces (inséa^ortiéêê quotidîehneif dii.lmy«dt|eur4e l'CMpit dést. Las peuples du Midi ^ èm^mémtf n%mMi jitr foqia cette même sarlr.d^acKivitë. Le clÎBMiK.le tkHi iMrliéudffa tciijou^iiêaidhme^ietile de jèuàssanCTH tandis que les peuples des pays fceîds jdoîpreai d^ «Mmder ^ lei»8'|iiM€|initoiit'^tià«s ^à l'industrie^ «I fatbaw eltadiSDit et |iur> à -^1» twhms^ buiauin^. htaM joQÎssancBa ^flnt /presque' lopteaiide. L'dcdne fâmUcé/ tandis qiie les feus du j|fidi «t. Irohvenft'd^ HaiureUes et de éoêUm faites^ Lafvieixliivaiia ^ ^dhea eus ^ eêtroAniè embellie par l'aspept inîâht ;ft filèkft 4le' poëak - du «iel y du ad/ d 'Unéii^uqe .toÉif^

Puissance ou non^ il ne parait pas qu'ils puioeot se tMnisfiiviMr à ce peint. S'ils «oÉdeft^rahlqueilrs, lê^iël «e^ehiurgerà de les anicIlkiroDBimè euxfMpnU 'Suite des isiècles f nos .fias de les kiep^fi^ • fainéants, 'iMis de leur donner une iu^/ir^actbitéque eellqa des -^fats^Uiiis et'de FAngMerre.

' Totttefeis il y aune compensaliîcn admirablâmenit

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providentielle. Les peuples du Nord ne peuTent^ en général , exercer leur action productive que sur les matièrcis premières, sur les produits indigènes et sut generis, des peuples du Midi , de la nme moyenne du globe : ils doivent donc se tenir en rapports amiables avec eux ; et par conséquent , ksr suprématie ne peut s'exercer que par les conseils et la remontrance, raremmit par la violence et la conquête»

Néanmoins la conquête, ou plutôt la connaissanoe forcée entre FOrient, TOccident et le Midi, se fera, sans doute, d'une manière indirecte; car, sans cela, les temporisations de l'Orient arrêteraient l'impétueux Occident dans son ardeur, dans ses besoins et dans ses plans.

L'Europe s'est acquis une immense supériorilé sur l'Asie , en industrie , par le seul eftt de ses machines fixes; elle va s'en acquérir une écrasante, grâce i la priorité qu'elle aura trouvée dans l'aj^lication de la vapeur à la marine et aux dbemins de fer. Donc , ou l'Orient sera subalternisé jusqu'à la tutelle , jusqu'à la dépaidanœ la plus humiliante , ou il fera des prodiges d'activité et de perfectionnement.

U se transfwmera avec une promptitude fébrile. On peut croire à un réveil solennel et à une énei^e nouvelle. Déjà , il y a des signes dans le temps qin frappent tous les yeux. A Ténumération que noue en avons faite , il faut en ajouter un qui nous sm^ Ue de la plus grande portée : c'est l'inauguratiott de

la presse , du journalisme , de la publkUé y dans TAsie centrale. Un journal se publie dans la capitale de la Perse , le grand-sultan permet la puUica* tion d*un Moniteur turc assez libéral.

Joignez à ces germes un autre élément qui ne fera pas défaut , le Temps , et vous avez en perspective raie Asie civilisée , une jisie européenne.

Athènes, avons*nous dit, envoya ses philosophes^ ses historiens puiser la lumière dans les sanctuaires de rOrient. Rome , à son tour , envoya à Athènes , et tout le monde sait combien , par les voyages , les institutions y les mœurs, les croyances furent modifiées en Grèce et à Rome. Alors , aussi , Tesprit de conquêtes était , pour le contact des civilisations , pour la propagation des connaissances et le mouvement des sociétés , ce que sont aujourd'hui la presse^ les chemins de fer^ les voyageurs, les missionnaires, les commerçants. Les soldats étaient autant de voyageurs qui allaient à la découverte des croyances et des natures diverses, et qui portaient leur civilisation nationale à la pointe de leur épée , comme on Ta dit de Napoléon.

Ainsi l'expédmon d'Alexandre et, après lui, tous les établissements de ses capitaines, eurent pour résultats de première importance la naturalisation cosmopolite des Grecs , et le mélange de leur sang, de leurs croyances , de leurs habitudes, dans le sang et la civilisation antiques. Us eurent pour second résultat rétablissement de communications fréquentes avec tous les pays envahis. Fuis vint la domina-

tititi bien autrement étendue des Romains, i^s «n-t voyés ^rëcurseiifs du monde chféden. Eux aussi ^ par leufs transports et le déplacement incessant dea races sur tous les points du monde connu , en fài-^ sani passer dans les Gaules des armées recrutées en Asie et transmuter incessamment les enfants du Nord et du Midi y de rôrient et de l'Occident, oftt tellement transvasé les sangs diters , occasionné des alliances ki multipliées , qu'elles ont dû aboutir à amener le vieux monde , si tranché auparavant , si exclusif chacun dans son isolement^ à cette élasticité de compréhension , à cette tolérance des nations di-^ tci*ses, à ces nuances de sentiments et d'habitudes qui , seules, devaient rendre possible la propagation des sentiments chrétiens, celle d'une civilisation nouvelle , universelle, et les communications com->merciales par tout le globe. C'est ainsi que , pour là fusion des provinces de l'ancienne Gaule , il a fallu que les races diverses qui formaient le fonds de chacune d'elles se rapprochassent d^abord par les voyages , les visites , puis par les intérêts , puis par les alliances ou mélanges de san^. Et, en effet, si nous considérons les degrés divers de ces rapprochements, nous voyons qu'à mesure qu'ils s'opé-^ raient, les croisements avaient lieu. Ainsi dire, par exemple, que les Bourguignons, les Normands, les Auvergnats , Flamands , Picards , etc. , étaient réunis politiquement sous la mêihe unité française, soumis à l'uniformité des institutions et des mœurs, et que cependant ils ne contractaient encore aucmie

SUPREMATIB BUSOPIBltintt 9S7

alliance entre eux, qu'ils étaient restés purs de race^ ce serait 9 pour l'intelligence la plus myope , une espèce de non-sens.

De même , donc , ilne préparation analogue , par les croisements ou alliances et par les communications, est requise pour la grande fusion européenne et peu à peu également, mah beaucoup plus lentement pour celle du globe.

Or les chemins de fer, et le nouveau développement donné à rindiistrie et au commerce par les puissances prodigieusement productives de la vapeUfr, sont d'infaillibles et actifs agents de cette préparation.

Toujours la fusion , l'unité , l'entente ou rétablissement de relations entre les individus et entre Ie9 sociétés ont supposé d'abord le rapprocbemeat pur et aimple, les visites, les voyagea; puis des alliances , des mélanges de races , de familles , de variétés.

Dans l'avenir, les choses ne peuvent fie passer tutrement : tout ce qui s'accomplissait en grande partie par la guerre^ par la violence, par là destruction, s'opérera désormais principalement par la persua«^ sion, par la force des choses, l'exemple, le frottement pacifique ; par la publicité, les voyages et Tintéfèt mieux en tendu .

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