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seurs ou les résultats d'émigrations et d'immigrations libres ou forcées, de conquête, de prisede possession, en d'autres termes, de colonisation paci'- Jique, ou à main armée*
Dans l'antiquité , il n'est presque point de peuple qui, en remontant superstitieusement à son origine, n'y trouve pour berceau une souche étrangère, une colonie, un essaim de demi-dieux conduits par quelque héros , grand nom qui n'est souvent que l'appellation collective des individus émigrés.
Et, en effet, tous les peuples qui ont marqué ont été colonisateurs, non-seulement par la guerre, mais dans l'acception du mot , et avec les circonstances les plus caractéristiques d'une colonisation de nos jcmrs.
Dans le monde moderne , les nations du nouveau continent tout entier sont issues de colonisations faites par les peuples européens , à Tépoque de leur passagère grandeur; et, au dix-neuvième siècle encore, nous trouvons les trois ou quatre nations les plus puissantes et qui ont le plus d'avenir, occupées à coloniser, chacune à sa manière : la Russie, en colonisant les steppes qu'elle recèle; les États«Unis, en colonisant les terres vierges qui les entourent ; l'Angleterre, en poursuivant ses grandes colonisa-* tions dans l'Inde, et ses petites, de concert avec la Hollande, sur le littoral immense du continent océanien ; enfin la France , en colonisant l'Algérie et^toute là côte-nord de l'Afrique.
Et, ce qui est bien digne de remarque dans ce
graud fait des civilisations successives , leur force d'expansion procède rarement par voie de dévelop* pement cocentrique ; enjambant par delà des rér gions immenses^ elles vont déposer une exubérante population dans quelque oasis féconde et conservent avec les colons , sous le nom de mère^patrie, des relations de famille.
L'émigration desFuritains d'Angleterre en Amérique est un exemple bien frappant de l'influence des voyages par masses et des colonisations. Ce seul événement a suffi pour donner au nouveau monde une destinée tout autre; il a une portée immense! et ce* pendant l'importance sociale est moindre encore que celle de la traversée à jamais mémorable de Christophe Colomb. Or ce fut l'effet d'un voyage, de l'esprit d'aventure , du besoin d'activité ; ce fut une découverte, qui n'était possible qu'avec des vaisseaux , et la boussole surtout. Le commerce , les relations , les voyages firent le reste.
Les colonisations , les émigrations ont donc un sens éminemment providentiel : c'est l'une des voies infinies par où le conducteur des nations réalise successivement, avec notre participation libre, l'exploitation et le peuplement humain de la terre. En permettant la merveilleuse invention de Watt et la combinaison des chemins de fer, la Providence dit aux nations : Croissez et multipliez de nouveau : ce qui implique en même temps : Débordez vos frontières; versez, étendez de nouveau vos lignes nombreuses dans les régions encore incultes de cette IL 35
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eréOLtion terrestre j où je vous ai appelés à commander en knaitres, avec le soin et le devoir de Tembellir et de la peupler indéfiniment.
À peine la tradition universelle nous a-t-elle fait assister à la naissance du genre humain ^ qu'elle fait partir des monts arméniens^ vers les quatre points cardinaux, des essaims innombrables de générations: C'est Japhetvers le nord-ouest; c'est Sem vers l'orient, c'est Gham vers le sud et l'ouest. Celle de Sem prolonge la traînée des émigrants jusqu^ aux bords de l'immense Amérique. La Chine déborde sur les terres japonaises, et llnde sur celles du Nil. Plus tard, dans notre continent, l'Egypte , la Phënicie donnent à la Grèce Cécrops et Cadmus. La Grèce à son tour colonise l'Archipel et Syracuse : Rome colonise tout le monde connu de son temps, par les guerriers qu'elle y dépose et y met en station.
La décadence de l'empire romain est marquée mémorablement par la barbare colonisation des populations germaines sur les terres des Gaules et du midi ; des flots de Huns et de Goths se roulent du fond de l'orient et se déploient sur toute la portion occidentale de VEurope ; mais ils rendent vaine et insaisissable toute tentative de colonisation par l'imbécillité et la cruauté de leur politique, qui est celle de pillards.
Puis les Turcs et les Maures essayent, avec plus de succès, une colonisation moins arriérée, et s'éta-
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bliBsent dftiis la plus belle portion oriaitale et mé^ ridionale du monde romain.
Enfin > à I^l renaissance , les peuples chrétiens, après s'être longtemps endormis^ ou plutôt après avoir opéré sur eux-mêmes un mouvement de régé-nération morale, s'exaltent pour les voyages de décùuveries et pour les colonisations.
Ce sont les beaux jours du Portugal^ de l'Espagne, de la Hollande : des générations successives d'Européens s'expatrient pour aller, aux régions antipodes, préparer de^ comptoirs , faire de Por, et cultiver, au profit de la mère-patrie, des épiées et tous les riches produits des deux Indes !
Maintenant est-*il probable que la grande série de colonisations, qui remonte de l'origine de l'humanité historique jusqu'au quinzième siècle , s'arrête à tout jamais à cette hauteur , ni plus ni moins ?...
Est-*ce possible, alors que, précisément, il se fait un grand déploiement d'activité et que les na^» tîons se montrenl; avides de richesses, de la variété de jouissances, et que des leviers puissants de produc* tion viennent révolutionner le monde industriel, oflFrir une prime à la population et présagent tôt ou tard un trop-plein de peuple dans chaque nation ; alors que des véhicules de transport maritime, merveilleusement agiles , offrent une autre prime aux excursions, à l'esprit aventureux?...
En réalité, la question est trés-soluble ; les colonisations n'ont pas cessé, elles ont seulement ralenti. Elles sont conduites, par d'autres peuples, sur la
terre ferme plus que dans les îles : voilà toute la différence.
De nos jours, ce ne sont plus l'Espagne, le Portugal, la France, ni la Hollande qui colonisent, c'est la jeune Amérique du sud, c*est sa vieille métropole, l'Angleterre, c'est le colosse russe.
Est-ce à prévoir que les unes s'éclipsent , et que les autres soient les soleils de Tavenir?
Quoi qu'il en soit, nous tenons à le constater : dés que l'Europe aura opéré le mouvement sur elle» même, la force expansive lui reviendra comme un fait nécessaire. Ce mouvement ne peut s'être arrêté à la colonisation du nouveau monde. Bien des terres nous attendent. Le continent africain est encore intact, vierge, pour ainsi dire, à cet égard. Un cinquième continent vient d'apparaître, qui demande des mères'patries nouvelles; l'Amérique du sud est à peine jalonnée , et n'est guère possédée et reconnue que sur la carte géographique.
Évidemment la force d'expansion, désormais, sera chez ceux qui seront constitués le plus efficacement pour le développement industriel et la richesse : car ils seront en même temps les plus peuplants , les plus commerçants et les plus entraînés à la recherche et à la création des débouchés et des consommateurs. L'amour du pajs natal sera dorénavant contre-balancé par celui des voyages, de la curiosité, et surtout par le désir du bien-être et la plus grande probabilité de faire fortune , en cherchant aventure : et, comme d'ailleurs la densité
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croissante de population meflra maintes fois dans chaque pays un certain nombre d'individus dans la perplexité, on peut prévoir que les émigrations deviendront un besoin, une habitude autant qu'une nécessité. Les colonisations sont infaillibles pour l'avenir comme elles l'ont été pour le passé : car, même à ne considérer que cet étemel mobile du vulgaire , Vinterêt matériel pécuniaire , elles promettent de nouvelles richesses , des richesses dont on n'a pas l'analogue, et qu'on estime d'autant plus.
C'est à l'esprit de colonisation que l'Europe doit toutes ses denrées coloniales, c'est-à-dire les plus prédeux produits de l'Orient et de l'Amérique. Lorsdonc que les nations européennes les plus actives auront travaillé à neuf sur elles-mêmes, elles reprendront indubitablement le rôle de tonte grande puissance en voie de progrès, le rôle d'initiateur, de colonisateur, par la guerre ou par la paix, par la paix>le ou par la coercition.
Car, c'est un fait que toute nation qui, après s'être constituée intérieurement , ne se conçoit , au lieu d'un but civilisateur, moral , extérieur, où elle porte une activité bienfaisante, que le rôle de produire, de consommer, de jouir matériellement, se suicide et tombe en décadence. Malheur donc aux nations qui, après l'agitation séculaire dont l'Europe vient d'être le théâtre, et après avoir retrouvé l'équilibre, s'immobiliseraient dans la satisfaction surabondante des appétits et des sens! Il n'y a point de société sans but extérieur; Dieu l'a
ainsi voulu pour que la civilisation universdle fût possible.
Le commerce des nations les plus avancées, d'ail-^ leurs , à défaut de Tiniiiative des gouvernements , renouvellerait Tinstinct et Tardeur de colonisation i c'est même pour lui une question de vie ou de mort, A mesure que les peuples s'avancent en développe* ment industriel , les nations qui se sont faites les ateliers manufacturiers de ces peuples perdent ces débouchés anciens ; et force leur est d'en chercher ou d'en créer de nouveaux.
Or le plus sûr pour eux est d'en créer de nou*' veaux. C'est là toute la politique actuelle p future et passée du gouvernement anglais, la raison de sa constance à coloniser, comme le secret de sa croîs** santé prospérité. Dés le jour où il n'y aura plus de contrées colonisables sur le globe , la puissance de la Grande-Bretagne périclitera jusqu'à disparaître; mais alors, peut-être, la Grande-Bretagne sera l'un des empires les plus vastes du mondé ; ce sera la presqu'île du Gange ; ce sera l'Inde et tout un do-» quiéme continent !
Malheur donc à la France et au reste des peuples libéraux , si l'ardeur de tempérament , la fougue d'esprit , et le zèle de la propagande politique qui anime ses jeunes générations ne prenaient pas leur issue par cette trouée féconde : car toute nation libre qui tourne longtemps sur elle-même se dévore. Cette force d'expansion qu'elle n'a point dépensée jusqu'ici sans profit pour les destinées meilleures de
LU COLÛIflSATIOUS. SAt
l'humanité serait désormais sacrifiée en pure perte et serait même une cause active de décadence ^ ai elle ne s'attaquait point à d'autres imperfections que celles que nous a léguées l'ancien régime , puisque celles-là achèvent de mourir de eaducité*
Mais, avant d'aller chercher cette œuvre exté^ rieure , il faudra consacrer bien des forces vives à peupler et à cultiver les lacunes du territoire euro* péen, à élever l'agriculture indigène à son maxi^ mum de fécondité , et le plus grand nombre à l'aisance, à la moralité et à la science.
Toutefois il n'est pas probable qu'on ne se mette en route pour le sol colonial étranger qu'après avoir couvert de riches moissons le dernier hectare du sol de la mère-patrie.
Toutes les nations industrielles de l'Europe et les États-Unis deviendront le grand marché du reste du monde pendant très-longtemps ; et FAn*gleterre nous montre ce que sera la France,
On comprendra, alors, à quel degré de splendeur et de richesses sont destinées toutes les classes de Français , depuis le simple paysan agriculleur ou manufacturier jusqu'aux plus gros capitalistes et industriels, s'ils suivent, en activité, les Anglais et les Américains.
Us devront donc singulièrement changer leur mode de vie et leurs rapports entre eux : une grande portion sera continuellement en voyage, et, en se renouvelant, la majorité des Français pourront ^'i« leur tour du monde l'un après l'autre.
II fallait le grand mouvement industriel y ce débouché incommensurable à la fièvre révolutionnaire européenne , une soupape par où peut s'échapper reffervescence. La voici trouvée, inoffensîve, et promettant de rendre ce trop-plein aussi fécond qu il était stérile et dangereux , si l'on eût prétendu le comprimer sans issue quelconque.
C'est désormais par là que se portent la vie, l'espérance, les efforts des masses, et ceux des hommes qui sont à l'avant-garde du progrés.
Considérée en grand, la loi générale de la distri-bution de la population supplémentaire sur le globe parait être celle-ci :
1^ D'abord faire approcher, de plus en plus, la population du territoire, de son maximum de den^ site, par rapport à la fécondité intrinsèque de son sol;
2"" Épancher une portion de la population successivement supplémentaire , à l'extérieur, par la guerre, par l'invasion, la conquête, ou par les colonisations commerciales, politiques et pacifiques;
Donc, le grand accroissement des populations , la nécessité de nouveaux moyens de subsistance qu'elles réclameront , et que déterminera la propagation des forces productives et des moyens de transport modernes, vont contribuer infailliblement à faire défricher toutes landes intra muros , à faire dessécher tout marais intra muros , couvrir de récoltes ou d'habitations le moindre coin de terre national, puis, ou simultanément, à faire envahir les terrains vierges environnants , dans chaque nation
d'Europe ^ et dans les Étais-Unis d* Amérique, et, à défaut, faire franchir de grandes distances pour trouver ces terrains vierges sur le sol même de la sauvagerie, et des pays encore à peine explorés.
Ainsi les landes de notre Midi et de notre Bretagne, soit par des colons agricoles forcés , ou plutôt par Faction bien plus efficace de grandes tsso^ ciations ou compagnies de défrichements et de dessèchements, et par la grande culture que comportent les réunions de grands capitaux, disparaîtront rapidement, lorsque de grandes lignes de chemins de fer ou des canaux les traverseront ou les borderont pour aller relier deux grands centres d'industrie et de population, comme Bordeaux, Nantes, Brest, avec Paris.
Ainsi les steppes de la grande Russie se couvriront successivement d'habitations agricoles, de grandes fermes jointes à de grandes manufactures, et de nombreuses populations, lorsque ( comme on ne peut en douter) la politique russe, devançant les besoins du commerce et de l'industrie, aura, au cou* traire, sollicité leur développement par de grandes lignes entreprises autocratiquement, et qui relieront un certain nombre de grandes villes de son vaste empire, Moscou, Saint-Pétersbourg, Varsovie, etc.
Car, nul doute, la bonne économie politique consiste désormais, pour les gouvernements, à consacrer des impôts sagement établis à Touverture de ces grandes voies de communication, et à ne pas se borner à relier les points déjà pleins de vie de leur
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empire , mais à' porter surtout la vie là où est la mort ou l'agonie ; tel est le vrai rôle des gouverne*ments : ces sacrifîoea*là rapportent comme de l'argent bien placé pour l'avenir. La Russie^ pressée plus qu'aucune autre d'arriver à temps ^ plus qu'aucune autre aussi le sentira.
Ainsi les États-Unis vont gagnant insensiblement à l'agriculture toutes les forêts, tous les sols vierges du centre de l'Amérique septentrionale vers l'ouest.
Ainsi l'Egypte, après sa prochaine et prompte ré^ génération^ et même simultanément » va remonter^ ou les sources du Nil , ou l'ancienne Libye ^ et pé^ nétrer ultérieurement le cœur de l'Afrique orieu*tale par la seule force d'expansion propre au développement industriel et agricole suscité par les moyens européens.
Également elle a devant elle l'appât séduisant de la Syrie et de ses confins les plus orientaux, et même les deux Arables.
Ainsi fera la Turquie avec ses nombreuses populations de rayas actifs, industrieux, et riches déjà, dans l'Asie^ Mineure, si couverte autrefois d'hommes et de choses, si nue ai\jourd'hui ;
Ainsi la France, installée sur les côtes algériennes, introduira successivement sa civilisation en Afrique, en suivant un système d'envahissement et de colonisation à l'instar des Anglais dans l'Inde, moins la cruauté des moyens;
Ainsi, enfin, toutes les nations comprises dans la civilisation européenne, sans omettre la Russie, la
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Turquie, l'Egypte , les Ëtata-Uois , en pousaant de proche en proche leurs voies de commuuication de terre et de mer jusqu'à leurs frontièi*es. Grâce à leurs possessions cosmopolites , elles feront un jour arriver les mille extrémités de leurs chemins de fer et de leurs canaux , comme une longue frange de bouches béantes aux portes de toutes les nations ^ et les assiégeant , les oeraant , à l'aide de toutes les batteries nouvelles du commerce et de la civilisa^ tion, elle^ feront entendre la respiration haletante et bruyante des locomotives, et manœuvrer enfin la yapeur aux yeux des populations de toutes les fron-** tiéres et de toutes les cotes, de manière à rendre impossible, davantage, le statu quo de la barbarie,
La race arabe se régénère avec un élan assez sa^ tisfaisant pour lui concevoir un rôle actif dans les destinées de l'Afrique. Unie avec la France et aidée de ses conseils , TÉgypte peut beaucoup pour im-* primer enfin quelque mouvement à cette malheu*^ reuse terre des nègres ou races noires : car on ne peut admettre] sérieusement qu'elle soit à jamais dévolue aux déserts, aux lions et aux tigres.
UAfrique nourrit , contient de nombreuses po* pulations ; cela nous suffit pour en induire la fertilité naturelle de son sol pris en masse, et pour pré-* dire qu'un jour Tagriculture et l'industrie y étendront leurs bien&its. L'expédient n'est pas douteux; les races étrangères d'Europe ou d'Asie s'en rendront maîtres par mille points et à des conditions extrêmement diverses ; elles se chargeront d'initier
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les naturels au travail et aux mœurs policées. Mais cette fonction ne leur sera pas complètement dévolue. L'Afrique contient aussi des variétés de races, dans l'espèce plus générale de la race noire. Il y a chez elle étoffe aux Napoléon et aux Pierre le Grand à petit pied. Ces génies d'Afrique, ces chefs tout puissants comprendront le danger du voisinage des colonies , ou s'enthousiasmeront pour les prodiges de leur industrie ; ou l'ambition des barbares sera fascinée par la puissance que donne cette industrie. En définitive , il s'élèvera une puissance indigène qui reliera par la conquête, par la violence ou par la persuasion, toutes ces petites tribus dont l'anarchie paralyse immémorialement toute tentative de pra« grès chez cette race de malédiction.
Il ne nous parait pas douteux, par exemple, que la présence , le retentissement du débarquement belliqueux des Français sur les bords africains ne fasse surgir quelques grandes ambitions noires qui dompteront à l'unité, par la discipline du sabre, un grand nombre de principales autour d'eux ; et que la vue des chemins de fer, et suitout des bateaux à vapeur, que nous importerons tôt ou tard sur cette terre, et dans ses fleuves, ne fasse quelque soudaine révolution dans Timaginaiion et la pensée des chefs de ces peuplades , et que les plus habiles n'exploitent à leur profit les velléités d'imitation de la tactique industrielle et militaire des Européens et des Arabes européanisés. Les bateaux à vapeur principalement auront la plus importante fonction dans
cette œuvre de progrés africain , comme partout où s'étendent la sauvagerie et les états inférieurs de la société.
L'abolition de l'esclavage dans les possessions co* loniales anglaises est une mesure dictée par la plus habile sollicitude pour les destinées de l'industrie et du commerce de la Grande-Bretagne. D'un seul coup^ la politique de son gouvernement assure à cette nation, dans le plus lointain avenir, des consommateurs innombrables pour ses produits, et des producteurs pour ses consommations les plus essentielles. Elle met au monde, enfin, des populations amies; elle s'assure des débouchés féconds et peutêtre des privilèges futurs pour son pavillon et pour ses marchandises.
La politique des colonisations futures n'aura rien de la cruauté et de l'étroitesse de vues des colonisations des derniers siècles. Les naturels des pays colonisés seront respectés dans leurs droits d'hommes, dans leurs habitudes, dans leurs croyances'; on les amènera par la persuasion et par l'évidence des bienfaits d'une civilisation supérieure. On les civilisera indirectement, mais aussi plus sûrement. £n temporisant, on gagnera du temps ; en permettant de douter et d'examiner, on fera croire, accepter et se confier.
Les nègres et toutes les races qu'on nomme inférieures seront étudiés dans leurs vocations actuelles, dans leurs aptitudes prédominantes, dans leurs pré^
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dispositions inteliectuelles , et dirigés «n coniâ^ quenoe.
Mais leur subordination de fait est immanquable^ ils subiront le patronage des nations méres^ oU plutôt ils obtiendront ce bienfait.
Il est facile de prévoir que de ce nouvel ordre de choses sortiront^ pour les colonies actuelles^ de meilleures destinées : elles accompliront j sous ses influences^ non pas leur séparation de la mëtropole^ mais leur émancipation ; tout comme Tlrlande, par exemple y va s'émanciper des exclusions politiques ou des sujétions spéciales. Les colonies deviendront comme un département , une province détachée de la métropole, ni plus ni moins.
Le régime particulier qui les gouverne se rapprochera de plus en plus de la loi commune des méres-patries , à mesure qu'elles s*en montreront dignes , sous le rapport politique , et que les avan« tages commerciaux qu'elles seules jusqu'ici offraient à la métropole se trouveront plus facilement ailleurs; car, plus les relations avec les pays producteurs de denrées coloniales, plus les colonisations orientales et méridionales se multiplieront par Teffet des nombreuses influences de nos véhicules nouveaux^ moins sera grande Timpor tance que chaque métropole attache à s'assurer exclusivement ces denrées dans ses propres colonies : elle pourra donc se relâcher de sévérité à cet égard, proclamer la iib«té d'exportation; consommer des traités de douanes
avec les autres nations^ pour ses colonies comme pour le territoire mëtropolitain.
La question des colonies , en effet , git là tout entière : rareté des denrées cploniales nécessaires à la consommation de la mère-patrie , et rareté des débouchés pour ses productions indigènes ; nécessité de s*assurer les unes en obligeant les colonies de garder leurs produits exclusivement pour la métropôle , et les autres par l'empêchement mis aux importations des nations étrangères dans les colonies.
Ce sont absolument la même cause et les mêmes moyens que pour rétablissement des douanes entre nations sur le continent.
Mais les influences qui détermineront successi- ▼ement le relâchement des prohibitions , et finale^ ment la disparition de toutes douanes entre certains groupes de nations, sont aussi les mêmes qui, entre ces nations , feront cesser leurs exclusions respectives dans les importations et les exportations de leurs colonies.
Quant à la séparation , elle n'est pas présumable en général , par la raison qu'elle est contraire à l'intérêt prochain, palpable, des colonies elles-mêmes; par la raison qu'elles ne peuvent se suffire, ni se soutenir contre la première agression maritime qui leur viendrait de quelque grande puissance envahissante. Cependant leur séparation serait un acte hostile contre la métropole; et, si elles se retiraient d'elle par une haine née de son injustice, ce serait pour se donner ou être prises par d'autres.
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Il y a mieux : la plupart des colonies voudront de moins en moins se séparer ^ à mesure que la politique des nations d'Europe, en général, se fera plus sage, plus humaine, plus éclairée, et que la garant tie représentatwe existera ( par Teffet de nos influences ) pour tous les intérêts : ceux des colonies comme ceux des provinces de la métropole. Leurs intérêts alors, et leurs intentions, seront bien évidemment de rester unies à une agglomération puissante d'hommes , consommateurs assurés de leurs propres produits.
D*anciennes colonies, mais principalement de nouvelles, serviront, sans doute, d'entrepôts dans les contrées trans-équatoriales pour les puissances nouvelles venues dans le commerce extérieur , par suite du mouvement d'expansion et d'activité productive déterminé sous l'influence des véhicules propagés.