LA GUERRE
peut point| en efTet^ ne pas voir combien les chances ae guerre, après une certaine propagation effectuée^ seront diminuées , et quel réfrigérant ce sera pour l'ardeur belliqueuse que l'ère de Tindûstrie et du travail.
Là gueiTe a moins de chances à mesure que les peuples participent moins indirectement à la gestion de leurs propres aâaiires. ïl n'y a ipVus de guerre possible que pour des cas extrêmement graves d'injustice nationale. Les vanités princiéres blessées ne sont plus des cas de guerre; il faut que les intérêts, la conservation de là chose publique soient réellement compromis pour cela.
On peut donc prévoir le jour où les guerres ne seront qû^excessivement rares entre deux nations européennes, et où elles n'aurontplus lieu que de l'Europe à rÂsie, à l'Afrique, au reste du monde.
Les peuples aujourd'hui ont un meilleur moyen de se venger que par le sang , c'est de faire mieux que leurs rivaux; il n'y a guère, à l'avenir, d'autres motifs d'hostilité et de mécontentement que les intérèts de l'industrie et du commerce. Or les peuples
n'ont ici qu'uije ressource, c'est de se rendre plus
actifs, plus habiles. Et puis , ils peuvent se nuire en s'abstenant de commercer ensemble.
Comment supposer la guerre à propos de quelque pécadille partielle, quand les chemins de fer se réuniront aux deux frontières, et seront la seule voie de correspondance avec des pays neutres séparés de douze cents à àeux mille lieues ! Comment se fermer ainsi
LÀ, GtJBUfi. ili
le passage et Tekisteiice ! Quand lés hôtiiïlles peuvent se faire tint (te mal, ils ^'abstiennent. Là guerre n'^a jamais été si rare ()ue depuis que le cahon peut exterminer, bouclier morts cinq ou six céiit mille hommes en quelques soleils.
Iktais de l'Europe à TAsie, c'est ahlre chose. Les insistances et les violence^ seront pi^obableùient trop farouches , trop bsœbàres de là part des gouvernements môihi avancés de l'Asie ; ïeUr bon-voûloir sera trop lent, el l'impatience d'envahissement trop grande ae la part des Européens, pour que des inVasîôtas à main àrioiée, très-sérieùses, n'aieht pas lieu.
ifoute société puissante se conçoit 'toujours tiné mission extérieure , surtout si elle a autour d'eïté des États de civilisations beaucoup moins avancées.
L'histoire entière 'déposé de ce fait : ainsi Charle'magne, àù ix* siècle, porte la civilisation en Allemagne ; ainsi Alexandre et là Grèce en Asie ; ainsi Rome par tout le vieux monde ; ainsi le mahomë^ ITsme dans l'Orient ; ainsi les Américains des Êlàtstlnts chassent successivement la civilisation arriérée dès Indiens à peau rouge.
C'est qu'en effet il n'y a point de société forte sans mouvement, et qui ne se conçoive un but extérieur. Si la France , et en général l'Europe , n'a point le zèle de là propagande, c'est qu'à cette heure elle opère un mouvement sur elle-même; mais quand sa crise de transformation sera passée, et qu'elle sera enfin constituée pour le travail et pour
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le développement harmonique, elle irradiera ses clartés et ses sentiments sur le reste du monde.
Dieu, qui n'a pas voulu que les hommes forts, les génies , gardassent pour eux leurs lumières , leurs créations et divinations, les a doués irrésistiblement du besoin de prosélytisme et de l'action sur leurs semblables; les faisant ainsi les promoteurs des progrès du genre humain. Sans cela, où serait la raison suffisante, le comment des améliorations et du mouvement ascendant d'une société 7
De même , il a voulu que les nations les plus avancées élevassent à elles , tantôt par la guerre , tantôt par l'exemple et la persuasion , les civilisations inférieures : car, sans cela, où serait la possibilité de l'éducation progressive du genre humain, de la civilisation universelle 7 Or le commerce est désormais plus que jamais l'instigateur du mouvement et des améliorations : il fera pacifiquement et graduellement ce que la guerre a fait jusqu'ici violemment et ex abrupto. On peut donc prévoir que l'Europe remplira ce rôle pacifique envers l'Asie, l'Afrique , et TAmérique du sud , et elle les conviera au progrès , d'abord par l'intérêt , puis par l'ascendant du génie et de la puissance. Sans cela, comment arriverait jamais le mouvement progressif universel ?
Comment concevoir que de longues guerres s'allument entre des peuples dont les membres les plus influents, les plus éclairés auront des relations étroites d'amitié, d'alliance, d'intérêt ?
LA 6UEKRB. 373
Déjà les savants, les avlistcs, les publicistes et les hommes d*État de TAngleterre , de la France et de l'Allemagne, sont ainsi liés par la pensée et par les sentiments les plus élevés : que ne sera-<^ point lorsque les communications de toutes les classes de^ viendront quotidiennes et constantes I ! !
Il ne faut pas craindre quant aux relations plus nouvelles, et aux civilisations plus étrangères telles que l'Asie : là aussi^ l'intérêt des peuples^ le désir du bien-être commandera au préjugé national et aux gouvernements.
Les nations qui croiraient pouvoir se passer de la propagation des lumières, et néanmoins rester fortes et libres, seraient cruellement punies à la première guerre qu'elles auraient à soutenir contre une nation voisine qui se serait constituée pour le travail et la richesse. Celle-ci, d'un seul mouvemeni imprimé instantanément à ses locomotives de terre et de mer; ferait converger vers un même point de ses fron-* tiéres toute une masse accablante de soldats, qui récraseraient , qui envahiraient sans coup férir les possessions, et pénétreraient jusqu'au cœur de l'empire, avant que les troupes ennemies aient fait une étape.
Mais entre deux États également bien sillonnés de chemins de fer, également riches et industrieux , la partie resterait égale : le courage des soldats, la science et l'habileté des chefs, décideraient. La tactique /consiste désormais à s'emparer des extrémités d'un chemin de fer et de ses bords, comme on fait
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^e renibpuc]2qre et des borc|s d'^n fleuyc^ <)'Mne route, d'un pont, d'une position favorabl^. Coupep 4 ui^ ennemi ses rails, lui enlever ses locomotives, c'pst plus que lui couper un pont sur un (leuve torrentiel, que lui prendre une ville forte et sa flottp, car c'est luj couper les vivres, les ressources, je Ujatériel de la bataille (1).
Pppt-étrç les machine^ ^ vapç|:|r et les chgi^îas ^^ fer ne se piettrpnt-ils qqe par exception ^u servie^; 4^ la guerre j ils la rendront même rare et non destructive. Car, dès que tous les peuples 4^ j'Europq ont des pbemip§ de fer et des xpac^^ine^ , tous yqu-* d^TQjii les ponsprver cl^pz autrui , pour q||'2^uti:pi \e^ respecte chez eux , ce f*e^pect p^ss^r^ d^ps le droff de guerre inter^-Tialionale de l'Europe : d'ailleurs Ip pouveme^t et la fréquentation incessante 4^ différents peuples auront bientôt fajt disparaître le^ barrière^, les inimitiés et les oppositjpns d'intérêt ;
(I) Quam à la conserv^OQ des chemii^ 4^ Ar, on ne ft^truir» les rails tout au plus : car les remblais, les terrassements sont hors de la volonté d^un ennemi doué de bon sens. Les maçonneries et quelques ouvrages d'arts, quand il y en aura d'importante, pourront étif epdomfnagés ; mais le chemin, dans son pripcipal, restera sufBsammeif intact; nous croyons même que le droit de guerre européen ne s'étendra plus jusque-là, et que Ton se bornera às'tiilerromprerécô>roquement \p^ communications sans les détruire, fi est en«uite palpable qu'entre deux nation?, dont l'une aura un territoire labouré en tous Sens par de hautes montagnes ou des collines, et dont l'autre sera étendue sur une plaine peu accidentée, tout l'araûtage du nouveau système de transport restera à cette dernière. Toutefois, si l'autre remportait par la richesse et le patriotisme, elle pourrait, comme aux Etats-Unis, faire graviter des locomotives jusque dans les hauteurs nuageuses de certaines montagnes et donner aussi des ailes à ses troupes.
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il en sera des nations comme des provinces de la France.
Il faut considérer encore que la faiblesse et la force musculaire personnelle seront désormais de plus en plus sur la même ligne : il faut surtout se souvenir que les questions de douanes seront aussi de moins en moins des motifs d'hostilité.
Car. à mesure que le système électif fera inter^ venir les peuples dans la question des affaires économiques^ il n*y aura plus de traités exclusifs <ie commerce avec une seule nation. Chacun ouvrira ses ports à toutes celles qui lui apporteront les meilleurs produits au plus bas prix.
Quand le marché se sera étendu aux trois quarts du globe et que les plus grandes distances seront rapprochées et parcourues comme nous l'avons dit , chacun pourra considérer froidement Tissue de ses privations futures. Ce ne sera plus un seul marché qui lui sera ouvert , ce seront ^ous les marchés du monde.
Nous verrons d'ailleurs plus loin que le droit de guerre sera singulièrement modifié par suite du dé^ veloppement des sentiments sociaux , et par la tac-tique nouvelle due à la célérité des transports d'armée par les chemins qe fer.
Nous verrons qu'alors^ ae même que depuis louQ* temps les ennemis n empoisonnent plus les eaux , n'incendient plus les habitations , ne dévastent plus à dessein les récoltes, n'égorgent plus les femmes et les enfans. de même un nouveau pas dans la civi-
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lisation fera respecter les relations commerciales , la continuité des voyages.
Il est un fait reconnu en économie politique: c'est qu'à mesure que les relations commerciales s'étendent et deviennent plus fréquentes, la pénurie, pour certains objets de première nécessité, devient plus difficile, plus rare, et que les peuples cessent de chercher à se nuire par des prohibitions hostiles. Far exemple, si une nation manque de blé, elle n'a pas à craindre, pour cela, les dispositions de celle qui le lui fournit : au besoin, une autre le lui donnerait également.
Avec nos traditious belliqueuses , nous nous imaginons facilement que l'activité et l'ambition des peuples n'ont pas d'autre issue naturelle que la guerre et sa gloire : nous ne comprenons pas que les laborieuses habitudes , et le plaisir des grands projets d'entreprises de travaux publics, puissent jamais fortement saisir le grand nombre. Le peuple angloaméricain, cependant, est là pour nous faire présager cette métamorphose , même chez la plus guerroyante population du monde , les Français. Quand T opinion de l'Europe dira au Français : il y a ici du mérite à témoigner, de la renommée à obtenir, des obstacles gigantesques, mais glorieux à surmonter, à emporter d'assaut ; alors on le verra le travailleur pacifique , le pionnier , par excellence, ardent au travail^ comme il l'est au combat.
N'est-ce pas déjà cet esprit nouveau de la gloire pacifique, ee génie du travail, des exploits, des conquêtes sur la nature, génie qui vaut bien celui
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de la guerre , et les conquêtes mauvaises sur ses semblables; n'est-ce pas cette marche ascendante de la production , depuis le perfectionnement de Watt,. et l'intérêt réel que nous commençons à prendre aux grands travaux ; n'est-ce pas cette influence complexe, qui, dans notre pays, a suggéré de renouveler l'exemple des Romains dont les armées sillonnèrent, la Gaule d'impérissables monuments d'utilité publique? Nul doute ^ les loisirs de Tarmée iront ainsi désormais seconder les préoccupations dç.la paix ; et quand un nouvel élan va être imprimé à la production et au travail pacifique, grâce à la construction des chemins de fer, les jeunes citoyens sous les armes les déposeront pour aider à rétablissement de ces mêmes voies qui doivent un jour, au besoin, les transporter d'un bond aux frontières menacées. Ils creuseront des ports , ils dessécheront des marais, défricheront des landes, creuseront des canaux , perceront les flancs des montagnes avec une puissance d'efforts qui n'appartient qu'à l'unité et à l'énergie d'action que donnent la discipline et la tactique militaires.
L'activité des populations nouvelles suscitées par ce développement de richesse sera portée sur d'autres sujets , objets des désirs et des jouissances toujours renouvelés et toujours insatiables des sociétés : car il faut bien se pénétrer que des désirs nouveaux sont au bout de tous désirs anciens recevant satisfaction. La nature désireuse de l'homme est sans limites. On raflinera toujours facilement jusqu'à ce
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que la (erre soit un vrai paradis terrestre et qu'elle
soit recouverte de populations riches.
Remarquons que cette tendance au bien-être , au mieux , n'est pas toujours le fait de Tégoïsme , et qu'à son défaut Ton yoit surgir de grands dévoue* inents qui sollicitent ou imaginent^ par le seul amour (}e pieu et des bo|[|^mes ^ de bienfaisant procédés , des obje|s de jouipances physiques ou infellectuelles dignes de la pqursuite de tous, et qui font réaliser, après les avoir rêvées, toutes les perfections que conçoit rimagin^^^ion de l'homme.
P'ai|leurs, quQ ne prévoit-qn pas déjà en fait d'améliorations ? combien de travailleurs nouveaux ne
faudra-4-ilpassuccessivementpourassainiretembeIlir
la demeure des hommes, villes et villages!... N'est-* il pas 4éjà désiré par tous me la société devienne assez riche pouf* pouvoir employer un grand nombre de ses membres à transformer progressivement l'archi-» tecfure de nos maisons, la disposition de nos rues , ^ mettre derQr4i*e et de la $alu))rité dans ces cloaques ^énéb):eux et étoifffap^ des villes anciennes , à reconstruire de fond en comble nos villages, à fabriquer des briques off ^ extraire ^es pierres pour en former les mprs; des ardoises pour le? substituer au chaume laid et misérable! Et croit-on que, lorsque nos villes et nos villages présenteront l'aspect de la propreté , delacommoditéet ^a bonheur, on regardecomme un hopteux superflu de poursuivre ce^te peureuse réforme en faisant ^es routes publiques, des voies de communication magnifiques comme de longs ru-*
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bj^i§ {le J9r4jp{i, «^ développant eq mille ondulation^ sur le pays enijer ^ sans boues infectes et éclaboussai^te^ e|k liiver, sans poussière étoufifante et brûlante ç)t é\ép ^an^ ornières k s'y rompre le cpu , sans pbs- ÇHf ité et ^^s police à y p^rir yictioaç des a^sassip^^ 9U fi y Atre fpoli^ saxts ^pojr de secours |
4lQr9 npl ne peut ^ire ce q^'il y aur^ de richesses et d'agrën^ents à Tusag^ des t^opunes ! nul n'imagi^^ I que) dpgi^é de civilisation seront montées le^ popnja^pp«e)irppéei)nes : paf, Ipjp de nous Vidée que mv P99 t>ien3 soient ftnpore le pfivijége d'ui^ petit nombre I Gqmmeat ^ifppo^erque tfint 4e trftyaui^ fsiiti ^yfç intelligence e( liberté par 4^s masse^ iij^ iiQ)pbral>le9 et ^é^k émapcjpé^f de la fnisère, de^ li^ns d*48seryissef|[ie)it et de ^^exploitation d'u^e^ri^ tpprat)^, çppupef)^ siipppser que des pj&]iip|^rois i^e jP|ii9«Pf)( MS de lejifs œuvre^I ffljir qqj çep palaif magniftqu^ff, fiwrouj^ailépsi cette |^|jepatufe et ces wmreilleff des ^rt^ , si ce n>4( ppur }e pepple , la pa^tipNiyCbacmettQus !
Sans doute, il y aura encore des chefs parce q)f*i| f«ntdP rpfttente, deUprdre, e|;qu'ilp*y ^qapqjr^tlà 00 mff AOuIp passiQQ spryit pt combat Ip deyoir ; il y l^nra encore des liommes glorifiés p^rpç qii'^ y §jim epcQ» du bieo et de» sapn^çef à f^ipe à Tiniérèt général; il y aur4 encore des piéchaM^. de \^, jùiaére , des cpmmotions, parce que la sopiété ne peut pas tout sur des volontés rebelles et si^r les ii^« perfeçUi:^ Ikumaipes.
l|f ai s, ce qu'on ne verra plus, c'e^t une m»^!^ aer«
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vile y abjecte , ignare , accumulant douleurs et sa-* crifices pour la plus grande joie d'une minorité égoïste ! c'est le travail méprisé et Toisiveté honorée!
Avec les rapides et vastes moyens de transport des chemins de fer, et le caractéi*e de plus en plus pacifique des peuples , abandonnés coutumiérement au travail, il semble que les grandes armées per-^ maneiUes n'auront plus la même raison d'être.
On n'entretiendra plus sur pied que le noyau d'une armée qui sera occupée à maintenir l'ordre sur divers points, et qui aéra là comme cadre nécessaire des appels et des recrutements faits à l'improviste; et chaque contingent du corps d'armée lui-même retournera dans ses foyers après avoir été se former à la tactique militaire dans les dépôts : que si ce noyau était considérable , vraisemblablement c'est qu'il aurait un emploi avantageux , qui aboutirait aux mêmes fins que le renvoi dans les foyers^ c'està-dire un travail pixxluctif, et qu'il serait affecté à la construction de grands travaux d'utilité publique.
Du moins ^ il est difficile de comprendre l'arme* ment permanent , dans Thypothése où la vulgarisation serait un peu avancée. Un tel degré de propagation indiquerait l'apaisement politique de l'Europe et la direction des esprits vers les entreprises pacifiques. La guerre ne serait donc plus ni imminente, ni à prévoir.
Quand donc viendra la guerre , le télégraphe et h poste des chemins de fer, en un instant rapide
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compte l'ëclair, porteraient Tordre et Tappel aux citoyens-soldats , que des wagons immenses trans-* porteraient aussitôt sur tous les points, au lieu du rendez-vous indiqué à chaque soldat , et ensuite au centre des opérations de Tarmée. Alors le villageois n'éprouvera plus la même douleur à quitter son clocher : plus que jamais, l'idée de la patrie, de la défense des principes ou des intérêts de conservation nationale , sera là avec ses inspirations enthousiastes ; car le paysan aura voyagé déjà, ou il désirera la locomobilité; il aura reçu la culture morale et les lumières que comporte l'aisance , et qui prédisposent l'homme au dévouement, en lui faisant comprendre et aimer le bien général.
LBS OOLONISATIONS.
L'importance ^ la nécessité des colonisation^ y attestées par Phistoire. -— Cause finale des colonisations. — Les colonisations ontelles fini leur temps? — iPreuves que la force d'expansion qui pousse les peuples aux colonisations a^ toqonrs* <r« Opportunité (jies colonisatipns pour la France. — Quelle est la loi génâ-ale de )a distribution des populations supplémentaires sur le globe. —Résultats des colonisations prochaines. — Œuvres actuelles des n»lions à c^ égard. — Prénsions touchant rA&iqae. — . HaUleté de la politique, anglaise. — • Conunent se conduiront désormais les colonisations nouveDes. — Sort prociiain des colonies aydciennés.
Mais Vesl principalement par lés colonisations êl par le nouveau caractère que les colonisations revêtiront dësôrinais^ que fe régime né d'aune vulgarisation européenne des moyens économiques modernes combattra efficacement Ta tendance guerrière , où (jùe du moins il rendra la guerre fëcondc; humaine , en quelque sorte , et directement profitable à là cause de la civilisation universelle.
Llmportance et là nécessité des colonisations dans le mouvement bùmanilàire sont sùflisammént ât-
testées par l'histoire entière; les grands événements qu'elle raconté ne sont guère que les motifs précur-
seurs ou les résultats d'émigrations et d'immigra-* lions libres ou forcées, de conquête, de prise de possession, en d'autres termes, de colonisation paci'- Jique, ou à main armée.
Dans l'antiquité, il n'est presque point de peuple qui, en remontant superstitieusement à son origine, n'y trouve pour berceau une souche étrangère, une colonie, un essaim de demi-dieux conduits par quelque héros , grand nom qui n'est souvent que l'appellation collective des individus émigrés.
Et, en effet, tous les peuples qui ont marqué ont été colonisateurs^ non-seulement par la guerre, mais dans l'acception du mot, et avec les circonstances les plus caractéristiques d'une colonisation de nos jours.
Dans le monde moderne , les nations du nouveau continent tout entier sont issues de colonisations faites par les peuples européens , à l'époque de leur passagère grandeur; et, au dix-neuvième siècle encore, nous trouvons les trois ou quatre nations les plus puissantes et qui ont le plus d'avenir, occupées à coloniser, chacune à sa manière : la Russie, en colonisant les steppes qu'elle recèle; les États«Unis, en colonisant les terres vierges qui les entourent ; l'Angleterre, en poursuivant ses grandes colonisations dans l'Inde, et ses petites, de concert avec la Hollande , sur le littoral immense du continent océanien ; enfin la France , en colonisant l'Algérie et^toute là côte-nord de l'Afrique.
Et, ce qui est bien digne de remarque dans ce
grand fait des civilisations successives, leur force d'expansion procède rarement par voie de dévelop* pement cocentrique ; enjambant par delà des rë^ gions immenses, elles vont déposer une exubérante population dans quelque oasis féconde et conservent avec les colons, sous le nom de mère^patrie ^ des relations de famille.
L'émigration desFuritains d'Angleterre en Amérique est un exemple bien frappant de l'influence des voyages par masses et des colonisations. Ce seul événement a suffi pour donner au nouveau monde une destinée tout autre; il a une portée immense! et ce* pendant l'importance sociale est moindre encore que celle de la traversée à jamais mémorable de Christophe Colomb. Or ce fut TefTet d'un voyage, de l'esprit d'aventure, du besoin d'activité; ce fut une découverte, qui n'était possible qu'avec des vaisseaux , et la boussole surtout. Le commerce , les relations , les voyages firent le reste.
Les colonisations , les émigrations ont donc un sens éminemment providentiel : c'est l'une des voies infinies par où le conducteur des nations réalise successivement, avec notre participation libre, l'exploitation et le peuplement humain de la terre. En permettant la merveilleuse invention de Watt et la combinaison des chemins de fer, la Providence dit aux nations : Croissez et multipliez de nouveau : ce qui implique en même temps : Débordez vos frontières; versez, étendez de nouveau vos lignes nombreuses dans les régions encore incultes de cette