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LA FUSION EUROPEENNE

Élats-Unis d'Amérique, agrandie de loutc Timportance quelui vaudraient la grandeur et la célébrité du groupe fameux des nouvelles nations fédérées qui constitueraient cette union.

L'association européenne^ l'association unwerselle même, n'est point un rêve à jamais insensé. Le rêve, c'est de vouloir la proclamer solennellement et comme à priori, avant qu'elle soit un fait accompli ; c'est là la respeclable illusion de beaucoup de philosophes : ils croient que l'humanité va décréter unanimement, et tout d'un temps, les perfections sociales qu'ils conçoivent ; ils oublient qu'il y a devant eut des volontés individuelles à Virifini, des omceptions viellies ayant force de chose jugée, des habitudes , des mœurs , des formes tradition-» selles séculaires et qui sont comme les moules des esprits , et que ces moules , il faut 1^ avoir brisés d'abord, ou que Dieu les ait brisés lui-même en les rendant à la terre. Les penseurs oublient qu'ils ne sont que les eclaireurs de l'humanité à travers les routes inconnues de l'avenir ; ils lui frayent , il est vrai , les voies de l'avenir, mais elle ne passe jamais par le même chemin qu'ils lui prescrivent : ils lui donnent, pour ainsi dire, la carte des Z/ee/x, par leurs uiopt^fs dt leurs inspirations , mais elle se charge de £iirè èlleHtnéme la trouée qui convient le mieux à sestlesseins multiples.

Led vieilles sociétés , comme les vieux chênes des forètt firimitives , s'en vont sans qu*on sache quand ils 'finissent, tant la vie y persiste; alors qbe la mort

ou FÉDUATION DBS PBt'PLËS. 40)

y a tout euvahi en apparence : observez combien d'anuéea coûte une branche à se desgécher^ puia le tronc , puis lea racines I combien de boutures et d'excroissances verdissent encore là où la gangrène semble seule gagner et flétrir I

Une vieille sociëiéy c'est encore un de ces vieux édifices qu'on laisse au temps le soin d'éparpiller en ruines, \eé pierres tombent une à une par siéole, et quand, à la surface, il s'est fait des amas incohé^ reots, si vous sopdez, les fondements gisent encore intacts* Or, voilà ce qu'oublient certains philosophes : car, de même qu'on ne sait pas l'époque où finissent les vieilles formes , les vieilles mœurs, et les vieilles habitudes, dans un grand peuple , on ne sait pas non plus celle où commencent les nouvelles.

11 en sera de l'association universelle des peuples comme de l'association industrielle nationale ou domestique : die ne se fera nullement comme l'imaginent les hommes à système; elle ne se fera pas d'emUée avec choix et décision unanime, ni d'une manière uniforme. Qui pourrait dire comment sont nés et d'où viennent les précédents actuels de Tesprf t d'association ? Quel eat le philosophe qui a inventé cet esprit à tel jour? Aucun, mais beaucoup l'ont reconnu dès qu il s'est montré dans le fait ; et cette apparition première vient de Dieu ; elle est providentielle : c'est lé germe que Dieu dépose pour nendre le prc^rès possible. Cet esprit va se généraliaant, aspirant çà et là des conceptions, des moyens, et appelant toutes choses à un tel aboutissant, qu'un

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jour il n'y ait plus d'issue pour aucun intérêt , autrement que par des combinaisons de ce genre.

On a mal compris le sens de ce mot association, unité uni\ferselle.

Sans doute ^ dans les choses fondamentales^ dans les éléments constitutifs des sociétés, dans les croyances y dans les relations des hommes , dans les principes de liberté , d'égalité et de bien*étre général , il y a tendance à l'universalisation , à Y unité; mais on fait une grande abstraction quand on parle comme si cette tendance allait aboutir à une doctrine absolue et invariable , définitive , au delà de laquelle il n'y ait plus rien ; tandis que cette tendance est incessante , et qu*après être arrivée à un but, l'humanité se remet en mouvement vers un autre plus avancé, et que la Providence lui crie sans cesse : Marche! marche! marche! sans que nul puisse dire où et quand la Providence cessera de crier.

Voilà pourquoi l'unité de doctrine , de mœurs; de procédés et de formes , en un mot V unité um- FORHE est une chimère.

La loi est , non pas que les plus avancés élèvent à leur niveau les civilisations inférieures , et une fois pour toutes, à tel jour, et qu'alors toutes les. populations de chaque société, et toutes les sociétés du globe marchent de front, parallèlement, et se trouvent toujours parfaitement alignées sur la route du progrès : la loi est que ceux qui sont en avant aident et forcent, au besoin, les retardaires à s'élever;

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tandis qu'eux-mêmes ils conlinueront le mouvement en aidant; car, sans cela, ils seraient devancés à leur tour.

Comment concevoir, en effet, que, dans ce grand pèlerinage indéfini de l'humanité, toutes les populations se mettent en mouvement en même temps, soient toutes sur le même plan, à Tavant-garde? Comment n'y aurait-il pas des retardataires, des égarés ? Est-ce qu'un progrès ne se fait pas de nouveau dès que le précédent est accompli ? Est-ce que les hommes de génie , les inventeurs, tout ce qui constitue les améliorations et la perfectibilité humaine ne se développe pas successivement dans le temps ? Et ne faut-il pas le temps de propager l'idée nouvelle venue , de la faire aimer , de détruire les

.habitudes, les préjugés, etc. , toutes choses qui ne

. se font pas en tous lieux , et dans tous les esprits, au même jour, à la même heure, qui n'y rencon-trent pas les mêmes obstacles, ou des adhésions éga-^ lement promptes.

Donc, l'humanité marche toujours, elle avance, mais comme une armée : elle a son avant-garde ,

. son corps d'armée, sa réserve et ses traînards. . Et l'avant-garde n'est pas toujours la même. Ce rôle est trop fatigant, demande trop de dévouement , sans doute , pour les forces d'une seule so-

. ciété : un jour ceux qui se trouvaient à la tête ont retardé le pas et fait halte; une autre société, nou-

. velle venue, pressait le pas, elle la devança.

Voilà ce qui explique les ruines de Mcmphis , de

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Tbébes et dd Babyloûe ; du Parthënon et du Capitule ; ce8 demeures^ ces monuments magnifiques des açantr-gardes de l'ancienne humanité»

Voilà ce qui fait qu'alors que le monde grec se fut agrandi de toute la force d'expansion qu'il conrtenait, le monde grec fut envahi» enclavé dans un monde nouveau , le monde romain, qui à son tour voulut aussi fournir sa carrière, et livrer sa part d'initiation.

Voilà pourquoi , quand une bonne partie de la terre eut rejoint la société ronkaine; la société chrétienne devança la romaine et la mit à sa remorque.

Et maintenant la civilisation chrétienne, le monde européen, a derrière lui le monde mahométan , le brahmanique et le fétichiste, qu'il doit faire arriver jusqu'à lui, sous peine d'être remorqué par dès puissances encore à naitre, s'il s'oubliait dans la contemplation vaniteuse de son passé.

Et même parmi les nations que l'Europe aura élevées à son niveau, qui peut dire que l'une d'entt*e elles ne la dépassera pas ?

S'il n'est pas possible de la dépasser dans les prinùipess car, quoi de plus parfait que l'idéal évangélique ! on peut fort bien la dépasser dans l'application sociale de cet idéal, par des tnsUtutions plus parfaites : car l'idée de sacrifice et de dévoue* ment est illimitée, et nul ne peut dire où il n'y a plus pour la société ni pour les individus possibilité de se perfectionner. Leurs rapports et leur charité, l'un pour l'autre, ne sont certes point si satisfai-

ou FKOWATION AM Pfn»iCS. 40f

tant» qu'on A'y puisse rien ôter ni rien ajouier. lA France doi( y songer, elle qui s'est habituée à s-6n# tandre^orifier oomme la reine des nationfi. -

Certes^ nous ne pouvons pasaffinber Iciqpel'fii* fluence d'un moyen purement malàdrid ao&t Jàmaiè et absolument i;{frec/er attendu quel^appllcatioif dot procédés da ce genre n'entraîne nullement ( à U rigueur) la volonté de& hommes, attendu qua-rieh de mécanique et de brut ne les fait déivouës, aége^ et justes sans là participation de leur libre &rbilré| pas même la vapeur, toute puissante qu'elle soit.

Far exemple : voua donneriez anx Gbinois'liB chemins de Cer, qui ne leur permettraiebt dlallcr que jusqu'aux limites de Vempire du milieu, qiiè les voyages qu'ils feraient intra muros apport&iraient à peine quelque modification perctptiMc; chaque siéde, dans leprt immobiles institutioiit, dana leurs mœurs et dans Iburs rapports emire eux; et cela, parce qu'une morale encore toule^^issavte^ une opinion pétrifiée, enfin un inouïe de Chinois ém comme marbre, est là qui s'empareiait deacbemiqf de fer, et ne leur ferait signifierrque ce qw'ila signifient réellement : un mojren de marché on dé transporter plus vite. Également, chez les Indien^ les castes n'y seraient pas moins distinctes dunMt longtemps; et, à coup sur, le chemin de fer afieeië aux brahmanes ne serait pas à Tusage des infimaa et abjects yiano^ et ioi^i^raA^.

Mais de même aussi, s'il était un gnMipe de lions chez lesquelles un libre essér fù( laiféi

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facultés et à la vie individuelle ; — où chacun fût à la recherche du mieux^ du beau, du vrai, du confortable; — où il serait de principe pratique que les hommes sont égaux en droits, que la véritable distinction glt dans la plus grande utilité pour la patrie et l'humanité, que chacun a son bâton de maréchal dans sa giberne; — où, loin de. se croire de nature différente, on se croit (même les plus élevés) de la même race que les plus inférieurs ; si la masse des individus initiés à tous les sentiments de fraternité, de charité, de sociabilité et de bien-être, avaient droit et liberté reconnus de pourvoir à leur sort et de faire leur destinée à la sueur de leur front, et que Tactivité, Tamour du travail, fussent chez eux d^une constance caractéristique ; — si toutes ces populations, vivant au fond de cette croyance commune, étaient pourtant séparées par des vestiges d'une politique^ d'une moralité et d'une civilisation détruites ou surannées, et par des oppositions d'intérêts dues en grande partie à Tabsence des moyens matériels de conciliation et d'harmonie ; — si toutes ces populations, encore séparées par de longues distances et par la difficulté de voyager, brûlaient .depuis longtemps de se rapprocher, de se voir et connaître, afin de se comprendre, et que, d'esprit, de cœur, ils se fussent cent fois désirés et appelés mutuellement ; — évidemment, à ces peuples-là, à

cette morale-là, les moyens expéditifs de se communiquer^ de développer le travail et d'augmenter

on FR0KRAT1ON DES PEUPLES. 409

ractîvîté, s'adapteraient comme à leur fin propre.

Or TEurope est dans ce cas ; les esprits y cherchent à se rapprocher^ à se lier, et les réseaux de rails de fer n'y seront pas autre chose que les fils conducteurs de ces relations et de ces honnes volontés réciproques, que des liens matériels , destinés à réaliser les liens spirituels.

Après cela, nous ne nous le dissimulons pas : s'il était dans ces sociétés des classes qui , livrées par position au désœuvrement, à la mollesse, à l'ennui, sans foi ni loi bien réelles, cherchant sans scrupule la jouissance partout où ils la voient, idolâtra(it la face matérielle des êtres et des choses; nul doute, pour ces hommes-là, les chemins de fer seraient le digne moyen de leur digne fin j ce seraient les nouveaux fils conducteurs de leurs nouvelles jouissances. C'est par là que s'écouleraient rapidement leurs séductions, que se communiqueraient leurs maux et leurs vices, et qu'on les verrait organiser leurs débauches. ...

Or TEùrope est également dans ce cas, du moins comme probabilité. Toutefois, nul doute que la leçon ne fût aussi dure que les joies auraient été insolites ; pendant qu'ils s'y livreraient, ils se verraient dépassés dans les lieux de leur puissance, comme le furent, dans les deux siècles qui pré- 'cèdentla révolution de 8g, les nobles, par les actifs et heureux vilains du commerce et de l'industrie.

Impossible de penser que leurs exemples et leurs relations pussent attirer dans le désordre et la dis-

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solution la partie considérable des travailleurs qui stigmatiseront alors Yoisweté du riche à Tégal de la paresse du pauvre.

Il fut un temps où la Russie était pour TEurope comme si elle n'était pas ; à peine soupçonnait-*oa son existence^ hormb les géographes. Aujourd'hui, par l'effet des communicatio^B| des voyages, des relations commerciales et scientifiques , entretenus avec Paris et l'Europe, elle est insensiblement amenée dans la sphère européenne, et les opinîona de» Russes et des Européens pèsent dani la balance çommunci ot modifient leur conduite et leur destinée réciproques.

Eh bien, il en sera de même de la Chine et du reste du globe. Déjà Von s'occupe de tout ce qui se passe dans lo monde entier. En général, il semble que nous mesurions notre intérêt, notre curiosité et notre eplid^rité à la distance qui nous sépare ma«tériellement des peuples divers; l'irradiation, le rayonnement de notre vie et de notre sensibilité semble s'affaiblir en raison des distances qui nous séparent de nos semblables. Mais, comme les dîe>tances vont se rapprocher, sans que notre force d'expansion ait des motifs de diminuer en même temps, on voit que solidarité, opinion, eurioaitë, tout va prendre un développement, une ampleur, une intensité inouïs, et que les causes des événements vont se compliquer de toute cette addition de volontés, de puissances et de passions intervenantes.

Par cette expansion réciproque des peuples et»-

ou tiùimktïon Des peuples. 411

ropécos j pn\$, pur l'action directe de l'Europe sur l'Asie mineure, et sur le littoral du sud ; par son flui daiks rAmërique> puis en Afrique et dans le citiquiéttie continent j et réciproquement , tôt ou tard, par le flux de ces diverses parties du monde dans la nôtre; il arrivera que la sphère de V opinion sera considérablement agrandie pour chaque centre d'association. L'action et la réaction étendront leui% effets sur une plus vaste surface; les oscillations politiques et commerciales d'un peuple seront repercutées^ ressenties à une plus grande distance; la solidarité enfin sera plus étendue, plus intime. Cette Intensité nouvelle de la solidarité humaine la rendra donc plus sensible au vulgaire, qui, alors» comprendra mieux ce qu'elle veut de lui. La masse saura qu'une crise à deux mille lieues de Lyon, par • exemple, plonge cette ville dans la détresse, que, par conséquent, la cupidité, la témérité et toutes les immoralités qui l'ont pu eauser, leur importent, méritent leur blâme, et qu'ils doivent le leur donner hautement et les réprouver comme si elles se fussent passées dans leurs murs : cette opinion, ce blftme, sera entendu, porté à cette distance, et les auteurs mèmea, les coupables, s'en ressentiront, par la méfiance générale et par le crédit qui leur sera refusé : car ils seront connus, grâce à une publicité qui pro* jettera partout ses clartés. La tendance, Vintérêt compris de (ous> sera donc de contribuer au règne et à la toute^uissance d'une opinion sévère; voilà la meilleure garantie, le palladium de la civilisation

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et du progrès. De même, lorsqu'il s'agira des cas de force majeure, des intempéries, des tempêtes, qui ont leur part aussi dans les désststres et les crises commerciales; comme ils sembleront se multiplier et être toujours menaçants, attendu la connaissam^ plus grande qu'on aura des événements du monde entier; le monde industriel, agricole et commercial palpera, pour ainsi dire, la nécessité, V intérêt bien enr tendu des assurancbs mutuelles universelles, des secours, des sacrifices; et lactivité malheureuse, l'adversité innocente, seront à l'abri de culbutes irréparables; et, au lieu de s'abandonner à une peur panique, aux déroutes et à la confusion (comme de nos jours), le crédit, les dégrèvements, les sacri-^ Jices même, viendront à l'aide des intérêts souffrants, et réduiront le mal à sa plus simple expression.

Les relations cosmopolites se noueront plus spécialement par le triple lien des commerçants, des savants, de littérateurs-artistes. Dès que les chemins de fer seront un peu généralisés, et que le commerce aura établi des centres de ralliem^it et d'opérations dans les diverses parties intérieures de l'Asie, les explorateurs scienliliques se mettront en campagne.

Déjà les savants, les poètes de l'Europe se considèrent comme citoyens du monde; leur patrie est partout où on les laisse libres, et par toutes leurs œuvres ils invitent les peuples à fraterniser, à se fondre.

ou FEDEftATION DES PEUPI^ES. 418

Déjà les académies et les sociétés savantes de toutes les nations européennes sont en correspondance, et en ternies qui excluent toute étroite préoccupation de natioualité. Il y a plus : elles se recrutent^ se lient et se rapprochent malgré les distahceS; en se choisissant des membres étrangers dans tous les pays. L'Institut de France est déjà, non plus une académie française y mais une société euro^ péenne, un congrès uni\fersel scientifique. Cette fédération des académies y c'est ce que l'on appelle la république des lettres. Nul doute que les citoyens de cette république ne se visitassent plus souvent au grand profit de la science et de la civilisation générale, si des chemins de fer et des bateaux à vapeur nombreux, de rapides et douces voitures, les venaient rapprocher à ce point que nous avons dit.

Or remarquons que ces correspondances et ces associations pleines de cordialité et d'esprit d'égalité sont non moins avancées, ou se préparent également dans la république commerciale européenne. Les grandes maisons de banque et de commerce de toutes les nations européennes , compris les États- Unis, se tiennent par la même communauté de fonctions , de goûts , d'intérêts , par la même solidarité dans la prospérité générale : une crise financière^ une perturbation, une amélioration, une découverte industrielle y est ressentie avec la même sollicitude qu'une découverte mathématique, géologique ou médicale, dans l'autre république. Et dans ce département aussi, l'unité^ l'accord, la

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fuçioQ indirecle est aussi avancée/ aussi prochaine , et doit avoir une influence non moins grande sur la politique des gouvernements europëensi sur l'aeeord des peuples et le progrès de la vie civile- Cette communauté industrielle et commerciale doit, d'ailleurs, au-dessus de toutes les autres, être prodigieusement agrandie et rendue plus intime par la propagation des voies de transport promptes et peu coûteuses.

L'industrie , la science , les beaux-arts , voilà donc , grâce à toutes ces influences économiques , les trois grandes colonnes de Tédifice social affermies et prêtes à se développer jusqu'à la eompré* hension européenne. On peut donc prévoit* le jour où les industriels et les savants européens se corn-*muniqueront comme s'ils étaient reliés sous une même direction , et qu'ils s'enrichiront de leurs richesses mutuelles : les industriels , en se prêtant appui dans les moments de crise ; les savants , en se communiquant leurs découvertes» Alors il ▼ aura réellement une industrie européewie , une science européenne.

Également , déjà ou peut voir poindre l'aurore d'une opinion européenne , d'intérêts européens , d'une politique européenne , dans les alliances et les interventions des puissances pour la aolntion pacifique et amiable de leurs mutuels difiërends. Cette unité de vues et d'intérêts se manifestera à mesure que les événements orientaux se prodaiiHmty et que les voyages et les échanges plus muliipUéa

ou raoéBAnoir du peuples. 415

des nations enveloppées dans la sphère chrétienne les uniront davantage.

Elles viseront toutes à étendre leur puissance, mais ce ne peut être au préjudice absolu de Tune ni de Tautre. Aucune ne peut ambitionner de subaltefniser toutes les autres; mais chacune peut trouver et chercher assurément un aliment ï une légitime ambition y à son activité et à sa prospérité dans les colonisations , dans les établissements et les alliances intimes au delà de T Atlantique, et eh Asie^ en Afrique et dans TOcéanie.

Quant à Xfi^iuilîbre si péniblement maintenu depuis quelques siècles , il parait indubitable que , sans le rompre , il s'opérem des réunions autour de chacun des noyaux de civilisation qui , sur le continent, manifestent une force signalée d'attraction et de cohésion , tels que la Russie , la France et la Prusse.

Sans conquérir , sans assujettir, ces puissances pourront contracter avec les petits satellites qui gravitent autour de chacune d'elles respectivement, d'abord une union commerciale ou économique; et ensuite une union politique dont les termes annonceront que le traité s'est opéré sur le pied d'égalité, et qu'elle résulte de leur adhésion mutuellement libre et réfléchie.

Trois groupes sont à distinguer pour loi^emps encore entre les nations européennes :

40 Groupe des nations les plus avineëea; les

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plus libres , les plus riches : États-Unis , France , Angleterre et Belgique. '^

2^ Nations féodales ou conservatrices : Russie, Autriche, Prusse, Hollande , Turquie.

'&" Nations intermédiaires entre le libéralisme et le despotisme , entre le mouvement et la conservation ou rimmobilité : Italie, Espagne, Portugal, etc

Le groupe intermédiaire propagera chez lui, très-lentement , les chemins de fer et les machines; il développera lentement l'industrie et son commerce, tant à cause des dissensions et des questions politiques qui absorberont désormais ces peuples , et des modifications profondes qu'il faut opérer pour déblayer leur sol et leurs institutions des traces du passé féodal et clérical, qu'à cause de leurs mœurs traditionnelles : mollesse, paresse, inertie, incurie, habitude de paupérisme et d'aumône monacale. Néanmoins ils se réveillent : une portion, de jour en jour plus influente^ est digne de la civilisation. Elle a un enthousiasme pour le progrés, qui promet. Le mouvement, l'activité pix)ductive et l'esprit nouveau , seront inoculés par elle aux masses insensiblement. Et puis , l'honneur national y est engagé outre la puissance et la sécurité ; et leur avenir comme peuple libre.

Le groupe conservateur ou hostile à la liberté et à Tégalité (c'estrà-dire les privilégiés , les noblesses de ce groupe, mais non le peuple actif, le commerce, l'industrie et l'agriculture) peuvent avoir des v«l-

ou FÉDÉRATION DBS PEUPLES. 417

léités de s'opposer au développement de la richesse ou y ce qui revient au même, à l'importation d'innovations et de combinaisons du travail , dangereuses, en définitive, pour leurs privilèges et pour leur prestige d'autorité; ils peuvent se confier dans leur coalition pour compenser leur faiblesse individuelle, s'ils restent en arrière dans Tindustrie , en présence de la puissance qui doit échoir de plus en plus au groupe libéral, par l'accroissement de ses richesses : car, ils le sentent bien, tout ce qui augmente la richesse augmente la population et la fait forte, virile, éclairée , patriotique , permet et suppose même 1% création d'une marine nombreuse , utile en temps de paix , formidable en temps de guerre ; ils savent bien qu'à des bateaux à vapeur il faut opposer des bateaux à vapeur et des voies promptes à des voies promptes ; et quant à leur coalition , le groupe li^ béral peut opposer la sienne , et porter chez eux un levain de liberté et d'émancipation qu'ils redoutent plus que toute chose.

Il y va donc de leur existence ou de leur sécurité, de leur subalternisation ou de leur égalité de puissance. Il n'y a pas à temporiser : ils importeront et protégeront donc avec émulation et solUcitude le mécanisme industriel des nations les plus riches; et, en l'appliquant , ils seront conduits , bon gré , mal gré, à émanciper leurs populations, à leur donner l'aisance et les lumières , le savoir et Tintelligence , l'habileté et l'activité , qui tous mènent à la liberté et à l'égalité ; car des populations qui n'auraient que II. 27

418 LA FiJSrOIt BVROPékNNte

le mobile du ohâtiment y du fouet et de» exils eu Sibérie^ ne rivaliseront jamais avec des ouvrière libres et propriétaires ou capitalistes*

II peut arriver que quelqu'une des puissances du gi*oupe libéral soit amenée, par jalousie, par rivalité mal entendue, contre ses alliés naturels, à segrou*^ per avec les puissances stationnaires ou féodales $ mais que pourrait cette coalition? que pourrait*^ elle contre le bas prix des marchandises et des pro** duits des nations les plus industrieuses ? car nulte autre raison que celle des intérêts de ce genre ne pourrait pousser une nation libérale à sortir de rallîance du groupe libéraL Au bas prix oppo^r le bas jHrix ^ voilà le seul remède. Jamais les consom^ mateurs des nations stationnaires ou autres ne con*^ sentiront à payer, toujours , chez eux , les objets de consommation indispensables, qu'ils sauront pou<« voir obtenir ailleurs au dixième de leur valeur.

Qu'un système de droits protecteurs , diiDUtMls généralement , vienne permettre à notre industrie nationale de réaliser ces bas prix dans les objets qui le comporteront moyennant une protection pas-' Sévère; mais , pour tous les autres > que les bar^ riëres et les prohibitions tombent ; que nous obte^ nions, par les douanes, tout^ IcS industries qui peuvent se développer parmi nouis ; les dvemins de fer, la vapeur en sont les plus heureux moyens < que ces innovations donc soient employées , propagées> et quand nous serons arrivées à notre croissance naturelle > nous dirons aux nations : Nous scmmes

ou FéoÉUTlON PBê PBDFJLBS. 419

égaux, soyons omis; plus dedouafies vi de bar^ Hères. Et^ eo effet, les bienfaits , la légitimité^ le sens pditique et sodal des douaues n*e$t pas autre part : elles n'<mt pas d'autre résultat que d'auieuer nu certain degré d! égalité de richesses , de sources de richesses entre les nations. C'est l'intérêt qui divise beaucoup maintenant; c'est l'intérêt qui rapproch^a dayanUi^e ensuite : on s'éloigne pour mieux atteindre le but.

L'association - douanière - commerciale - alle^ mande atteste que c'est ainsi que se passent les dkoses* Il en est des natioDS comme des individus : tant qu'il y a grande disparité «ntre leur valeur et leur développement , ils se fuient , ils se jalousent ; le p^teis faible se garde de donner appui au plus ibrt : ils sont ^ pour ainsi dire , antipathiques. Lorsque le luvellement s'est fait et qu'ils n'ont plus qu'à perdre à leur isolement ^ ils disent : Nous sommes égaux , soyons aniis.

Tant qu'une nation peut écraser l'industrie d'une antre ou l'empêcher, par l'état d'avancemait de la sienne y si celle-ci lui permettait Tentrée libre ^ la vente À bas .prix dans ses foyers , il n'y a pas de liberté de commerce absolue possible entre elles. C'est bien là qu'il faut tendre , mais il faut que cette liberté soit devenue profitable pour toutes , désirable par toutes.

Les nationS; ou les groupes de nations qui arriveront successivement à ce degré d'égalité dans le développement industriel, et dans la naturalisation des

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industries et des matières premières agricoles et manufacturières, compatible avec leur sol^ avec lenr génie et avec leur sécurité ; qui permette leurs importations réciproquessans désavantages sérieux pour aucune^ et^ au contraire^ avec profit mutuel; ces nations contracteront infaillibement une association com^ merciale y elles établiront un droit différentiel qui mette chacun sur le pied d égalité , et alors elles ouvriront les barrières de douanes pour ne jamais les refermer.

Déjà y c'est ce degré d'égalité de développement , cet égal avancement dans les ressources et l'aptitude des petits États d'Allemagne^ et l'égal avantage qu'ils trouvaient à se donner libre commerce et transfert réciproque^ qui a noué l'union allemande, YassociOf^ tion prussienne. Il était impossible que l'Angleterre, par exemple, ou une puissance quelconque aussi supérieure par le bas prix et la perfection relative de ses produits manufacturiers , fît partie de cette union. Si la Prusse avait eu sur les autres États une supériorité industrielle analogue, telle que quelquesuns de ses produits de grande consommation eussent eu un avantage marqué qui les fît préférer par tous les consommateurs de l'union, au préjudice des produits similaires, des producteurs des petits États, cette union ne serait pas consommée, et elle se romprait demain , si l'équilibre et l'égalité venaient à cesser tout à coup. Mais , lorsque cette union est une fois cimentée et qu'elle arrange tous les partis , elle se fortifie ^ devient indestructible ,

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