‹ Économie socialeChapitre 43 sur 49 · OD FÉDÉRATION DES PEUPLES · texte numérisé non relu

OD FÉDÉRATION DES PEUPLES

et il ne reste plus à chaque localité (tout à l'heure libre de se retirer) qu'à s'ingénier pour marcher de front en développement , en bas prix , en main-d'œuvre , etc. y avec l'une ou l'autre des provinces de l'union qui prend l'initiative des perfectionnemeints. C'est ainsi que les diverses provinces de France ont été amenées et tenues sur le pied d'une certaine égalité de ressources et d'aptitudes; et ainsi qu'elles ont continué à se maintenir en équilibre de production et de richesses en rivalisant d'activité ^ en transportant , les unes chez les aulres, les éléments nouveaux de bien-être et de prospérité^ en se donnant en6n la même moralité , la même science, la même activité et les mêmes procédés matériels.

Quant aux petites inégalités qui tiennent à ce que la nature n'a point également privilégié toutes les localités ni toutes les populations, ces inégalités-là n'empêcheront pas l'union de s'accomplir et la liberté de commerce de s'établir entre de telles nations ou de tels groupes; aujourd'hui même, n'avons-nous pas encore les griefs du Midi de la France contre le Nord ? des vignobles contre l'agriculture et les manufactures, des manufactures entre elles , des variétés d'agriculture entre elles? les bestiaux, les fers, les laines, les draps, le charbon ne sont-ils pas en perpétuelles réclamations et en récriminations permanentes? et cela, pourtant, n'empêche nullement hjusion, la nationalité, V unité française de se conserver. 11 est dans la tendance persévé-

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rante des choses que tous les intérêts spëciauti dans chaque société , réclament la constante 8olli«citude et l'inlervention du pouvoir social à mesure que les données du grand problème de l'équilibre des intérêts et de la justice distributive se meus^ent^ s* altèrent ou changent avec les faits moraux^ économiques et politiques; aVec les besoins^ l'abondance^ la pénurie^ etc. Ce sera aux cabinets européens à s'entendre^ aux peuples à solliciter des congrès de nations , et ultérieurement > &n définitive , au pouvoir central européen à exercer cette justice.

N'avons-nous pas , en Amérique , les États du Nord et les État^ du Sud ; les pays à esclaves , les pays agricoles et les pays manufacturiers? N'avons^ nous pas l'Irlande et l'Angleterre ?

Et toutes ces oscillations , toutes ces menaces du craquement et du naufrage de Tunité empéchent-elles que l'union se maintienne et marche à Tentente^ au balancement y et^ en définitive^ à l'afifermissement de l'association générale ?

Or^ c'est avec la même élasticité > avec les mètnes traces d'imperfections et la même vertu de résistance que se constituera et durera Vunion matétielle ou commerciale européenne. D'abord Tunion des unes^ entre elles , appellera infailliblement l'union des autres. U union allemande ou du Nond, par exemple , est un excellent pronostic , une excellente raison pour Vunion du Midi; or ce serait un grand bienfait réalisé , dtyà ; que ce groupement de TEu-

ou Fsiaci|4Tiov 9W ^ufi^s. 4tt

rope en dew uniqns douanière^ ; il n'y aurait daao plu§ que d^u^ grandes baqpi^r^d eotre le» nationt ei^ropéennes, au lieu de quiq^e, vingt pu vingt-cinq.

Mai^j avant que cette dernière pnisaç s'effectuer^ il faut (comine nous l'avons indiqué) qn'un système de droits protecteurs ait niis les Etats teU qu0 TEs" pagne^ l'Italie , lePqrtugal, nn peu plus à l'unisson av^c les lltats teU que la Franqe , l'Angleterre et la Belgique. Toutefois , déjà , cette union est réali<f sable entrp la ]f rance et la Belgique par les liaisons d'égalité que nous avons dites, et tout prqmet qu'elle se fera la première.

Rappelons-nous que, dans notre^car/e /70MPe//e , Saint-Pétersbourg est à Bruxelles ! Mais Bruxelles est une ville de France, moins la dépendance poli^ tiqi^e : mêmes mœurs, même langue^ mêmes usages, xpêmes institutions, enfin même civilisation. Or à quoi attrit^uer cette fusion morale d^s deux nations , si ce n'est au voisinage, à la proximité, c'est-à-dire à la rapidité et à la fréquence des coipmunications? Ce qui rapproche les distances, ce qui fait que lea Français pourront aller alors auss^ vite à Saint- Pétersbourg qu'à Bruxelles aujourd'hui, et le& Russes aussi vite à Paris qu'à Varsovie , produira donc dans la capitale 4^ la Russie l'analogue de ce que le voisinage de Paris a produit à Bruxel^s ; et à Paris , l'analogue de ce que Saint-Pétersbourg a produit à Varsovie.

Bruxelles, capitale d'une autre nation; Bruxelles, en communauté de sentiment, de mœurs, delangue^^

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avec la France sans l'être en fait de pouvoir^ Bruxelles 9 gouvernée par un autre roi, est là pour confirmer notre prévision : que la fusion des peuples européens pourra s'accomplir; que la question de royauté et de souveraineté politique ne sera pas un obstacle sérieux à la véritable fusion des peuples européens , laquelle sera infiniment moins dans les formes que dans l'unité de principes politiques , de sentiments moraux, d*institutions , d'égalité, de liberté, et dans le gouvernement représentatif pour tous f sinon par tous.

En effet , s'il est vrai que le développement de la richesse et la constitution du travail amènent la moindre inégalité des conditions , celles-ci amèneront elles-mêmes la représentation moins inégale des intérêts de toutes les conditions, riches ou pauvres ; il s'ensuit que la propagation des chemins de fer et la vapeur portent essentiellement avec eux la propagation de \a forme représentative de gouvernement , et qu'en définitive ils sont un moyen de propagande libéral très -puissant, ou que, plutôt, ils effectuent inévitablement cette propagande du gouvernement représentatif.

La conséquence de tout ceci est que toutes les nations de l'Europe peuvent se constituer en peuple européen^ sous le régime des chemins de fer et des bateaux à vapeur, sans qu'il en coûte plus de temps pour transporter les hommes et les richesses d'une extrémité à l'autre de ses frontières, ni plus de frais neut-étre; enfin, sans que Téconomûe matérielle,

on mBDRBATIOlf DES PBDPLBS. 425

en tout ce qui regarde rapidité, bas prix, circulation, fréquentation, facilité de relations, etc., soit sensiblement autre que pour celle de la France actuelle sous le régime imparfait des chariots, des charrettes et des diligences.

Admirable résultat , qui montre que Dieu , progressivement, subordonne les grandes fins aux grands moyens; et que plus il réclame, plus il donne; et que, quand le jour est venu pour un événement ou pour un but à accomplir, il permet aussi, et préalablement et juste à propos, la venue des inventions et les applications matérielles, qui, seules, le ren* dent possible aux hommes.

Les regards des populations européennes se tourneront de plus en plus vers une ville, vers une nation centrale européenne, foyer des lumières, des beaux-arts, et surtout du mouvement politique ; une capitale tendra à se former en Europe, vers laquelle toutes les autres convergeront, comme les chefs-lieux de nos départements le font envers Paris.

Déjà ce mouvement centralisateur, ce commencement de coup d'œil continental, cet esprit, cette sympathie européenne s'essayent. Le retentissement que l'événement de 1830 a eu en Europe indique assez que le centre d'où est partie cette commotion avait de l'écho dans tous les points de TEurope.

Néanmoins Londres a bien des chances que Faris n'a point , et qu'il ne peut obtenir qu'en ajoutant à Télément moral et social l'élément matériel. Lon-«

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cires est aujourd'hui la capitale dea affaires oopfiHiei^ ciales, et Paris celle des affaires politiques ; n^ais }) faut prendre garde que les afiieiires eommerçjalçs prî* ment de plus en plus oelles->ci ; les iqfluepce^ qou* velies ne peuvent que favoriser celle suprématie dM intérêts po8itifs> dans la décision des cabiuaU futurs et des peuples.

Far les chemins de fer et les bateaux à vapeur^ la problème de la cohésion des grands eiupii'es çst ré-s solu, car réternelle et grave objection de l'élpigne^ ment de certaines parties extrêmes de l'empire tombe d'elle-même. On ne pensait pas qu'il était possible de rapprocher les distances à ce point, Oa comprepd maintenant que de Saint-*Pétersbourg , du fond de quelque golfe de la Baliique , on puisse gouverner les belles régions qui baignent le Bosphore et )a mef de l'Archipel grec ; les régions du Caucase et jus-« qu'au golfe Persique ; comment la petite île britau-r nique peut administrer énergiquement quelque c^it millions de sujets dans les profondeurs de l'AsiCi et comment de Philadelphie ou de la Nouvelle-Or? iëans un président gouverne un jour if ne république universelle qui comprendrait les deux Ap^iriqueS| depuis le fleuve fiaint-L^Mirent ou I4 baie 4§ Hudson jusqu'au cap Hom»

On comprend aussi comment un jour lie continent

européen ne compte plus qu'une capitale, ver^ lai-

quelle convwge chacuœdes nations actu^Ues^oomme

autant de provinces.

Et comment enfin le rêve des grands ambijtÂeux ;

ou VKDBlATIOlf DM VBOTLBS. 4âT

ceux des Alexandre, des Bonaparte, de tant de génies conquérants, semblentalors s'approcher peu à peu du possible, puis de la réalité, et rentrent parmi les conceptions qu*on faitsérieusement en plein jour, en état de veille, les yeux ouverts et la tète saine.

Les peuples du Nord, peut-être ceux de l'Occident, semblent, nous l'avons vu, destinés à la suprématie du monde entier. La race slave, la race anglaise et anglo-américaine; la race germaine et la mongole, peutêtre les Latins, se partageront vraisemblablement, cette grande souveraineté ou tutelle, et feront rolRce des gros poids dans le balancement des destinées générales. Autour de chacune d'elles se grouperont des satellites soumis , et c'est encore entre ces groupes que se débattront les grands intérêts et que se pas* seront les grands événements.

Tout ce qui contribue à l'affranchissement matériel, intellectuel et moral du grand nombre, contribue à l'établissement du gouvernement représentatif plus ou moins pur, ou à la modification en ce sens des formes du pouvoir.

Or, nous ne cesserons de le répéter, c'est là l'un des effets prochains des voyages de l'augmentation de la somme des richesses, et du développement industriel et commercial.

Et nous avons vu que les chemins de fer, les bateaux à vapeur et les forces motrices fixes, appliqués aux exploitations agricole, manufacturière, commerciate et domestique, accéléraient merveilleuse-

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ment les uns, et augmentaient singulièrement les autres.

Quand donc les moyens économiques nouveaux seront propagés^ appliqués par toute l'Europe (et le temps est proche), on peut prévoir que succès^ sivement les pouvoirs y seront généralement trans* formés en représentation nationale , ou qu'ils s'achemineront à grands pas vers ce mode de gouvernement.

Et alors la paix européenne inter-nationale aura de nouvelles et plus sûres garanties.

Les majorités f et non des minorités ( ou, si l'on veut, des minorités éclairées et loyales représentantes du grand nombre), décideront de plus en plus de la guerre, indirectement, puisque, 'de plus en plus, les nations s'avancent infailliblement en Europe vers une forme quelconque de régime représentatif. Toute guerre sera ainsi nationale: excellente raison^ et la meilleure , pour qu'elles soient rares. Dans tous les cas , les guerres seront plutôt de principes que d'intérêts ; et à cet égard on ne peut point les rapporter aux influences directes des innovations matérielles. Mais si les sentiments sociaux font céder les intérêts , parfois aussi les intérêts feront céder des sentiments étroits de vengeance d'amourpropre blessé.

Quand il s'agira de faire la guerre ou de l'encourir, il y aura plus de chances de justice, dans la décision , que si l'arbitrage était laissé au seul caprice d'un monarque infaillible, de ministres irres-

ou FÉDBftATION DIS PBC7PI.E5. 429

ponsaUes. Dans un gouvernement représentatif, si un parti est passionné, exalté, trop impatient, un autre est plus froid ou plus clairvoyant , et n'hésite point à faire entendre des paroles de justice, de pru-dence ou de modération. D'ailleurs alors, les nations , avant d'être hostiles en un cas , seront liées en d'autres par des intérêts nombreux, par le commerce, par les alliances de familles, par les intérêts de la science et de la littérature. En se faisant la guerre, les deux nations en conflit porteraient un grave préjudice à certaines portions de leurs sujets, qui entretenaient des échanges profitables ou des relations amicales.

Que si, cependant, l'accommodement, la conciliation était impossible, la plus faible en appellerait aux autres puissances, ou celles-ci interviendraient; car les nations, par V élection ^ par le concours et le jury, s'avancent vers le jugement par ses pairsj tout comme les individus* Déjà, en agissant ainsi, les quatre grandes puissances européennes ont évité bien des conflits extérieurs.

Et cette intervention n'est plus à craindre contre des puissances dont l'immense majorité des citoyens sont actifs et décident de leur destinée ; car alors il y a certitude qu'ils plaideront et agiront dans le sens véritable* du bien général de l'humanité, puisqu'ils défendent et ont, en définitive, la tendance progressive dans cette loi qui veut que chacun tire parti de toutes les ressources dont il dispose, pour

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son plus grand bien-être présent et à tenir, et pour celui de sa postëritë.

Au contraire, cette intervention pourrait être fatale et servir la cause rétrograde, si elle démît se faire par des souverains et des aristocraties, tout-puissants conducteurs de populations passives et asservies*

Or, en Europe, il n*y aura plus bientôt ([u'one seule grande puissance qui puisse troubler œtle unanimité de tendance progressive vers la forme gouvernementale représentative, et encore 4oit-<]n d^ augurer qu'elle ne le fera point. A quelques égards, on peut donc dire que les puissances, jusqu'à ce que les peuples soient fondus plus intimement , constitueront entre elles un gom^mement représentatif fédéral sur grande échelle. Déjà les compromis des partis , la pondération , VéqwJihrej la temporisation^ V esprit de milieu^ qui laitre^ sence de cette forme de gouvernement , se retrouvait dans les congrès et dans les traités dalliance formés et contractés depuis ces derniers vingt ans« Les pourparlers et les accommodements des puissances absolues et libérales entre elles n'abotrûssent-dls pas à un équilibre analogue à celui des torys et des xvhigs, à celui des légitimistes et des libéraux de la restauration et à ceux de tous les partis actuels?

Dans tous les cas , les nations recourront à des arbitres, aune sorte de jury inter-national : l'exemple de la France et des États-Unis prenant l'An-

ou ViMOUnON BBS MUPLBS. 431

gleterre pour arbitre est des plus significatifs (1). Les nations, comme led individus, deviennent plus sages, plus pacifiques» Les rixes, les violences entre individus, diminuent, et les injustices aussi; ils se rendent de moins en moins justice eux-mêmes; ils s^en rapportent aux tribunaux, à des arbitres» et le jugement est respecté des deux partô : s'il ne l'est pas, la force coercitive intervient. Pourquoi n'en se* rait^ii pas de même un jour des nations entre elles, surtout des nations qui ont les mêmes principes fondamentaux de justice et de moralité?

Mais les nations, tout comme les individus, ont leurs passions qui parfois les emportent et rendent leur volonté farouche, aveugle, sourde aux remoB* trances de la raison. Ces passions parlait souvent plus haut que les intérêts. D^ailleurs il y a plusieurs genres d'intérêts : l'amour du bien^ la sainte ferveur pour ses croyances religieuses, pour la vérité et la justice, donnent aux nations, comme aux individus^ une sainte exaltation et leur suggère des sacrifices dans lesquels la perte des ridiesses compte pour peu , piiisqM l'on ne oraint pas cdie de k vie Biêmett%.

(I) Le 2S mai iftss, on IMldaM te OsSs aillais: Le yrétident des Eail847ni8 a aceédé à Ja propoaitUMi du Mexique de $oumeUre leur différend à f arbitrage ffm^pm$$anee onde. En conséquence, les craintes de guerre qui s^étaient propagées sont entièrenieBl dissî-

Ajoutons qu'en ces moments, Téfénement de la Suisse et celui du blocus du Mexique, à la manière dont ils se conduisent , viennent tout récemment fortifier les piéiMoM et tes oeaflMéiatiWM de ce dM^ftre,

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