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la mutilation de leurs facultés morales^ à la bar-*
barie enfin!...
« Il n*est plus possible de nier la tendance de Tiu-
dustric à resserrer laréne de la concurrence.
Or, ce résultat est l'effet de l'application des machines à vapeur à la production et aux moyens de transport ou de circulation des produits. Dés qu'on a pensé à construire une machine à vapeur et tout le matériel de la manufacture à laquelle elle devait s'adapter, on a songé à se réunir plusieurs, à chercher des capitalistes associés, des actionnaires. Ce furent autant d'empiétements sur la compétition individuelle; on se mit à produire sous une raison collective, à faire transporter de même : de là le décroissement successif de la petite industrie, c'est à dire du nombre des petits travailleurs solitaires, même dans l'agriculture, du moins en Angleterre.
Il est vrai qu'en France, depuis un siècle, ainsi que nous le disons, le mouvement a été inverse et qu'au lieu d'agglomérer, de concentrer les forces productives agricoles et même les forces industrielles , on les a morcelées , divisées et subdivisées jusqu'à l'infuiimcnt petit ; mais il faut savoir apprécier la valeur finale de ce fait, nous ne le nions pas; chacun a été possédé du besoin de la propriété et de l'indépendance (deux nobles besoins qu'il faut bénir Dieu d'avoir rappelés dans le cœur des générations de nos jours); chacun, à la ville, a voulu avoir son
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échoppe, comme chacun, à la campagne, sa motte de terre.
Pour Tavenir, que signifie cette préoccupation? Toilà de quoi il s*agit.
Il faut remarquer qu'antérieurement la concen^ tration existait , qu*un petit nombre seulement prenait part à la propriété terrienne, qu'un régime de corporations gênant, exclusif, obstruait les voies du travail et de la richesse pour les trois quarts des hommes.
On a réclamé et obtenu la division , le tranche-* ment du nœud gordien , la dissolution du mécanisme ancien, la destruction, la poussière enfin; grâce à ce que, par un admirable instinct (qu'inspire ou guide la Providence, à récure venue dans ses desseins), les masses ont sans doute pressenti que ce qu'il fallait avant tout c'élait autre chose que ce qui existait. Or, quand l'humanité ne sait pas mieux que ce qui est, elle prend le contraire. Si elle souffre de la concentration, de la réunion , elle réclame la désunion, la division, le morcellement.
Toujours est-il certain qu'aujourd'hui nous voyons très bien que cette possession où chacun est d'une petite propriété terrienne, ou numéraire, ou indus-* trielle , est pour les classes moyenne et sous* moyenne un excellent titre, un excellent moyen pour entrer en composition avec les gramis industriels , une excellente préparation à la qualité de sociétaire ou d'actionnaire dans les réunions nouvelles à effectuer. Comment eût on jamais admis, sans cela,
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les vilains, les artisans, les colons, au rang de propriétaires dans une exploitation agricole, ou dans une société industrielle? Gomment la combinaison des sociétés par actions, et les transactions et la mobilisation du sol , eussent-elles pu non pas seulement se réaliser, mais se concevoir ?•••
En résumé, pour faire participer socialement, d'une manière durable et équitable la masse des citoyens à la possession du sol et des richesses industrielles, il fallait faire un grand dépècement, mettre le sol en lambeaux et en donner une petite part au plus grand nombre ; il fallait que chacun put se dire marchand ou propriétaire industriel^ cultivateur ou propriétaire agricole.
Enfin il fallait détruire les corporations^ les maltrises et les jurandes; il fallait abolir la mainmorte, les substitutions et les majorats.
Mais il n*est pas possible d'interpréter ce déchirement matériel du sol et cette incohérence mécanisme industrieldanslesensd*unétat parfait et à jamais immobile. Quand on voitles propriétés économiques des forces motrices et des voies de transport en grand et leur rapide et générale propagation, ou ne peut aller imaginer sérieusement que chacun ait désormais et à toujours sa petite fabrique , sa petite boutique, son petit coin de terre, son petit entrepôt, son petit roulage, son petit débit; pas plus qu'il ne faut à tout jamais que chacun ait sa charrette, son cabriolet, sa chaise de poste , ses attelages , ses chevaux ; comme nous le prouvent victorieusement la création d'un
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chemin de fer aux portes de Paris et Tioventioa des omnibiiSn
Donc I avenir est infailliblement à la réunion, à l'association , à la combinaison des efforts, des intérêts, de l'acCivité; au système d'action et de participation, ou comme sociétaires, ou comme travailleurs, aux coupons de propriété terrienne ou autre !
Comment n'être pas frappé de la nécessité dans la*quelle vont se trouver toutes les nations de transformer la concurrence d'individu à individu, en concurrence de petites sociétés à petites sociétés; dés qu'une fois, et par cela seul qu'un groupe de commerçants, un groupe de propriétaires, une nation, ont commencé à se constituer ainsi et obtiennent par là une supériorité écrasante sur ceux qui ne les jmiteraientpas?
La concentration du moyen-age européen mettait obstacle à l'accroissement de la richesse et de la population : elle a disparu ; le morcellement lui a succédé, et avec lui une prospérité inouie et un nombreux supplément dépopulation*
Aujourd'hui le morcellement ^ tel qu'il reste stationnairc, serait désormais un obstacle à un nouveau développement de richesse et de population; il dis* paraîtra pour faire place à une centralisation ou réunion I à une combinaison et à une solidarité des intérêts et des activités qui , loin d'impliquer en rien le monopole et Tinféodation, seront la socialisation par excellence des valeurs mobilières et
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immobilières , au grand avantage du plus grand nombre.
Les petits industriels n'ont pas échappé à l'action absorbante des gros capitaux : les petits agriculteurs y échapperont-ils davantage?
On peut craindre que leur éducation économique soit trop tardive , et qu'avant qu'elle soit faite l'absorption ^ l'envahissement par les capitalistes le soit aussi. Dans tous les cas, une chose est certaine : c'est que, comme ils ne peuvent, dans Tignorance de kl physiologie végétale et avec leurs faibles capitaux, appliquer séparément à leur culture les nouvelles méthodes, ni se livrer aux assolements, et que, s'ils empruntent au capitaliste voisin , ils avancent leur ruine; comme en restant arriérés dans les anciennes, ils ne peuvent pas non plus l'éviter, il n'y a que leur association mutuelle qui puisse empêcher que les gros capitalistes n'accaparent de nouveau toute la propriété du sol, et ne constituent une nouvelle féodalité.
Si les petits propriétaires fonciers parviennent à associer eux - mêmes leurs coins de terre, la division , ou plutôt la socialisation et la mobilisation du sol seront un fait pour jamais accompli ; car il en résulterait nécessairement que l'agriculture se conduirait comme l'industrie manufacturière , sous forme de sociétés anonymes et en commandite par actions, et que les titres se transféreraient comme ceux d'une propriété mobilière.
Mais ici, il faut bien distinguer entre le sol et les
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iaduslries manufacturières. Lorsque des ouvriers onl acquis par leurs épargnes de petits capitaux y ils peuvent les réunir et sassocier pour exploiter une manufacture , parce qu'en ces travaux les malières premières sont inépuisables , illimitées, accessibles à tous moyenuant offre de paiement : il suffit de pouvoir acheter. Mais en agriculture, c est autre chose : le sol est borné, et dés qu'il n'y en a plus à vendre à l'intérieur, on ne peut en extraire de lex térieur ; cette matière première ne se transporte pas ainsi.
Quand donc les petits propriétaires-morceleurs auraient été expulsés de la propriété foncière , ils ne pourraient pas facilement y rentrer par participation d'action. Cette constitution agricole foncière serait devenue le privilège des grosses actions, grâce à une tendance assez naturelle aux classes riches d'élever le plus d'obstacles possible entre elles et les inférieures , d autant plus qu'elles peuvent toujours appeler à leur appui certaines exigences sociales légitimes, telles que, par exemple, le bon goût, les beaux-arts , la culture des sciences qui toutes plaident sinon pour l'existence des privilèges , du moins pour des combinaisons mitoyennes propres à assurer la stabilité des conditions, à régulariser et à modérer même le mouvement social; et c'est encore là une manière d'envisager les choses qui ramène à la prévision d'une féodalité foncière.
Or, attendu Tétat d'ignorance et d'incurie où sont encore la plupart des masses industrielles et agri- II. 6