Associations diverses (de militaires, de
compatriotes, et non définies) i .481
Total 45.148(1)
(1) Nous ne pouvons reproduire les détails du tableau. Voici toutefois, à titre de curiosité amusante, la décomposition du groupe n» 7 :
A. Sports.
Gymnastique 446
Escrime, boxe 113
Tir 1.181
Arc, arbalète 435
Sarbacane 43
Instruction militaire 26
Crosse 25
Balle, paume, tennis 48
Nautiques, joutes 2.38
Patinage 20
Colombophilie, aérostation 638
Hippiques, tauromachiques 183
Chasse ou protection du gibier 179
Pêche 210
Cyclisme, automobilisme 1 .319
Sports divers 617
B. BÉCfîÉATIONS.
Cercles 3.677
Billard 42
A reporter 9.440
Si toutes ces associations avaient voulu exposer, en complant seulement un demi-mètre carré de surface murale pour ctiacune, cela aurait fait près de 23.000 mètres carrés, c'est-à-dire cinq à six fois toute la surface disponible dans le Palais d'Économie sociale — et cela rien que pour la France. Or il est beaucoup d'autres pays très supérieurs à la France comme esprit d'association et par conséquent aussi sans doute comme nombre d'associations (l). Combien de Vereine en Allemagne?
Si nous comptons 400 membres par société, ce qui est un chiffre assez modeste, car il est telle association coopérative, professionnelle ou d'alpinistes, qui compte des milliers de membres, cela suppose que
Report 9.440
Bouchon 48
Boules 253
Cartes 212
Boules 54
Dés 16
Fumeurs 24
Serins, pinsons 31
Photographiques 72
Phiiatéliques 21
Chorégraphiques 23
Jeux divers 963
Total 11.157
On aurait pu y «jouter les 6.453 orphéons ou fanfares qui figurent dans le groupe 8.
(1) Prenons un autre pays que la France, un petit pays.
D'après V Annuaire statistique de 1901, on comptait en Belgique, au 31 décembre 1900, rien que dans l'agriculture, 3.531 sociétés.
En tout ces associations groupent près de 300.000 agriculteurs sur une population rurale active qui n'atteint que le chiflre de 649,252 personnes (ouvriers et patrons des deux sexes), Cela suppose que chaque agriculteur, patron ou ouvrier, fait partie de plusieurs associations.
5 millions de Français font partie d'une association quelconque.
Ce n'est pas mal pour un pays oii toute association était illégale jusqu'à hier, c'est-à-dire jusqu'à la loi du 1°' juillet 1901.
Encore faut-il faire remarquer que ce chiffre officiel de 45.000 est certainement très inférieur à la réalité, peut-être de moitié, car il ne comprend ni les associations religieuses et politiques, ni celles qui n'élaient pas connues de l'administration. Il est certain que le nombre réel des associations charitables, coopératives, scolaires, patronages, est très au-dessus des chiffres relevés sur cette statistique (^).
Il est probable, il est certain qu'en France ce mouvement associationniste ira croissant parce qu'il fait maintenant partie intégrante de l'enseignement primaire. Nous verrons plus loin que 550.000 enfants — le tiers de la population scolaire qui va à « la laïque « — s'exercent à la mutualité dans les assoit (1) Aujourd'hui, depuis cinq ans que l'enquête a été faite, le nombre a énormément augmenté.
Ainsi le Touring Club, qui n'existait pas alors, compte près de 100.000 membres. Ainsi les assurances mutuelles agricoles, qui n'étaient qu'au nombre de 1.500, sont aujourd'hui 5.000.
Ainsi on compte aujourd'hui 8.580 associations scolaires et post-scolaires au lieu des 2.468 indiquées.
Et on compte environ 6.000 associations coopératives au lieu de 1.918. Voici, pour ces dernières, les derniers chiffres (non compris les syndicats agricoles déjà comptés dans le groupe 1} :
I de consommation 1 . 900
de crédit 1.500
1 de production industrielle 350
Associations ) de production agricole 200
coopératives' i fruitières 2.000
j de construction .35
f Total 5.985
ciations fondées par M. Cave, et que plus de 14.000 associations post-scolaires, patronages laïques ou catholiques ou « petites A », s'efforcent de maintenir les adolescents, entre treize et dix-huit ans, dansla voie qui les conduira plus tard à l'association mutualiste, coopérative ou professionnelle.
Le développement de ['activité législative n'a guère été moindre au cours du xix° siècle que celui des associations. On ne s'en serait pas douté, il est vrai, en parcourant l'Kxposition d'Économie sociale, surtout dans la section française (i). 11 fallait passer dans la section allemande pour voir apparaître dans toute sa majesté ce nouveau facteur de révolution sociale.
Et pourtant il a fait du chemin depuis l'Exposition de 1889 ! On peut le mesurer par ce petit fait curieux : en 1889, dans la section XVI, celle sur l'intervention de l'État (qui d'ailleurs a disparu dans la classification de l'Exposition de 1900), un seul grand prix fut décerné quoique, dit le rapporteur, « les documents aient abondé ». Et à qui fut décerné ce grand prix? A la Ligue anglaise fondée en 1882 « pour la défense de la liberté et de la propriété », mais dont le programme réel, tel qu'elle le formulait, était « de s'opposer à toute tentative pour faire de l'État un compétiteur ou un régulateur des divers modes de l'activité sociale », et même « de se refuser à laisser porter atteinte à la
■^ (1) A rExposition de Saint-Louis l'État français avait exposé dans un grand tableau, dressé par MM. Germain Martin et André Siegfried, l'énumération de toutes les lois sociales promulguées de 1870 à 1892, Social Work ofthe French Republic. Le tableau était imposant, mais si l'Allemagne, la Suisse et même l'Angleterre et les tats-Unis avaient voulu en exposer de semblables, ils eussent été encore plus fournis.
liberté du commerce des déhilunls de boissons », en sorte que, par une contradiction dont Léon Say souligne malicieusement l'ironie, dans ce grand concours ouvert pour montrer ce que peut faire l'intervention de l'État, un seul concurrent fut jugé digne du grand prix : ce fut celui qui la combattait.
On croyait alors — c'était même le credo de l'Economie politique libérale — que l'action individuelle ne pouvait être qu'affaiblie partout oii l'intervention de l'État serait forte et vice versa. Aujourd'hui encore on entend souvent des libéraux gourmander la paresse des individus en leur disant : Prenez garde ! Si vous ne faites rien, l'État va intervenir! — Hélas! qu'ils se rassurent. Là où l'individu fait peu, l'État fait encore moins, et là où l'activité individuelle est vigoureuse, entreprenante, c'est là aussi que s'affirme l'action des pouvoirs publics. Aujourd'hui l'expérience a montré que ce prétendu antagonisme entre les deux facteurs sociaux n'existe pas. Leur action est parallèle, non supplétive. Ensemble ils s'épanouissent ou ensemble ne font que végéter. Nulle part l'association libre, sous sa triple forme de Trade-Union, de Société coopérative, de Société de secours mutuels, ne s'est développée avec autant d'ampleur qu'en Angleterre, mais nulle part aussi l'intervention législative dans le domaine social n'a été plus active et plus continue. 11 suffît de parcourir le tableau chronologique que nous avons dressé : c'est l'Angleterre qui ouvre le siècle par la loi de 1802 sur le travail des enfants dans les fabriques. Léon Say le constatait lui-même dans son Rapport général de 1889, quand il écrivait, avec une résignation attristée : « L'Angle- >
terre ne se défend plus contre le socialisme d'État, elle se livre ». En sens inverse, c'est en Allemagne que l'élatisme s'affirme avec une raideur toute spéciale, et pourtant il n'a certes point tari les sources de la richesse publique ni privée; il n'a ralenti en rien le merveilleux essor de cet esprit d'association qui paraît inné dans la race germanique et qui, rien que dans le groupe de la coopération, a fait éclore 20.000 sociétés.
Nul doute que ce facteur de l'Economie sociale n'aille grandissant. S'il est un ensemble de prévisions qu'on puisse considérer comme certaines, c'est que la pratique du suffrage universel fera pénétrer dans les assemblées municipales et législatives de tous pays un nombre de plus en plus considérable de représentants ouvriers et que ces minorités, peutêtre demain majorités, exerceront une pression de plus en plus grande pour faire voter des « lois ouvrières », c'est-à-dire les lois qu'ils jugeront propres à servir leurs intérêts de classe. Qu'on s'en effraye ou qu'on s'en réjouisse, il est naturel qu'il en soit ainsi; c'est le contraire qui serait étonnant.
D'ailleurs il est logique que l'association libre, à mesure qu'elle s'étend, et surtout à mesure que le. besoin auquel elle répond devient plus pressant et plus universellement ressenti, tende à transformer en service public : — l'association mutuelle, en Office national d'assurance ou en Caisse nationale de retraites; — l'association coopérative, en entreprise municipale pour la fourniture de l'eau, du gaz, de l'électricité, pour le service des transports urbains ou même pour la construction de maisons ouvrières; —
54 ÉCONOMIE SOCIALE aS;
l'association charitable d'assistance par le travail ou de sauvetage de l'enfance, en colonies agricoles municipales ou d'État, en maisons de travail forcé, en reformatories schools; — et l'association professionnelle, en Conseils du travail donnant plus ou moins force législative aux règlements des syndiqués. Et en prenant les choses par l'autre bout, il est logique aussi que les modes d'action de l'Etat ou de la commune d'une part, de l'association libre d'autre part, tendent à se confondre au fur et à mesure que ces institutions se rapprochent par leur constitution interne, c'est-à-dire au fur et à mesure que ces corps politiques, devenant des sociétés démocratiques, reconnaissent pour uniques lois celles qu'ils se sont données librement. L'objection classique que toute intervention de l'État dans le domaine économique est mauvaise parce que coercitive (^), perd beaucoup de sa force du jour où cette coercition légale n'est plus qu'une décision de la majorité et en ([uelque sorte une légalisation de l'opinion publique. La volonté des majorités n'est-elle pas aussi la loi de toute association si libre qu'elle soil? Sans doute il serait imprudent de livrer partout l'individu à la décision des majorités, de ces majorités qui, selon l'imprécation souvent justifiée d'Ibsen, « n'ont jamais raison ». Mais pourtant il serait encore plus tyrannique d'abandonner la majorité au bon plaisir d'une minorité rétrograde.
(1) Rapport de L. Say, p. ix : « On aessayé de trouver des remèdes à la situation malheureuse des ouvriers, dans l'augmentation des pouvoirs de l'État, dans une intervention économique qui absorbe l'initiative individuelle et, après l'avoir détruite, y substitue une coercition légale exercée dans le sens de ce qu'on croit être le bien ».
Or, si paradoxale que puisse paraître cette affirmation, c'est là très souvent le résultat produit par la libre concurrence. Des réformes sociales même voulues par la majorité de ceux qui y ont intérêt — telles que la diminution de la journée de travail ou kl fermeture des magasins le dimanche — peuvent être tenues en échec par la mauvaise volonté de quelques récalcitrants.
Cette activité de l'État a progressé d'ailleurs non seulement quantitativement mais qualitativement. Qu'elle reste encore, dans nombre de cas, inférieure aux deux autres facteurs, c'est incontestable, mais enfin elle s'applique à mériter de moins en moins le reproche que lui adressait M. Cheysson dans son rapport de 1889 : « Malheureusement l'État est un niveleur monotone qui ne dispose que de solutions
brutales dans leur simplicité identiques dans tous
les cas ». Il suffit de lire un recueil de lois ouvrières pour voir combien au contraire l'intervention de l'État se montre ingénieuse, multiforme, abondante en solutions, et s'applique à les approprier à chaque cas. C'est tout un droit nouveau qui s'élabore.
Le troisième facteur, le patronage, ne semble pas marcher du même pas que les précédents. Au contraire il a perdu beaucoup de terrain. Ce recul se manifeste clairement dans l'histoire même des expositions d'Économie sociale telle que nous l'avons esquissée déjà. Dans l'Exposition de 1867 la liste des institutions désignées pour le concours ne comprenait guère que les institutions patronales. Dans l'Exposition de 1889 elles constituaient un groupe dis-
56 ÉCONOMIE SGCFALE
liiicl, la section XIV, et ce groupe occupait tout à fait la place d'honneur. Il s'était vu attribuer 8 grands prix sur 45 et 46 médailles d'or sur 309, c'est-à-dire trois fois plus que la moyenne des 15 autres sections, et d'ailleurs ce n'était que justice parce qu'il était le plus riche en documents exposés et occupait à lui seul le tiers de l'emplacement disponible. Et M. Cheysson, dans son rapport sur cette section, attribuait au patronat la plus grande part dans l'œuvre sociale; il admettait seulement « qu'il ne saurait suffire seul à la tâche ».
En 1900 il n'y a plus de section séparée pour les institutions patronales; elles sont venues se ranger, chacune selon son objet, dans les autres classes. Cependant, quoique confondues dans la foule, elles occupaient encore la plus grande place et si l'on relevait sur le catalogue des exposants ou sur la liste des récompenses les noms des patrons ou grandes sociétés, nul doute qu'ils ne tinssent de beaucoup le premier rang. Certaines classes, telles que la classe 102 sur la rémunération du travail, 106 sur les habitations ouvrières, ne comprenaient presque exclusivement que des institutions patronales, et la classe 109 sur les institutions de prévoyance en comptait aussi un très grand nombre. Cela s'explique aisément; les patrons sont généralement les plus disposés à exposer et les mieux en mesure de bien exposer. Mais l'importance de ces institutions dans l'enceinte de l'Exposition ne correspond plus à leur importance dans le monde.
Il faut rendre celte justice à l'initiative patronale que c'est elle qui dans bien des cas, a pris les de-
vants et donné l'exemple aux deux autres facteurs. La parole généreuse prononcée, il y a trois quarts de siècle, par Jean Dollfus : « Le fabricant doit à ses ouvriers autre chose que le salaire », a fait surgir de torre toute une moisson d'institutions patronales. 11 suffit pour s'en convaincre d'étudier le tableau chronologique que nouS" avons donné p. 36 et bien mieux encore de regarder les pays neufs; là, le patronage apparaît encore aujourd'hui comme la presque unique source de l'Économie sociale. L'exposition de la Russie était à cet égard tout à fait caractéristique.
Mais dans les pays où l'éducation économique est plus avancée, les institutions patronales se trouvent comme refoulées à la fois par les deux extrémités : d'en bas par le développement des associations ouvrières pourvoyant à leurs besoins par leurs propres moyens, d'en haut par l'intervention de l'État se substituant aux patrons au nom de l'intérêt public. Voici d'une part les économats et les maisons ouvrières créées par les grands patrons pour leur personnel qui cèdent la place aux magasins coopératifs et aux sociétés coopératives de construction. Voici d'autre part, les caisses patronales d'épargne, de retraites, d'assurances, qui sont éliminées par les caisses d'épargne et de retraites nationales et par les assurances obligatoires. Les hôpitaux, qui en Russie sont des annexes des grandes fabriques, sont remplacés par les hôpitaux de l'assistance publique. Les mesures quant à la sécurité et à la salubrité des ateliers, de bénévoles deviennent imposées. Les règlements d'ateliers sont soumis à un contrôle législatif, et tout ce qui concerne les rapports entre patrons et ouvriers
oH KCOlNOMlE SOCIAL h
tend à être réglé par des conseils officiels du travail. Le « bon patron » n'est plus maître chez lui et son autorité paternelle a diminué autant que celle de l'antique paterfa?nilias. Une preuve, entr'autres, c'est que dans certains pays, notamment en Suisse, une fabrique ne peut être ouverte sans l'autorisation du Gouvernement (^). La fabrique est donc devenue un établissement public et, par suite, le patron une sorte de fonctionnaire public.
Et en dehors même du domaine des patrons industriels, dans celui du patronage charitable, la même élimination se dessine aussi. Assistance par le travail pour les chômeurs, placement des ouvriers sans travail, attribution de parcelles de terrains aux indigents, prêt gratuit aux nécessiteux, toutes ces « bonnes œuvres », où se déployait autrefois et où se manifeste encore aujourd'hui la charité religieuse ou laïque, tendent à être annexéessoit par l'assistance publique, soit par les associations professionnelles ou mutualistes.
D'ailleurs, les institutions patronales sont aussi combattues aujourd'hui par les écoles sociales, de droite et de gauche à la fois : par les socialistes parce qu'ils y voient une aumône de l'exploiteur, et par les économistes individualistes parce qu'ils y voient une entrave au libre jeu de l'offre et de la demande.
« L'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », telle est la formule partout répétée.
Et pourtant, il y a dans cette formule ime forte part d'erreur. L'histoire nous apprend au contraire
(1) Loi du 2 mars 1877.
que l'émancipalion des opprimés n'a été que très rarement « leur œuvre », mais presque toujours — ne pourrait-on même pas dire toujours? — celle des classes qui leur étaient socialement supérieures. Ce ne sont pas les guerres de Spartacus, ni les révoltes des Jacques, ni la mort de John Brown, qui ont émancipé les esclaves de l'antiquité, les serfs du moyen âge, les noirs d'Amérique. Si « les droits de la Femme » sont jamais pleinement reonnus, ce sera pour une bonne part aux féministes-homnies qu'elle le devra, et si la classe ouvrière doit réussir enfin à constituer la république sociale à laquelle elle aspire, il est très probable qu'elle le, devra à la collaboration — voulue ou peut-être inconsciente — non pas seulement des c( intellectuels », mais aussi «des bourgeois».
D'autre part, il est peu probable que cette forme du patronage qui s'appelle la direction perde de son importance économique ; elle en acquerra au contraire de plus en plus, au fur et à mesure que la substitution de l'entreprise collective à Tentreprise individuelle groupera de plus grandes masses d'hommes. Savoir « faire faire » aux autres deviendra une condition de succès encore plus efficace que savoir faire soi-même. Le développement, des deux facteurs que nous avons déjà signalés, l'association et l'Etat, implique précisément le rôle grandissant des conducteurs d'hommes.
A'ous ne croyons donc pas que ce troisième facteur de l'évolution sociale soit à la veille d'être aboli (i). Mais il revêtira des formes nouvelles.
(1) Et d'ailleurs il y a une catégorie de grands patrons dont les attri-
En ce qui concerne « le patronat » proprement dit, son action se renfermera de plus en plus dans l'enceinte de la fabrique et n'en sortira plus pour suivre l'ouvrier dans sa maison et pour étendre sur sa vie privée, civique ou religieuse, une ombre tutélaire. It créera de moins en moins de logements, magasins, cercles, caisses d'épargne ou de secours. Il se montrera de moins en moins paternel. II considérera sa fabrique de moins en moins comme « sa maison », mais de plus en plus comme un « établissement d'utilité publique » avec les charges et les honneurs que comporte ce titre. C'est à Tintérieur de la fabrique et en tout ce qui concerne la vie professionnelle de l'ouvrier, c'est là qu'il reste au patron un très beau rôle à jouer. C'est là qu'il s'appliquera à procurer à ses ouvriers ce que la League for social service de New- York appelle Vinrlustrial betterment, c'est-à-dire la sécurité, la propreté, le confort, des salles de travail larges, belles, lumineuses, à température tempérée, des salles de repos et de lecture, des salles à manger dans les temps de pause, avec les ustensiles nécessaires et des fourneaux pour faire réchauffer les aliments (si utiles surtout pour les femmes et jeunes filles), des vestiaires avec, au besoin, des vêtements de travail de rechange, des bains et douches, en un mot tout ce qui peut rendre le travail manuel, sinon attrayant, comme le rêvait Fourier,:du moins égal en dignité au travail intellectuel, tout ce qui peut
butions vont se développant sans cesse : ce sont les États et les muoicipalilés, en tant qu'entrepreneurs d'industrie. Ils n'agissent plus ici comme législateurs par voie coercitive mais comme personnes privées, par voie d'exemple.
faire du métier d'ouvrier une « profession libérale » dans toute la belle acception étymologique de ce nom.
En ce qui concerne « le patronage » philanthropique, il perdra de plus en plus ses formes sui generis et unilatérales pour se mêler aux autres modes d'activité sociale, à l'association, à l'intervention de l'État, en sorte que ceux qui y regarderont superficiellement pourront le croire disparu. Ceux qui entrent dans des sociétés de secours mutuels s'imaginent être à mille lieues du royaume du patronage; ils ne doivent pourtant pas oublier que ces sociétés ne vivent que par les cotisations des membres honoraires, ce qui constitue un mode de patronage des mieux caractérisés; et d'ailleurs, malgré le principe d'une réciprocité théorique, ce sont toujours les mêmes qui sont malades et toujours les mêmes qui sont hien portants. Toute intervention de l'Etat sous forme de subvention a aussi nécessairement ce caractère de patronage, et ce caractère va s'accentuant au fur et à mesure que, par le développement de l'impôt progressif ou de l'impôt dégressif, les subventions accordées aux pauvres sont prises de plus en plus dans la bourse des riches.
Le mot de patronat ou de patronage sonne mal aujourd'hui parce qu'il semble consacrer les inégalités sociales et surtout parce qu'il a une connotation religieuse et charitable qui irrite nos démocraties ombrageuses. Le mot ne sera plus prononcé, soit ! mais il faul bien espérer que ce que le mot exprime, c'est-à-dire l'aide prêtée par le fort au faible, trop souvent intervertie dans le passé, sera de plus en plus
G. - Éc. 4
réalisée dans l'avenir (^). Dans la fraternité ellemême le patronage a encore sa place toutes les fois qu'il y a un frère aîné et qu'il a conscience de ses devoirs d'aînesse. Dans la mutualité elle-même il y a patronage dès que les prestations ne sont pas exactement réciproques. Or, cette stricte équivalence ne sera jamais réalisée et il n'est pas désirable qu'elle le soit. A vouloir exclure tout soupçon de. patronage, il faudrait ramener toutes les relations entre les hommes au pur échangisme économique, au Do ut des^ plus loin encore, au temps où Gain — le frère aîné — répondait à Dieu : « Suis-je le gardien de mon frère, moi? ». Tel n'est assurément pas l'idéal de l'Économie sociale et encore moins l'enseignement d'une Exposition qui en toutes les occasions solennelles avait été placée en quelque sorte officiellement sous l'invocation de la Solidarité(2).
(1) Au reste « les meneurs », qui jouent un rôle grandissant dans les conflits entre ouvriers ^et patrons et que les syndicats ont en partie pour but de former, ne représentent qu'une forme nouvelle de patronage.
(2) « L^Expcsition de 1900 aura fourni à la solidarité son expression la plus brillante. La solidarité à qui nous devons déjà de grandes choses. . nous permettra d'apercevoir d'un peu plus près le but suprême vers Ifquel tendent les intelligences libres et les cœurs généreux : la diminution des misères de toutes sortes et la réalisalion de la fraternité » (Discours de M. Loubet, président de la République, le 18 août 1900, pour la distribution des prix),
« Elle (la Science) livre le secret de la grandeur matérielle et morale des sociétés qui tient en un mot : solidarité... Institutions de prévoyance, d'assistance, de mutualités, syndicats, associations de tout genre destinées à grouper en un faisceau résistant les faiblesses individuelles : autant de témoignages de la solidarité humaine » (Discours de M. Millerand, ministre du Commerce et de l'Industrie à l'ouverture de l'Exposition le iep mai 1900).