SIECLE
différents pays au cours du xix' siècle. La liste pourrait être indéfiniment allongée, mais nous nous sommes bornés à iascrire une seule fois chaque institution à la date où elle a apparu pour la première fois sous forme d'expérimentation couronnée de succès ou sous forme de loi écrite, sans tenir compte de celles beaucoup plus nombreuses qui sont venues postérieurement compléter et développer l'idée première.
1801. Crèches. — Paris, M°^« de Pastoret — (ou en 1802,
Allemagne, princesse Pauline de Lippe-Detmold).
1802. Protection des enfants ouvriers. — Angleterre : loi
pour la préservation de la santé et moralité des apprentis dans les fabriques de coton et de laine.
— (France, loi du 22 mars 1841).
1804. Caisse d'épargne. — Angleterre, Saving bank, par
Miss Wakefield à Tottenham. — (Paris, 1811,
Delessert).
1806. Conseil des prudhommes . — Lyon.
1808. Dépôts de mendicité. — France, loi du 5 juillet 1808. 1818. Colonies d'assistance agricole. — Hollande, par Van
der Bosch. — (Allemagne, 1882, par le pasteur
Bodelschwing).
1825. Grèves. — Angleterre : loi de 1825 reconnaissant le
droit de coalition (France, loi du 25 mai 1864). 1831 . Réglementation du salaire et abolition du Truck-System.
— Angleterre. — (Belgique, loi du 16 août 1887). 1831. Maisons ouvrières. — Philadelphie, société coopérative de construction, Building and loan society. — (1853, Mulhouse, par Jean Dollfus).
1831. Association coopérative agricole. — Ralahine, Irlande. 1831. Association coopérative de production industrielle. — Paris, par Bûchez.
183^2 . Lutte contre l'alcoolisme. — Angleterre. Association des TeetotalerSy par Livesey, à Prestoo. — (New- York, 1853, l'association des Bons Templiers; Genève, 1877, la Croix bleue).
1.S33. Inspection des fabriques. — Angleterre (France, loi du 19 mai 1874).
1834. Épargne scolaire. — Le Mans (France), par Dulac.
1839. Protection de la propriété de famille. — Texas, loi
du homestead.
1840. Timbres- poste (9 janvier). — Angleterre, par Rowland
HiU.
1842. Participation aux bénéfices. — Paris, par Leclaire.
1844. Limitation légale du travail des femmes. — Angleterre (loi du 6 juin).
1844. Sociétés coopératives de consommation. — Les Pionniers de Rochdale (21 décembre).
1846. Loi sur la santé publique. — Angleterre (loi du 26 août).
1848. Limitation légale du travail des adultes. — France :
loi du 9 septembre 1848, journée de 12 heures.
1849. Caisses rurales. — Flammersfeld (Prusse rhénane),
par Raiffeisen. — (France, 1885, Caisse de crédit agricole de Poligny, Marne).
1850. Caisse nationale de retraite par l'État — France.
1851. Restaurant populaire. — Grenoble, par Taulier.
1851. Assistance judiciaire gratuite, — France : loi du
22 janvier.
1852. Système d'assistance d'Elberfeld. — Allemagne. 1852. Banque populaire. — Ville de Delitzsch, parSchuIze. 1N56. Journée de huit heures. — Melbourne (établie par les
Trade Unions).
1856. Bureau- d'hygiène municipale. — Turin.
1861. Repos dominical. — Suisse : Société pour l'observation du repos du dimanche.
1861. Caisse cf épargne postale. — Angleterre. — (France
1881 (loi 17 mai 1861).
1862. Cercles ouvriers. — Angleterre : Workmen's Clubs
and Institute Union (Paris, Cercles catho'iques ouvriers, 1870).
1864. Wholesale (fédération des Sociétés coopératives en
vue de l'achat en commun). — Manchester.
1865. Système de Gothembourg (pour réglementer la vente
de l'alcool). — Suède, par le pasteur Wielselgreen.
1866. Fourneaux économiques. — Berlin, par M""^ Mor-
genstern.
1866. Cours d'adultes. — France, par Duruy.
1867. Mesures préventives contre les. accidents dans les fa-
briques. — Association de patrons, Mulhouse, par
Engel Dollfus. 1867. Exposition d'économie sociale. — Paris, par Le Play. 1869. Conseil d'arbitrage et de conciliation (pour l'industrie
du bâtiment à Wolverhampton). — Angleterre. 1869. Bureaux du travail. — Boston, par M. Garoll Wright.
— (Paris, sous le nom d'Office du travail, 1896).
1869. Association de vinification. — Ahr, Prusse rhénane. 1870 Charity organisation Society. — Londres.
1870. Lutte contre la réglementation de la prostitution. —
Association nationale des Femmes, Londres.
1871. Reconnaissance légale des associations professionnelles
ouvrières. — Angleterre (loi complémentaire en 1874). — (France, loi du 16 mars 1884).
1872. Délégués ouvriers élus dans les mines de houille. —
Angleterre (France, loi du 8 juillet 1890). 1872. Asile de nuit. — Marseille.
1872. Palais du peuple. — Mulhouse.
1874. Trade-Unionists Label. — Illinois, par les ouvriers
cigariers.
1874. Protection des enfants envoyés en nourrice. — France,
loi du 23 décembre dite loi Roussel.
G. — Éc. 3
1875. ÈcheMe mobile des salaires. — Angleterre : xMineurs du Staffordshire.
1877. Conseils d'usine. — Sous le nom de Chambres d'expli-
cation, dans les charbonnages de Mariemont el Bascoup (Belgique), par M. Weiler.
1878. Assistance par le travail. — Paris, par Mamoz.
1879. Épargne par la mutualité. — La Fourmi, à Paris.
1880. Familistère de Guise, par Godin.
1880. Le Vooruit (coopération socialiste). — Gand.
1881. Mutualités scolaires. — Paris, 19^ arrondissement,
par M. Gavé.
1883. Assurance obligatoire ouvrière. — Allemagne (loi con-
tre la maladie, 15 juin 1883; — contre les accidents, 6 juillet 1884 ; — contre l'invalidité, 22 juin 1889).
1884. Syndicats agricoles. — France (loi du 21 mars). 188i. Seulement universitaire. — Toynbee Hall, Londres. 1887. Conseils de l'industrie et du travail. — Belgique, loi
du 16 août 1887.
1887. Bourses du travail. — Paris.
1888. Cité-Jardin (mars). — Angleterre. Port Sunlight,
par iMM. Lever.
1888. Associations pour l'élevage du bétail. — Berne, par M. de Watteville. .
1888. Monopole de la vente de l'alcool. — Suisse (1895,
Russie).
1889. Jardins ouvriers. — Sedan, par M°^' Hervieu. 1889. Sauvetage de V enfance moralement abandonnée. —
France, loi du 24 juillet 1889, dite loi RousseL
1889. Ligue des consommateurs. — New-York.
1890. Conférence internationale pour la réglementation du
travail (15-29 mars). — Berlin.
1892. Sanatoriums pour tuberculeux. — Allemagne, Franc-
fort-sur-Mein.
1893. Assistance médicale obligatoire. — France, loi du
15 juillet 1893.
1893. Verrerie ouvrière d'Albi (Association de production
à forme collectivisle).
1893. Assurance municipale contre le chômage. — Berne. 1893. Hôtel populaire — Rowton House, Londres. lS9i. Arbitrage obligatoire clans Vindustrie. — Nouvelle- Zélande, par M. Reeves.
189i. Assurance municipale contre le chômage. — Saini-Gall. 189^. Musée social. — Paris, par ie comte de Chambrun.
1895. Associations d'anciens élèves (petites A.). — France.
1896. Fixation légale d'un salaire minimum. — Victoria,
loi pour réprimer le sweating system.
1898. Universités populaires. — La Coopération des Idées, Paris, par M. Deherme.
1898. Retraite pour les vieillards iîidigents. — Nouvelle-
Zélande, loi du 1" novembre.
1899. Caisses régionales de crédit agricole. — France, loi
du 31 mars.
1900. Association internationale pour la protection légale
des travailleurs. — Paris, Congrès du 25 juillet (siège à Baie).
A parcourir ce tableau on a l'impression qu'il embrasse la totalité de ce qui nous est connu dans le domaine de l'Économie sociale(0. Faut-il donc en con-
(1) Nous n'éprouvons aucune difficulté à reconnaître que cette liste doit être incomplète et, d'autre part, qu'elle est quelque peu arbitraire.
D'abord, la question de priorité pour les institutions sociales est toujours fort difficile à fixer et, quelle que soit la date que Ton choisisse, on pourra toujours citer quelque précurseur. Dans un compte rendu sur ce Rapport, M. Tullio Minelli a revendiqué pour l'Italie la priorité en ce qui concerne les maisons ouvrières.
D'autre part, il est certain que la France occupe dans cette liste relativement aux autres pays une place exagérée. Quoique nous nous soyons appliqués à éviter tout chauvinisme en ce domaine, il est naturel que les institutions et lois françaises nous soient plus familières que celles des autres pays. Mais chacun pourra compléter et rectifier cette liste. Telle quelle, elle suffit, croyons-nous, à donner une idée de la somme et de
40 ÉCONOMIK SOCIALE
dure qu'en fait d'institutions sociales, il y a cent ans il n'y avait absolument rien?
Cette conclusion ne serait pas tout à fait exacte. Cependant il est certain qu'une liste semblable sur rÉconomie sociale au début du xix° siècle eût été assez courte. Des associations professionnelles et compagnonnages, des confréries en grand nombre servant parfois à l'aide mutuelle, quelques sociétés de secours mutuels sous leur forme actuelle (i), des hôpitaux et hospices, pour la plupart dans un état lamentable, des monts-de-piété, quelques antiques formes d'associations rurales telles que les fruitières, et c'eût été à peu près tout. Il est donc permis d'affirmer que l'effort social du iix® siècle a été vraiment énorme, surtout si l'on pense que chacune des dates indiquées ne marque que l'acte initial de séries innombrables d'efforts qui vont se prolongeant et se ramifiant à l'infini.
^ Il se pourrait toutefois que les résultats obtenus c'est-à-dire l'amélioration du sort du peuple, n'aient pas été proportionnels à l'effort. Il se pourrait que ce que nous avons appelé les conditions de la vie heureuse ne soient guère mieux remplies aujourd'hui qu'il y a un siècle, et que par conséquent le moment ne soit pas venu d'entonner le carmen seculare. Ré-
la variété des efforts sociaux accomplis depuis cent ans. Si on la divise par décades on verra mieux combien le progrès s'est accéléré. La première moitié du siècle de 1800 à 1850 ne nous donne que 23 numéros, la deuxième moitié en contient 59. La décade 1851-1860 en contient 6, la dernière décade 1891-1900 en contient 14.
(1) Les plus anciennes sociétés de secours mutuels paraissent avoir été fondées en Angleterre, à Spitalfieds, en 1687 et en 1703, par des huguenots réfugiés à la suite de la révocation de TÉdit de Nantes (Alfred PiNHORN, Spending and Saving, Londres).
. AU XIX" SIÈCLE. Ai
servons notre appréciation jusqu'au moment où nous aurons vu ce que chacune de ces institutions a pu nous donner dans sa sphère. Mais en tout cas l'efforl vaut par lui-même et si, comme l'affirme Kant, « il n'y a qu'une seule chose en ce monde dont on puisse dire qu'elle soit absolument bonne, c'est la bonne volonté », rendons du moins cet hommage au siècle qui vient de finir qu'il a été un siècle de bonnes volontés.
Ace grand œuvre social du xix^ siècle trois facteurs ont collaboré. "€e sont eux qui figurent à chaque ligne de notre tableau chronologique : ce sont les trois grands exposants dans toutes les Expositions d'Économie sociale; ils s'appellent V association libre, le patronage, les pouvoirs publics'^).
N'en oublions-nous pas un et le plus grand de tous, Vinitiative individuelle? C'est-elle que Léon Say, dans son Rapport pour 1889, mettait au premier rang (2). Certes, elle est partout, mais c'est précisé-
(1) Nous disons « l'association libre », car si elle est obligatoire elle devient Institution d'État.
Nous disons « le patronage » et non a le patronat », car ce mode d'activité sociale n'embrasse pas seulement les actes des patrons proprement dits, c'est-à-dire des chefs d'industrie, mais de tous ceux qui par suite d'une supériorité sociale quelconque se trouvent en situation d'aider les autres. Ainsi les institutions charitables, et généralement aussi celles d'origine religieuse, rentrent dans le patronage, quoiqu'elles soient en dehors des institutions patronales.
Nous disons « les pouvoirs publics », et non « l'Etat », parce que ce mode d'activité sociale comprend non seulement l'action de l'État, mais celle des municipalités, des départements, de l'Assistance publique.
(2) « Ici c'est l'énergie individuelle et indépendante des travailleurs eux-mêmes; là c'est l'action extérieure de patrons qui suscitent ou réveillent l'énergie individuelle paralysée ou endormie; plus loin c'est l'action des pouvoirs publics qui tantôt respectent et secondent l'effort individuel
ment pour cette raison qu'on ne saurait lui faire une place à part. Elle est dans l'association, car il n'est pas une seule association dans le monde qui ne doive sa naissance à l'activité et à la foi de quelque individu et qui puisse subsister et prospérer autrement que par le dévouement et la persévérance d'un ou de plusieurs de ses membres. Elle est dans le patronage, car, plus encore que l'association, celui-ci implique une intervention personnelle; il n'existe pas une seule institution patronale ou charitable qui ne soit l'œuvre de quelqu'un et ne puisse porter un nom d'homme. Elle est même dans l'intervention de l'Étal, quoiqu'on l'y voie moins clairement, car toute action des pouvoirs publics, toute mesure législative, émane toujours d'une initiative individuelle : la seule différence c'est (ju'ici « l'individu » est député ou conseiller municipal, ministre, roi ou chef de bureau; mais il est certain que chaque institution publique, chaque loi, pourrait porter aussi un nom d'homme, et que de lois en efîet que l'on désigne ainsi! Loi Roussel sur les enfants en nourrice, loi Siegfried sur les habitations ouvrières, loi Bérenger sur la remise de la peine, loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats professionnels, loi Reeves sur l'arbitrage obligatoire en Nouvelle-Zélande, act de Sir Robert Peel sur l'organisation de la Banque d'Angleterre, etc.
et tantôt le méprisent et l'étouffent par une intervention qui exclut la liberté » (p. vi).
Il est à remarquer dans cette citation : — d'abord que rassociation n'y est pas nommée, du moins expressément; — d'autre part, que l'État est loin d'être mis au même rang que les autres facteurs, car il est le seul qui soit présenté comme cause possible de recul autant que de progrès. Nous verrons d'ailleurs plus loin ce qu'en disait Léon Say.
Mais ce qui caractérise l'Économie sociale c'est (jiie l'initiative individuelle ne peut guère y devenir efficace qu'à la condition de revêtir l'un des trois modes que nous avons indiqués. Sans doute un homme peut améliorer sa situation par ses seuls moyens — par exemple par l'épargne — mais en ce cas les résultats seront individuels comme l'effort lui-même et n'auront pas une portée générale. Pour ()iie l'épargne devienne véritablement un mode d'amélioration « sociale», il faut qu'elle apparaisse sous forme de caisse mutuelle, ou patronale, ou municipale, ou d'État. Aussi bien il suffît de lire les catalouues des Expositions d'Économie sociale pour voir (fue les exposants individuels étaient peu nombreux
— en dehors de ceux qui agissaient par voie de patronage — et leurs expositions ne consistaient guère qu'en a publications».
Ceci admis, il est très intéressant de savoir quel est celui de ces trois modes que l'activité sociale revêtira de préférence, car c'est l'importance respective du rôle joué par chacun d'eux qui marque la physionomie sociale d'une époque.
- Voici d'abord r association. Ce n'est pas assurément le xix° siècle qui l'a inventée. De tout temps les hommes ont su s'associer pour travailler, pour s'amuser, pour adorer, pour se rendre les honneurs funèbres. Mais c'est une illusion de croire que Tassociation était beaucoup plus pratiquée autrefois, au moyen âge notamment, que de nos jours, et que le siècle qui vient de finir ait été particulièrement caractérisé par le déclin de l'esprit d'association et le
développement de l'esprit d'individualisme. Autrefois, il n'y avait qu'un petit nombre de formes d'association : à vrai dire, il n'y en avait guère qu'une seule qui élait à la fois l'association professionnelle et la confrérie religieuse, tandis qu'aujourd'hui nous allons voir qu'elles se comptent par milliers. 11 est vrai que cette association unique exerçait des fonctions multiples. M. Sidney Webb fait remarquer que la guilde médiévale comprenait à la fois des attributions « de la trade-union, de la société de secours mutuels, du syndicat patronal, de l'inspecteur des manufactures, du bureau de bienfaisance, de la commission scolaire et des vérificateurs des poids et mesures ». Aujourd'hui l'association obéit à la loi de la division du travail. Ainsi autrefois cette association unique prenait l'homme tout entier, tandis qu'aujourd'hui ces mille associations ne prennent, chacune respectivement, qu'un côté de notre personne et qu'un moment de notre vie. Heureux changement d'ailleurs et très profitable à la liberté, car c'est ainsi seulement que l'association pourra atteindre ses véritables fins qui sont de servir à l'homme et non de se servir de lui, de multiplier ses énergies et non de les absorber!
Une foule de modes d'activité qui autrefois ne se comprenaient qu'isolés, l'épargne, l'aumône, l'achat ou la vente, ne fonctionnent aujourd'hui que par voie d'association : on s'associe pour épargner, pour donner, pour acheter et pour vendre. Et même tels actes qui semblent porter essentiellement le cachet de l'individualisme parce qu'ils ne relèvent que de la conscience de chacun, tels que de s'abstenir de boissons fermentées, de ne pas fumer, ou de ne pas
manger de viande, ou, pour les dames, de ne pas porter des plumes d'oiseaux sur leur chapeau, tels même que de se faire une règle de vie intérieure, d'observer le repos du dimanche, de pratiquer la chasteté, de s'interdire telle ou telle lecture, d'élever ses enfants de telle ou telle façon — ne semblent plus aujourd'hui possibles autrement qu'en fondant quelque Ligue, ligue de tempérance, ligue végétarienne, ligue de la Croix bleue ou de l'Étoile blanche. Il y a aux États-Unis une ligue a contre le baiser», inspirée non parle puritanisme d'ailleurs, mais par la microbiophobie. Il y a en Angleterre des assurances (ce sont aussi des formes d'association) contre les risques les plus bizarres, par exemple, pour les époux, contre la naissance de deux jumeaux; pour les demoiselles, contre le célibat (0; pour les fournisseurs, contre la mort du Roi ou de la Reine (2). La diversité des formes d'association est bien faite pour émerveiller quiconque sait les voir. C'est une flore aussi riche que celle qu'étudie le botaniste et où les découvertes ne sont ni moins attrayantes ni moins imprévues. Et ces espèces sociales ont sur les espèces végétales cette supériorité que tandis que celles-ci sont à peu près fixées, celles-là évoluent sans cesse et chaque jour voit quelque création nou-
(1) A quarante ans, les demoiselles assurées qui sont encore célibataires, touchent une prime proportionnelle à leurs versements. Cette assurance existe aussi en Danemark.
(2) A la mort de la reine Victoria, les compagnies d'assurance ont eu à payer à ceux qui s'étaient assurés contre cet événement, directeurs de théâtres, couturiers, etc., une somme évaluée à 400.000 francs. On s'est assuré aussi lors du couronnement du roi Edouard. En divers pays les patrons ont créé des assurances contre les gr.èves.
velle. Ce n'est point à dire pourtant qu'elles échappent à toute loi. Au contraire, elles se divisent en familles dont chacune a ses propriétés caractéristiques. Les unes ont leur éclat et les autres leurs vertus, ces mêmes vertus qu'on prêtait autrefois, non sans raison, aux « simples », celles qui guérissent et celles qui du moins endorment la souffrance. Il y a ici aussi des flores régionales et d'autres locales; il y a des lieux d'élection pour telle ou telle variété; il y a des centres de rayonnement qu'il est facile de retrouver à travers les modifications résultant des milieux Si la laiterie coopérative a son habitat depuis des siècles, comme une fleur des Alpes, dans les hautes vallées, elle est pourtant descendue dans la plaine et s'est étonnamment multipliée en Danemark, en Belgique, en Irlande. Si les sociétés coopératives de consommation ont toutes pour point de départ la ville sainte de Rochdale, leur graine est en train d'ensemencer le monde jusqu'aux Indes et en Australasie. D'autres ont une zone moins étendue. Si les sociétés d'épargne et de construction [building and loan societies) ont franchi depuis longtemps les limites de leur ville natale Philadelphie, appelée à cause d'elles City of Homes, cependant elles ne se sont guère propagées au dehors du territoire des Etats-Unis. L'association coopérative de production, sous sa forme autonome, n'a guère réussi au dehors de la France, et l'association des braccianti ne se trouve qu'en Italie. Les associations de vinification restent cantonnées dans quelques vallées latérales du Rhin et sont bien loin de s'étendre partout où mûrit le raisin.
Ces formes d'association ne vivent pas toujours en paix. Chacune, obéissant à son instinct, inné dans toute institution comme dans tout être vivant, s'etïorce de s'étendre en envahissant le champ du voisin Chacune revendique comme siennes les fonctions des autres. Les syndicats professionnels veulent faire la mutualité, les syndicats agricoles le crédit, les sociétés de secours mutuels veulent détourner à leur profit les bonis des sociétés de consommation et celles-ci veulent absorber les sociétés do production. Et même chacune des trois formes de l'association ouvrière, l'association professionnelle, l'association de consommation et l'association de secours mutuels, s'affirme comme le type primordial dont tous les autres' doivent dériver, chacune prétend, par le développement intégral de ses fonctions, constituer le cadre de la cité future, et chacune, animée par une sorte d'impérialisme, cherche à s'annexer tous les territoires de l'Économie sociale (0.
Tout cela fait un monde très vivant. Et pour donner une idée de ce vaste monde, nous ne saurions mieux faire que de donner ici le résumé d'un des tableaux exposés par l'Office du travail. 11 donnait la statistique des associations de toute nature connues en France en l'an J900. Nous modifions un peu le classement de ce tableau, qui avait été dressé par les soins de M. Spire, pour le rendre plus court et plus facile à saisir.
*^l) Mais dans ce travail d'intégration et d'annexion elles se heurtent a iÉtat qui prétend se le réserver pour lui seul ■ et s'efforce de limiter chaque association au mode d'activité spécialement déterminé par ses statuts.