CARACTÈKES SPÉCIAUX UU MAL
tis par cette longue suite de mauvais exemples : daus les villes, notamment, ils tombent dans une corruption moins profonde peut-être, mais plus repoussante que celle des classes dirigeantes. Privés de la sécurité sans laquelle ou ne peut ni apprécier les autres biens, ni supporter les maux de cette vie, ils ont pris eu haine le nouvel ordre social. Détachés de la Coutume, ils accordent leurs sympathies à des conceptions chimériques qui sont condamnées par l'expérience du genre humain. Ils sont toujours prêts à agiter la société pour réaliser ces chimères, et ils deviennent ainsi les artisans de leux* propre ruine.
CARACTÈRES SPÉCIAUX DU MAL A l'ÉPOQUE ACTUELLE.
Le mal offre aujourd'hui chez nous beaucoup de symptômes habituels aux époques de désordre; mais il se distingue eu outre par certaines particularités qui ne s'étaient jamais présentées dans notre histoire. La corruption, qui, sous les derniers Valois et sous l'ancien régime en décadence, ne s'était point étendue au delà des courtisans et des classes riches, a pénétré, depuis le régime de la Terreur, parmi les populations vouées aux travaux usuels. Cette nouveauté prend chaque jour des caractères plus redoutables; car, tandis que l'élite des classes supérieures commence à revenir au bien, les couches inférieures de la nation se laissent plus
156 l'invasion du mal ou la corruption.
que jamais envahir par le mal. La corruption u'a pas changé de nature, mais elle s'exerce dans des milieux nouveaux ; et il est aisé de voir que, dans les conditions actuelles, la réforme ne sera plus aussi facile qu'elle le fut au xvii« 'siècle. •
Pendant les crises sociales de la Ligue et de la Fronde, nos ancêtres furent préservés des exagérations extrêmes du mal par la constitution même de la vie privée et du gouvernement local. La France restait organisée par petits groupes formés de paroisses rurales, de bourgs, de domaines agricoles, de manufactures rurales ou urbaines; et, dans chacun d'eux, l'unité de pensée et d'action était maintenue par des chefs respectés de tous. Dans chaque grbupe également, la masse était formée de chefs de maison . exerçant leur autorité sur une famille nombreuse, ayant la propriété complète ou, tout au moins, l'usufruit du foyer domestique. L'influence se trouvait donc attribuée, dans les moindres subdivisions du corps social, à des hommes qui avaient pu constater, par la prati- 'que de .leur vie, que les sources de laprospérilé publique et privée sont la religion, la propriété, la famille, le travail et le respect dQ la hiérarchie sociale. Placée sous de telles influences, la masse de la nation s'idenliflait avec les gardiens de la paix pi^blique. Quand la discorde éclatait • dans l'État, la jeunesse inexpérimentée, les cœurs ardents, les esprits faux et les individus déclassés que passionne l'nulagonisme social ne