‹ Économie socialeChapitre 73 sur 82 · DÉCOL'VERTE DE LA CO.NSTIT. E^^E.^■T1ELLE · texte numérisé non relu

DÉCOL'VERTE DE LA CO.NSTIT. E^^E.^■T1ELLE

fut saisie d"ime sorte de vertige. Elle accueillait lessy.styiie^sociaux de^inventeurs de toute sorte, avec uoe déférêuce qui jusqu'alors n'avait été accordée qu'aux résultats de l'expérience et de la tradition, plusieurs de mes condisciples émineutç, dont l'esprit avait été façonné par les axiomes des sciences exactes et par l'enseignement des faits méthodiquement observés, employèrent même leurs talents, dans un moment d'aberration, à propager les idées préconçues les plus étranges. Après des discussions sans fin engagées avec mes amis, je reconnus que j'étais également incapable, soit de legxonvaiucre d'erreur, soit de leur enseigner la vérité. Je compris alors le llevoir imposé à notre patriotisme par cet état d'impuissance. L'indifférence pour la vérité eût été impardonnable dans un temps où Terreur déchaînait tant de maux sur notre race. Je pris donc la résolution de chercher le remède à ces maux, eu même temps que je ferais l'apprentissage demon*métier.'Je ne savais pas encore où je trouverais ce remède ; mais, après ' avoir constaté en cette matièrê la stérilité des idées préconçues, j'étais déjà fixé sur un point essentiel.: à savoir que dans la science des sociétés, comme dans la science des métaux, je ne me croirais "en possession de la vérité que lorsque ma conviction pourrait s'appuyer sur l'observation des faits.

!; II. — Comment l'auteur a été naturellemeut conduit à la méthode sociale.

Cette association des deux sciences avait été, comme on le voit, purement fortuite: elle m'a cependant, pour l'une et pour l'autre, conduit au but cherché par la voie la plus facile et la? plus directe. Tout esprit méthodique, qui procédera par l'apprentissage préparatoire d'un art usuel à l'étude des sociétés, obtiendra le même succès. Toutefois, beaucoup d'essais comparatifs m'ont donné lieu de croire que l'observation des populations attachées à l'exploitation des raines et aux arts qui s'y rapportent, est le plus rapide moyen d'arriver à la connaissance des vérités sociales, propres aux régions coutigucs. C'est ce que j'ai constaté particulièrement auprès des fondeurs, des afûneurs et des forgerons.

Ces ouvriers, en effet, obtiennent en général, au moyen de -manipulations simples en apparence, dés réactions physiques et chimiques d'une complication extrême. Pour acquérir la connaissance approfondie des phénomènes spéciaux à chaque genre d'ateliers, j'ai dû souvent rester pendant de* jours et des miits au contact des ouvx-iers. Pénétré d'admiration. pour la science qu'ils possèdent'sous des formes rudes et incultes, j'ai appris à les aimer, puis j'ai voulu les mieux connaître. Souvent même j'ai demeuré sous leur toit, quand les ateliers étaient épars dans les montagnes ou les forêts. Après avoir étudié, dans

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SOU atelier de travail, l'ouvrier que j'avais choisi pour objet spécial, de la monographie locale, j'observais de proche en proche les autres éléments delà "famille, avec toutes les circonstances de son activité. Ces éléments et ces circonstances se présentaient habituellement dans l'ordre suivant : les membres de la famille ; les industries innombrables auxquelles ils ont recours pour compléter les moyens de subsistance fournis par le travail métallurgique; les habitudes du foyer domestique; l'histoire de ce foyer ; et, enfin, les mœurs et les institutions qui assurent, dans les bonnes constitutions sociales, le bien-être physique et moral de la famille prise pour exemple. Quant aux informations qui devaient compléter la constitution sociale de la contrée où vivait la famille décrite, j'observais successivement :. les liens qui unissaient entre eux les divers ouvriers attachés à l'atelier métallurgique; les rapports de ces ouvriers avec le patron et sa famille, et les relations qui rattachaient le personnel de l'atelier à la population de la contrée; les types principaux de la population locale, les mineurs, les bûcherons et les autres forestiers, les flotteurs, les agriculteurs-charretiers- et' les gens de tout état chargés d'entretenir les bâtiments et le matériel de l'atelier; enfin, les idées générales, les mœurs publiques, les coutumes traditionnelles qui réagissent plus ou moins directement sur la population du voisinage ou de la contrée^ environnante.

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Ces observations simultanées m'ont promptement conduit -à un résultat inattendu ; les monographies de procédés métallurgiques sont, comme je viens de le dire, un acheminement vers les monographies de familles ouvrières; réciproquement, celles-ci ont été souvent pour moi le moyen de jeter la lumière sur les branches économiques et administratives de la métallurgie, et en particulier sur les questions de salaires. Les productions spontanées du sol et des eaux recueillies, ù titre gratuit, par la chasse, la pèche, la cueillette et le pâturage, procurent à certaines populations des ressources qui remplacent avec avantage le salaire en argent. Les monographies de

^familles, et surtout les budgets domestiques, m'ont souvent expliqué les anomalies qu'offrent les régimes économiques des diverses contrées. Par exemple, dès le début de mes voyages, étudiant comparativement la fabrication de l'étain dans les îles Britanniques et sur le Continent, j'ai trouvé que le fondeur de Bohême, payé 60 centimes par jour avec jouissance de larges subventions territoriales, avait un bien- être plus assuré

. que le fondeur du Coruouailles, payé 5 francs, mais privé de toute subvention.

C'est ainsi que, dans mou entreprise, les deux sciences se sont prêté un mutuel appui. Le travail des deux méthodes, commencé en 18"?9, est arrivé à la même époque pour chacune d'elles au degré de mérite que je pouvais lui donner. Eu 18i8, la méthode métallurgique était

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