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SOCIALE

Président : M. Carlier, commissaire général de la Belgique.

Le commissariat général de la Belgique a exposé un remarquable mémoire imprimé, de 1,074 pages, petit in-4'*, divisé en 18 fascicules dus à la collaboration de seize personnes d'une rare compétence sur l'état de la question sociale et sur les efforts dus aux ouvriers, aux patrons et aux pouvoirs publics pour améliorer le sort des travailleurs de la Belgique. Les seize collaborateurs de M. Garlier sont : MM. Alf. Soupart, ingénieur-directeur des charbonnages de Marchienne, pour la rémunération du travail ; G. de Greef, avocat près la Cour d'appel de Bruxelles, pour la participation aux béné-

fices; F. de Ninauve, avocat près la Cour d'appel de Bruxelles, sur les syndicats professionnels ; Bouvy, industriel à Liège, sur l'apprentissage ; J. Galesloot, président de sociétés de secours mutuels, sur les secours mutuels; J. Poelman, directeur de compagnie d'assurances, sur la caisse générale de retraites, garantie par l'État (f fascicule), et sur les caisses de retraites et rentes viagères (2* fascicule); M. H.-F.-G. Adan, directeur de compagnie d'assurances, sur les assurances sur la vie (i *' fascicule) , et sur les assurances sur les accidents (2* fascicule); Mahillon, directeur de la Caisse d'épargne et de retraite de l'État, sur les caisses d'épargne ; Odon Laurent, directeur du charbonnage des Chevalières de Dour, sur les associations coopératives de consommation ; A. Micha, secrétaire général de la fédération des banques populaires, sur les associations coopératives de crédit ; le baron H, de Royer de Dour, sur les habitations ouvrières; Gilon, sur les cercles d'ouvriers, récréations et jeux; R. de Ridder, professeur à la Faculté de droit de l'Université de Gand, sur l'hygiène sociale; E. Vandervelde, avocat près la Cour d'appel de Bruxelles, sur les institutions patronales ; Ch. Michel, professeur de l'Institut agricole de l'État, à Gembioux, sur la grande et petite culture ; John Ruys, sur l'émigration et l'immigration.

Cette série de fascicules forme une bibliothèque où les questions sociales sont traitées au point de vue his-

torique avec une connaissance approfondie de la matière. C'est un tableau complet de Tétat des rapports sociaux entre les ouvriers, les chefs d'industrie et les pouvoirs publics de Belgique, depuis la fondation du royaume jusqu'à nos jours. Comme ses divisions correspondent aux sections de l'Exposition, c'est dans les rapports spéciaux qu'on retrouvera les faits mis en lumière et les observations des auteurs des fascicules. Nous ne pouvons rendre compte à cette place, comme nous l'aurions voulu, de ce travail considérable à cause de son étendue d'abord et ensuite pour ne pas faire double emploi avec les rapports de section. Nous nous contenterons de parler des fascicules de MM. Bouvy, Oilon, de Ridder et Michel. MM. de Foville et Picot parleront dans leurs rapports des beaux travaux de MM. Mahillon et du baron de Dour sur les caisses d'épargne et les maisons ouvrières. Les autres rapporteurs ont puisé dans les autres fascicules beaucoup d'éléments d'appréciation.

M . BouvYa fait en 62 pages un historique de l'apprentissage en Belgique et un exposé de l'organisation des écoles industrielles et de leurs cours techniques ; des ateliers d'apprentissage des Flandres ; des sept écoles professionnelles fondées par des administrations communales ; des syndicats professionnels et des comités d'initiative ; des écoles profesâonnelles de Saint- Luc ; des écoles professionnelles de jeunes filles et des écoles ménagères.

Les écoles industrielles sont communales et reçoivent des subsides de l'État et des provinces. Il en existe 37 dont la population scolaire 8*élëve à 11,282 élèves; elles ont leur origine dans un arrêté organique de 1847 et dans Tarrété de 1851, qui en a fait dés établissements publics, et leur a donné un caractère plus déterminé d*utilité reconnue. Les cours durent, en général, troià ans; ils sont généraux et remplissent le môme pro^ gramme partout : arithmétique, algèbre, géométrie, mécanique, notions de physique et de chimie, hygiène, économie industrielle, dessin; ou ils sont spéciaux avec un programme différent sefon les lieux : à Gharleroi on enseigne la conduite des machines à vapeur, Texploitation des mines, la métallurgie; à Gand, le tissage, la filature; h Liège, Tarmurerie; à Louvain, la meunerie; à Ostende la construction navale, etc.

Les écoles d*apprentissage des Flandres sont sorties de la crise qui a appauvri ces provinces après 1830. Elles furent établies après une enquête en 1842 avec le double caractère professionnel et charitable, et organisées en 1847 dans les conditions où elles fonctionnent aujourd'hui, c'est-à-dire avec un caractère professionnel nettement déterminé. L'arrêté du 26 septembre 1847 disait : « Il sera établi, en faveur des jeunes gens plus âgés et des adultes, des ateliers d'apprentissage destinés à former de bons ouvriers. » Us se sont bornés à l'apprentissage du tissage. Ces ateliers ont

rendu des serviees, mais le nombre en a diminué; ils âont 44 aujourd'hui comme en 1857, après avoir été plus nombreux. La dépense en est peu élevée et chaque apprenti coule 450 francs, fournis par la commune, la province et TÉtat; ils ont formé exclusivement pour le tissage 22,800 ouvriers depuis leur fondation, et cependant ils déclinent. M. Bouvy croit, comme M. de Ridder, qui est Tauteur d*un rapport devenu classique sur Tenseignemeint professionnel, que le motif de leur décadence provient de rindifférence ou même de l'hostilité des conseils communaux, et il ne voit d'autre moyen de les relever qu^en les transformant en établissements d'État. Ainsi dans cette Belgique si fiére de rénergie et de Finltiative individuelles de ses citoyens, dans un pays où en 1885 on lisait dans un rapport sur la situation de renseignement industriel : « C'est au patron, c'est à l'initiative privée qu'incombe la mission d*organiser l'apprentissage, » on cède au courant gé« néral, et le devoir de l'apprentissage passe petit à petit du patron à la commune et de la commune à l'État. Il y a heureusement, et il est bon d'y insister, des résistances, et des comités privés se sont fondés qui donnent des résultats tout à fait satisfaisants. Ainsi les 7 écoles professionnelles de Tournai, Gand (2 écoles), Bruxelles (3 écoles) et Liège ; celle d'horlogerie, celle des tailleurs et de typographie, de Bruxelles, l'école des tailleurs de Liège et l'école de brasserie de Gand ont

été fondées par des syndicats professionnels, et la plupart très récemment, ce qui prouve la persistance chez un grand nombre de citoyens de la croyance à la nécessité d'une action privée.

Les écoles de Saint-Luc sont dues, elles aussi, à rinitiative privée ; elles s'adressent aux artisans et leur enseignent les principes du dessin dans ses applications industrielles à la construction. Elles sont dirigées par des frères des écoles chrétiennes.

Il y a en outre 6 écoles professionnelles de jeunes filles : 2 à Bruxelles et une dans chacune des villes d'Anvers, Mons, Liège et Verviers. Il s'y fait des cours destinés aux filles de la petite bourgeoisie et elles reçoivent un certain nombre d'élèves payantes. Ces écoles ont été en général créées par l'initiative privée, mais elles reçoivent des subventions administratives.

M. Bouvy donne aussi des détails intéressants sur les écoles ménagères attachées à l'enseignement primaire, public et privé, et qui a pour objet d'apprendre aux jeunes filles de la population ouvrière la confection et l'entretien des vêtements, l'entretien de la maison et la préparation de la nourriture.

M. Bouvy, en concluant son intéressant travail, s'applaudit de voir l'initiative privée et les pouvoirs publics concourir au développement de l'enseignement professionnel.

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Les corps de métier, dit-il, reconnaissent son absolue nécessité pour chaque profession. De ce mouvement sortira avant peu de temps une organisation complète de renseignement professionnel et de l'apprentissage. Enfin, ajoute-l-il, il existe en Belgique une quantité considérable de patronages catholiques qui réunissent les jeunes apprentis le dimanche et le jeudi. Des cours littéraires et scientiûques, des instructions morales et religieuses leur sont donnés. Ces patronages se comptent par centaines et rendent à la classe ouvrière de précieux services. Ils enlèvent à la rue et aux vices qui s*y contractent les jeunes gens et font de bons et honnêtes ouvriers.

M. GiLON, dans un fascicule de vingt-deux pages, décrit avec détail les cercles ouvriers et les sociétés populaires; les cercles sont ou religieux, ou socialistes, ou neutres.

Gand en possède le modèle. Vooruit (En avant!), de H. Anseele, ne se borne pas à faire de la coopération matérielle. Son vrai but est politique et social. La boulangerie et les diverses autres entreprises ne sont qu'un moyen de parvenir au but. Sur les diverses recettes des nombreuses industries de la société, le comité prélève le denier de ia lutte. La société gantoise a installé une magnifique salle de lecture, avec bibliothèque populaire socialiste; elle contribue à la fondation de nombreux cercles d'enseignement; elle publie deux journaux; elle possède une section musicale et dirige diverses œuvres de propagande socialiste. L'exemple qu'elle a donné au pays a été suivi un peu partout. On n'a pas seulement créé des boulangeries coopératives, on a annexé à cette œuvre mère toutes les institutions possibles de propagande.

Les Jeunes Gardes socialistes sont nombreuses dans le

pays. Elles servent à la vulgarisation des idées dans la jeunesse. Les membres disposent d*un des locaux de la société coopérative el y prennent toutes le» distra/stions de la jeunesse. Ils jouissent des jeux les plus variés, organisent des séances publiques, des fêtes, des conférences, des meetings. Presque toutes ces institutions possèdent des sections dramatiques et des sociétés musicales, instrumentales et vocales qui contribuent à Téclat des réunions exceptionnelles.

Les sociétés socialistes, on le comprend, jouissent d'une grande faveur auprès du peuple : ce sont des institutions essentiellement populaires, fondées par des ouvriers pour des ouvriers.

Bien que la question religieuse, qui divise la Belgique en deux camps bien tranchés, ne soit pas abordée par les cercles socialistes, la majorité des membres est composée de libres-penseurs.

Dans un chapitre intitulé Innovations, M. Gilon parle des tombolas de livres ; ce sont des réunions où Ton est admis à la condition de prendre un ou deux billets de tombola à 5 ou 10 centimes. On distribue à chaque séance un certain nombre de livres en rapport avec les billets vendus. On est arrivé quelquefois à placer jusqu'à huit mille billets dans une séance, ce qui permet de donner aux assistants pour 400 francs de livres. Le comité touche une remise des éditeurs et paye avec celte remise une partie des frais. C'est la Société des soirées populaires, fondée à Verviers en 1866, qui a imaginé ces tombolas.

Il y a aussi des sociétés pour faire voyager les

ouvriers; telles sont: la Sociélé pédagogique de Bru}^elles» les réunions populaires de Mons, le Cercle populaire de Heusy, les Soirées populaires de Prayon, du Centre, de Lambermont. C'est Verviers qui a donné l'exemple, et c'est à son image qu'ont été fondées les sociétés dont nous venons de citer les noms.

Les voyageurs, — hommes, femmes, jeunes gens, jeunes personnes, enfants mêmes, — les excursionnistes sont guidés par des personnes instruites, ayant fait une étude spéciale des lieux historiques, des monuments, des musées visités, et qui donnent de véritables entretiens sur les lieux mêmes, dans les salles des édifices, de vaut le s œuvres d'art. Pour que cet enseignement ne se perde pas, un bulletin est remis à chaque voyageur, bulletin périodique, sorte de journal où toutes les explications données dans le cours du voyage, sur Thistoire, la géographie, Tindustrie, le commerce, les arts, sont condensées. Comprises de cette façon, les excursions sont une école et une des meilleures, parce qu'elle parle de choses qui frappent les yeux.

On Ta dit, on Ta répété, et nous le reproduisons encore à rhonneur des initiateurs : « Le peuple des fabriques de Verviers est celui qui a le plus voyagé pour son instruction. »

Enûn, la Jeune Garde, de Verviers, qui rencontre beaucoup d'imitateurs, est une société qui fait une chasse d'un nouveau genre, — la plus humaine et la plus utile, — dit M. Gilon. C'est un moyen nouveau de porter un remède efficace, énergique, à la grande question des enfants moralement abandonnés. C'est un moyen de combattre le vagabondage, duquel sortent

tous les êtres dangereux qui emplissent les prisons et forcent les nations è. en élever périodiquement de nouvelles, toujours de plus en plus vastes.

La Jeune Garde^ de Verviers, et toutes les sociétés similaires ne permettent pas que Ton ne s'instruise pas, elles ne permettent pas que Ton déserte les écoles, elles ne permettent pas que Ton vagabonde.

C'est encore de Verviers qu'est partie celte idée humanitaire entre toutes.

M. DE RiDDER, Téminent professeur à la Faculté de droit de TUniversité de Gand, a fait en vingt-deux pages, sur Yhygiène sociale, un petit traité qu'il faudrait reproduire en entier et qui donne des renseignements précieux sur Vétat de la question de V hygiène en Belgique; nous donnons quelques extraits du chapitre qu'il a consacré à Talcoolisme :

« La consommation des boissons spiritueuses est très considérable en Belgique. Son importance s'explique par deux traits du caractère national. La population a toujours eu un goût très prononcé pour les sensations violentes, surtout pour celles qu'on peut trouver dans l'usage des boissons excitantes. Un poète flamand du moyen âge, Van Maerlant, en faisait déjà un reproche à ses compatriotes. En 1505, l'envoyé vénitien Quirini écrivait au Sénat de la République : « que les Belges fréquentaient beaucoup les cabarets et que leur plus grand plaisir consistait à manger et à boire ». « Ce

n'est pas Teau, mais la bière, ajoutait-il, qu*ilfaut compter ici parmi les quatre éléments » . Les tableaux des peintres flamands, leurs kermesses, leurs scènes de cabaret confirment la justesse de Tobservation de Quirini. »

« D'autre part, ]a population belge n'a cessé de montrer un attachement profond pour la liberté. Le respect de la vie individuelle, même dans ses plus fâcheux écarts, est profondément enraciné dans les mœurs; l'immixtion de Taulorité dans la conduite et les actes des citoyens a toujours répugné au sentiment public. L'histoire du peuple belge est, on le sait, le récit d'une longue lutte, entreprise pour restreindre les prérogatives du pouvoir et sauvegarder les droits des citoyens.

« Dans un pays où cette double disposition : l'amour de la boisson, la passion de l'indépendance, se rencontre à un si haut degré, on ne peut s'attendre à une action persistante, soit des citoyens, soit de l'autorilé, dans le but de réduire l'usage des boissons spiritueuses.

ce De fait, en Belgique, aucune initiative importante n'a été prise en ce sens. Le « laissez faire, laissez « passer )» a été pratiqué ici sans restrictions sérieuses. A ce point de vue, l'histoire du pays est particulièrement intéressante; il s'y fait une expérience, unique peut-être, et dont il importe de constater exactement les résultats. »

« Le seul acte restrictif de l'autorité centrale consiste dans la perception d'un droit d'accise sur la fabri-

cation de lalcool. Le monlant de ce droit a varié plusieurs fois : il s'élève aujourd'hui au taux modéré de 64 francs par hectolitre d*alcool fabriqué ; les distilleries agricoles jouissent même d'une remise de 15 p. 100 du droit. L'action d'une taxe aussi faible ne peut être guère sensible : le léger renchérissement qu'elle occasionne n'est pas de nature à arrêter les buveurs. En outre, l'adoption de nouveaux procédés de fabrication a permis d'opérer sur les frais de production une économie suffisante pour balancer TeiTet des augmentations consécutives de l'impôt. Le prix de l'alcool est resté à peu près le même depuis cinquante ans, et la politique fiscale du Gouvernement belge, si elle avait eu pour but de réduire la consommation, aurait nécessairement été inopérante. »

« En dehors des mesures fiscales, je n'ai à. signaler avant i887 aucune loi tendant à. combattre directement l'intempérance alcoolique. Il y a deux ans, à la suite de désordres graves qui avaient éclaté parmi les ouvriers des centres charbonniers, les Cjhambres ont voté des lois nouvelles destinées à restreindre les excès de boisson. Ces lois prononcent des peines contre les personnes trouvées en état d'ivresse publique et contre les cabaretiers qui servent des boissons enivrantes à des mineurs de seize ans ou à des personnes manifestement ivres; elles punissent toute personne qui a intentionnellement amené l'ivresse d'autrui, si celle-ci

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occasionne là mort ou une incapacité de travail; elles interdisent le colportage et la vente des boissons spiritueuses en dehors des lieux de débit ; elles assimilent les dettes de cabaret aux dettes de jeu ; enfin, elles abolissent le truck-system et prohibent le payement des salaires dans les cabarets et débits de boissons. »

« Ces dispositions n'ont pas, jusqu'ici, produit d'effets perceptibles : la loi répressive deTlvresse est appliquée avec la plus grande négligence par les autorités. Au reste, personne ne croit à son efficacité, et l'opinion se montre peu favorable aux poursuites contre les ivrognes. »

«Faut-il parler de quelques mesures insignifiantes prises par l'autorité administrative ? Une circulaire du ministre de la guerre a défendu, en 1885, la vente des boissons spiritueuses dans les casernes; mais il est douteux que cette mesure ait fait faire de grands progrès à la sobriété dans l'armée. »

« L*autorilé communale imite Texemple du pouvoir central : elle laisse faire. Certains règlements communaux fixent une heure (9 heures en hiver, 10 heures en été) pour la fermeture des cabarets ; mais presque tous ces règlements sont tombés en désuétude. »

« Là se borne le rôle des pouvoirs publics dans la lutte contre l'alcoolisme. En présentant les lois de i887 contre l'ivresse, le Gouvernement annonçait de nouvelles mesures. On lui demandait et il promettait le

dépôt d'un projet destiné à diminuer le nombre des débits de boissons; jusqu'à présent, ce projet n*a pas été présenté et on n'en parle môme plus. »

« L'initiative privée n'a pas été beaucoup plus féconde que l'action administrative. Les médecins, les hygié* nistes ont appelé à diverses reprises l'attention du public sur les ravages de l'alcool, mds leurs écrits n'ont guère eu de retentissement. Au congrès de bienfaisance tenu en 1856 à Bruxelles, unie discussion intéressante s'éleva au sujet de l'intempérance ; cette discussion demeura stérile. M. Frère-Orban, chef du cabinet, s'engagea bien h étudier la question et il soumit, pendant la session de 1867-1868, un rapport aux Chambres, où il exposa le résultat de ses études ; mais la conclusion ministérielle était l'abstention. »

« Au Congrès international des sciences médicales tenu à Bruxelles en 1875, l'influence pernicieuse de l'alcool fut de nouveau signalée; cette fois encore, l'émotion exprimée parles orateurs ne se communiqua pas à la nation. Quatre ans plus tard, quelques membres du corps médical constituèrent Y Association belge contre Fabus des boissons alcooliques; cette association ne compta jamais qu'un petit nombre de membres, et elle n'acquit aucune influence sérieuse. Elle fit cependant preuve de grande* activité : les écrits contre l'alcool se multiplièrent, un pétitionnement fut organisé pour demander la répression des excès alcooliques ;

grâce aux Boîns de ÏAssodaiion, le Congrès interna* lional de 1880 tint ses séances à Bruxelles et un meeting international se réunit à Anvers, au mois de sep* tembre 1885. Tous ees efforts étaient très louables; malheureusement ils n'aboutirent à aucun résultat positif. L'insuccès devint si évident qu'en 1883, un des membres les plus dévoués de YAssociationf M. Emile Cauderlier, proposa la transformation de celle-ci. La propagande avait été faite jusque-là par des hommes de Tart : des médecins, des hygiénistes avalent, mais bien vainement, mis en relief les recommandations de Thygiène au sujet de Tusage de l'alcooL »

« M. Cauderlier proposa de transporter le débat sur un terrain nouveau : le terrain économique et social ; pour bien marquer la portée de sa proposition, il demanda à la société de modifier ses statuts et son nom, de s'appeler désormais la Ligue patriotique contre Valcoolisme. Cette proposition fut acceptée, et la société n*eut qu'à se féliciter de son adoption. En peu de temps, le nombre de ses membres grandit sensiblement et elle disposa bientôt de ressources suffisantes pour entreprendre la distribution gratuite d'éclrits de propa«> gande anti-alcoolique. Après cinq ou six ans d'existence, la situation de la Ligue reste toujours également satisfaisante : ses adhérents lui sont demeurés fidèles, de nouveaux membres se sont fait recevoir ; les resr sources pécuniaires ne font pas défaut ; dos réunions

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publiques sont organisées tanlôt dans une ville, tantM dans une autre, et la presse publie les discours qui y sont prononcés; enfin la question alcoolique est étudiée et exposée sous toutes ses faces <lans de nombreuses brochures émanant des membres de la Ligue^ et principalement de son secrétaire actif et dévoué, M. £• Cau derlier. »

«Pourquoi faut-il que tant de bonne volpnté, que des efforts si méritoires laissent Topinion si froide? On parle un peu plus qu*autrefois des excès alcooliques, le mal est même assez généralement reconnu, mais Ton ne s*en préoccupe pas d'une manière sérieuse; le public reste inerte, et le Gouvernement, imitant Tindifférence générale, conserve intact l'ancien système du laissez-faire. On put croire, il y a deux ans, que l'administration allait prendre une attitude plus éner-^ gique : après les troubles survenus dans les districts houillers, le Gouvernement avait chargé une Commission spéciale d'étudier tous les problèmes qui se rattachent à Tamélioration du sort du peuple. Saisie de la question de l'alcoolisme par Fauteur du présent travail, cette Commission proposa une série de mesures dont l'application paraissait devoir assurer la disparition des plus graves abus. Ces propositions, hélas! sont restées à peu près à l'état de lettre morte ; une loi a été faite contre l'ivresse, mais personne ne réclame plus la mise en pratique des autres remèdes

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signalés par la Commission, et le Gouvernement parait disposé h le? laisser tomber dan<; Toubli. L'indifférence semble aussi profonde aujourd'hui qu*avant les sinistres événements de 1886. »

Citons, enfin, pour terminer, un passage du travail de M. Ch. Michel, professeur à Tlnstitut agricole de Gembloux, sur les salaires payés aux ouvriers agricoles en Belgique :

« Le mode d'engagement des ouvriers agricoles est variable; on rencontre souvent dans les fermes les trois catégories d*ouvriers, c'est-à-dire les domestiques à gages, loués au mois ou à Tannée, mais le plus souvent au mois, les manœuvres journaliers, et les tâcherons. »

<i Les domestiques à gages tendent de plue en plus à disparaître, pour être remplacés par des journaliers, parce que la culture est devenue tout autre; il n y a pour ainsi dire plus de régularité dans les travaux ; ceux-ci sont accumulés sur une ou deux époques ; il y a donc des moments de chômage. Aussi, dans les exploitations d'une certaine importance, ne rencontret-on plus comme agents à gages que des chefs de service : chef d'attelage ayant dans ses attributions les soins à donner aux animaux de trait, outre la conduite de son attelage; vacher, berger, etc. Le salaire des domestiques à gages est assez variable ; tantôt on les nourrit, mais ce mode tend à disparaître com-

plètemenl, et ce n*esl guère que dans les exploitations isolées de toute agglomération qu*il est encore en usage, de même que pour les journaliers que Ton rencontre dans toutes les fermes. »

« Le travail à la tâche est surtout usité pour certaines cultures, telles que la moisson des céréales et larrachage des betteraves à sucre. Dans les parties du pays où la grande culture existe, la population ouvrière agricole étant insuffisante, on fait appel aux ouvriers d'autres contrées où ils sont nombreux ; ainsi, pour la moisson des céréales et la récolte des betteraves, les ouvriers flamands viennent en aide aux cultivateurs et exécutent ces travaux à la tâche ; ils sont divisés en brigades fort souvent composées des membres d'une même famille, au moins en ce qui concerne l'arrachage, le décolletage et le chargement des betteraves ; de cette façon, ils peuvent établir une certaine division du travail qui leur permet d'utiliser avantageusement toutes les forces; les hommes procèdent à l'arrachage, les enfants au décolletage et les jeunes gens au chargement. »

« Quant aux salaires de ces différents agents de la ferme, il n'est possible de donner des renseignements précis que pour les journaliers, la statistique ne concernant que cette catégorie de travailleurs. »

« Le payement en nature tend à disparaître complètement, nous ne nous en occuperons pas. »

« Le salaire des ouvriers agricoles est plus on moins élevé selon qu'ils reçoivent la nourriture ou qu'ils doivent pourvoir eux-mêmes à leur alimentation. »

« Dans la plus grande partie du pays et dans les grandes exploitations surtout, Thabilude de nourrir les ouvriers devient moins fréquente. »

« Le tableau ci-après donne les résultats comparatifs moyens pour tout le royaume des salaires agricoles, avec et sans nourriture^ pour les années 1850, 1856, 1874 et 1880:

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