SALAIRES JOURNALIERS
/ Hommes de corvées d ateliers.
Trieuses de laines (femmes et filles)
ChauCTeurs-conduct.de machiues à vapeur.
Dégraisseurs de laines
Soigneuses de peignoge et de filature. . . ./
Fileurs ù bras j de 3 65
Fileurs sur métiers ren videurs à 4 30
Tisseurs et tisseuses à la mécanique....
Mécaniciens (tourneurs et ajusteurs)
fr. c.
fr. c.
de 3 65
de 4 50
de:? 75
de 3 50
do 3 50
de 4 50
En sus de ces salaires, il est accordé des primes de bonne conduite de 12 francs par trimestre aux ouvriers à la journée et des gratifications de production en rapport avec la quantité d'ouvrage exécuté. Les employés et contremaîtres participent aux bénéfices d'après un système qui fonctionne depuis plus de cinquante ans.
Il faut ajouter que le personnel profile de véritables subventions fournies en nature : école primaire, salle d*asile, fourneau économique, caisse de secours, pensions de retraite, médecins, sépultures, crèche, qui grèvent la maison de 65,350 francs par an, sans compter d'autres avantages difficiles à évaluer en argent. La paye des ouvriers se fait toutes les deux semaines, le mardi.
Pour le coton, l'auteur du rapport a concentré son
élude sur les Établissements de MM. Thiriez frères et fils (à Lille et Loos) créées en 1822 par M. Julien Thiriez. La force motrice nécessaire aux usines n*est pas moindre de 1,800 chevaux vapeur, et le personnel monte à 1,535 ouvriers, hommes, femmes et enfants. Le nombre des anciens ouvriers est considérable. Les patrons se sont réservé le droit de recruter et de modifier, selon les nécessités de leur industrie, leur porsonnel ouvrier, mais ils cherchent à conserver dans leur industrie les enfants de leurs ouvriers. Voici quel est le taux moyen des salaires par jour :
Ouvriers de préparation 3 ^ 00 à 3' 25
Ouvrières 2 10 2 50
Fillettes 98 2 00
Ouvriers ûleurs (suivant Tàge).. .. 4 50 6 50
Grands rattacheurs 2 74 3 50
Petits 1 00 2 00
Pour le lin, c'est la Société linière de Pérenchies^ dont les établissements sont situés h. Pérenchies, à la Madeleine et à Lille, qui a servi de type d'étude à l'auteur du mémoire. Les manufactures de Pérenchies, qui forment le principal noyau de cet ensemble, ont été achetées en 1848 par M. D. Agache, père des propriétaires actuels.
Le nombre des ouvriers occupés dans les diverses usinçs de la Société est de 1,995, dont 1,375 pour Pérenchies, et 620 pour Lille et la Madeleine, auxquels il
faut ajouter le personnel dirigeant et un grand nombre d'employés de bureau. Sur les 1,375 ouvriers de Pérenchies, il y en a 8 qui ont plus de quarante ans de services ; 20, plus de trente ans : 38, plus de vingtcinq ans; 74, plus de vingt ans; 119, plus de quinze ans, et 267, plus de dix ans.
A Tusine principale de Pérenchies, les salaires atteignent de 900,000 à 958,000 francs par an, suivant les articles fabriqués. A La Madeleine, ce chiffre est de 450,000 francs.
Les salaires varient avec les diverses occupations attribuées aux travailleurs : nous allons en indiquer le taux pour chacune d'elles.
D'abord la filature. — Cette industrie comprend le peignage du lin à la mécanique et son repassage à la main ; deux opérations spéciales pour l'étoupe, le peignage et le cardage ; une autre spéciale au lin, l'étalage; enfin les étirages, le banc-brochage, le filage et le dévidage communs au lin et à l'étoupe.
Les ouvriers peigneurs sont payés à la journée et touchent : les garçons de machines 2 francs h. 2 fr. 25 ; les enfants qui manœuvrent les presses, 1 fr. 25 h. 1 fr. 50. Les repasseurs à la main sont aux pièces sur la base de 3 fr. 25 à 4 francs les 100 kilogrammes peignés.
Le cardage se fait généralement par des hommes qui gagnent 2 fr. 50.
Toutes les autres opérations de la filature indistinctement sont confiées à des femmes qui gagnent à la jow*née: les ouvrières étaleuses, 2 francs à 2 fr. 25; lesétjrageuses, ifr. 60 à 2 francs; les banc-brocheuses, 2 fr. 10 à 2 fr. 50 ; les fileuses, 2 francs à 2 fr. 50, et les démonteuses, i fr. 15 à 1 fr. 25. Les dévideuses travaillent aux pièces^ suivant le nombre d*écheveaux dévidés et gagnent par jour de 1 fr. 65 à 2 fr. 75 ; les paqueteurs, 4 francs à. 4 fr. 25 par jour suivant le nombre de paquets faits.
Ces salaires sont sensiblement les mêmes que ceux payés à Lille dans la même industrie.
Ensuite le tissage. — Cette autre industrie comprend comme opérations principales : la préparation de la chaîne, englobant le bobinage, Tourdissage, le passage dans les lames et le parage ; la préparation de la trame ou sa mise en cannettes, et le tissage proprement dit.
Le bobinage et Tourdissage sont confiés à des femmes qui gagnent, les premières, à la tâche, de fr. 90 à i franc au paquet bobiné suivant le numéro, les secondes à la journée 3 francs en moyenne.
Les deux opérations suivantes sont confiées à des hommes. Les lamiers gagnent par jour, le chef, 4 francs, les gamins sous ses ordres, 2 fr. 75, et quant aux pareurs, ils sont payés soit à la coupe de toiles, soit plus généralement par le système dit à semaine bonne ^ c*est-à-dire avec un salaire fixe par semaine,.
avec droil au salaire total si un cas de force majeure oblige les ouvriers de l'usine à chômer quelques jours de la semaine : par le système à semaine bonne, le salaire hebdomadaire est de 30 francs ; par le système à la coupe, il est souvent plus élevé, mais fort va* riable.
La mise en cannettes se fait par des femmes qui gagnent 1 fr. 50 au paquet on vidé.
Enfin, au tissage proprement dit, sont employés indistinctement hommes ou femmes, travaillant aux pièces, suivant un prix de façon variable avec la largeur de la toile et le nombre de fils à la duite qui y est contenu, et donnant droit à un salaire hebdomadaire qui varie de 15 à 25 francs et plus.
Le système des primes à la production est appliqué, quand il est possible, pour certaines catégories de contremaîtres et d*ouvriers, suivant l'économie qu'ils peuvent réaliser. Gomme exemple, nous citerons les ouvrières employées à la surveillance des bancs à broches : chaque fois qu'une série de bobines est pleine, la soigneuse en fait la levée et reçoit un plomb ; elle touche alors une prime si au bout de la journée le nombre de plombs qu'elle présente est supérieur au nombre moyen de levées de bobines obtenu généralement. Les ouvrières de filature proprement dites peuvent aussi toucher une prime lorsqu'elles arrivent à être assez habiles pour soigner deux faces de métier à. filer
à la fois, soit 176 broches au lieu d'une face comme cela se pratique dans la plupart des établissements similaires.
Mais en dehors de ces primes qui rentrent dans la catégorie des sursalaires, la maison accorde annuellement à ses ouvriers des subventions en nature sous diverses formes. De ce chef, nous relèverons particulièrement :
i» L'installation d'écoles primaires de fabrique^ pour les enfants des deux sexes travaillant dans l'établissement, occasionnant pour le traitement de Tinstiluteur et de l'institutrice, les fournitures de classe et l'éclairage, une dépense de 2,800 francs par an ;
2^ Des salles d'asile pour les enfants des ouvriers, pour lesquelles l'entretien du matériel, le traitement de deux religieuses et d'une bonne, etc., nécessitent une dépense de 3,500 francs ;
3^ Le fonctionnement d'un corps de musique uniquement composé des ouvriers de l'établissement de Pérenchies, comprenant pour le traitement d'un professeur desolfège, d'un chef de musique, l'achat et l'entretien des instruments et partitions et l'attribution d'une subvention annuelle, une dépense de 4,300 francs;
4o L'équipement d'une compagnie de pompiers et l'attribution d'une subvention à une compagnie de gymnastes, les membres de l'une et de l'autre étant toujours choisis dans le personnel de l'usine : coût, i .200 francs ;
5"* L'établissement d'un orphelinat de 16 lits, uniquement réservés aux jeunes ouvrières dont les parents ont travaillé à la filature ou au tissage, nécessitant pour la surveillance, Téclaîrage, le chaufTage, etc., une dépense de 3,500 francs ;
6° Le fonctionnement d*un dispensaire pour les malades et blessés, entraînant une dépense de 9,000 francs pour les honoraires du médecin, le traitement d'une sœur de service, Tachât des médicaments et des distributions de vivres et secours temporaires aux malades et nécessiteux;
7° Une subvention de 1,100 francs à une société de secours spéciale aux ouvriers de l'usine ;
8° L'attribution de demi-salaires aux femmes des ouvriers réservistes : 2,500 francs ;
9° Des gratifications et pensions aux vieux serviteurs^ atteignant actuellement 3,500 francs ;
lO*" Des dons de vêtements et diverses gratiQcations aux enfants des ouvriers au jour de leur première communion : coût moyen, 3,000 francs;
ilo Diverses gratiQcations au prorata des années de service, accordées au personnel durant les trois jours de la kermesse annuelle : ensemble 2,500 francs ;
12"* Une perte voulue sur la location de 170 maisons d'ouvriers au-dessous du taux normal : 8,000 francs;
13** Une perte d'intérêts consentie sur le fonctionne-
ËCONOllIE SOCIALE. 65
ment d*une caisse d'épargne pour les ouvriers de rétablissement ;
14® Une perte également consentie sur la vente d*un groupe de maisons, soit 400 francs k raison d'une mai* son par an ;
15** Enfin, le fonctionnement d*un économat pour les ouvriers, nécessitant une dépense annuelle de 2,600 fr. à la charge de la maison.
On évalue à 35 francs par an Tespèce de sursalaire dont profitent, grâce à ces institutions, les 1,375 ouvriers de Tusine de Pérenchies.
Industrie houillère, — Il y a dans le département du Nord 10 compagnies houillères, dont 6 seulement sont en pleine activité. La Compagnie d*Anzin est la plus importante : c'est celle que Fauteur du mémoire a choisie pour étudier le mode de rémunération du travail des ouvriers de Tindustrie houillère. La Compagnie d*Anzin est la plus ancienne du Nord ; elle est une des premières qui aient été créées en France. Elle a des concessions qui datent de 1720. Elle occupe trois sortes d'ouvriers, ceux destinés au service du fond, dont les uns sont chargés de travaux souterrains et les autres des travaux de la surface ; ceux auxquels on confie la fabrication du coke et des briquettes, le lavage, le service des rivages, magasins et ateliers de réparations ; enfin ceux occupés au chemin
de fer. Le nombre de ces ouvriers, en 1887, était
de 11,369 et se répartissait de la manière suivante :
^ { souterrains 8,191
Travaux < , , ^ . ^
l de la surface 1 ,488
Ateliers, coke, lavages, etc 1 ,255
Chemin de fer 435
Sur 100 ouvriers, ily en avait 70 ayant 20 ans de services et moins, 17 ayant de 21 à 30 ans, 11 ayant 31 à 40 ans, et 2 ayant plus de 40 ans de services.
Le salaire que ces ouvriers touchent est très varia- ^ble : il dépend du genre d'occupation dévolu à chax^un d'eux ; toutàTheure i:\ous le spécifierons mieux. Il nous est facile cependant d'en établir la moyenne, en nous référant aux données que publie annuellement le service de rindustrie minérale, et que nous aurions été fort heureux de trouver pour d'autres spécialités industrielles doAt nous avons h nous occuper ici.
Le salaire distribué est, pour l'ensemble, de 10,764,100 fr. 24, ce qui, par ouvrier, donne 1,111 fr. 70, y compris les galibots, tailleurs de pierre et autres, dont le salaire n'est que de 400àS00 francs paran. Les autres rémunérations payées pour les autres genres de travailleurs ont atteint la même année 1,771,626 fr. 60, c'est-à-dire en moyenne 1,048 fr. 35 par ouvrier.
Voici quels ont été, chaque année, les salaires annuels de l'ouvrier mineur d'Anzin, toutes catégories comprises, depuis 1866 :
D'où il suit que, depuis vingt ans, il y a augmentation sensible dans le taux de la rémunération des travailleurs de rindustrie extractive dans le département du Nord.
Pour calculer quelle peut être la rémunération d'un bon ménage, on compte que, d'après des recensements récents, il peut yavoir à Anzin, par famille, 1.67 travailleur; dès lors, le salaire moyen d'un travailleur étant de 1,111 fr. 70, il entre dans chaque famille en moyenne une somme do 1 ,lii.70 X 167 ou 1,856 fr. 53.
Sur 4,830 ouvriers employés à Anzin à l'abatage, 3,430 ou 71 p. 100 le sont au marchandage, et 1,400 ou 29 p. 100 à la tâche. Les premiers gagnent généralement plus que les seconds, mais ils travaillent plus aussi et leur rendement est bien supérieur.
D'ordinaire, ce sont avant tout les bons ouvriers qui travaillent au marchandage. Les plus faibles se contentent du travail à la tâche : comme les prix
qu'ils acceptent sont revisés chaque quinzaine, ils Ira- -vaillent le plus souvent avec peu d'ardeur, espérant toujours qu'au bout de la quinzaine, si leur salaire ►n'est pas suffisant, on leur accordera (ce qui arrive parfois) une augmentation de prix pour la quinzaine •suivante. Régulièrement, en temps de grève, les mauvais ouvriers demandent toujours la suppression du fnarchandage.
La paye se fait à chaque fosse les S et 20 de chaque •mois. Les comptes sont arrêtés les 15 et 30. Les !•' •et 2, les porions font leur carnet de paye ; les 3 et 4, •ces carnets sont réunis en un seul pour former le car- >net du chef porion. Ce carnet est vérifié et ordonnancé parFadministration centrale : il faut en moyenne, pour lout terminer, quatre jours pleins.
Le 5 au matin, les fonds sont expédiés à chaque fosse avec les agents chargés de payer.
Le payement se fait généralement l'après-midi, le samedi^ lorsque les ouvriers ont terminé leur journée. Le salaire se distribue individuellement ou par bande, au choix des travailleurs : le plus souvent, les ouvriers à la veine, par exemple, qui sont les plus nombreux, •délèguent par chantier un camarade qui reçoit pour toute la bande ; cet ouvrier s'arrête après payement dans les estaminets voisins, où il règle son compte. Il se produit bien ce jour-là quelques entraînements à la boisson, mais généralement les ouvriers sont calmes.
Le lundi, Tarrivée des mineurs dans les chantiers est retardée jusqu'à cinq heures du matin (au lieu de quatre heures, comme nous le disons plus loin), afin de faciliter la reprise du travail ; ceux qui se dispensent de venir à la fosse sont amendés de i franc.
Les salaires sont versés intégralement aux ouvriers et en argent; aucune partie du payement ne s'effectue en nature. Mais il est fait des retenues pour la caisse des retraites, pour loyers, pour fermages et portion» de champs, pour maisons et avances, pour saisies et arrêts, pour outils perdus, pour transport d'escaillage,. c'est-à-dire pour le pori à domicile des charbons distribués gratuitement, et enfin pour amendes inQigées en raison de fautes disciplinaires, absence du travail les lundis et lendemains de fêtes ; les amendes sont d ailleurs versées dans les caisses des sociétés de secours mutuels.
L'auteur du mémoire a dressé des tableaux qui permettent de comparer à diverses époques le montant des salaires avec le prix des objets nécessaires à la vie.
Sauf pour la viande, les prix n'ont pas monté autant que les salaires, et il résulte de ce phénomène économique que la vie est devenue plus facile. On a cherché à établir des budgets comparatifs pour une famille de 6 personnes : le père, la mère et 4 enfants, dont l'cdné commence à travailler.
De 1820 à 1830, on estime le produit du travail de la
70 ÉCONOMIE SOGÎALE.
famille à 670 francs ; de 1880 à 1887, on l'évalue à 1,800 francs.
L'augmentation des ressources a permis d'augmenter considérablement les dépenses de nourriture et de vêtement, et surtout les dépenses diverses comprenant le cabaret etrépargne. Voici, pour la dépense en viande, en bière, en vêtements et en divers, y compris le cabaret, quelles sont les conclusions de l'auteur du mémoire :
La viande, — Les ouvriers mineurs peuvent aujourd'hui consommer de la viande presque tous les jours, tandis qu'il y a cinquante ans ils pouvaient à peine en manger le dimanche.
La bière, — On consommait autrefois de la petite bière qui revenait à bon marché et on n'en buvait pas tous les jours; aujourd'hui on ne boit plus que de la bière forte et on en fait usage à presque tous les repas.
Le vêtement. — Bien que les prix des éloffes soient en général diminués, les dépenses faites sur cet article sont considérablement augmentées. Autrefois les goûts étaient sans doute plus simples et les modes moins changeantes ; la capote et le mantelet du dimanche devaient durer bien des années. Aujourd'hui on peut se payer un peu de luxe et on en use largement. Tous ceux qui visitent les corons peuvent constater du reste, les dimanches et jours de fête, la propreté et Télégance même du vêtement, surtout chez les enfants, dans les ménages bien tenus.
Enfin, les dépenses diverses comprenant le cabaret, Vépargne^ etc. — Ces dépenses ont aujourd'hui line part très importante dans le budget de l'ouvrier, au moins 10 p. 100, et, comme l'épargne n'existe malheureusement pas ou presque pas, c'est le cabaret qui reçoit tout. Le nombre de
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ces établissements va toujours croissant; ils se font entre eux une concurrence incessante en orffanisant dans les quartiers ouvriers des fêtes et des jeui de toutes sortes, si bien que, bon gré mal gré, Touvrier finit toujours par être entraîné et par dépenser ce qu'il pourrait économiser, et trop souvent même ce [qui est nécessaire à sa famille.
CHAPITRE II, — Sociétés d'agrément^ jeux populaires^ cercles. — Il y a dans le déparlement du Nord beaucoup de sociétés d*agrément, dont les objets sont très variés. Il n'y a guère d'autres cercles ouvriers que des cercles catholiques et, sous le nom de patronage^ des réunions instituées par les comités catholiques. Le patronage des jeunes ouvrières de Valenciennes conserve cependant un caractère absolument laïque. Mais ce qui domine, ce sont les sociétés de jeux et d'exercice. Il y a des sociétés pour les combats de coqs, pour les concours de pinsons, pour le jeu de boules, de dés, de billard anglais, pour la paume, Tare, l'arbalète, la sarbacane. Les sociétés nautiques sont très nombreuses, et aussi les sociétés colombophiles, les sociétés d'aérostation, les fanfares, harmonies, orphéons, unions chorales et autres sociétés musicales. On compte dans le département du Nord 53 sociétés de tir et de gymnastique. La plupart de ces sociétés ressemblent à celles qui existent dans les autres départements. Les combats de coqs et les concours de pinsons sont plus
spéciaux à la Flandre. Nous donnons ci-dessous quelques détails sur la façon dont on les organise.
Combats de coqs. — H ne se passe point de dimanche» ni jour de fête où en vingt endroits il n y ait des combats de coqs. La scène a lieu au cabaret : l'été, en plein air, dans la cour ; Thiver, dans une salle réservée à cet usage.
Rien n'annonce le drame qui va s'accomplir, pas de réclame dans les journaux, pas d*affiche danslacommune, pas d'inscriplion à la porte, et cependant une heure avant le combat il y a foule au cabaret.
On boit, on fume, on parle haut, on vante les c< coqueleux » qui font combattre, car ils ont souvent une réputation solide, illustrée» augmentée sur maints champs de bataille où ils ont présenté leurs élèves, réputation non usurpée, car il y a un art de choisir les coqs, de deviner leurs aptitudes et de faire leur éducation ; puis on raconte les prouesses antérieures des adversaires qui vont être mis en présence, on dit la généalogie des coqs, ni plus ni moins que si c'étaient des barons à seize quartiers, ou des pur-sang de haute race.
Déjà des têtes s'échauffent et des paris s'engagent.
Mais les « coqueleux » sont arrivés ; ils tiennent enfermé dans un sac le héros de la lutte qui s'annonce, ils avalent une chope sur le comptoir et se dirigent vers l'arène. C'est un enclos carré d'environ 2 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur, fermé par des plan-
ches mal rabotées, sur une hauteur d*environ m. 60. Deux cents personnes déjà sont massées autour, debout, serrées, écrasées, les unes contre les autres, montées sur des bancs, sur des tables, les yeux déjà écarquillés et attendant les péripéties du drame, car ces combats ont leurs surprises, leurs accidents imprévus, leurs^ alternatives de crainte et de confiance, et enfin leur brusque et sanglant dénouement. Les « coqueleux » se placent Tun en face Tautre, aux angles opposés de l'arène.
Les conditions du combat sont dites à haute voix ; elles se résument généralement en ceci : le coq, blessé ou non, qui restera cinq minutes couché, a perdu.
Alors on sorties deux'chamj^ions des sacs où ils sont tristement enfermés, leurs éperons sont armés de lames d'acier très aiguës ; quelquefois, pour accroître leur fureur, on leur a au préalable versé quelques gouttes de cognac dans la gorge, enfin on les lâche Tun contre Tautre. Suivant Tattitude, la force, Tencolure des deux champions, les paris redoublent et se pressent.
Ordinairement, il y a une minute d'attente; les coqs paraissent ne pas se voir, ils se tiennent à distance comme s'ils avaient peur, puis tout d'un coup, ils s'élancent l'un vers l'autre, mais prudemment toutefois et s'évitent dans une passe rapide. Puis ils reviennent à la charge, frémissant, voltigeant, les plumes héris-
Bées et frappant de Téperon. Parfois les premiers coups d'ergot sont mortels, mais parfois aussi la lutte se prolonge, les deux combattants lardés de blessures, saignant, Tœil morne, la langue pendante, continuent cette lutte; leurs ailes s*enlacent, les lames d'acier s'enfoncent dans les chairs, leur acharnement devient palpitant; ils ne se quittent plus, ils roulent l'un sur l'autre ne formant plus qu'une masse agitée de mouvements convulsifs. Harassés, brisés, rendus, ils s'éloignent chacun dans un angle de la piste et s'affaissent, mais bientôt ils recommencent avec un courage, une rage, une furie indescriptibles. Le public haletant voit ce spectacle, tantôt poussant des hurrahs, tantôt se taisant brusquement et retenant presque son haleine.
QuelquePois un coq veut fuir la lutte ; il se sent perdu, il franchit la barrière, et son maître est obligé de le remettre dans la piste ; d'autrôs fois la lutte se prolonge, et tout d'un coup, brusquement, on voit un des deux combattants s'affaisser, ouvrir le bec, battre de Taile : c'est fini. Il a reçu un coup d'éperon dans la tête, ou à la gorge, ou au cœur. Mais le vainqueur ne chante pas sa victoire ; d'aspect il ne vaut guère mieux que son rival malheureux. Mais il est emporté aussitôt, caressé, soigné, reconforté, et quelques jours après, guéri et plus fier qu'auparavant, il continue la série de ses vie* toires jusqu'au jour où, à son tour, il restera inanimé sur le sable.
Le combat uni, les comptes se règlent; la fièvre qui un instant avait animé les spectateurs a disparu : ils ont retrouvé leur impassibilité habituelle, et gagnants et perdants vont ensemble allumer une bonne pipe de tabac, avaler un verre de bière ou d'alcool, en attendant un second engagement qui a lieu quelques minutes plus tard, entre deux nouveaux champions. En règle générale, le combat ne dure pas plus de sept à dix minutes, quelquefois même il est plus court. Le plus souvent, il n'y a pas plus de trois ou quatre combats le même jour, dans la même piste.
Ces rencontres ne se font pas seulement entre coqs de la même localité, mais il y a des concours, des luttes de village à, village, et la commune qui a perdu tend toujours à obtenir sa revanche.
11 en résulte des relations de village à. village, des rivalités passagères et des liaisons durables.
Concours de pinsons. — Les concours de pinsons sont fort en vogue dans le Nord. Il ne se passe pas de fête locale, dans Tune des villes ou même dans l'un des villages de notre département, sans qu'il ne soit plus ou moins question de faire chanter ces oiseaux privilégiés.
L'espèce qui fournit aux concours le pinson à chanter, ou, pour parler plus correctement, à poser, est le pinson proprement dit, le fringilla cœlebs des naturalistes.
I) y a deux manières de se procurer les oiseaux que Ton veut former : ou bien on les prend jeunes dans le nid, ou bien on leur lend des pièges pour les attraper tout élevés. Les pinsons qui figurent dans les concours ont été presque tous pris au piège, c'est-à-dire à un an ou deux; les plus âgés, vieux renards instruits par Texpérience, se rebiffant toujours lorsqu'il s*agit de se laisser attraper.
On prend les pinsons dans les vergers : c'est là qu'iU se plaisent et qu'on est sûr de les rencontrer. Pour le& capturer, on place un. pinson dans une cage près de laquelle on a tendu des Qlets; le chant du pinson captif attire le pinson du voisinage; quand le pinson libre descend sur la cage, on l'enveloppe de filets ou bien on le prend avec de la glu. L'attention particulière que l'on donne au pinson dans le Nord a amené les amateurs à remarquer combien il est jaloux de conserver la supériorité sur son territoire : s'il y en a deux dans le même verger, ils se battent, et il faut nécessairement que l'un des deux s'en aille.
Le pinson pris est placé dans une cage d'une construction particulière. C'est une sorte de coffre en carré long, formé de planchettes de 0"^,30 environ de longueur sur moitié de hauteur et autant de large, ne tirant . de jour que d'un des côtés étroits où se trouve le vase destiné à recevoir le manger. Cette cage ressemble assez à un cercueil, et elle annonce, par l'aspect lu gu-
bre qu'elle a, le triste sort de Fhôte aimable qui doit Thabiter.
En effets sept ou huit jours après qu'un pinson a été pris, on lui brûle les deux yeux, ou, pour mieux dire avec Buffon, qui décrit celte singulière et cruelle opération, on réunit la paupière inférieure à la supérieure en y faisant une sorte de cicatrice artificielle que Ton obtient en touchant légèrement et k plusieurs reprises les bords des deux paupières avec un fil de métal rougi au feu, en prenant bien garde toutefois de ne pas blesser le globe de Tœil. On attend huit jours avant de faire l'opération, pour que l'oiseau ait assez pris l'habitude de sa cage pour trouver sa nourriture, après qu'il aura perdu la vue. On pourrait croire que la douleur en fait périr beaucoup : ce serait une erreur, car ils survivent h peu près tous à l'opération.
On allègue, pour excuser cette barbarie, que, dans les concours, ce petit esclave de nos plaisirs s'effaroucherait, s'il n'était pas aveugle, du nombre de personnes que cet exercice attire ordinairement, ou bien encore qu'il aurait des distractions, dont le préserve la cécité. Quoi qu'il en soit, on ne saurait trop protester contre cette coutume barbare; ce n'est plus après l'opération cet oiseau vif et toujours en mouvement qui a donné lieu à l'épithète gai comme un pinson; triste et monotone dans sa cage, il y reste presque immobile.
Les pinsons ne sont bons à poser qu'au bout de quatre
OU cinq ans: plus jeunes, ils ne peuvent soutenir la concurrence avec les vieux. On les exerce au combat d'abord deux à deux, ensuite en plus grand nombre. Il faut en prendre beaucoup pour en obtenir un bon, aucun signe extérieur ne pouvant faire discerner ceux qui auront plus ou moins d'aptitude pour le chant. Un jour ou deux avant le concours, Toiseleur place les pinsons qu*il destine à y ûgurer dans un endroit obscur et retiré de la maison, quelquefois même dans une armoire, aûn que chantant peu ces jours-là, ils soient d'autant mieux disposés pour le lendemain. On choisit pour l'assaut de chant un lieu en plein air, où les oiseaux entendent peu de bruit, et au couchant, pour qu'ils soient garantis des rayons du soleil. Les cages sont placées sur des chaises à un mètre d'un mur.
La veille au soir, les oiseleurs ont soin de se réunir pour tirer au sort entre eux les numéros qu'occuperont leurs pinsons. Gela n'est pas tout à fait indifférent. Si un pinson est fort, il est avantageux qu'il soit placé entre deux pinsons également forts, car plus il entendra chanter, plus il chantera. Si au contraire un pinson est faible, le chant des voisins plus forts que lui le fera taire. Le comble de la disgrâce pour un amateur est que son pinson soit placé à l'une des extrémités de la lice, car alors il n'a qu'un oiseau et pose nécessairement moins.
On pose ordinairement de cinq à six heures du matin.
Le concours dure une heure; le prolonger au delà de ce terme serait s'exposer à nuire à Toiseau.
Au premier coup de l'heure indiquée, on annonce que le concours est ouvert; c'est le signal d'un profond silence. Les oiseleurs se placent en face de chaque oiseau; leur tâche est pour chacun d'eux de remarquer les coups de chant. Us emploient à cet effet une règle carrée et un morceau de craie, et leur tâche est contrôlée par d'autres oiseleurs. Tout mauvais chant doit ne point être, marqué, et le chant double sans répétition doit ne l'être que pour un simple coup.