PUBLICS
Nombre d'exposants 34
Nombre de récompenses 19
Grand prix i
/d'or 7
Médailles | d'argent 9
( de bronze 2
La section XVI est la dernière du groupe d'Économie sociale. Il était, d'ailleurs, naturel de la mettre àla fin. Les visiteurs ne devaient-ils pas, en effet, attendre, avant d'y entrer, d*avoir parcouru toutes les autres, et n'étaient-ils pas réduits à chercher, au cas où ils ne l'auraient pas déjà trouvée, une conclusion dans la vitrine suprême, dédiée à la section XYI, c'est-à-dire à Vintervention, où l'État l'avait peut-être enfermée. C'est dans les documents, dont la réunion constituait la section XVI, qu'on pouvait peut-être, si on ne l'avait pas rencontrée ailleurs, apercevoir enfin la panache, la solution absolue, définitive, unique, de toutes les questions ouvrières et sociales que les habitués de l'Esplanade des Invalides s'étaient posées à eux-mô^
mes en parcourant les galeries des quinze premières seclions de rÉconomie sociale.
Dans les premières sections, en effet, les efforts sociaux individuels ou collectifs, émanant des ouvriers seuls, des patrons seuls, des patrons et des ouvriers réunis dans une action commune, avaient pu donner une impression consolante et frapper d*admiràt!on les chercheurs sociaux; mais ils avaient dû produire en outre un singulier effet qui grandissait et envahissait l'esprit an fur et à mesure qu*on pénétrait davantage dans le cœur de tant de sujets divers. Oo devait bien vile tirer de tout ce qu'envoyait cette conséquence indéniable, émanant (les faits eux-mêmes, touchée au doigt et vue pour ainsi dire matériellement : Texamen des tableaux, des graphiques et des documents des quinze premières sections, faisait éclater, comme une vérité définitive, qu'il n'y a pas une question sociale.
il n'y a non pas une^ mais beaucoup de questions sociales ; et pour chacune d'elles, il n'existe pas desolution unique, mais au contraire une infinité de solutions particulières différant les unes dés autres à raison des mœurs, des habitudes, des traditions historiques, industrielles ou autres, des populations laborieuses, et aussi à raison des lieux, du climat, du sol même, de La densité de la population et des moyens de communication ou de rapprochement, qui existent entre les hommes. S'il y a une solution unique, elle n*a
donc pas été trouyée dans les quinze premières sec* lions. La trouvera-t-on dans la seizième où Ton a réuni tout ce qui se rapporte k rinterveniion de TÉtat dans les affaires ouvrières, ou, pour parler plus exao* tement, dans les affaires des niasses populaires?
L'intervention de TÉlat, ou, pour employer l'exprès* sion consacrée, le socialisme d'État, apporte-t-il enfin cette panacée quirégénérerarhumaaité? Étant données les conditions nouvelles de Tindustrie et l'impossibilité pour l'individu isolé de se défendre contre les abus d'une lutte à outrance engagée . entre les hommes, rÉtat doit-il étendre ses attributions et entreprendre de remédier à tous les maux de la vie humaine? Doitil assumer la charge de diriger la production et la distribution de la richesse entre les citoyens dans chaque et dans toute nation? La réponse delà section XYI a été faite par les documents ; elle est aussi négative que celle des quinze autres. U faut conclure qu'il n'y a de solution que par la variété des efforts, par l'étude incessante des besoins locaux et enfin par les tentatives restreintes. Il est impossible et dange* reux de généraliser en matière de remèdes sociaux, et la généralisation supérieure, la plus haute de toutes, celle qui abime l'individu dans un panthéisme administratif, loin de s'imposer, doit être rejetée. Cette généralisation suprême, aussi vide que les autres, n'a pas plus d'efficacité.
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La constance dans une initiative incessante et variée est la seule façon de concourir au progrès de Thumanité. Il n'y a pas de but flual à saisir, il n'y a qu'une •tendance à s'en rapprocher. 11 faut marcher et ne s'arrêter jamais.
Les amis du progrès ne trouveront jamais de tente pour le repos; TÉtat, les diverses représentations de rÉtat, provinces, départements, villes, communes, ne pourraient pas plus la dresser que les utopistes, réunis en associations ou isolés.
L'Amérique, TAngleterre et la France ont contribué à former la remarquable collection de documents, qui constituaient l'exposition de la section XYI. Le socialisme d'État allemand y faisait, il est vrai, défaut; il ne pouvait y être étudié qu'en raison des imitations, dont il a été l'objet ailleurs et des contradictions qu'on y a opposées dans d'autres pays.
Un seul grand prix a été décerné^ et il a été attribué à la Ligue pour la défense de la liberté et de la propriété, fondée en Angleterre, en 1882, sous la présidence de lord Elcho, devenu plus tard lord Wemyss. L'objet de cette ligue est d'affirmer le principe de la liberté, de sauvegarder les droits du travail et de la propriété contre toute intervention injustifiée de TÉtat ou d'un pouvoir public quelconque et d'encourager ceux qui préfèrent s'aider eux-mêmes plutôt que de recourir à laide de l'État. Elle a un conseil de 15 mem-
bres, un comité chargé de suivre dans les Chambres la discussion des lois d'intervention, et elle a fondé sur toute la surface de TAngleterre, dans Tlnde et dans TAustralie, des centres d*action secondaires, dont les efforts généraux se centralisent à Londres.
Ce qui peut paraître étonnant dans une société de cette nature, c*est qu'elle existe en Angleterre ou plutôt qu'elle ait besoin d'y exister. Il aurait paru bien singulier, il y a encore peu d'années, qu'on cherchât, de l'autre côté de la Manche, à résister aux progrès d'une intervention abusive dont personne alors ne semblait s'aviser et qui n'était dans le programme d'aucun des hommes d'État en possession de la faveur populaire. Jusqu'en 1865, cette action gouvernementale qu'on peut appeler le socialisme d'État ne comptait ni dans la politique générale de l'Angleterre, ni dans l'organisation des partis.
Le socialisme révolutionnaire et la philosophie socialiste s'agitaient, sans grand danger, dans des mondes qui n'étaient pas celui du Parlement.
Depuis le triomphe de Cobden et grâce à la conversion de Robert Peel, la doctrine de la liberté, du laissez- faire, de l'harmonie des intérêts, de la paix sociale, de Tentente, sans idée d'oppression, entre les divers collaborateurs de Tindustrie, ouvriera ou patrons, semblait établie sur des fondements indestructibles.
42ê ÉCONOMIE SOCIALE.
L*éoole de Manchester régnait sans opposition, et Richard Cobden, libéral et démocrate, pouvait dire, en exprimant un tgbu qui semblait près dé se réaliser : « Je vois toujours avec plaisir tout ce qui tend ft combler Tabime, qui a jusqu'ici séparé ces de^x classes, les capitalistes et les travailleurs. Je voudrais que ces deux classes arrivassent à comprendre les dîfûcultés de leur position réciproque. Je voudrais que le travailleur vtnt à comprendre que le capital n*est que du travail accumulé et que le travail luimôme n'est que la semence du capital ; que ces deux hommes intéressés à une œuvre commune, le capitaliste et Touvrier, vissent que ce qui profite & Tun d*enx fait la prospérité de Tautre, et que, tous les deux, ils ont également à gagner dans le succès de Tentreprise (i). »
Mais le triomphe a ses dangers; le succès de la ligne de Cobden avait été trop éclatant ; il devait faire naître une réaction, et cette réaction devait être nourrie et développée par la discussion doctrinale de quelques hommes d'un rare talent*
John Stuart Mill, après avoir donné un grand lustre à la vieille école économique, dont Adam Smith est le chef, a été envahi par le doute ; il a cru voir que des « exceptions considérables » étaient nécessaires à la
(1) Voir la notice sur la maison Charles Besseliëvre fils (section II, rapport de M. Charles Robert).
ÉGONaMIE SOCULC. 4Si7
règle générale du laisser-faire. Les exoeptiond de Stuart Mill ojat peu à peu tout embras&é, et elles sont devenues la règle de ses imitateurs et de ses admirraleurs.
A propos de sa doctrine nouvelle sur le rlicbat des terres, doctrine qui a pris dans ces derniers temps le nom de nationalisation de la terre, le vieux Georges Grole, Tilluslre historien de la Grèce, qui avait été Tami de Mill le père et de Jean-Baptiste Say, fidèle à la vieille école, et irrité de voir Tautoritédu nom de Mill employée à détruire ce qu*U adorait, écrivait ce qui suit : <( Je regrette profondément renseignement pernicieux de John Stuart Mill; il a abandonné les principes de l'Économie politique ; il semble avoir une haine fanatique contre les riches. Je crois qu'il a fait plus de mal qu'aucun autre homme de notre temps par son système de conflscation appliquée à la propriété territoriale sous prétexte d'accroiê" sèment non gagné et par ses autres doctrines socialistes. » La décadence de l'ancienne économie politique commençait.
La politique de Cobden, qui avait triomphé par la ligue contre les lois céréales, et qu'on a appelée le cobdenism^ était fondée sur l'harmonie et la justice. Il s'agissait de pratiquer, sans attendre un retour de réciprocité des autres pays, une politique commerciale ouverte et de reconnaître la vérité de cet adage
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des philosophes économistes, qu'aucune nation ne paye de tribut à. une autre dans rechange des produits de son industrie naturelle. L'Angleterre ouvrait ses barrières pour faire la propagande de la liberté, et elle attendait de son bel exemple que tout le monde fit comme elle.
C'était, on peut le dire, transporter dans le domaine économique la philosophie du bien pour le bien, et mettre en pratique cette doctrine morale, que Thonnôteté est la meilleure des politiques.
Il ne s'agissait pas d'appliquer un remède aux maux de la société, mais de rendre, pour ainsi dire, la société à elle-même en faisant disparaître les obsta* des qui s'opposent à la bonne entente entre les hommes. La Ligue de la paix devenait nécessairement, dans cette conception très idéale, trop idéale peut-être, de l'humanité, la suite naturelle et comme l'épilogue de la Ligue contre les lois céréales et pour la liberté des échanges. On n'agite pas les peuples sans leur donner à croire qu'ils profiteront tout de suite pour eux-mêmes ou bientôt pour leurs familles du triomphe des idées auxquelles ils ont donné leur appui. La politique de Cobden n*avait cependant pas la prétention d'être une panacée, puisque son objet était de montrer, au contraire, l'inanité de toutes les panacées législatives. Elle ne procurait pas le bon marché absolu de la vie, mais elle faisait obstacle à
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la cherté artificialle. Le paradis ne devait pas être au bout de la marche triomphale de la Ligue. Aussi une réaction inévitable se produisit-elle en Angleterre au moment où les doctrines socialistes un peu amorties depuis 1848 en France et la disparition des charlistes en Angleterre vinrent à revivre en Allemagne et se constituèrent en philosophie de Tavenir.
Depuis quinze ans» le vigoureux individualisme de l'Angleterre n'a cessé de s'affaiblir. Il n'existe plus aujourd'hui qu'à l'état de souvenir, et c'est par un véritable anachronisme que quelques hommes d'Ëtat arriérés prennent encore aujourd'hui l'Angleterre pour un modèle de résistance au socialisme d'Ëtat.
Il est inexact de dire que TAngleterre lutte sérieusement en ce moment contre le socialisme d'État, et que, si elle y cède, elle s'y résigne comme à une fatalité dans des cas bien admis et sagement limités, comme le font les armées cernées, quand elles sacri- , flent un ouvrage avancé pour rendre la dernier^ défense plus efficace. L'Angleterre ne se défend plus, elle se livre.
En 1864, M. Goschen, préconisant avec M. Gladstone les lois sur les assurances ouvrières et sur les sociétés de secours mutuels, s'apercevait qu'un esprit nouveau semblait souffler dans la vieille Angleterre. On trouvait encore que les idées de centralisation à outrance et d'intervention gouvernementale dans le domaine
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dû cominerce et de Tiadustrie étaient quelque chose de nouveau et d'ûn^t-an^/ats. Mais on s^inclinait devant tine meâuii^e particulière , dkns Tespoir de porter remède à un mal localisé. Vingt ans plus tard, le même H. Ooschen était bien obligé de reconnaître que la question des terres dlrlande et la propagande du prince de Ëismarck avaient fait du socialisme d'État la pierre angulaire de la politique européenne.
« L^opînion publique, ou les lois en vigueur, disaît'il en 1883 à Edimbourg, nous font voir clairement que le temps du laisser-faire est passé, pour les parents dans Féducation de leurs enfants, pour les maîtres dans leurs rapports avec les ouvriers, pour I^s constructeurs dans la fabrication de leurs navires, pour les armateurs dans leur conduite vis-à-vis de Téurs matelots, pour les propriétaires urbains dans l-administration de leurs maisons et pour les propriétaires de terres dans la discussion des baux avec I^urs fermiers. »
Ce n*est plus, comme autrefois, le socialisme d'État , c'est la liberté qui est aujourd'hui sur la défensive. Les libéraux sont en face d'un conquérant; ils sont réduits à lutter pour sauver leurs dernières positions. De là est iiée la Ligue pour la défense de la liberté et de la propriété.
Elle agit comme les grandes ligues anglaises, par des discours publics, parla presse, par les brochures.
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Elle dénonce le socialisme au palais de Westminster, Qu le socialisme de TÉtai, et le socialisme dans Tadministration locale, ou le socialisme . municipal. Elle dresse, à la fin de chaque session, le bilan de ce qu'elle appelle les mauvaises Jois^ et faitun appel à ceux de ses membres» qui ont de Taclion dans les Chambres, pour arrêter « le progrès des bills d'intervention.»- La collection de ses petits traités, de format in48 carré, prend tous les ans une extension nouvelle, et elle a pu figurer, pour ainsi dire, comme une bibliothèque tout entière dans les vitrines de la section XVl. Elle applique son programme, avec une persévérance digne d admiration, et, quoique ses progrès soient lents, elle pose des bases solides pour se* conder le retour à la pratique de la liberté, quand le moment sera venu de réagir contre les excès du jour et de revenir à la sincère et ferme application des principes de liberté. « La Ligue s'oppose, est-il dit dans tous ses manifestes, à toute tentative pour faire de rÉtat un compétiteur ou un régulateur des divers modes de l'activité sociale et de Tindustrie, qui, sans cette intervention, resteraient sous TinQuence des entreprises privées avec leur spontanéité et leur faculté d'adaptation. Les questionsd'organisation etde constitution nationale ou de relations extérieures restent en dehors de l'objet de la Ligue. La Ligue ne s'occupe que des fonctions et des devoirs de l'État à
l'intérieur. Pendant les quinze dernières années, tous les intérêts de ce pays ont successivement subi par Taction de TÉtat une diminution dans leur droit de se gouverner eux-mêmes. Toutes les invasions de l'autorité centrale dans le domaine de la liberté indivis duelle paraissent, au premier abord, n'avoir pas de lien entre elles, mais elles sont cependant, en réalité» autant de manifestations d'un mouvement général vers le socialisme d'État. Les classes travailleuses seront les premières à en sentir les mortels effets dans toutes les branches de l'activité et de l'originalité humaines. »
Dans un tableau de ses efforts pendant six sessions
consécutives du Parlement, le comité parlementaire
de la Ligue, composé de lord Bramwell, du comte de
Fortescue, du comte de Pembroke et du comte de
Wemyss, pour la Chambre des Lords, du baron
Dimsdale, de sir Edward Watkin et de M. Stephens,
pour la Chambre des Communes, énumère plus de
cinquante propositions ou séries de propositions de
lois ayant été l'objet d'une opposition ardente de la
part des membres de la Ligue dans le Parlement.
Quelques-uns de ces projets ont été retirés, d'autres
ont été amendés. La raison de l'opposition de la Ligue
à ces propositions est toujours la même. Les lois
combattues par elle avaient pour objet de, permettre
aux agents de l'État de pénétrer dans les propriétés
privées pour en régler F usage, ou pour donner des droits plus ou moins étendus à TÉtat, à certains occupants^ ou au public en général, sans tenir compte ni des droits des propriétaires, ni des contrats passés entre parties. Le président de la Ligue, lord Wemyss, a publié, en 1887, une liste de 259 lois ou projets de lois votés ou discutés dans les Chambres de 1870 à 1887, et auxquels il attache Tépithète de socialis tiques.
La Ligue a toujours contesté les lois relatives aux terres cultivées d*Ir]ande ou aux grands espaces cultivés ou non d*Écosse. « Toutes ces mesures tendent plus ou moins à supprimer la liberté des contrats et k substituer fautorité de l'État à celle des propriétaires dans l'administration et le transfert de la propriété. Ce sont autant de pas dans le sens de la nationalisa-tion de la terre^ par opposition à la propriété individuelle. A
Parmi les projets, dont la Ligue est venue à bout, il y en a un sur la pèche à la ligne en Ecosse, dont le but était de forcer les propriétaires riverains à laisser le public pénétrer sur leurs terres pour pécher à la ligne, sans pouvoir exiger d'indemnités pour les dommages faits à leurs récoltes et à leurs clôtures toutes les fois qu'il n'aurait pas été tracé de sentier pour le passage libre. L'agitation contre ce projet a été considérable dans toutes les sociétés établies pour l'encou-
ragement et la protection des terrains affectés aux iports. La Ligue a fait distribuer 8,200 protestations aux membres du Pai*lement et a forcé les défenseurs de la loi à la retirer entre la première et la seconde lecture.
Malheureusement, le danger des agitations populaires est de ne pouvoir se borner et d'obliger ceux qui en sont les chefs à céder à la passion ou à Tintérét de quelques-uns des adhérents qui ont le plus d*ardeur. S'il est une exception « considérable », comme disait Stuart Mill, qu'il soit possible d'apporter à la liberté des transactions, c'est, sans contredit, celle qui s'applique à la vente des poisons ; or, un des plus terribles poisons, qui puissent être offerts de nos jours à la consommation publique, est assurément l'alcool.
L'alcoolisme est une plaie sociale, et si les peuples et
leurs gouvernements ne s'astreignent & prendre des mesures sévères contre ceux qui propagent l'alcool, l'abus, qui en est fait, peut arrêter l'humanité dans sa marche vers le progrès, parce qu'il rend malade la volonté humaine et brise le ressort mori^ qui nous permet d'agir sur nous-mêmes et de régler nos actes. L'alcoolisme est, en un mot, un mal qui peut amener la dégénérescence irrémédiable de l'espèce humaine. La Ligue pour la défense de la liberté et de la propriété n'est pas convaincue que, même dans ce cas, il. soit légitime et efficace de sacrifier à une
Utilité sociale les droits de la liberté. Elle croit que les dangers si graves, révélés depuis quelques années par Tétude des maladies provenant des excès de boissons spiritueuses, le plus souvent impures; peuvent être combattus par une action et une propagande simplement morales, et elle se refuse à laisser porter atteinte à la liberté du commerce des débitants de boissons spiritueuses.
« La thèse que je soutiens", disait le président de la Ligue à la Chambre des Lords, le 12 juillet 1889, est que la prohibition de la vente des boissons spiritueuses est une erreur. Ma prétention, en traitant ce sujet devant vous, est de prouver que les lois prohibant la vente des boissons spiritueuses ont leur inefficacité gravée par les faits en tête de leurs prescriptions, et qu'elles ont toujours échoué, même lorsqu'elles ont été expérimentées dans les circonstances les plus favorables. Nous sommes en mesure de le prouver en produisant des documents statistiques. Au Canada et aux États-Unis, il y a sur cette matière des lois de prohibition de tout genre et de toute nature. On y rencontre la prohibition absolue, la prohibition au choix des autorités locales, la fermeture des cabarets le dimanche, toutes les phases et toutes les formes que peut prendre la réglementation obligatoire du commerce des spiritueuxl S*il est vrai, comme le disent les avocats de la tempérance, que
la liberté de la boisson soit la cause de Tivrognerie, du crime, de la foHe et de la pauvreté, ces pays seraient alors délivrés de tous ces maux. C'est là que triomphent les lois sur les spiritueux, c'est le paradis' des teatotelersy le mal y devrait être aussi inconnu que dans FÉden avant la chute. Est*ce le cas? Non, les faits ne disent rien de pareil. Au contraire, Tivroguérie, le crime, la folie, le paupérisme et tous les autres maux sont aussi florissants dans les Etats, où la vente des spiritueux est prohibée, que dans aucun autre territoire transatlantique. »
Quels que soient les entraînements irréparables de toute grande agitation populaire, et c'est à mon sens par entraînement qu'elle résiste k la réglementation des débits, la Ligue pour la défense de la liberté et de la propriété a montré qu*on pouvait réunir comme dans un grand syndicat ceux qui défendent leur li*< berté et en métne temp^ là liberté des autres^ qui, ne voulant pas donner aux autihBS de droits sur euK*mêmes, n'en réclament pas sur leurs .voisins, leurs émules, leurs concurrents, qui croient enfin que le progrés né consiste pas à enfermer dans de petites murailles de Chine des pelotons de la grande armée
du commerce et de Tindustrie, pour que chacun de ces petits corps, bien couvert par des fortifications^ puisse se faire une guerre du moyen âge, se piller, se rançonner l'un l'autre en abusant dé là force' ait
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délrimeat des faibles. La Société pow la défense de la propriété et de la liberté voit le progrés en ayant et non pas en arrière, dans le développement des forces libres de Thumanité et dans le respect du droit et non pas dans une énervation volontaire de l'initiative associée ou isolée ou dans le culte de la force réhabilitée par le dogme de la toute-puissance des majorités.
Aussi M. Léon Donnât, rapporteur spécial de la section XYI, a-t-ii prc^osé au jury, qui a ratifié sa proposition, de décerner un grand prix & la société dont lord Wemyss est le président.
En jugeant les documents apportés à TÉsplanade des Invalides par les autres exposants récompensés de la section XVI, M. Léon Donnât, qui a fait luimême des travaux considérables sur le socialisme municipal, est entré dans des détails dont Tinlérét n'échappera à aucun de ceux qui s'intéressent aux questions ouvrières et sociales.
U conclut que le remède à Tentralnement de certaines populations et de certains gouvernements est dans Téducation économique des peuples par la connaissance des faits.
Suivant lui, Tintervention de TÉtat peut s'exercer par la destruction des entraves. Boisguillebert écrivait à Chamillart, à la fin du xvii* siècle, qu'une réforme, pour faire disparaître une violence à la na-
ture, peut se faire en quelques jours el produire des effets immédiats. Ce sont également les violences à la nature que M. Léon Donnât veut faire cesser par Tintervention de l'État^ et'cette intervention, il se refuse à l'employer dans un but contraire, c'est-à-dire pour les maintenir. Les violences à la nature accroissent les frai3 généraux de la nation, augmentent les charges publiques, perpétuent les systèmes fiscaux qui répartissent sans équité les contributions, engendrent, après les monopoles publics, les monopoles privés qui renchérissent le prix de la vie. C'est pour réprimer ces violences que l'État est fait ; c'est pour se placer entre les citoyens et les empêcher de se jeter les uns sur les autres qu'il a été imaginé par l'humanité. « Si les hommes, disait John Adams, président des États- Unis après Washington, n'avaient pas une tendance à s'opprimer les uns les autres, les gouvernements sok raient inutiles. »