GRANDE ET PETITE INDOSTRIE GRANDE ET PETITE CULTURE
Nombre d'exposants 49
Nombre de récom- ( aux exposants 10
penses (à des collaborateurs 32
M'or 4
Médailles < d'argent 4
( de bronze 2
Id'or 1
d argent 14
de bronze 12
Mentions honorables 5
Le nombre élevé des récompenses de collaborateurs par rapport aux récompenses d^exposants provient de ce que le jury a voulu récompenser Tinspecleur d'académie et les instituteurs du Cher, qui ont concouru à Texposilion collective de ce département, à laquelle a été décernée une médaille d'or d'exposant. Sur les 32 récompenses de collaborateurs, il y en a 29 pour l'inspecteur d'académie et les instituteurs du Cher, et 3 pour 3 membres du Comité départemental d'économie sociale du département des Alpes-
Maritimes. Il Q*y a eu dans cette section aucun exr posant étranger.
L'objet de la section XV était de réunir des documents qui permissent de déterminer la part de la petite et de la grande industrie, de la petite et de la grande culture dans le mouvement économique actuel, et les conséquences morales et matérielles qui sont résultées de tout ce que la grande industrie et la grande culture ont gagné sur la petite industrie et la petite culture.
Seule, une enquête aurait pu fournir des réponses comparables; les mémoires isolés qui ont été apportés à TEsplanade des Invalides n'étaient pas susceptibles de généralisation.
L'enquête a bien été tentée, mais elle ne pouvait réussir par la raison qu'a très bien fait ressortir M. Chevallier dans son rapport (i).
Pour la quinzième comme pour les autres sections, il avait été préparé un questionnaire très détaillé qui a été adressé à plusieurs milliers de personnes dans toutes les parties de la France, aux grands industriels, aux agriculteurs les plus connus, aux chambres de commerce, aux sociétés d'agriculture, etc., mais per-
(1) Le jury avait demandé à M. Pernolet de se charger du rapport sur la section XV, et M. Pernolet a bien youIu faire un travail préparatoire considérable. Ses occupations l'ayant empêché de tirer les conclusions de ses notes, il les a remises à M . Chevallier qui, après les avoir complétées par ses recherches personnelles dans les dossiers de l'Exposition, a consenti à prendre la charge du rapport.
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sonne n*a eu la charge spéciale de solliciter des réponses particulières. Les comités d*organisation n'avaient pas d*agents, et eussent-ils obtenu des crédits suffisants, ils n'auraient pas eu le temps, après avoir réuni des bulletins individuels remplis par des déposants, d*en faire le dépouillement, de les étudier un à un, de les critiquer et d'en tirer enfin des conclusions d*un caractère général.
Il y a une autre méthode pour faire des enquêtes de la nature de celles qui eussent été nécessaires pour connaître la situation des classes laborieuses dans la grande et la petite industrie, comme dans la grande et la petite culture : c est la méthode que Tlnstitut a employée à certaines époques, quand il a confié à quelques-uns de ses membres, autrefois à Yillermé, puis à Louis Reybaud, des missions pour s*enquérir sur les lieux, dans les villes où Tindustrie se transformait, de la situation des ouvriers de Tindustrie, et aujourd'hui, quand il charge M. Baudrillart de parcourir successivement les diverses régions de la France pour étudier sur place la condition des classes agricoles.
Ce que la section a pu obtenir déplus complet, ce sont les œuvres individuelles que quelques publicistes très éminents ont déposées dans ses vitrines, comme Touvrage de M. Baudrillart, de llnstitut, sur VHistoire des classes agricoles en France (médaille d'or), ou
comme celui de M. Levasseur, de rinstitut, sur La population en France, dont le tome II n'a pu paraître qu'après la clôture de nos travaux. M. Levasseur était membre du jury et se trouvait par conséquent hors concours. Le jury a pu aussi examiner le travail si complet et si original de M. René Lavollée sur Les classes ouvrièi'es en Europe (médaille d'or), et les tableaux statistiques des professions en France, dressés par M. Hartmann (médaille d'or).
Mais si la section XV n'a pas reçu la collection de bulletins individuels qu'elle avait chargé les comités départementaux de recueillir, elle a obtenu du moins une trentaine de mémoires très intéressants, où des questions d'ordre général et local ont été traitées par des personnes distinguées et fort à même de comprendre les faits, qui se produisaient autour d'elles. M. Fkébault, inspecteur d'académie à Bourges (médaille d'or de collaborateur), s'est adressé aux instituteurs de son ressort et leur a demandé de dresser une sorte de bilan de la commune, où ils exerçaient leurs fonctions. Les instituteurs sont généralement secrétaires de la mairie ; ils ont à leur disposition les recensements faits à diverses époques, les archives, les actes de l'état civil. Vivant au milieu d'une population qu'ils dépassent généralement en instruction et se rapprochant de leurs habitudes sans être trop mêlés à leur vie, ils sont à même déjuger les mœurs.
les habitants, les situations. L*appel, que leur a fait dans le département du Cher M. Frébault, a été entendu sinon de tous, du moins d*un assez grand nombre, et il en est résulté une liasse de documents, qui a figuré à la section XV sous le titre d'Exposition collective des instituteurs du département du Cher, Cette exposition collective a obtenu une médaille d*or. Il y a donc eu, en totalité, 5 médailles d*or allouées par le jury aux exposants et aux collaborateurs dans la section XY. Les instituteurs du Cher, qui ont procédé àTenquéte instituée par M. Frébault, ont reçu il médailles d*argent. 12 médailles de bronze et 5 mentions honorables.
M. Massé, président du comice agricole de Sancoins, la Guerde et Néronde, a exposé sur la situation de ce même département un travail important, qui, joint à Tenquéte de M. Frébault et des instituteurs, a permis au rapporteur, M. Chevallier, de formuler quelques vues générales.
M. Chevallier a divisé son rapport en trois parties : 1® la grande et la petite industrie; 2^ la grande et la petite culture; 3° la condition de l'ouvrier agricole.
Grande et petite industrie, — La transformation de rindustrie est due, tout le monde le sait, à Tintroduction du moteur à vapeur dans les ateliers, et à son application aux industries de transports terrestres, fluviaux et maritimes.
La faculté de faire affluer daos les usines des matières premières venant de loin et de les réexpédier également au loin après qu elles ont été transformées, a fait disparaître graduellement un grand nombre de petites industries locales et a fait naître à leur place de grandes industries. Ce n*est pas à dire que la petite industrie soit détruite, qu*elle ait disparu tout à fait devant Tinvasion de la grande industrie, en un mot qu'elle soit morte. Elle subsiste, occupe même plus de bras que la grande, mais plus de bras disséminés, et la population qu'elle emploie est évaluée par M. Chevallier à 6 millions, contre 2,300,000 appartenant à la grande industrie. M. Chevallier ne pense pas que le mouvement de concentration sarrête. Quelques personnes ont cru qu'une découverte scien* tiflque nouvelle viendrait corriger le mal, dont on a accusé une première découverte, et se sont imaginées que la distribution à domicile de la force motrice agirait dans un sens contraire au mouvement imprimé à l'industrie par la découverte de la vapeur; mais c'est une erreur, et la découverte des moyens de distribuer la force motrice à domicile n'est pas, quoi qu'on en dise, un commencement de retour à l'ancien ordre de chose. Les petits industriels de Paris pourront en profiter pour se maintenir et ne pas reculer devant les usines, cela est possible ; ils s'en serviront pour continuer à produire des objets fort appréciés
de la consommation universelle ; maïs il y a loin du travail des petits ateliers de Paris à Tindustrie domestique d^autrefois, qu'on voudrait voir reparaître dans les maisons de famille de nos paysans. 11 ne faut pas confondre d'ailleurs le petit atelier avec l'industrie familiale ; le petit atelier est souvent le moins bien organisé des ateliers, celui qui remplit le plus incomplètement les conditions d'hygiène qu'on désire imposer aux travailleurs, et personne ne peut consi* dérer comme un idéal, au point de vue moral, Textension de ce mode d'organisation industrielle. Il y avait autrefois, par suite de la difficulté des relations, une sorte d'impossibilité dans un très grand nombre de cas & réaliser la division du travail. L'industrie et l'agriculture étaient, dans bien des lieux, intimement unies. Chaque village avait, pour ainsi dire, une profession à laquelle la culture prétait ses bras suivant les saisons et les besoins. Tous les ouvriers allaient aux champs pour faire la moisson, et, l'hiver, ils faisaient du métier : cordonnerie, tissage, filage, passementerie, dentelle. Les salaires étaient faibles, mais l'alternance du travail agricole et du travail industriel assurait à la main-d'œuvre une occupation régulière (1). Tout cela disparaît, mais petit à petit, et il en résulte certainement des difficultés
(1) Voir à ce sujet ce que dit M. Aynard dans son introduction au Mémoire du Comité départemental du Rhône.
matérielles et morales, mais ces difficultés ne sont pas toujours insurmontables; elles sont d'ailleurs de genres très différents. La banlieue des villes est une campagne d'ordre particulier dans laquelle s'établissent des industries spéciales pour le service des citadins. M. Chevallier aurait voulu trouver dans les réponses à Tenquéle et dans les mémoires qui ont été déposés dans nos vitrines, les raisons qui ont déterminé la concentration dans une localité de plusieurs industries ou qui ont présidé au choix d'un emplacement plutôt que d'un autre pour une grande entreprise. Les unes sont de tradition, les autres accidentelles. Quand le choix peut s'exercer librement, c'est par des raisons de clientèle ou d'approvisionnement qu'on se décide. Les banlieues de grande ville sont l'emplacement nécessaire des blanchisseries, parce que leur clientèle est dans la ville. « Chaque habitant, dit un déposant, salit dans la capitale 300 kilogrammes de linge par an », il faut bien qu'on le lui blanchisse à sa portée, et dans des ateliers, quelquefois dans de véritables usines, avec des essoreuses et autres moyens mécaniques, car le blanchissage à domicile ne peut se faire qu'à la campagne, là oti on a de la place et du temps, et où c'est une affaire de ménage comme la cuisine et le reste ; c'est une raison industrielle. Une fondation, comme celle delà verrerie installée à Baccarat en 1764 par l'évéque de Metz,
transforme en un siècle une pelito commune de 700 à 800 habitants, occupés à la culture, en une grande ville manufacturière ; c*est une tradition et la suite de Thistoire d*une commune.
Mais la concentration, quelles que soient les causes qui la produisent dans les villes, dans la banlieue des villes, dans les grandes usines construites à la campagne, est une des nécessités de la production par grandes masses et à bon marché. Le bon marché dans le prix de revient a sa base première dans la diminution des frais généraux et dans la division du travail qui est quelquefois poussée à lextréme. C'est une vérité qui était aussi claire il y a cent ans que de nos jours. C'est une loi de l'industrie, et cette loi continue à produire les mêmes effets qu'autrefois, dans des proportions, qui sont, il est vrai, différentes. Ce n'est pas la nature, c'est Tintensité du mouvement industriel qui a changé.
Quant aux effets de la concentration industrielle sur la moralité et le bien-être des ouvriers, ce n'est guère à l'Exposition qu'on a pu les apprécier, parce que les réponses des exposants sont trop locales, trop rares et trop contradictoires. La contradiction est d'ailleurs naturelle ; c'est affaire de milieu et d'éducation. Tout est dissemblable dans le détail du travail et de la vie de l'ouvrier du petit atelier vivant dans une ville où l'industrie est très active, et dans celui
du travail et de la vie de l'ouvrier travaillant dans une grande usine isolée. La concentration sur un même point d'un nombreux personnel ouvrier favorise les aptitudes et l'habileté professionnelle ; le travail de l'ouvrier, petit patron ou contremaître, exerçant sa profession chez lui avec deux ou trois camarades, favorise la sobriété et soustrait parTisolement les travailleurs à des entraînements fâcheux pour la santé et pour l'épargne. D'un autre côté, n y-a-t-il pas de grandes industries, et le Mémoiue sur Baccarat (médaille d'argent) le fait ressortir, où la grande habileté professionnelle résultant de la concentration do l'industrie a produit la stabilité des ouvriers et Télévation des salaires, qui ont été deux sources de moralité et d'aisance!
Grande eU petite culture, — La grande et la petite culture peuvent être également opposées l'une à l'autre, comme la grande et ia petite propriété; mais il ne faut pas confondre la division du sol entre les propriétaires et la répartition du sol entre les cultiva^ leurs; de même, il faut séparer très nettement la division de la propriété et le morcellement de la terre, nous voulons dire le nombre et l'étendue des parcelles.
L'augmentation du nombre des propriétaires est un fait social dont les conséquences ont toujours été heureuses ; te morcellement , au contraire, a pu
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apporter des entraves à la culture et en retarder les progrès. N'est-4;e pas un inconvénient que le morcelle* ment des 1,500 hectares d'Argenteuii, qui se divisent en 45,000 parcelles, ou moins de 4 ares par parcelle? D'un autre côté, le morcellement a produit, quand il n'a pas été poussé à Textréme, des avantages qui ont été signalés. Les mémoires du département du Cher reconnaissent deux avantages au morcellement dans celte région : c'est de permettre à chaque propriétaire d'avoir, avec une même étendue de terre, des parcelles propres à diverses cultures et de constituer une assurance contre les risques et les fléaux, qui ne frappent qu'une partie du territoire. Ils disent aussi que le morcellement produit Taisanceen augmentant le rendement. Mais il est probable que c'est de la division du sol entre de nombreux propriétaires, plutôt que de la division de la culture, que ressortent les résultats dont on parle. Le petit cultivateur propriétaire travaille avec une énergie extraordinaire et se restreint dans sa dépense dans des proportions invraisemblables. La division de la culture, au contraire, amène partout des plaintes, à Chàteauneuf, à Yenesme, à Sancerre : difficulté d'employer des instruments perfectionnés, de manœuvrer les machines, d'employer les attelages et de s'employer soi-même sans perte de temps. Il en résulte aussi quelquefois une dépréciation de la valeur vénale, les parcelles
exiguës n*ayant de valeur que pour les voisins ; si l'on est obligé de vendre, on ne trouve pas d'acheteurs à mettre en concurrence. A Bagnols, dans le Gard, « tous reconnaissent l'utilité d'un remembrement, mais ils ne cherchent pas à le faire, vaincus par la force de l'habitude et par la crainte de faire les affaires du voisin. »
La division du sol amène souvent, il est vrai, sinon la division de la culture en petites parcelles, du moins la transformation de grandes cultures en moyennes et petites cultures. Il faut distinguer dans la grande et la petite culture les effets quelquefois contradictoires qui s'y produisent. Pour certaines cultures, la culture maraîchère par exemple, la petite culture est certainement supérieure, on peut s'en convaincre autour des grandes villes; il y en a d'autres, celle des plantes sarclées où l'on dit que l'avantage est pour la petite culture, mais il y a de bien grandes, différences selon les lieux. M. Chevallier constate que la petite culture est prospère en Flandre et qu'elle ne l'est pas en Limousin, parce que sans doute, en Flandre, il y a de grands cultivateurs instruits, dont la culture est une école, et qui font, par les exemples qu'ils donnent, l'éducation de leurs petits voisins. Il n'est que trop vrai que la petite culture est restée très ignorante. Les mémoires du Cher le témoignent, en exprimant l'espoir que renseignement primaire devienne
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plus approprié aux nécessités de la vie de campagne.
Tous les mémoires de notre exposition sont unanimes à condamner le mode d'exploitation connu sous le nom de système des fei*miers générauxy ressemblant à cette exploitation des middlemea d'Irlande, qui paraît être la cause principale de la malheureuse situation des Irlandais.
Ils sont tous d'accord également sur les avantages du faire-valoir direct ; le paysan propriétaire, toujours préoccupé de sa terre, qui est à lui dans le présent et dans l'avenir, la cultive avec une énergie qui n'a pas de bornes. « La valeur de la propriété, dit l'instituteur de Prévéranges, en est considérablement augmentée; la valeur morale du cultivateur suit la même progression. ».
Les mémoires exposés dans la section XV ont fourni aussi quelques renseignements sur ce qu'on pourrait appeler la géographie du fermage et du métayage. On sait que si Ton trace sur la carte de France une ligne allant de la Savoie au Morbihan, on trouve les pays de fermage au nord de cette ligne et les pays de métayage au sud ; ce n'est pas d'ailleurs une ligne droite ; elle n'a pas un développement régulier : tantôt elle se relève et tantôt elle s'abaisse. On ne peut pas dire non plus qu'il n'y ait que du fermage au nord et du métayage au sud de cette frontière idéale. Un phé-
nomène assez curieux, mais bien prévu, c*est que le fermage gagne sur le métayage, ou le métayage sur te fermage, avec la prospérité ou Tadversité. Quand il y a crise, le fermage recule, et la ligne de séparation remonte un peu vers le nord; les mémoires nous disent qu'à Yvoy-le-Pré (Cher), la crise a fait augmenter le nombre des métayers; à Foecy (même département) , le fermage était inconnu avant 1840. Il a remplacé le métayage au fur et à mesure que les moyens de communication, en se dé* veloppant, ont facilité Técoulement des produits. Mais, depuis la crise, il y a des fermiers qui demandent à redevenir métayers. Un des mémoires, voyant les fermiers retourner par misère au métayage, s'en afflige, car le métayage est pour Tauteur du mémoire la dernière condition du travailleur agricole. « Le métayer, dit-il, est ordinairement un pauvre diable de fermier qui ne peut plus payer son mattre, et que celui-ci, pour une cause ou pour une autre, ne veut pas mettre à la porte. » Ce jugement est précipité, car le métayer est comme un petit patron ; si c'est un ouvrier, qui s'est établi trop tôt ou dans de mauvaises conditions, il est évidemment obligé de revenir en arrière ; mais pour ceux qui ont trouvé l'occasion et la faculté de s'affranchir et de s'approcher en quelque sorte de la propriété, en y étant associés, c'est un progrès, c'est pour eux une façon de s'élever. « Le paysan^
(lit un autre mémoire, celui de Baguols (Gard), peut, grâce au métayage bien compris, qui tend à se déve* lopper davantage, n*étre plus un simple paysan, mais bien le véritable associé du propriétaire du sol. »
La vérité est que le fermage est un forfait et que tout forfait est avantageux quand les aflaires vont bien, tandis qu*il devient lourd quand elles ne vont pas. Avec les affaires mauvaises ou médiocres, il vaut mieux ne pas élre engagé; on essaye de se tirer d^aifaîre en restreignant ses dépenses et en vivant moins bien. On ne doit rien à personne quand on ne cK)it qu'à soi-môme, et on ne se paye rien de ce qu'on se doit quand on se refuse les nécessités de la vie. (Vest une rude manière de s'acquitter. On peut dire que c'est une école de malheur, mais c*est aussi une école de labeur, de travail obstiné, de relèvement moral.
M. Chevallier, pour conclure, cite ces passages extraits de deux de nos mémoires : « Cela a été le salut dans le passé, peut-être la sauvegarde contre Tavenir », dit l'un. Et l'instituteur de Prévéranges, après avoir rendu hommage à la moralité des métayers, ajoute : « Mais ils n'argentent guère]».
Condition de Vouvner agricole. — Dans un dernier chapitre, M. Chevallier a réuni quelques renseignements recueillis chez nos exposants sur la condition de l'ouvrier agricole. Partout on y signale Télévation considérable des salaires. On nous dit qu'ils ont
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doublé, triplé, quadruplé même. Au commencement du siècle, les jeunes valets de ferme de Bagnols (Gard) gagnaient de iOO à 130 francs; sous Louis-Philippe, de 150 à 200 francs; sous le second Empire, de 180 à 230 francs ; aujourd'hui de 300 à 330 et 400 francs. A Yierzon, la journée des faucheurs valait, en 1789, 15 sous ; en 1850, 3 francs; en 1888, 5 francs.
A Savigny^en-Sancerre, les journaliers gagnaient, en 1788, fr. 60; en 1852, 1 fr. 42 ; en 1882, 2 fr. 50; en 1888, 2 francs. Il y eu baisse depuis la crise, mais la baisse n'a fait qu'absorber une fraction infinitésimale de la hausse du siècle. •
Les instituteurs du Cher s'accordent à reconnaître que l'émigration des campagnes vers les villes a renchéri le prix de la main-d'œuvre dans les campagnes ; que la construction des chemins de fer et ensuite Torganlsation des services d'exploitation de ces grandes entreprises ont déshabitué les jeunes hommes du travail des champs. Après avoir achevé leur service militaire, ils font les plus grands efforts pour ne pas rentrer dans leurs foyers et pour obtenir une place.
Mais la diminution de la population rurale n'est pas due seulement à l'émigration, il faut l'attribuer aussi au moindre nombre des enfants. M. Chevallier a été frappé de l'unanimité des constatations faites par les instituteurs. <( Ce phénomène accompagne le plus souvent l'aisance », lit-on dans un document.
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Une partie du vide amené dans la population agricole par rémigration et par la diminution du nombre des naissances est comblée par les ouvriers étrangers.
Lesitaliens remontent jusqu*àla Loire,Ies Belgesdescendenl jusqu'à laSeine. «Les ouvriers italiens, lisonsnous dans une monographie, vivent en escouades de 6 à 10 hommes, obéissant à un chef dit caporal et qu'ils payent. Ce caporal est d'ailleurs le plus habile ; le gain des gens de Tescouade se monte à 450 francs, sur lesquels ils prélèvent, comme dépenses, 210 francs (nourriture, 160 francs; caporalice^ 15 francs; frais de voyage, 35 francs). Ils remportent donc chaque année chez eux une somme de 240 francs. » C'est un produit net pour eux, une économie provenant de ce qu'ils s'astreignent à vivre moins bien que nos paysans.
Les Belges font la même chose dans le Nord. Un vieillard, qui habite une petite commune de 150 habitants dans un département du Nord, disait récemment à M. Chevallier que les moissonneurs belges, qui arrivaient tous les ans dans sa commune, du 20 juillet au 1^' septembre, remportaient chez eux, après la moisson faite, une dizaine de mille francs^ qui auraient fait vivre 12 ménages du village.
M. Chevallier a trouvé aussi, dans nos vitrines, des
budgets ouvriers ; il en résume quelques-uns.
Nous citerons celui d'une famille agricole du Cbàte-
l^i, 11 faut dire qu*Us ne sonl pas tous aussi intéressauts, car la famille prise pour typé passe dans le pays pour une famille modèle, el les familles modèles sont, rares dans tous les pays^ dans tous les temps et dans tous les mondes.
Cette famille se compose du père, âgé de 47 ans; de la femme, qui a 40 ans, et de 4 enfants dont Tainé a 18 ans, le deruîer 2 ans, et dont les 2 autres sont à Técole. Le père travaille la terre et est aidé par son fils atné; la mère s'occupe exclusivement des soins du ménage. La recette du ménage, en argent, est de 1,030 francs : 600 francs pour 300 jours de travail du père et 400 francs pour le gain du fils, plus 30 francs pour la vente de volailles. Les dépenses en argent sV lèvent par contre à 885 francs, dont la plus grosse partie est représentée par le pain, 400 francs. Il faut ajouter pour Tentretien de la famille 245 francs, représentant la valeur de produits en nature, y compris le glanage des jeunes enfants. Leur situation maté* rielle n'est donc pas mauvaise ; ils épargnent 145 francs par an environ, et, avec leurs économies, ils ont pu acheter une petite vigne.
Il faut bien dire que les types qu'on choisit, quand on fait le compte des budgets ouvriers, sont bien souvent exceptionnels, car on ne peut s'arrêter qu'à ceux qui sont, réguliers, c'est-à-dire à un ménage oCi il y a de l'ordre, où le père et la mère ont un esprit réglé»
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savent sô rendre compte, se domineiit, se restreignent et s'accommodent aux nécessités de lenr existence normale.
Cependant, malgré la difficutté de comparer des renseignements rarement comparable^'. M: Chevallier croit pouvoir dégager des mémoires, qu'il a parcourus dans la section XY, une sorte de tableau, qui est assez favorable pour un très grand nombre, quoique pais pour tons évidemment, de la vie des ouvriers de la culture.
« Le ménage, dit-il, passe par trois phases bien distinctes r la première est celle qui suit immédiatement le mariage; il n'y a pas encore d'enfants, la femme peut faire quelques journées; il y a parfois quelques petites économies antérieures; le ménage vit aisément et peut même épargner. Puis vient une deuxième période, celle où arrivent les enfants, où la mère doit donner tout son temps au ménage et à l'entretien des vêtements de sa petite famille ; le mari seul peut travailler, la gène est dans la maison. Enfin nous voyons les enfants grandir, ils ont de 14 à 20 ans, et leur salaire s'ajoute à celui de leur père. L'aisance reparaît dans le ménage. »
M. Chevallier se demande s'il n'y a pas une quatrième période, dont les mémoires n'ont pas parlé, celle où les enfants se marient et quittent la maison, où les parents restés seuls vieillissent, ne gagnent plus
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qu'un salaire irrégulier et sont obligés de yiyre de petites économies antérieures» de Taide que peuvent leur apporter leurs enfants et quelquefois aussi d'un appel nécessaire à l'assistance privée ou publique.