Économistes financiers de 18e siècle
Éditeur du Dictionnaire du Commerce et des Marchandises , et de la CoUeciion des principaux économistes. "
Galerie de la Bourse, 5, Panoramas.
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La Collection des principaux Économistes y destinée tout à la fois à reproduire le mouvement graduel de la science et les œuvres de ses plus grands maîtres^ devait s'ouvrir par les écrits de Vauban, de Boisguillebert, de Law, de Melon et de Dutot.
A ces divers penseurs^ que, un seul excepté, la France a vus naître, appartient, en etfet, la gloire d'avoir marché les premiers à la conquête des vérités économiques. Avec eux finit l'ère de l'empirisme ou de la routine , et commence celle du raisonnement, en ce qui touche les intérêts matériels de la société. Ils sont les véritables précurseurs de l'école physiocratique , dont Quesnay fut le chef, et de l'école industrielle, qui eut Adam Smith pour fondateur. Comme l'impôt fixa principalement leurs regards , nous les avons désignés par le titre d'Economistes financiers du dix-huitième siècle; mais il ne faudrait pas induire , de cette dénomination , qu'ils aient concentré leur intelligence sur cette seule partie de l'économie publique. Loin de là, presque toutes les questions qu'agitent encore de nos jours la presse et la tribune des Chambres législatives , ont été soulevées ou débattues dans les écrits de Vauban , de Boisguillebert, et de leurs successeurs immédiats.
Voilà les ancêtres de la science et les hommes courageux auxquels échut l'initiative du progrès au commencement du dixhuitième siècle.
A eux revient, autant qu'à Adam Smith lui-même, l'honneur d'avoir réhabilité le travail, et proclamé qu'il était, pour toute société, la condition nécessaire de l'ordre, de la^urée, de la richesse et de la force.
A eux revient encore l'honneur d'avoir les premiers flétri la guerre, cet horrible fléau qui a toujours arrêté la civilisation dans sa marche^ quand il ne l'a pas détruite.
A eux, enfin , l'honneur de n'avoir pas cherché le bien en dehors des limites du possible , et de ne s'être pas crus brevetés par la Providence pour refondre la nature individuelle et sociale dans un moule nouveau. Et l'on ne doit pas même excepter Jean Law de cet éloge; car, à part sa grande erreur de la monnaie de papier, nulle intelhgence ne fut plus positive que celle du célèbre Écossais , et il y eut loin de son utopie , d'ailleurs, à tous les étranges systèmes qui ont, depuis douze ans, passé sous nos yeux.
Aussi ne craindra-t-on pas de dire qu'une haute raison est, en général , le caractère de tous les écrits contenus dans ce volume; et ce qui le prouve, c'est que la science, en se livrant depuis à des analyses ])eaucoup plus rigoureuses de tous les phénomènes de la production et de la distribution de la richesse, n'a infirmé presque aucun des principes importants qui y sont répandus.
En résumé, ce furent ces écrivains qui déterminèrent le grand mouvement économique auquel la France doit sa prospérité actuelle. Il n'y a pas de paradoxe à soutenir qu'à l'apparition de la Dime royale et du Détail de la France, les rois furent arrachés à leurs préoccupations purement politiques, artistiques ou littéraires, et qu'ils commencèrent dès lors à compter avec les intérêts de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. Et dès que la semence fut jetée, elle fructifia promptement; car à peine Law, Melon et Dutot eurent-ils quitté la plume, que les disciples de Quesnay la reprirent, et qu'un peu plus tard l'illustre Adam Smith, continuant, avec la puissance du génie, la tâche laborieuse de tous ses devanciers, écrivait l'immortel ouvrage de la Richesse des nations. C'est sous cette triple influence que s'accomplit la Révolution française, et que la société, se dépouillant pour toujours de sa vieille enveloppe féodale, s'élança, fière et radieuse, dans la carrière du travail et de la liberté. La part qu'eurent les économistes de la première moitié du dix-huitième siècle à ce grand événement n'est pas douteuse; mais il faut les lire pour s'en convaincre, et pour apprendre surtout qu'on peut combattre les abus, les misères et les soufïrances réelles sans se jeter dans les niaiseries du setitimentalisme, et sans rendre la philanthropie ridicule en la pous-
sant dans des voies où la nature des choses lui commande de ne pas s'engager.
Appelé à l'honorable mission de recueillir les œuvres des premiers maîtres de la science , nous n'avons épargné ni efforts , ni recherches pour l'accomphr dignement. Tous les textes ont été revus avec le plus grand soin , et notamment celui de Boisguillebert, où tous les genres d'incorrections typographiques semblaient en quelque sorte accumulés à plaisir; un chapitre inédit complète la Dîme royale y ce legs si précieux fait à la postérité par la raison et la vertu du maréchal de Yauban ; et les œuvres de Law , enfin , ont reçu dans les quatre Lettres sur le nouveau système des finances, et dans le Mémoire sur les monnaies, que ne contenait pas l'édition de 1790, une augmentation dont l'importance , au point de vue historique et économique, ne sera certainement contestée par personne. Quant aux notices biographiques, notes et commentaires qui grossissent ce volume, il ne nous appartient pas, sans doute, d'en juger la valeur; mais c'est notre devoir de dire que nous n'y avons professé que des opinions consciencieuses et qui pourraient, la plupart, invoquer à leur appui l'autorité de quelque nom imposant.