LA
les dollars à leur poids, et les guinées à UD*^ yaleiir qqi n'excède pas 22 schellings.
Qu'au bout de quatre mois, aucune monnaie d'Ecosse, excepté celle qui sera fabriquée en vertu de l'acte, ni aucune monnaie étrangère, excepté la monnaie d'Angleterre, ne sera reçue dans aucun payement, ni vendue comme lingots, si ce n'est à la Monnaie.
Que toutes les vieilles espèces, ou les lingots apportés à la Monnaie, seront payés leur entière valeur en piècçs de ^2, 6 et 3 deniers, à 1 1 deniers de fin; les pièces de 12 deniers au poids de 3 gros 3 grains; les frais de monnayage devant être payés des fonds destinés à cet emploi.
Que, trois mois après l'acte, les nouvelles espèces passeront respectivement pour 13 deniers, 6 et demi, et 3 un quart.
Qu'après trois mois, les lingots et la vaisselle seronj; à 11 deniers de fin, l'once d'argent à 5 schellings 2 deniers, et que l'opce d'or ne passera pas 4 livres.
Le papier-monnaie proposé sera égal en valeur à l'argent; car il aura une valeur hypothécaire égale à la même somme d'argent monnayé, que l'on donne pour cette valeur. Sil survenait quelques pertes, un quart du revenu de la commission serait, selon toute apparence, plus que suffisant pour en répondre.
Ce papier-monnaie ne baissera pas de valeur, comme l'argent mopnayé a baissé, et peut baisser encore : les marchandises ou les espèces peuvent diminuer de valeur, s'ils augmentent en quantité, ou si la demande diminue. Mais la commission délivrant toutes les sommes demandées, et reprenant toutes les sommes rapportées, ce papier;r monnaie conservera sa yaleur, et nous aurons toujours autant de nv^r méraire que nous en aurons besoin, ou que nous pourrons en eip.ployer, mais jamais au delà \
Si un contrat payable en papier-monnaie pouvait s'acquitter av la même quantité d'argent monnayé , alors ce papier ne pourraît jamais s'élever au-dessus de l'argent, et tomberait avec ce dernier;
^ On peut dire que toute la théorie des monnaies de papier est renfermée dans ce paragraphe, et consiste dans Ja solution de cette question : Comment retirer le papier surabondant dans les mains du public? Si M. Law avait pu y parvenir en 1720, ou plutôt si on l'avait laissé faire, l'État était sauvé. D'après des principes analogues, Sinon semblables, j'ai insisté sur ce point, dans un petit Traité sur la théorie et ta pratique des assignats^ lu à la Société de 1789, les 5 et 6 septembre. (Noie de M. de Senovert.)
— Il n'y a qu'un moyen de retirer le papier surabondant dans les mains du public, c'est de cesser d'en émettre de nouveau en lui remboursant la valeur de celui qù% possède. Mais, attendu que la chose n'est jamais complètement possible, l'opération se termine toujours par une banqueroute totale ou partielle.
CONSIDERATIONS SUR LE NUMERAIRE. b^7
mais comme le papier-monnaie forme de$ espèces différentes de l'argent, il ne sera sujet à aucune des variations auxquelles l'argent monnayé est exposé.
Quoique le Parlement pût fournir aux habitants du papier-monnaie en aussi grande quantité qu'on en aurait besoin , il ne pourrait pas connaître avec précision la somme qui serait utile au pays, car la demande varie. Si la quantité de numéraire est moindre que la demande, le propriétaire foncier est lésé; car 100 livres ayant alors plus de valeur, achèteront une plus grande quantité des biens du propriétaire foncier. Si la quantité de numéraire est plus grande que la demande, le capitaliste est lésé; car alors 100 Ijvresont raoips de valeur, et par conséquent n'achèteront pas la même quantité de biens que 100 livres achetaient auparavant.
Si la commission ne délivre pas de la monnaie toutes les fois qu'on en demandera, en offrant une bonne sûreté; c'est un tort fait à la personne que l'on refuse, et une perte pour le pays; car bien peu de gens, si même il en est, empruntent de l'argent pour le garder chez eux, et lorsqu'il est employé, il profite à la nation, quoique l'entrepreneur perde ^
Si la commission ne reprenait pas toutes les sommes qu'on offrirait dé lui rapporter, ce serait un tort fait au capitaliste, à qui oq vient de payer une somme, et qui ne sait pas comment l'employer; de plus, la quantité de la monnaie étant plus grande que la demande, elle perdrait de sa valeur \
D'après la méthode proposée, la quantité étant toujours égale à la demande, la monnaie conservera sa valeur, et achètera dans cinquante ans la même quantité de marchandises qu'aujourd'hui, à moins que les marchandises né changent de valeur par quelque variation dans leur quantité ou dans leur demande.
Supposons que cette commission eût été établie il y a deux cents ans; que la valeur des terres fût alors à quatorze années de revenus, les denrées à 8 schellings 4 deniers le chalder, ef qu'on eût donné du papier-monnaie sur des terres, 8 schell. 4 deniers de ce papier égaleraient aujourd'hui un chalder de denrées, et 8 livres 6 schell. 4 deniers d'argent-monnaie, parce que l'argent-monnaie ayant augmenté plus
* Voyez les notes de la page 551 .
* Ces détails ne nous paraissent pas suffisamment explicites. Gomment l'auteur entendait-il que la commission reprendrait le papier qu'elle avait émis? C'était donc à titre de placement, car les capitalistes, après l'avoir reçu, ne l'auraient pas rapporté pour rien? Si ce point n'a pas embarrassé M. de Senovert, il aurait bien dû, toutefois, i'éclaircir.
558 LAVV.
que la demande, et ayant été altéré dans sa dénomination, il est tombé à un vingtième de la valeur qu'il avait alors. Le propriétaire foncier n'aurait pas reçu pour les denrées moins qu'il ne reçoit aujourd'hui; car ce papier-monnaie aurait acheté vingt fois la même quantité de marchandises que l'argent-monnaie en achètera aujourd'hui \
Les terres ont une valeur plus assurée que les autres marchandises, car elles n'augmentent point en quantité, comme peuvent faire les autres marchandises. Les divers emplois de certaines marchandises peuvent être prohibés, ou la coutume peut les leur enlever pour les transporter à d'autres. L'emploi en pain peut être enlevé à l'avoine, et entièrement donné au froment; l'emploi en monnaie peut être enlevé à l'argent, et donné à la terre; l'emploi en vaisselle, et les autres usages de l'argent comme métal, peuvent être enlevés à l'argent, et donnés à quelque autre métal, ou à quelque composition qui pourrait être plus propre à ces usages. Dans chacun de ces exemples, les marchandises perdent une partie de leur valeur, proportionnée aux emplois qu'on leur enlève; mais la terre ne peut perdre aucun de ses emplois. En effet, comme chaque chose est une production de la terre, il s'ensuit que la terre doit conserver sa valeur, parce qu'on peut toujours lui faire produire les denrées qui sont en usage. Si le froment est plus en usage, et que l'avoine le soit moins, comme la terre peut produire l'un et l'autre, on lui fera produire ce qui est le plus en usage, comme étant d'une plus grande valeur.
Ce numéraire ne pourra recevoir aucune valeur additionnelle de son usage comme monnaie ; ainsi celui qui le reçoit sera certain de n'éprouver aucune perte, quand même, au bout d'un certain temps, on en ferait cesser l'usage comme monnaie. La terre recevra une valeur additionnelle de son emploi , comme hypothèque du numéraire fourni ; et cette valeur additionnelle serait plus considérable que celle que l'argent recevait , parce que , malgré l'emploi de la terre comme hypothèque du numéraire fourni, cependant elle ne serait dépouillée d'aucun autre de ses usages. L'argent ne peut être employé en même temps comme monnaie et comme vaisselle; mais la terre étant en plus grande quantité qu'il ne faut pour répondre du numéraire que l'on aura occasion de délivrer sur su garantie, il en résulte que la valeur additionnelle qu'elle recevra ne sera pas si considérable que celle que l'argent recevait.
Je suppose que la valeur additionnelle de la terre fût d'un quart, les
* On peut ajouter que ce papier-monnaie achèterait en même temps vingt fois plus d'argent qu'il n'en eût acheté il y a deux cents ans. {Noie de M. de Senovert.)
terres qui sont aujourd'hui au denier 20 , seraient alors au denier 25. Si le Parlement révoquait le papier-monnaie, celui qui en aurait n*y perdrait rien , quoique la terre perdît sa valeur additionnelle ; car il n'est pas délivré de papier en sus de la valeur de la terre, abstraction faite de son emploi comme monnaie. Au contraire, si l'on cessait de se servir de l'argent comme monnaie , celui qui aurait de l'argent perdrait moitié ou deux tiers , parce que l'argent serait alors réduit à sa valeur comme métal.
Le papier-monnaie que je propose a une meilleure valeur que l'argent ; il ne reçoit aucune augmentation de valeur de son usage comme monnaie; il n'est sujet à aucun changement dans sa valeur, parce que la quantité et la demande augmentent ou diminuent toutes les deux ensemble ; donc, il en est d'autant plus propre à devenir la mesure par laquelle sont évaluées les marchandises, la valeur par laquelle les marchandises sont échangées, et en laquelle les contrats sont stipulés payables.
Les autres qualités nécessaires à la monnaie, sont :
1" D'être facile à délivrer ;
2° D'avoir la même valeur dans un lieu que dans un autre;
3** D'être gardée sans perte ni dépense ;
^■^ De pouvoir se diviser sans perte ;
5" D'être susceptible d'une empreinte.
Le papier a toutes ces qualités, dans un degré plus éminent que l'ar-
gent.
1" Il est plus facile à délivrer ; il faut moins de temps pour payer 500 livres en papier que 5 livres en argent.
2" Etant plus facile à transporter, sa valeur dans un lieu approchera toujours plus de sa valeur dans un autre lieu.
3° On peut le garder plus aisément , à cause de son moindre volume, et sans perte, parce qu'on peut l'échanger à la Chambre. La consommation du papier n'est pas d'une aussi grande valeur que la consommation de l'argent. La consommation du papier est une perte pour la commission , la consommation de l'argent est une perte pour le propriétaire.
4° Il peut se diviser sans perte , parce qu'on a la faculté de le changer en moindres billets à la Chambre.
5° Il est susceptible d'une empreinte , et moins sujet que l'argent à la contrefaçon.
La pratique de la plupart des nations commerçantes confirme que le papier, pourvu qu'il ait une valeur, est plus propre que l'argent à l'usage de la monnaie. En Hollande, on donne l'argent pour gage,
et le papier est employé comme monnaie. Il est évident, d'après ce que je viens de dire , que le gage en terres est une meilleure valeur que le gage en argent*. En Angleterre, avant l'établissement de la banque, on recevait les billets des orfèvres dans les payements, de préférence à l'or ou à l'argent , ce qui prouve que le papier-monnaie a plus que l'or et l'argent toutes les qualités nécessaires à la monnaie , au point de balancer le risque des faillites des orfèvres, dont on voit plusieurs exemples^. M. Locke, Traité de Vintérêt de V argent , page 7, dit que (( le crédit d'un certain orfèvre (qui n'était ordinairement qu'un billet souscrit de la main d'un de ses commis) s'éleva au-dessus de onze cent mille livres sterling en une seule fois. »
Les billets de la banque d'Ecosse circulaient, quoiqu'il n'y eût point d'espèces en banque , et que l'acceptation en fût volontaire. La sûreté pourle papier que je propose sera aussi bonne, l'administration en sera plus sûre et plus satisfaisante que celle de la banque, ou de toute autre banque particulière , parce que cette administration sera plus publique , et que la commission n'aura aucune part dans les bénéfices. D'ailleurs, il n'y aura pas à courir le hasard auquel sont exposées les banques par la vente des actions.
Il semblerait étrange qu'on élevât des doutes sur l'administration d'une commission pareille, quand les administrateurs sont à la nomination du Parlement, quand ils lui sont comptables, quand ce qu'on leur confie est d'un si modique objet; car il ne pourra être monnayé de nouveaux billets tant qu'il y aura 25,000 livres à la commission. Le Parlement doit charger un comité de surveiller la manutention , les livres doivent être soumis à l'inspection de tout membre du Parlement, et l'état de la commission sera rendu public par la voie de l'impression'.
Puisque les billets de la banque avaient cours par la seule accepta-
1 L'assimilation est un sophisme. En Hollande, le papier ne tendait pas à la suppression de la monnaie métallique; et celle-ci, qui existait dans les caisses de la Banque, circulait toujours virtuellement. En outre , l'obligation de payer les lettres de change d'une certaine valeur en assignations de banque n'iiitéressait que les négociants, et ne causait de préjudice à personne. Mais, dans le système proposé, Law voulait au contraire démonétiser l'argent en forçant tout le monde à recevoir ses billets. Or, bien que la démonétisation de l'argent soit en théorie chose très-concevable, elle n'est qu'une chimère dans la pratique, parce qu'elle suppose, comme l'a remarqué M. Rossi, une nation toute composée d'hommes parfaitement honnêtes, avec un gouvernement digne d'elle.
* Cela prouve seulement que la monnaie métallique n'est pas parfaite, et qu'il y a des gens qui ont besoin de crédit.
* L'impression n'empêcha pas l'auteur d'émettre en France pour plus de deux milliards et demi de pa[)ier-monnaie ; et elle n'a pas empêché plus tard de fabriquer pour 45 millions d'assignats.
tion volontaire, quoiqu'il n'y eût point d'espèces en banque, il est naturel de penser que le papier-monnaie proposé aura au moins autant de circulation , car la légalité de son cours ne lui ôte rien de sa valeur. Celui qui avait des billets de banque ne pouvait être assuré que |a banque fut en état de lui en fournir le montant en espèces , et ceux à qui il devait payer en argent pouvaient les refuser ; il était donc plus incertain que si le cours des billets eût été légal.
La monnaie d'argent devant tomber de 8 ou 9 pour cent en trois mois , il n'est pas à supposer qu'on préférera l'argent au papier-monnaie, puisque les billets de la banque, qui étaient un papier représentatif d'un fonds en argent, se soutinrent à l'intérêt ordinaire, quoique le porteur ne fût pas assuré du payement à l'échéance, ou de l'acceptation de son créancier.
On objectera peut-être que le papier avait cours , parce qu'on pouvait ayec lui se procurer de l'argent quand on en demandait, ou à une époque déterminée ^
Je réponds que rien n'était plus raisonnable , mais que cela n'aurait pas lieu dans mon projet. La sûreté donpée pour le premier papierrnpnnaie était de l'argent ; la sûreté donnée pour le second , ce sont des terres. Cette monnaie n'a pas plus de rapport à l'or ou à l'argent qu'aux autres marchandises ; et il serait insensé de dire que je ne voudrai pas prendre 100 livres de semblable papier-monnaie pour les marchandises que je vends, parce que je ne suis pas sûr que dans six mois d'ici je pourrai acheter avec ce papier telle quantité d'argent, car l'argent peut devenir plus cher. C'est comme si je disais actuellement, que je ne veux pas prendre 100 livres en argent pour les marchandises que je vends, parce que je ne suis pas sûr si dans six mois cet argent m'achètera telle quantité de vin , car le vin peut devenir plus cher.
Quatre couronnes n'achèteraient pas une guinée , quoiqu'elles aient été monnayées pour la même valeur^ ; elles n'achèteraient pas non plus la dixième partie des marchandises que quatre couronnes auraient achetées il y a deux cents ans ; cependant l'argent est reçu comme une valeur ; on le stipule pour tel , quoique sa valeur diminue chaque
' Et Tobjection est solide.
'^ La guinée anglaise fut d'abord frappée pour 20 schellings ; mais ayant une valeur intrinsèque supérieure, d'après le prix des métaux au marché, elle cherchait ellemême sa valeur, et passait volontairement pour plus de 20 schellings; en 1728, oh fixa sa valeur légale à 21 schellings, qui élait juste alors. Depuis cette époque, l'or a baissé de prix relativement à l'argent; et il arrive de là qu'en Angleterre on ne paye presque qu'en or. ^o^^z Recherche des principes de V économie politique, tome III, pages 71 et suivantes. {Note de M. de Senovert.)
année , et quoiqu'il ne vaille peut-être pas un tiers de ce pour quoi il passe, ou pour quoi il est stipulé, abstraction faite de son usage comme monnaie. La quantité de ce papier croissant en raison de la demande, et diminuante mesure que la demande diminue, non-seulement il conservera sa valeur, mais il présentera encore cet avantage, que la terre hypothéquée , {abstraction faite de son usage comme monnaie , vaut autant que le papier délivré, et qu'elle peut augmenter en valeur.
On peut tourner l'objection précédente contre l'argent-monnaie, et avec grande raison ; car il perd bien plus promptement de sa valeur que les autres marchandises , et il peut être bien plus tôt réduit à sa valeur comme métal.
Le papier-monnaie proposé est égal à lui-même; mais, de se maintenir égal à une quantité donnée de toute autre marchandise, c'est avoir une qualité que ne peuvent avoir les autres marchandises. Il a une valeur meilleure et plus assurée que l'argent-monnaie , il a de plus toutes les autres qualités que n'a pas l'argent, et il est plus susceptible d'être monnayé qu'aucune autre chose connue. La terre est ce qui vaut le plus, et ce qui augmente en valeur plus que les autres marchandises ; donc , selon toute apparence , le papier-monnaie dont elle est le gage , non-seulement se maintiendra égal aux autres marchandises , mais encore les surpassera en valeur.
A raison de la rareté extraordinaire de l'argent-métal en Ecosse, et de l'empressement que le public témoigne pour en avoir par suite de son ancien usage comme monnaie, il sera nécessaire de restreindre son prix à 5 schellings 2 deniers l'once ; mais il perdra bientôt de cette valeur en papier, si sa quantité en Europe augmente au delà de ce qu'on en exporte, ou de ce qu'on en consomme.
Supposons une île appartenant à un seul homme. Elle est divisée en cent fermes ; chaque ferme contient une famille de dix personnes , en tout mille individus. Ils cultivent l'île; une partie de la terre est destinée à produire des grains, le reste aux pâturages. Outre les fermiers et leurs familles , il y a trois cents pauvres ou désœuvrés qui vivent d'aumônes. Il n'y a point de numéraire, mais les rentes sont payées en nature, et si un fermier a plus d'une production et moins d'une autre qu'il n'en faut à sa famille, il troque avec son voisin.
Les habitants de cette île n'ont pas la moindre idée de manufactures : la fertilité de l'île fournit assez pour leur consommation , et il leur reste encore un excédant qu'ils échangent sur le continent, pour des habits et pour toutes les autres marchandises dont ils ont besoin; mais comme cet excédant ne suffit qu'à un retour de la quantité donnée de marchandises qu'ils consomment annuellement, ils n'ont point
de magasins des marchandises étrangères ou de leur cru, pour parer aux mauvaises années, ni magasins d'armes, de munitions, etc., pour leur défense.
On fait envisager au propriétaire de l'île , que si Ton établissait une monnaie pour payer des salaires, les trois cents pauvres pourraient être employés à manufacturer les objets qui, auparavant, étaient exportés en nature ; que comme les mille cultivateurs étaient oisifs la moitié du temps , ils pourraient être employés de manière à ce que leur travail additionnel fût égal à celui de cinq cents personnes de plus, ce qui diminuerait l'importation, en fournissant aux habitants une partie des marchandises qu'ils tiraient du continent, et élèverait l'exportation trois ou quatre fois au-dessus de sa première valeur ; qu'enfin le retour pour cette exportation leur procurerait des marchandises étrangères en plus grande quantité qu'ils n'en avaient besoin pour leur consommation , excédant qui serait mis en réserve dans les magasins.
La monnaie serait établie sur ce plan. Le propriétaire ferait monnayer des coupons de papier numérotés n° 1, n° 2, ainsi de suite ; le n° 4 serait égal à une certaine mesure de grains. Les pauvres et les autres ouvriers ne demanderaient pas mieux que de prendre le n" 4 pour le salaire d'une journée de travail , pourvu que l'ordre des choses fût tel, qu'avec le n" 4 ils pussent acheter la mesure de grains en question ; car, puisque le grain peut se troquer contre d'autres marchandises, de même le n° 4 achèterait une valeur égale en toute autre marchandise.
Pour rendre le n*' 4 égal à cette mesure de grain , le propriétaire assemble ses fermiers, leur déclare qu'à l'avenir il veut qu'on lui paye ses revenus en papier ; en conséquence , il renouvelle leurs baux , et les fermiers qui payaient 100 mesures de grains, il leur impose l'obligation de lui payer le n° 400. Les autres espèces de productions avec lesquelles on payait le propriétaire sont fixées d'après la valeur qu'elles avaient dans les échanges contre du grain , et elles sont de même affermées en papier.
Le propriétaire fait monnayer du papier à concurrence de la valeur d'une année de revenu; il emploie ceux qui veulent travailler, et leur donne du papier pour prix de leur travail. Le fermier donne aux ouvriers du grain, ou les autres marchandises qu'il possède, pour du papier-monnaie, et le propriétaire reçoit ce papier pour son revenu. Mais, comme on peut supposer que la consommation de l'ouvrier n'est égale qu'au n** 2, il arrive que les fermiers ne peuvent se procurer la somme entière émise par le propriétaire, ni par conséquent ce qu'il faudrait
pour payer le prix de leur bail. Si l'on n'y portait remède, les ouvriers étant maîtres du restant du papier, et n'ayant pas besoin d'une plus grande quantité de marchandises des fermiers , ils pourraient hausser la valeur du papier; pour prévenir cela, le propriétaire fait monnayer une plus grande quantité de billets, qui attirent dans l'île une partie des pauvres et des désœuvrés du continent, et occasionne une plus grande consommation , au moyen de laquelle les fermiers se trouveront en état de payer leur rente en papier, comme elle a été stipulée. Cet accroissement de population est un avantage pour l'île, car c'est pour elle un accroissement de puissance , et le travail de ces nouveaux habitants vaut le double de leur consommation.
Quoique cette monnaie n'ait d'autre valeur que celle que lui a donnée le propriétaire en la recevant en payement de son revenu , on l'estimera cependant égale aux denrées qu'on payait auparavant en nature.
Si le propriétaire donnait à cette monnaie une valeur en terre d'après le calcul suivant : un acre de terre paye le n" 100 ; au denier 20, cet acre vaut le n° 2,000 ; et s'il disposait de la propriété de la terre pour cette valeur en papier, qui se refuserait à recevoir cette monnaie, ou à contracter pour elle, puisqu'elle payerait non-seulement les productions, mais encore la propriété à un prix raisonnable * ?
La monnaie n'est pas la valeur pour laquelle les marchandises sont échangées, mais la valeur par laquelle les marchandises sont échangées^. L'usage de la monnaie est d'acheter des marchandises et l'argent lui-même, tant qu'on ne l'applique pas à d'autres usages '.
Quand même l'argent serait un produit de notre sol , il n'est cependant pas aussi propre que la terre à devenir monnaie. La terre est ce qui produit toutes choses, l'argent n'est qu'une production. La terre n'augmente ni ne diminue en quantité, ce qui peut arriver à l'argent ou à toute autre production ; donc la terre a une valeur plus certaine que l'argent, ou que toute autre marchandise.
La terre est susceptible d'amélioration , et sa demande peut être plus considérable ; donc elle peut augmenter de valeur.
On ne peut supposer qu'on emploiera l'argent à d'autres usages
' 11 est sous-entendu que le bénéfice du propriétaire, sur tout l'ouvrage exécuté en conséquence de l'émission de sou papier, l'enrichira comme marchand. (Noie de M. de Senovert.)
* Quand elle est de papier, oui. — Quand elle est d'or ou d'argent, non.
' Bien. — Mais la monnaie n'achèle des marchandises, qui sont des valeurs, que parce qu'elle est valeur elle-même. Changez-la en chiffons de papier, et elle n'achètera plus rien, à moins que vous n'ayez recours à la violence, dont l'empire ne saurait jamais être de longue durée. (Voyez le chapitre v, page 307.)
CONSIDERATIOiNS SUR LE NUMERAIRE. 535
qu'à ceux auxquels il est employé maintenant , ni que la demande s'élèvera au-dessus de la quantité.
La terre ne peut perdre aucun de ses usages, donc elle ne peut diminuer de valeur; l'argent peut perdre son usage de monnaie, auquel on l'emploie actuellement; donc il baisse de valeur comme métal.
Il peut aussi perdre une partie de ses usages comme métal , d'autres substances pouvant le remplacer ; donc il peut perdre une partie de sa valeur comme métal ; mais rien ne peut remplacer la terre dans ses usages.
La terre peut être transmise au moyen du papier, et c'est en quoi elle a les autres qualités nécessaires à la monnaie , dans un plus haut degré que l'argent.
La terre a d'autres qualités qui la rendent propre à l'usage de la monnaie, et qui manquent à l'argent.
La terre, employée à l'usage de la monnaie, conserve tous ses autres usages ; l'argent ne peut pas servir à la fois comme monnaie et comme métal.
Le commerce et la monnaie sont dans une dépendance réciproque l'un de l'autre; quand le commerce tombe, la monnaie diminue; et quand la monnaie diminue, le commerce tombe : la puissance et la richesse consistent dans l'étendue de la population et dans les magasins de marchandises nationales et étrangères : ces objets dépendent du commerce, et le commerce dépend de la monnaie. Donc, tant que le commerce et la monnaie seront affectés, immédiatement et médiatement, ce qui nuit à Futi doit nuire à tous deux; la puissance et la richesse n'ont plus rien que de précaire.
Si l'on établit une monnaie qui n'a aucune valeur intrinsèque , ou dont la valeur extrinsèque soit telle qu'on ne voudra pas l'exporter, et que la quantité ne sera jamais au-dessous de la demande dans le pays, on arrivera à la puissance et à la richesse ; elles seront moins précaires. La monnaie n'étant exposée à être diminuée immédiatement ni médiatement, et le commerce n'étant pas exposé à tomber par des causes médiates, la puissance et la richesse de ce pays n'auront plus rien de précaire, que relativement à ce qui peut nuire au commerce d'une manière immédiate.
Le papier-monnaie proposé étant toujours en quantité égale avec la demande, les habitants seront employés, le pays amélioré, les manufactures perfectionnées, le commerce national et étranger s'étendra, et l'on obtiendra puissance et richesse. Eniin, cette monnaie n'étant pas sujette à être exportée, les habitants ne manqueront point
de travail, etc. La richesse et la puissance en seront d'autant moins précaires.
D'après cela, il est évident que la terre est plus propre que l'argent à l'usage de la monnaie, qu'elle lui est préférable pour cet usage , quand même l'argent serait une production de l'Ecosse, parce que sa valeur est plus certaine, et qu'elle possède dans un plus haut degré les qualités nécessaires à la monnaie, avec d'autres qualités que l'argent n'a pas. Donc elle est susceptible d'être la mesure générale par laquelle les marchandises sont évaluées, ainsi que la valeur par laquelle les marchandises sont échangées, et dans laquelle les contrats sont passés.
Si 2,000 livres de papier-monnaie sont égales à une propriété de terre valant 2,000 livres en argent, alors ces 2,000 livres de papier monnaie sont égales à 2,000 livres en argent.
Ce qui achète la terre achètera tout ce que la terre produit, et qui achète les productions de la terre achètera toutes les autres marchandises, soit nationales, soit étrangères. Si l'on importe des vins de France, le négociant a le projet de placer son argent à intérêt sur des marchandises ou sur des terres. La Chambre ne reçoit point d'es-^ pèces d'argent; ainsi il ne peut se procurer un contrat de la commis-^ sion, à moins qu'il ne fournisse la valeur en papier, et la plupart des propriétaires fonciers ne voudront pas prendre de l'argent pour leurs marchandises ou pour leurs terres, parce qu'ils ont besoin de papier pour payer la Chambre. Donc le négociant préférera de vendre ses vins pour du papier-monnaie, parce qu'avec ce papier il achètera les marchandises, les contrats ou les terres, dans tous les cas où les espèces d'argent pourront les acheter, et dans les cas où les espèces ne le pourraient pas.
Encore il faudrait supposer, pour cela, que l'argent eût les même: qualités que la terre pour l'usage de la monnaie ; mais comme l'argent n'a qu'une valeur incertaine, qu'il est donné pour beaucoup plui que sa valeur en tant que métal, qu'il n'a pas toutes, ni au même degré que le papier-monnaie, les qualités nécessaires à la monnaie; donc, par ces motifs, on donnera la préférence au papier-monnaie sur l'argent.
On objecte qu'un papier-monnaie, quoique hypothéqué sur un fonds solide, quoique ayant cours dans le pays, n'aura jamais au dehors une valeur égale à sa valeur en Ecosse.
Les marchandises d'Ecosse auront toujours au dehors une valeur semblable à celle des marchandises de la même espèce et d'une égale qualité; et quoique en papier, cette monnaie qui achète des marchan-
dises en Ecosse, achètera des marchandises ou des espèces en d'autres lieux. Si des serges, des toiles, etc., du prix de 1,000 livres, valent au dehors 1,300 livres tous frais payés, le négociant qui exporte de pareilles marchandises recevra cette monnaie aupair, et aura 1,300 livres pour ce qui lui a coûté 1,000 livres.
Lorsqu'une nation établit une monnaie, si cette monnaie a une valeur égale à ce qu'elle remplace comme monnaie, et réunit les autres qualités nécessaires à la monnaie , la nation ne doit avoir aucun égard à la valeur qu'elle aura dans les autres pays. Tout au contraire, comme chaque pays s'efforce de conserver sa monnaie, si cet Etat peut en imaginer une qui n'aura pas de valeur au dehors, il fera ce que les autres pays se sont en vain efforcés de faire par des règlements.
Aucune nation ne tient à l'argent parce qu'on s'en sert dans d'autres pays, mais parce qu'elle ne peut rien trouver d'aussi sûr ni d'aussi commode. Le commerce entre les nations se fait par l'échange des marchandises, et si un négociant en exporte pour une moindre valeur qu'il n'en importe , il lui est fourni de la monnaie au dehors par un autre marchand, qui importe pour une moindre valeur qu'il n'a exporté. Si nous ne devons point au dehors, le marchand qui se proposait d'importer pour une plus grande valeur qu'il n'a exporté, se trouve restreint, et ne peut faire qu'une importation égale à son exportation : c'est le but auquel on s'est efforcé d'atteindre, par des lois portées pour régler le commerce.
On objecte que nous sommes dans la nécessité de tirer des marchandises de pays qui ne prendront aucune des nôtres.
La France ne permet pas l'exportation des espèces ; elle ne permet non plus à aucun vaisseau d'importer des marchandises, à moins qu'on n'exporte du même port des marchandises françaises pour la valeur de celles importées.
Nos lois défendent aussi l'exportation dçs espèces ; mais comme je ne pense pas que l'exemple des nations soit une bonne réponse, je tâcherai d'en donner une meilleure.
Supposons que notre monnaie n'a point de valeur au dehors, et que nous avons besoin des marchandises du Danemarck, qui ne prend point des nôtres. Ces marchandises étant nécessaires chez nous, seront évaluées plus haut que d'autres qui le sont moins , et la valeur des marchandises écossaises vendues dans d'autres pays sera transportée en Danemarck, en marchandises de nature à s'y vendre, ou en monnaie étrangère; et ces marchandises nécessaires seront apportées chez nous, parce que le commerçant fait sur elles un plus grand profit que sur
celles qui auraient pu être importées du pays où s'étaient vendues les marchandises exportées.
Mais, comme cet accroissement de monnaie doit employer et les individus qui sont actuellement sans travail, et avec plus d'avantage ceux déjà employés, il s'ensuit que les productions seront augmentées et les manufactures perfectionnées. Si la consommation du pays continu(> sur le pied actuel, l'exportation la surpassera, et il nous sera dû une balance. Or, comme le change dépend de la balance, le papier-monnaie sera égal chez nous à une plus grande quantité d'argênt-monnaie au dehors.
Supposez la valeur annuelle de l'Ecosse un million et demi, la valeur annuelle de l'Angleterre 40 millions; la valeur de l'Ecosse n'est qu'une vingt-huitième partie de la valeur de l'Angleterre. Cependant sous le point de vue de la quantité, de la qualité des terres, et de la population, l'Ecosse est au moins comme 1 à 6, et nous serions sous tous les rapports comme 1 à 6, si nous avions assez de numéraire pouÙ employer tous les habitants; car tious avons des avantages, qui noiii^ sont particuliers, qui font plus que compenser les plantations coloniales et le commerce des Indes.
L'Angleterre n'est pas améliorée au point où elle pourrait l'être par une augmentation de numéraire. Nous pouvons avoir un numéraire égal à la demande en appliquant notre terre à cet usage. Doril notre pays peut être bonifié au delà du rapport de 1 à 6. Mais, si l'au^ mentation de numéraire proposée bonifiait seulement le pays au poini de rendre notre rapport avec l'Angleterre comme 1 à 13, notre valeur annuelle serait de 3 millions, et notre consommation n'allant pas à la moitié de ce que consomme en Angleterre le même nombre d'individus, si la consommation s'y maintenait sur le pied actuel, la balance due à l'Ecosse surpasserait la balance due à l'Angleterre.
Quelques personnes pourront regarder comme une hypothèse extravagante cet accroissement de notre valeiir annuelle; mais je les prie de considérer les effets de l'abondance du numéraire dans d'autres pays. A mesure que celui d'Angleterre a augmenté, la valeur annuelle a augmenté, et à mesure que le numéraire a diminué, la valeur annuelle a diminué.
L'émission du papier-monnaie proposé étant égale à la demande, je ne doute point qu'il ne portât la valeur annuelle de l'Ecosse à 3 millions , quand même on négligerait la pêche et les autres branches du commerce étranger, qui peuvent être bonifiées très -avantageusement. Mais supposé que la valeur annuelle n'augmentât que de 500,000 livres, dont un quart absorbé par la consommation plus
considérable des produits naturels et des manufactures du pays, un quart par la consommation plus considérable des marchandises étrangères et par la dépense au dehors , un quart employé à former des magasins de marchandises étrangères, on nous devra toujours un quart pour la balance, et ce quart sera importé chez nous en argent.
Si la consommation et la dépense augmentaient au même degré ou plus que la bonification, comme le papier-monnaie ne pourrait s'exporter, les habitants ne resteraient pas sans travail, les manufactures ne pourraient dépérir, parce que le numéraire serait semblable à un héritage substitué. Nous pourrions continuer de faire une consommation égale à notre valeur annuelle ; mais nous ne pourrions diminuer cette valeur ni devenir plus pauvres, quand même nous le voudrions.
Si la valeur de l'importation surpassait celle de l'exportation et qu'il fût fait crédit pour la balance, les étrangers, pour se payer par euxmêmes, enverraient une moindre valeur de marchandises l'année suivante ; mais on peut restreindre la consommation des marchandises nationales et étrangères, de manière à ce qu'il nous serait dû une balance.
Le revenu de la Chambre sera d'un grand secours pour l'avancement de notre commerce dans son enfance, ce qui encourage l'exportation des marchandises et leurs manufactures; et le numéraire donné en forme de prime non-seulement encouragera l'exportation et les manufactures, mais relèvera la réputation que nos marchandises otit perdue, et leur en donnera une supérieure à celle des marchandises étrangères.
La prime ne devrait pas être accordée pour toutes les marchandises, mais seulement pour celles qui ne rapportent pas au dehors un profit raisonnable, et à condition qu'elles seraient de qualité requise.
Le sceau du bureau des primes serait appliqué sur toutes les marchandises favorisées de la prime, et tous ceux à qui on aurait délivré un bon de prime s'engageraient sous caution à payer le prix de ces marchandises avec les frais, si elles n'étaient pas de qualité requise.
Quand les manufactures et le commerce prospèrent, le revenu du ^ propriétaire foncier est bien payé, et s'augmente. Quand ils dépérissent, le revenu est mal payé et diminue; les primes sont un moyen si efficace pour encourager et étendre les manufactures et le commerce, qu'il serait de l'intérêt des propriétaires fonciers de se cotiser eux-mêmes, plutôt qu'une prime manquât où elle serait nécessaire.
Une prime est plus nécessaire en Ecosse que dans les autres pays , car nous ne manufacturons pas aussi bien que les autres nations ; nos fonds étant beaucoup plus modiques, nous ne sommes pas en état de
vendre pour le même bénéfice, et les marchandises des autres nations seront préférées aux nôtres, parce que celles-ci sont suspectes.
Quelques-uns objectent que ce projet est nouveau, et qu'il n'a encore été mis en pratique par aucune nation.
L'exemple d'une autre nation ne devrait pas nous déterminer à suivre le même plan , sans avoir examiné si cette nation s'en est trouvée mieux ou plus mal , et si notre position et la sienne ne diffèrent pas au point de rendre nuisible et inefficace pour nous ce qui était à son avantage. D'un autre côté, ce n'est pas un argument admissible contre un projet dont le but est le bien général, que de dire qu'il est nouveau et qu'il n'a jamais été mis en exécution.
Lorsqu'un projet quelconque a été déjà pratiqué par d'autres nations, c'est une présomption en sa faveur, et s'il a été refusé, c'est une présomption contre lui. Mais une nation sage ne doit point se déterminer par l'exemple, à suivre ou à rejeter sans examen.
Ce projet n'a point été rejeté : sa partie essentielle s'exécute aujourd'hui en France.
Les règlements y ont établi le cours forcé du papier; et bien que ce soit d'une manière qui, selon toute apparence, devait mettre obstacle à sa circulation , j'apprends néanmoins que les traites étrangères s'achètent avec le papier-monnaie tout comme avec l'or et l'argent \
L'exemple des nations, en matière de monnaie, serait une boussole bien incertaine; car, comme je l'ai dit (page 489), dans quelques pays, on a employé des moyens contraires à ceux employés dans d'autres ; et, dans un même pays, on a employé des mesures opposées à celles qu'on venait de suivre immédiatement ; non à raison d'aucune diversité de circonstances , mais d'après l'idée que, puisque la méthode employée n'avait pas l'effet proposé, on l'obtiendrait par une méthode contraire. On peut en conclure avec raison, que la nature de la monnaie n'a pas encore été bien entendue.
De toutes les autres objections que je connais contre ce projet, il n'en est aucune qu'on ne puisse pleinement réfuter; et, sous quelque rapport que je l'envisage, je ne saurais, avec toute l'application dont je suis capable, trouver aucune objection à laquelle il ne soit facile de répondre victorieusement. Enfin , s'il existe quelque erreur dans les
' Il s'agit ici des billets de monnaie dont il a été parlé déjà dans les notes de la Dime royale, page 83 de ce volume. Par une déclaration du 12 avril 1707, le cours forcé de ces billets, qui existait pour Paris seulement, fut étendu à tout le royaume. Quoique le gouvernement, en obligeant les citoyens à recevoir ce papier, se gardât bien de l'admettre dans les caisses publiques, le |)réambule de la déclaration expose que la mesure est prise pour le soulagement du peuple.
principes que j'établis, si j'en ai tiré quelques fausses conséquences, ( 'est ce qu'il ne m'a pas été possible de reconnaître.