‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 158 sur 201 · DE JEAN-FRANÇOIS MELON · texte numérisé non relu

DE JEAN-FRANÇOIS MELON

Jean-François Melon est né à Tulle \ Sa famille, qui appartenait à la robe, le destina au barreau. Il vint même, après avoir terminé ses études de droit, s'établir à Bordeaux, avec le projet d'exercer la profession d'avocat en cette ville. Mais, s'y étant lié avec un grand nombre de savants et d'hommes de lettres, il changea de détermination, et ne s'occupa plus que de littérature et d'économie publique. Ayant compris l'utilité de l'association dans le travail intellectuel, il parvint à ériger, en 1712, une petite Académie, dont le duc de La Force*, qu'il connaissait, se déclara le protecteur. Les membres de cette Société élurent Melon pour secrétaire perpétuel , et il devint l'âme de cette réunion scientifique et littéraire. En 1715 ou 1716, il fut appelé à Paris par le duc de La Force, qui faisait partie du Conseil de finances institué après la mort de Louis XIV, et qui éprouvait le besoin de confier à un homme capable la besogne administrative dont il n'était chargé que nominalement. Lorsque le Conseil fut dissous. Melon passa dans les bureaux du contrôleur-général d'Argenson , qui le nomma plus tard inspecteur-général des Fermes à Bordeaux. Mais, soit que ce poste eût cessé de lui convenir, soit que le trop célèbre Dubois lui eût oflert quelque chose de plus avantageux , il abandonna les Fermes pour travailler sous les ordres du ministre des affaires étrangères. Enfin, par des motifs dont on ignore toujours le secret, il résigna ces fonctions nouvelles, et devint le secrétaire de Law, jusqu'à la chute du Système, en 1720. Après cette grande catastrophe,

' L'auteur de l'article consacré à Melon dans la Biographie universelle, M. Beuchot, ne donne pas la date de la naissance de cet écrivain. Nos propres recherches à cet égard ont été aussi infructueuses que les siennes.

* Le même que celui dont il est question dans la Notice historique sur Law.

Melon passa, en la même qualité, au service du régent, et ;f demeura jusqu*à la mort de ce prince , par laquelle il fut rendu tout à fait à la vie privée.

Melon n'avait rien écrit jusqu'à l'époque que nous venons de retracer. Son premier ouvrage fut une Hislotre allégorique de la Régence, qui offre peu d'intérêt. L'auteur devait savoir beaucoup, mais il pensait, comme Fontenelle, qu'il ne faut pas ouvrir trop fort la main qui est pleine de vérités.

C'est en 1734 que cet écrivain publia le livre qui a fait sa réputation, V Essai politique sur le commerce. Il en donna une seconde édition, augmentée de sept chapitres, en 1736. Voltaire s'exprime de la manière suivante sur le compte de cet ouvrage : « Les principes du « commerce sont à présent connus de tout le monde ; nous commen- « çons à avoir de bons livres sur cette matière. V Essai sur le corn- « merce, de M. Melon, est l'ouvrage d'un homme d'esprit, d'un cice toyen, d'un philosophe : il se sent de l'esprit du siècle; et je ne « crois pas que, du temps même de M. Golbert, il y eût en France « deux hommes capables de composer un tel livre. Cependant , il y a « bien des erreurs dans ce bon ouvrage ; tant le chemin vers la vérité « est difficile ! Il est bon de relever les méprises qui se trouvent dans « un livre utile; ce n'est même que là qu'il le§ faut chercher. C'est « respecter un bon ouvrage que de le contredire; les autres ne mé- « ritent pas cet honneur ^ »

Le suffrage était (latteur, et il fut ratifié parle public, le meilleur de tous les juges. C'est que Melon , quoique toutes ses idées ne fussent pas incontestables, avait eu le mérite, peu commun à cette époque, de penser beaucoup dans un petit volume, et celui, non moins rare, traiter avec une lucidité parfaite les plus grandes questions de l'é nomie sociale. Si son œuvre n'éclairait pas les esprits d'une lumi suffisante, il est certain , toutefois, qu'elle répandait dans les ténèbri une lueur assez vive pour les pousser avec courage à la recherche de la vérité. Yauban et Boisguillebert , en se perdant trop peut-être dan^ les détails , n'avaient presque touché qu'une seule question , celle de l'impôt : il fut donné à Melon de les résumer toutes ; de faire apercevoir l'étroite liaison qu'elles avaient entre elles , et par suite , la né-

* Politique et législation, Lettre à M. 7'***, sur l'ouvrage de M. Melon e sur celui de M. Dutot, 1738.

Le lecteur trouvera les observations de Voltaire dans les notes qui accompaguept 1; présente édition de VEssai politique sur le commerce»

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