‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 162 sur 201 · PI · texte numérisé non relu

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Toutes les combinaisons possibles dans son universalité, sont réductibles aux principes établis ; c'est-à-dire que le progrès de puissance d'une île sera aisément connu en examinant : 1" si son terroir produit plus de blé ou de denrées équivalentes ; 2° si sa police et son industrie augmentent le nombre de ses habitants ; 3° si la quantité de gage ou d'équivalent des échanges, est dans la proportion qui donne

commerce consiste, et qu'il faut le considérer pour juger de son importance. Si cet échange pouvait être fait immédiatement et sans frais, il n'en serait que plus avantageux aux deux échangeurs : aussi, se trompe-t-on bien lourdement quand on prend pour le commerce même les opérations intermédiaires qui servent à faire faire le commerce. — On se persuade que les profils faits sur une nation par ceux qui, dans son intérieur, achètent d'elle et lui revendent, sont néanmoins une augmentation de richesse pour cette nation. — Si les hommes avaient bien compris que le commerce n'est qu'un échange, ils ne se seraient laissé séduire ni par les dehors imposants des ventes et des reventes qui se succèdent les unes aux autres, ni par l'éclat trompeur des renchérissements simulés que causent les frais de la main-d'œuvre : ils n'auraient pas cru voir un accroissement de richesses et de commerce dans ce qui n'est qu'une dépense onéreuse au commerce. Autant vaudrait juger de l'utilité d'une mécanique par la complication de ses mouvements et par les frais de son entretien, sans avoir aucun égard à l'efiet qui en résulte. » (Mercier de La Rivière, Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, 1767.)

« Nous appelons commerce l'échange qui se fait lorsqu'une personne nous livre une chose pour une autre qu'elle reçoit. — Le commerce suppose deux choses; production surabondante d'un côté, et de l'autre consommation à faire. — 11 est faux que, dans les échanges, on donne valeur égale pour valeur égale. Au contraire, chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande. » (Conûûhc, Commerce et gouvernement, ilIG.)

Ad. Smith pense, avec Melon, Mercier de La Rivière et Condillac, que le commerce consiste essentiellement dans l'échange. (Voyez Richesse des nations, livre III, commencement du chapitre i.)

J.-B. Say contredit cette opinion en ces termes :

« Tous (les disciples de Quesnay et autres) ont cru que le commerce consistait essentiellement dans l'échange, tandis qu'il consiste essentiellement à placer un produit à la portée de ses consommateurs. L'échange en est la conséquence; c'est une opération accessoire ; de même que l'industrie manufacturière consiste essentiellement à changer la forme des produits, et accessoirement aies vendre. » {Cours d'économie politique, deuxième édition, tome I, page 304.) I M. Dunoyer réfute, à son tour, J.-B. Say de la manière suivante :

« Je serais fort embarrassé de dire comment on a pu être conduit à désigner par cette appellation d'industrie commerciale l'art qui fait l'office de déplacer, de transporter, de distribuer dans le monde les choses nécessaires à la satisfaction de tous les besoins et à l'exécution de tous les travaux. Il est clair qu'on n'a pu lui donner le nom de commerce, sans faire à ce mot une extrême violence et sans le détourner tout à fait de son acception. En effet, le sens étymologique du mot commerce, commercium, mot formé de cum et de merx, c'est échange. Commercer, c'est échanger; c'est, au lieu de ravir une chose, l'obtenir au moyen d'une autre, cum merce. Évidemment, il n'y a aucune raison pour appliquer ce mot à l'acte industrieux, au fait productif de l'homme qui exécute des transports Nous faisons tous des échanges dans la société, nous sommes tous marchands de quelque chose, nous sommes tous commerçants ; mms commercer n'est projjrement un métier pour personne.» (Nouvelle nomenclature des industries, Journal des Économistes, tome III, page 5.)

à chaque propriétaire les moyens de se servir avantageusement de tout ce qu'il possède pour acquérir ce qui lui manque.

Avec ces avantages, une î)e rompra bientôt la balance d'égalité, parviendra à la supériorité de puissance, et donnera des lois aux autres îles , étonnées d'un agrandissement dont le progrès leur avait été caché. Elles auront recours à des ligues coûteuses, lentes, à des guerres inégales , incertaines. Et ce qu'on aurait pu prévenir par ujie sage police , ne se répare que difficilement par des travaux de plusieurs années.

Mais cette île que la supériorité du commerce aura rendue si puissante, doit se conduire par de nouveaux intérêts politiques. Car elle n'est parvenue à ce haut degré qu'en trouvant tout chez elle sans le secours des autres îles, ou du moins à peu de frais. Alors, les autres îles appauvries, n'auront rien à donner en échange de leurs besoins; et le commerce, qui par son essence est réciproque, sera également détruit entre elles, et réduit en elles-mêmes. Quel est donc l'avantage de l'île dominante ? C'est premièrement d'attirer par son industrie les habitants des îles appauvries, qui abandonneront le pays natal pour devenir mercenaires dans les pays d'abondance. Cette augmentation d'habitants assure sa domination, et en peut procurer de nouvelles. En second lieu, l'île riche soutiendra le commerce des îles dont elle n'aura rien à craindre, et détruira celui des îles dont la concurrence peut l'alarmer : ainsi sa tranquillité deviendra égale à sa puissance \

Il est peut-être nécessaire de détruire ici l'erreur de ceux qui croient que les pays abondants en mines d'or et d'argent sont les plus riches*. Outre que l'expérience nous les fait voir toujours assujettis, il est évident que nous n'irons chercher les marchandises de luxe ou d'usage de convention, que lorsque nous aurons du superflu en denrées de nécessité, et que le possesseur des mines n'aura de quoi les travailler qu'autant que le possesseur de blé lui fournira de quoi nourrir ses ouvriers. Dans une disette de blé, les habitants ne s'occuperont à des armements pour la mer du Sud, que lorsqu'ils se seront assurés d'avoir du pain. La force d'un pays vient de sa plus grande quantité de denrées de première nécessité. L'or et l'argent, qui n'en sont que le

' L'auteur, en disant, quelques lignes plus haut, qu'il était de l'essence du coinmerce d'être réciproque, est passé à côté de cette vérité , que les produits ne s'achètent qu'avec les produits. S'il l'eût bien nettement comprise, il ne se serait pas imaginé qu'il y avait avantage pour l'île riche à n'avoir que des voisins pauvres.

^ Vauban et Boisguillebert avaient déjà combattu cette erreur. Voyez la Dime royale, page 49 de ce volume; — Boisguillebert, Détail de la France, IV partie, chapitre xvni ; Factum de la France, chapitre iv, et toute la Dissertation sur la nature des richesses.

gage, n'y suppléent qu'autant que ces denrées abondent dans les île de leur production ; au lieu que ces métaux peuvent être suppléés , ei le sont effectivement, par des représentations arbitraires \

Entre les îles de métaux, le reste égal , celle de fer aurait bientôt soumis les autres : aussi les Américains ont-ils été d'abord étonnés de recevoir pour une masse d'or inutile, un outil de fer qu'ils mettaient à tant d'usages différents. Ce qui est d'institution de nature est plus fort par lui-même que ce qui est d'institution arbitraire.

Par le titre de ce livre, et par ce qui a été dit, on voit bien qu'il ne regarde pas le commerce des particuliers entre eux ; mais la manière dont le législateur peut procurer à sa nation les facilités de se servie avantageusement de toutes les productions de son terroir.

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