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CHAPITRE XX

Du Change.

Le change est une manière de remettre de l'argent d'un lieu à un autre, par une lettre qui en indique le payement.

Le pair du change consiste à recevoir dans le lieu du payement autant de poids d'argent au même titre , qu'on en donne pour la lettre.

Ainsi celui qui actuellement, pour 3 livres tournois données à Paris, reçoit en Hollande 54 deniers de gros , ou à Londres 30 deniers sterling, reçoit autant qu'il donne. S'il reçoit moins de 54 deniers de gros, ou de 30 deniers sterling, il perd ; s'il reçoit plus, il gagne.

Ce qui fait la cherté d'une chose quelconque , c'est lorsqu'il y a plus de demandeurs de cette chose que de donneurs. Le blé enchérit lorsqu'il y en a moins au marché qu'il n'en est demandé^.

Lorsqu'il y a plus de demandeurs de lettres que de tireurs, alors les lettres enchérissent, et le demandeur donne plus d'argent qu'il n'en reçoit ; c'est le change désavantageux. Lorsqu'il y a plus de tireurs , le demandeur donne moins de poids qu'il n'en reçoit dans le lieu indiqué par la lettre, et le change est avantageux.

Le change avantageux vient donc d'une offre de lettres de change plus grande qu'il n'y a de demande. Or, le négociant n'offre des lettres

1 On voit que Leblanc défendait, comme Poulain et les États de Blois, le principe de la stabilité des monnaies. — Voyez le chapitre xviii.

- Ce langage équivaut à la formule : Le prix des choses est déterminé par le rapport de l'offre à la demande. Voyez Law, le texte et les notes des Considérations sur le numéraire, pages 463 et suivantes de ce volume.

pour un pays que parce qu'il y a des fonds. Donc, s'il y a plus d'offres de lettres que de demande, il y a plus de négociants qui ont des fonds dans les lieux où ils offrent, que de négociants qui ont besoin d'y acquitter leurs dettes ; et par conséquent le pays sur lequel on offre des lettres est débiteur : d'où il est aisé de conclure que le change ne rend un pays ni créancier ni débiteur , mais qu'il indique seulement ce qu'il est des deux.

Il peut pourtant y avoir une exception momentanée à cette règle. C'est dans un discrédit subit de circonstances extraordinaires, comme craintes de chambre de justice, réductions de Papiers royaux, visa; car alors les particuliers s'empressent à remettre leurs fonds à l'étranger. Ainsi, sans être débiteur d'un pays, le change baisse tout d'un coup par la grande demande de lettres ; mais il reprend bientôt avec un grand avantage , parce que le pays où l'on a envoyé les lettres , et assurément voiture , en devient plus débiteur.

Ce sera par quelque cause étrangère au commerce courant, que le change ne sera pas toujours avantageux à la France sur toutes les autres nations, parce qu'il n'en est point qui ne reçoive de nous plus de denrées que nous n'en recevons d'elles ; et si , sous le règne précédent, le change avec les Hollandais nous a presque toujours étjé désiivantageux, c'est par les prêts usuraires qu'ils faisaient aux Traitants ( t entrepreneurs du roi, continuellement leurs débiteurs. D'ailleurs, la défense réciproque du commerce avilissait le prix de nos denrées, ([ue les étrangers ne pouvaient venir chercher qu'avec des formalités de passe-port.

Ainsi , supposons que , par un de ces événements dont nous venons de parler, le change nous devienne désavantageux avec la Hollande ; alors les manœuvres de place, pour le soutenir, sont inutiles ou pernicieuses, et le législateur ne doit point s'en mêler, à moins que ce ne soit pour y voiturer des espèces, ce qui est toujours utile.

Ces deux propositions, qu'il ne faut point faire de manœuvres de place pour soutenir le change , et qu'il faut faire voiturer des espèces, seront contrariées, la première, par quelques négociants qui ne voient rien au delà du moment présent ; l'autre, par ceux qui , ne connaissant ni les principes du change ni ceux du commerce , croient que c'est de l'argent envoyé à l'étranger, en perte pour la France. Nous allons répondre aux uns et aux autres.

Les manœuvres de la place ne peuvent consister que dans l'offre de lettres avantageuses aux demandeurs. C'est la seule manière de soutenir le change; mais, loin que cela acquitte la nation , elle en deviendra au contraire débitrice du surplus du pair delà lettre. H faut toujours

revenir à la solde. La suite l'éciaircira encore davantage; mais les manœuvres sont plus de l'agioteur qui en espère du profit , que du ministre qui connaît nettement le principe.

Pour la seconde proposition , il faut se souvenir que le change n'est désavantageux que parce que nous sommes débiteurs, et nous le serons jusqu'à ce que nous aurons jjayé. Or, le payement ne^peut point se faire en lettres, parce que la lettre n'est qu'une nouvelle continuation de dette, ou plutôt un virement de dette du preneur au tireur. Il ne peut pas se faire non plus en marchandise, puisque, dans la supposition, elle n'est pas demandée; ainsi le change demeurera désavantageux jusqu'au payement de la dette, et par conséquent on ne saurait solder trop tôt par argent voiture.

Et quand même, pendant la voiture, la Hollande prendrait des denrées suffisantes pour solder, elle deviendrait débitrice de tout ce qui aurait été voiture, et serait obligée de revoiturer en France ; faute de quoi, le change serait toujours à son désavantage. Il est évident que la solde de la balance du commerce entre deux nations ne peut se faire qu'en marchandises ou en argent; et, si l'on suppose que l'une des deux , par la fertilité de son terroir, fournisse toujours plus de marchandises, il faut nécessairement que l'autre s'acquitte en argent. Et c'est ainsi que les nations, qui toutes reçoivent plus de denrées de la France , sont obligées de s'acquitter, ce qu'elles font ordinairement sur l'Espagne, qui reçoit d'elles toutes les marchandises de sa consommation ; et qui , pour marchandises et denrées , n'a presque chez elle que de l'or et de l'argent dont elle solde.

Disons encore un mot sur le transport de l'argent à l'étranger, que la plupart ont regardé comme pernicieux. Pensent-ils que c'est un présent qu'on fait? Si la balance du commerce est inégale, nous ne pouvons solder que par là : si elle est égale, l'étranger devient notre débiteur, notre tributaire ; et le change nous sera toujours avantageux. Il semble que pour détruire ce préjugé il ne faut qu'en présenter le ridicule, et cependant il n'est pas encore détruit'.

Le change par arbitrage consiste à remettre dans un pays, en faisant passer la remise par des pays intermédiaires, comme de remettre en Hollande par Cadix, Londres, Hambourg, etc. , et c'est toujours sur les mêmes principes.

L'ordonnance de Louis XIV sur les faillites et banqueroutes, le plus

1 11 était si grand au commencement du dernier siècle , qu'il fut proposé de ne permettre le commerce étranger que par échange de notre part : c'était l'anéantir, ou du moins le réduire au premier commerce des sauvages. [Noie de V auteur.)

— Voyez, sur ce passage, les observations de Dutot, chapitre i, article 9.

grand fléau du commerce, ne laisse rien à désirer. Plus on admire la sagesse du législateur, plus on craint le relâchement dans l'exécution. Les opinions des casuistes sur l'usure ne doivent pas s'étendre jusqu'au commerce, qui ne connaît de loi que l'autorité publique, toujours d'accord avec la religion. Le prix des remises du change est arbitraire, à cause du péril des lettres, et des retours \

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