‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 182 sur 201 · EL0N · texte numérisé non relu

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le discrédit du papier augmente. Les agioteurs se rappellent les recherches faites contre eux, et les retranchements faits sur ces papiers : il n'est point de voyages de long cours plus hasardeux.

Observez encore qu'il n'y a eu de recherches que sur les agioteurs prudents ou heureux qui ont fait quelque fortune , et leur crime a été plutôt leur richesse que leur métier. L'alternative , pour eux , roule entre les risques de se ruiner et les risques de se déshonorer. Dans les retranchements , l'innocenta été confondu avec le coupable, parce qu'il n'est pas possible à la loi de les bien démêler.

Souvent, pour ôter la quantité de ces billets, et plus encore pour avoir de l'argent, il a été créé des charges, des rentes sur la Ville; il a été ordonné des refontes de monnaie , il a été fait des emprunts , et dans toutes ces opérations on recevait une partie en ces billets décrédités, qui en acquéraient une légère fcweur momentanée. Alors le propriétaire de l'argent, qui trouvait à l'employer utilement pour l'État et pour lui , achetait nécessairement la portion de billets demandée, et pareillement celui qui n'avait que des billets devait en vendre pour la somme exigée en argent. Sous quelque face qu'on regarde ce commerce mutuel , il est aussi innocent que celui des autres denrées.

On dit qu'un fameux agioteur, interrogé p^r ses commissaires sur les personnes avec qui il avait agioté, nomma des prélats, des grands seigneurs et des magistrats. Ce n'était point leur faire injure; ils ont du en tout temps vendre ou acheter selon leurs besoins. Les agioteurs ont été persécutés ; ils n'ont pas été punis, car ce n'est point être puni que d'être obligé de racheter la vexation.

Ce n'est point ici une apologie des agioteurs; leurs manœuvres criminelles ne secondent que trop bien l'imprudence du papier. Mais de ce qu'un commerce a donné occasion à des monopoles, ce n'est pas une raison pour le supprimer; il suffit qu'il soit corrigé, et alors l'agioteur serait mis dans la classe des autres négociants , ou du moins dans celle des marchands fripiers.

L'agiotage du temps de la Banque est si extraordinaire dans ses causes et dans ses effets, qu'il ne doit être porté en exemple sur rien. L'agiotage de l'Angleterre, dans ce même temps, n'était ni plus sage ni plus innocent.

Le commerce des effets publics, comme les contrats sur la Ville et sur les tailles, les actions et les billets de place, sont de la nécessité des autres commerces : les notaires négocient les contrats, les agents de change les actions et les billets. Voilà une espèce d'agio autorisé, toujours utile par l'échange facile du papier et de l'argent. Les lu-

mières et la sagesse du ministère ne laissent plus à craindre les malheurs du discrédit public, source du pernicieux agiotage \

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