‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 187 sur 201 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Conclusion.

Entre les diverses parties de la législation, il en est où le législateur ne peut jamais, avec les plus grandes lumières, s'assurer du succès. Lorsqu'il envoie une armée défendre ses frontières , ou attaquer celles des ennemis, qu'il choisisse le plus habile général, que les troupes soient bien disciplinées, que l'armée soit abondamment pourvue; voilà ce qui est de sa dépendance. Les mauvais temps, les terreurs paniques, la concurrence d'habileté entre les généraux, mille autres hasards, laissent l'événement dans l'incertitude. Philippe II, lorsque sa 'nombreuse flotte contre l'Angleterre périt par la tempête, dit quïl ne l'avait pas envoyée contre les vents. C'est ne point parler en sage politique , qui doit prévoir encore par delà , et s'être préparé de nouvelles ressources, qui manquèrent à Philippe.

Qu'avec un génie supérieur, le législateur termine la plus grande négociation par un traité également avantageux à sa nation et aux nations voisines, rien ne garantit la foi de ce traité , si les contrac-

' L'auteur pouvaits'exprimer en termes plus convenables sur un livre si plein d'idées utiles et généreuses, que la plupart ont été adoptées comme principes par la grande révolution de 4789.

^ La presse peut être illimitée sans danger: il n'y a que la vérité de redoutable ; le faux est impuissant; plus il s'exagère, plus il s'use. Il n'y a pas de gouvernement qui ait péri par le mensonge. Qu'importe qu'un Babœuf célébrât la loi agraire, qu'une Quotidienne rabaissât la grandeur de la révolution, calomniât ses héros et cherchât à relever des princes bannis? Le gouvernement n'avait qu'à laisser déclamer: huit jours d'exagération et de mensonge usent toutes les plumes des pamphlétaires et des libellistes. (M. Thiers, Histoire de la révolution française.)

tants, augmentés de puissance ou mal conseillés, veulent l'enfreindre.

Ce n'est donc que dans le gouvernement intérieur que le législateur peut marcher à pas assurés pour prévenir les événements indépendants de sa sagesse, ou y remédier. Et pour nous borner à notre sujet, il peut toujours rassurer son peuple contre la disette ou la trop grande abondance de blé. Il peut également augmenter le nombre des habitants , soit en empêchant qu'ils ne dépeuplent mal à propos le lieu de la domination, pour aller peupler des colonies; soit en favorisant toutes sortes de commerces par une liberté qui excite l'industrie, assurée de sa récompense ; soit qu'il attire des voisins pauvres en leur distribuant des terres incultes, ou en leur procurant des travaux aisés. Enfin, lorsque les recouvrements ne se font plus sans exécutions militaires, il est averti que les valeurs numéraires ne sont pas proportionnées à l'imposition ; il doit les augmenter de la manière la plus conforme au génie actuel de la nation , parce que le succès en sera plus prompt et plus facile.

C'est ainsi que les peuples qui gémissent souvent , accablés d'un poids qu'on peut rendre plus léger , béniront à jamais le législateur attentif à les soulager : sa véritable gloire est dans leur bonheur.

Il est aussi une portion de cette gloire pour les subalternes : leur premier devoir est d'obéir à l'Autorité souveraine, sous laquelle la Providence les a fait naître ; mais il leur est permis d'examiner ce qui part de cette Autorité, lorsque cet examen sera inséparable d'une obéissance soumise, et qu'ils sauront que l'injustice apparente est quelquefois une justice d'État, légitime, et même nécessaii:e, par des motifs que le législateur a du tenir secrets.

En ne perdant jamais de vue ces vérités fondamentales, l'usage le plus élevé, le plus grand de la raison et des lumières acquises , c'est de les employer à la police générale, d'où dépend la félicité publique. Les méditations, les conférences, les écrits sur ces importantes matières, donnent de nouvelles idées et présentent souvent les objets par des faces jusqu'alors inconnues. Les mêmes choses , dites et redites par plusieurs personnes , en acquièrent plus de force , et peuvent déterminer un législateur, dont les bonnes intentions ne sont pas toujours soutenues d'un assez grand courage pour s'opposer au torrent des préventions. Voilà lesmotifs de l'auteur.

Il s'est peu étendu sur quelques articles, parce qu'il a cru qu'il suffisait à son dessein de les faire seulement apercevoir. Ce sont des germes de police et de finance aisés à développer, et ce serait remplir un des objets de son livre que d'avoir engagé de bons esprits à y travailler.

Si ce livre contenait des maximes pernicieuses, il est de l'Utilité j3ublique de leà faire connaître ; l'auteur les abandonnera avec reconnaissance.

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