‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 189 sur 201 · AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR

Quoique l'ouvrage que je publie ait été principalement destiné à montrer la différence qui se trouve entre le sentiment de l'auteur de V Essai 'politique sur le commerce , et le mien , par rapport au Surhaussement des monnaies, j'ai été néanmoins obligé de toucher quelques autres points, parce qu'ils m'ont paru naître du sujet, et pouvoir servir à fortifier mes preuves. On trouvera donc, dans cet ouvrage, quelques remarques générales au sujet des finances , du commerce et de la navigation. On y verra quelques observations sur les inconvénients et les écueils de l'ancienne finance. Je parle, en passant, de quelques-unes des vues géométriques et politiques de M. Law , et des avantages réels qu'aurait pu avoir son Système, s'il avait été exactement suivi : je fais voir, en cet endroit, comment notre vivacité, nos caprices, notre cupidité, l'ont fait échouer et l'ont même rendu pernicieux ; comment le remède qu'on a ensuite apporté au mal l'a augmenté au lieu de le guérir, et ce qu'il eût été alors plus à propos de faire, si l'on eût été d'humeur de préférer les moyens simples et sûrs à des opérations composées et ruineuses.

En blâmant ces opérations, je n'ai eu nullement en vue de censurer les personnes qui y ont eu part, ni de jeter le moindre soupçon sur leur droiture universellement reconnue : le bien de ma patrie a été le seul objet que je me suis proposé. On n'a pas trouvé mauvais que les réflexions de M. Follard et celles de M. le comte deFeuquières sur les opérations de la guerre fussent publiées. Il s'en faut bien que les

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miennes, sur les opérations de lo finanœ et du commerce, soient aussi librement exposées. Je ne parle que des événements , sans faire aucune mention de ceux qui les ont pu faire naître. Avec ces ménagements, je ne crois pas que l'on me sache mauvais gré d'avoir exposé des vérités dont la connaissance peut être avantageuse à l'État. Tout ce que j'ai dit à ee sujet pourra servir à préserver là t)e&térité del malheurs où le défaut de réflexion nous a fait tomber.

Quelques lecteurs seront peut-être rebutés par le grand nombre de calculs que cet ouvrage renferme ', surtout dans le troisième chapitre. Mais ceux qui ne voudront pas prendre la peine de les vérifier n'auront qu'à en supposer la fidélité et l'exactitude (ce que l'on peut m'accorder), et alors ils s'arrêteront précisément aux conséquences, pour en examiner la justesse. Elles sont à la portée de tout le monde.

On trouvera, aux articles 1" et 7 du ni^ chapitre de cet ouvrage, un moyen de connaître la situation du commerce, que je crois beaucoup plus prompt et plus sur que celui dont on se sert actuellement, qui ne comprend qu'une partie de ce que la Fràhce doit à l'étranger.

La formule de calcul que je donne à la fin de l'article 1" du même chapitre est nom^lle aussi ; du moins je ne l'ai vue en aucun endroit. Elle est générale, non-seulement pour trouver les parités, mais encore pour tous les calculs de changes, d'arbitrages, règles de proportion siiilples et coitiposées, etc. Je n'en ai donné ni les principes, ni la construction, parce que cela n'est pas de mon sujet. D'ailleurs , tout calculateur les apercevra du premier coup d'œil.

Quelque soit le succès démon ouvrage, il tie diminuera en rieh le mérite de V Essai poh'hque sur le commerce, car, quoique je ne *iois pas du sentiment de l'auteur par rapport au\ monnaies, et que je croie avoir prouvé invinciblement le sentiment opposé au sien, il y 6 dans son ou\Tage tant d'auttes choses excellentes , que ces ob- ^en atiotis ne lui pourront jamais faire aucun tort.

PLAN ET OCCASION DE LW VRAGE. — LE GOl VERSEMENT ACTUEL LOUÉ ET LOUABLE.

Vers la fin de l'année 1734, il me tomba entre les mains un livre qui venait d'être imprimé sous le titre d'Essai poh'ttque sur le commerce, La réputation de son auteur m'engagea à le lire avec toute Tattention dont je suis capable.

' L'auteur ne s'est pas tout à fait trompé dans celte préTJsion. li avait surchargé son livre de beaucoup trop de chiffres; mais l'on verra, par les notes subséquentes, t|Ue ndtis avons, aiitaiit qu*il a été posî;ible, fait disparaître ce défaut. (È. !).)

Parmi les choses excellentes qu'il contient, j'en trouvai quelquesunes sur lesquelles je ne saurais être de son sentiment. Il est porté pour les surhaussemenls des monnaies* : il les conseille même toutes les fois que la dépense du roi excédera ses revenus, ou que les recouvrements des impositions ne se pourront faire sans exécutions militaires. Bien plus, il dit que l'augmentation du mois de mai 1709 fut le salut de l'État; que celle du mois dé décembre 1715 soutint les finances pendant 1716 et 1717, malgré le discrédit que la chambre de justice entretenait, etc.

Après avoir lu ce livre, je dis à quelques personnes que je ne pensais pas comme l'auteur sur les surhaussemenls des monnaies, sans pourtant être porté pour les diminutions; car je crois que la saine politique ne permet pas que l'on touche à la valeur numéraire^ des monnaies une fois bien établie : elles sont le gage ou l'équivalent de nos échanges réciproques , et la mesure qui règle la valeur des biens échangés. Il ne faut donc pas plus y toucher, qu'aux autres mesures. Ge discours fut rapporté à l'auteur, qui me fit l'honneur de me prier d'écrire les raisons sur lesquelles je me fondais, et de les lui communiquer, m'offrant d'y répondre par écrit, et même de m'amener à son sentiment.

Dans le désir de savoir et de m'instruire moi-même , et dans un esprit d'examen et non de critique, dont je suis très-éloigné, je fis des remarques sur la partie de ce livre qui regarde les monnaies, laissant aux tiégociants l'exanien des maximes du commerce, que l'auteur y expose.

Par cette recherche, je me suis principalement proposé de faire voir que nos fréquentes variations de monnaies ont toujours été , dans tous Ifes cas, très-onéreuses au roi et aux peuples; qu'ici comme ailleurs, l'intérêt du souverain et celui de ses sujets sont communs et réciproques , et que, dans un pressant besoin de l'État, il sera toujours infiniment plus avantageux à Sa Majesté de se procurer les secours dont elle peut avoir besoin , par tout autre moyen que par une mutation de monnaie. J'espère aussi faire voir que, si les peuples sont en état de supporter une imposition , ils la doivent payer avec d'autant moins de peine et de répugnance que, soit qu'elle fût d'un centième, d'un cinquantième, d'un quarantième, d'un trentième, d'un vingtième, d'un dixième et même d'un cinquième de leurs revenus, elle ne leur sera jamais aussi désavantageuse qu'une mM(aabn dans les espèces. Je me flatte d'exposer ces vérités avec la dernière évidence, par les exem-

* Voye« la note de la page 484 de ce volume.

* Ou nominale; le sens de ces deux expressions est tout à fait identique.

pies du passé et par l'exemple du présent. Je prouverai l'avantage solideet continu que procurent à notre commerce l'uniformité et la stabilité que le gouvernement actuel a si sagement maintenues dans cette mesure, depuis l'arrêt du 15 juin 1726 jusqu'à présent 1736. Ce qui nous montre que ce gouvernement , qui est aussi équitable qu'il est éclairé, a pour maxime qu'il ne faut pas plus toucher aux monnaies qu'aux autres mesures.

C'est dans la vue de faire sentir à la nation les avantages infinis qu'elle retire et qu'elle retirera toujours de l'observation de cette sage maxime , que je me suis rendu aux conseils qui m'ont été donnés de faire imprimer ces réflexions. J'ai eu l'honneur de les adresser en trois lettres à l'auteur du livre qui en fait le sujet\ De ces trois lettres j'ai formé les trois chapitres dans lesquels cet ouvrage est divisé^.

Dans le premier, je discute quelques maximes répandues dans le livre dont il s'agit, depuis le commencement du xii* chapitre jusqu'à la fin du xx^

Dans le second, j'examine si le Surhaussement des monnaies, que l'auteur protège, a été réellement avantageux aux rois et aux peuples, comme il le prétend . Pour cet effet, je compare les revenus de Louis XII, de François I", de Henri II, de François II et de Henri III, avec celui de Louis XV, aujourd'hui régnant, ayant égard aux États que possédaient chacun de ces rois , à ceux que possède Louis XV, aux charges de chacun de ces monarques , et aux prix des denrées sous chacun de leurs règnes. S'il est vrai que « V Augmentation numéraire soit toujours avantageuse au roi et au peuple comme débiteurs^» , Louis XV recevant aujourd'hui beaucoup plus de numéraire qu'aucun des rois ses prédécesseurs , sera beaucoup plus riche qu'aucun d'eux ; mais si cela n'est pas, il s'ensuit que l'augmentation de sa dépense, occasionnée par celle de l'espèce, ne lui serait pas aussi indifférente que l'Auteur le dit ^ ; puisque l'une et l'autre deviendraient contraires au roi et au peuple comme débiteurs, ce qui serait opposé aux maximes que donne l'auteur, dans le xvii^ chapitre de sop livre.

Dans le troisième, j'examine si ces Surhaussements de monnaies sont avantageux ou contraires à notre commerce. Pour y parvenir, je suis pas à pas le cours des changes étrangers de la ville de Paris sur Londres et sur Amsterdam , qui sont les villes avec lesquelles nous faisons le plus de commerce, et cela depuis le 1" janvier 1709, jusqu'au

* Au commencement de septembre 1735. (Note de V auteur.) '^ Au commencement de i 750. (Note de V auteur.)

' Melon, Essai politique sur le commerce., chapitre XVÏI, page 77S de ce volume.

* Ihid.

commencement d'avril 1717. Et passant pai -dessus !e temps nébuleux du système de M. Law, je reprends au commencement du mois d'août 1723 , et je finis avec l'année 1734.

Le change ne fait rien aux monnaies, mais il est le vérùahle haromèlre du commerce. Il nous montre journellement laquelle des deux nations redoit à l'autre , et par conséquent laquelle des deux a l'avantage de ce commerce. D'ailleurs, le change exprime toujours la juste valeur de nos monnaies , soit qu'elles soient hautes , soit qu'elles soient basses ; il n'admet jamais que cette valeur réelle dans l'évaluation des biens du crû étranger que la France reçoit, et il est susceptible de toutes les variations de monnaies qui peuvent arriver dans un État. C'est pour cela que son cours m'a paru très-propre à nous montrer les bons ou les mauvais effets que font sur notre commerce les Augmentations et les Diminutions d'espèces, et par conséquent lesquelles sont le plus ou le moins défavorables. C'est ce qui fait la question entre l'Auteur et moi.

La preuve que je tire des changes étrangers contre les mutations de monnaies est nouvelle : elle me paraît claire et démonstrative. J'ai apporté dans ces réflexions toute l'exactitude possible ; cependant, je n'assure pas qu'il n'y ait encore quelques fautes , surtout dans les calculs, où il est aisé d'en faire. Ceux qui en remarqueront me feront un sensible plaisir d'en avertir le libraire.

On a dit que l'Auteur de Y Essai politique sur le commerce avait été trop court : on dira au contraire que j'ai été trop long. Je sens en effet que j'aurais pu abréger plusieurs endroits de ces remarques, dans lesquelles on trouvera même quelques répétitions et quelques faits de détail qui déplairont peut-être à l'homme éclairé. Mais, comme tous les hommes ne le sont pas , j'ai pensé que ces répétitions et ces faits pourraient servir de lumières au plus grand nombre, et que les mêmes choses dites et redites de différentes façons, et offertes de différents côtés , en acquerraient plus de force. jl Mon objet, comme je l'ai déjà dit, a été mon instruction, et en ^ m'instruisant, je me suis attaché à la clarté par préférence , et à prouver, par des faits de détail et démonstratifs, que nos fréquentes varia^ lions de monnaies ont toujours été , dans tous les cas , très-onéreuses au roi, au peuple et à notre commerce.

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