CHAPITRE VIII
Oppositions et ol)jeclions qui pourront être faites conire ce Système.
Il y aurait de la témérité à prétendre que ce Système pût être généralement approuvé. Il intéresse trop de gens pour croire qu'il puisse plaire à tout le monde. Il déplaira aux uns, parce qu'ils jouissent d'une exemption totale, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, et que ce Système n'en souffre absolument aucune, quelle qu'elle soit; aux autres, parce qu'il leurôterait les moyens de s'enrichir aux dépens du public , comme ils ont fait jusqu'à présent ; et aux autres enfin , parce qu'il leur ôtera une partie de la considération qu'on a pour eux, en diminuant ou supprimant tout à fait leurs emplois, ou les réduisante très-peu de chose. Et c'est ce que nous expliquerons par ordre. C'est pourquoi on ne doit pas être surpris si la critique la plus mordicante se déchaîne pour le décrier; mais je suis d'avis de laisser dire, et de ne s'en point mettre en peine. Quand un grand roi a la justice de son côté jointe au bien évident de ses peuples, et 200,000 hommes armés pour la soutenir, les oppositions ne sont guère à craindre \
1° Entre ceux qui l'approuveront le moins et qui feront tous leurs efforts pour le faire rejeter, MM. des finances pourront bien y avoir la meilleure part; parce que n'étant plus question de tant de fermes, ni d'aucune Affaire extraordinaire, il est sans doute que leur grand nombre ne sera plus nécessaire pour la direction des finances, et que ceux mêmes qui y demeureront employés sous les ordres de M. le Contrôleur général , n'auront pas de grandes discussions à faire, ce qui marque déjà un grand bien pour l'État en général.
2° Les fermiers généraux ne l'approuveront pas aussi, non-seulement parce que les fermes seraient réduites à un très-petit nombre, mais encore parce qu'il ôterait bien des revenants-bons à celles qui
' Ne pourrait-on pas ajouter: Et très-peu redoutables, que le grand roi ait ou non la justice de son côlé, pourvu qu'il paye ses deux cent mille soldats bien, et exactement?
resteraient, et les débrouillerait de manière qu'on y verrait bien plus clair que par le passé ; ce qui ne serait pas sans quelque déchet des moyens qu'ils ont eus jusqu'ici de faire leurs affaires.
3° Les Traitants et Gens d'affaires en seront les plus fâchés, parce qu'ils n'en auront plus du tout, et c'est ce qui leur fera trouver ce Système bien mauvais.
4'' MM. du clergé ne l'approuv^rppt peut-être pas tout à fait, parce que le roi se payant par ses mains, il ne sera plus obligé de les assembler et de leur faire aucune demande, non plus qu'aux autres corps de l'État. La Dîme royale dîmant sur tout, dimera aussi la leur, ce qui pourra causer quelque chagrin tacite aux plus élevés ; mais les autres en seront bien aises, parce qu'ils payeront leur contribution en denrées, sans être obligés de mettre la main à la bourse. D'ailleurs, les proportions y étant bien observées, le haut clergé ne se déchargera plus SLiix dépens du bas, comme ceux-ci se plaignent qu'ils ont fait jusqu'à présent.
5" La Noblesse, qui ne sait pas toujours ce qui lui convient le mieux, s*en plaindra aussi ; mais la réponse à lui faire est contenue dans les maximes mises à la tête de ces Mémoires. Après quoi, l'on trouvera ici à la marge* de quoi l'apaiser^ si elle est raisonnable, et ce d'autant
' Toutes les notes sont en marge du texte dans les deux éditions in-i^ et in-12.
T.a Noblesse des pays où la taille est personnelle, la paye par ses fermiers, et toutes les autres charges par ses consommations. Elle est très-souvent agitée de recherches et d'affaires extraordinaires. Elle est sujette à Tarriére-han, ou à des taxes équivalentes. Or, si en la déchargeant de toutes ces impositions onéreuses, elle était traitée comme il est proposé par les articles suivants, il est certain qu'elle gagnerait beaucoup à l'établissement de la Dîme royale, parce qu'il ne serait i)lus question de tailles, ni d'aides ; ni d'acheter le sel si cher ; ni de tant d'autres impositions sur toutes les denrées qui sont nécessaires à l'usage de la vie, sur les habits et les meubles doiit la Noblesse fait bien plus de consommation que les Roturiers, et qui les renchérissent de près de la moitié de leur juste valeur. En sorte que, si le tou| était bien recherché , on trouverait que les Gentilshommes ne sont pas moins chargés que les paysans, et qu'ils sont même sujets à beaucoup de droits qui leur sont inconnus.
PRIVILÈGES qu'on PEUT ACCORDER A LA NOBLESSE EN FAVEUR DE LA DLME ROYALE.
L L'exemption de l'arrière-ban, qui est une charge fort onéreuse. IL Celle de leurs vergers, jardins et basses-cours.
III. Qu'à eux seuls soit permis le port de l'épée et des armes à feu, comrpe aux gens de guerre.
IV. Permission aux familles incommodées d'exercer le commerce en gros, comnie on fait en Angleterre ; même de se faire fermiers de la Dîme royale.