‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 31 sur 201 · CHAPITRE SUPPLÉMENTAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE SUPPLÉMENTAIRES

Raisons secrètes contre le système de la Dinie royale.

La première de ces raisons est, à l'égard de ceux qui seront obligés d'en dire leur avis , la crainte de déplaire aux gens qualifiés de tout ordre et de toute espèce qui pourront y avoir intérêt.

La deuxième sera dans l'opposition des intendants des généralités où la Taille est personnelle, lesquels, tirant leur plus grande considération du pouvoir qu'ils ont d'augmenter ou de diminuer la taille des particuliers, donneront malaisément leur suffrage à ce Système, qui leur ôte d'ailleurs plus de la moitié de leur pratique. C'est pourquoi on ne les doit point consulter, à moins qu'on ne soit bien assuré de leur probité , de leur désintéressement , et de leur amour du bien public.

La troisième sera le préjudice que les puissances en recevraient dans le revenu de leurs terres , que la Taille ne pourrait plus épargner.

Lm quatrième^ la diminution du crédit de ces mêmes puissances, en ce que leur protection devenant moins nécessaire , ils ne seraient plus en état de pouvoir tant faire de plaisir et de déplaisir que par le passé, ce qui serait les priver du plus sûr et efticace moyen de s'attirer de la considération et de se faire des amis.

La cinquième est la crainte secrète de déplaire aux ministres supérieurs et subalternes , qui pourraient avoir de la répugnance pour son établissement, à raison que les mêmes moyens de faire plaisir et déplaisir leur deviendraient plus rares , aussi bien que ceux de pouvoir placer quantité de gens à eux , et de procurer des emplois à leurs parents et amis.

La sixième, le Système mal entendu, pour n'avoir pas été lu avec assez d'attention , et suffisamment approfondi.

La septième^, le défaut de connaissance du véritable état du royaume , que la plupart d'eux ignorent et ne se soucient pas de savoir.

^ Ce chapitre est tout à fîiit inédit, et n'a paru dans aucune des précédentes éditions de la Dime royale. Quelques auteurs, et M. de Yilleneuve-Bargemont d'après eux, dans son Histoire de V Économie politique, l'avaient cité comme une nomenclature, fort longue et fort curieuse, des abus qui s'opposaient à l'établissement de la Dime. il ne pouvait avoir ce caractère, puisque tous ces abus se trouvent déjà, d'une manière implicite ou explicite, retracés dans le corps du livre ; mais il n'en est pas moins un document moral et historique digne de beaucoup d'intérêt.

On a retrouvé ce chapitre dans une foule de brouillons et de notes volantes joints à l'un des deux manuscrits de la Dime que possède la Bibliothèque royale. Il porte trop le cachet du style de Vauban pour que son authenticité puisse être mise en doute.

La huitième , le peu de compassion qu'ils ont pour la misère des peuples , qui ne va pas jusqu'à les obliger à se relâcher de rien en leu faveur, au préjudice des vues qui peuvent avoir rapport à leurs intérêts.

La neuvième est que, si ce Système avait lieu, ils ne seraient pas plus exempts que les autres , et , ne pouvant favoriser personne , leurs terres ne seraient plus affermées par des gens d'affaires , qui leur eii rendent beaucoup plus qu'elles ne valent.

Pour conclusion , Vintérêt, la timidité^ Vignorance et la paresse des gens préposés à son examen, seront tout le défaut de ce Système, qui , sans doute , est le meilleur, le plus juste, le plus utile, et le plus innocent de tous.

Au surplus , comme toutes les conditions de ce monde sont mêlées de gens de bien et d'autres qui ne le sont pas, il est aisé de concevoir que ce ne sont pas les premiers que ce chapitre attaque, mais bien ceux qui, sous de fausses apparences, n'affectionnent rien tant que leurs intérêts , sans se beaucoup soucier de celui du public, pour lequel ils ne voudraient pas faire un pas qui pût leur porter le moindre préju- <lice , quand même ils sauraient à n'en pouvoir douter que cela pourrait produire un très-grand bien à l'État. Que les gens de bien ne s'alarment donc point : ceci, non plus que ce qui est contenu aux chapitres des Objections et des Exempts, n'est point fait contre eux ; bien au contraire.

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