CHAPITRE IX
Des Aides et des Douanes. — Leurs conséquences désastreuses. — Consommation et revenu sont une seule et même chose.
Le meilleur terroir du monde ne diffère en rien du plus mauvais lorsqu'il n'est pas cultivé % comme il arrive à l'Espagne; mais on peut dire en même temps que, quelque gras et quelque cultivé qu'il soit, lorsque la consommation des denrées qu'il produit ne se fait point, non-seulement il n'est pas plus utile au propriétaire que s'il n'y croissait rien, mais même qu'il le met dans une plus mauvaise situation , parce que n'y ayant point de culture qui ne demande des frais, ces frais tournent en pure perte avec les fruits lorsque la consommation n'en a pas lieu. C'est là l'état où les Aides, et les Douanes sur les sorties et passages du royaume, ont réduit les meilleures contrées de la France, à tel point qu'on ne craint pas de dire qu'elles ont fait et font tous les jours vingt fois plus de tort aux biens en général qu'il n'en revient au roi ; ce qui se justifiera parfaitement par la description du détail de la perception de ces deux droits, et ne laissera qu'un étonnement que le mal ne soit plus grand encore , ayant des causes si pernicieuses. Mais, avant que de passer plus avant, on établit pour principe^ que consommation et revenu sont une seule et même chose^; et que la ruine de la consommation est la ruine du
* Voir, relativement à la taille, la Dime royale, page 57 de ce volume et page 70, en note, le passage des Confessions où J.-J. Rousseau nous peint la Frauce de 1732 sous les mêmes couleurs que Boisguillebert.
* Vauban, qui a fait de fréquents emprunts à l'auteur du Détail de la France, exprime la même idée dans la Dîme. — Voir page 50 de ce volume.
3 Ajoutez au mot consommation l'épilhète de productive, signe complémentaire de la véritable pensée de l'auteur ; et vous trouverez sans doute son principe irréprochable.
11 y a, toutefois, enlre le producteur et le consommateur celte notable difîérence, ;que le premier est la cause immédiate, efficiente, de la richesse ; et que le second n'en est que la cause médiate ou contingente. Comme producteur, on peut augmenter la somme des choses produites, a dit J.-B. Say : comme consommateur, on ne le peut pas. Ce qui n'empêche pas qu'on n'ait écrit des volumes pour nier cette proposition , malgré son évidence. (Voy. les ouvrages de M. de Saint-Chamans, et entre autres celui intitulé : Nouvel essai sur la richesse des nations, 1824, in-S".)
m BOISGUILLEBERT.
revenu; de manière, donc, que lorsque dans la suite on dira que tel impôt, ne rapportant au roi que 100,000 livres, diminue la consommation sur le prix ou sur la quantité de deux millions, cela signifiera réellement, et de fait, deux millions de diminution dans le revenu.
On parlera d'abord des Aides , et ensuite des Douanes sur les sorties.
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