‹ Économistes financiers du XVIIIe siècleChapitre 109 sur 198 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tes conséquence* désastreuses qu'entraîne pour le prince, qu pour l'État, la prépondérance de l'argent sur les richesses naturelles. — Ce u'e$t pas avec de l'argent, en réalité, que le souverain entretient les armées de terre ou de mer, et rétribue tous les services publics. — Nécessité de demander à la terre tout ce qu'elle peut produire, et de ne pas refuser des moyens de subsistance aux travailleurs, puisque la richesse, et l'impôt par conséquent, n'ont d'autres principes que la terre et le travail de l'homme. — Opposition des intérêts du souverain et des gens de finances. — L'argent bienfaisant et l'argent criminel. — Le retour aux lois de la justice et de la raison rétablirait immédiatement l'harmonie sociale. — Double tableau des effets contraires de Tordre et du désordre économiques. — Conclusion de ce Mémoire.

Les princes dans les États desquels se passe ce dérangement, ou plutôt ce bouleversement de la nature de l'argent, qui met tout en combustion et en quelque manière rez-pierre rez-terre, sont constamment les plus malheureux.

Comme cela ne se peut opérer et ne s'opère même que par des intérêts indirects, qui n'ont pas un droit naturel à la chose , les sujets se mettent peu en peine de ce que doit coûter à tout un corps d'État un bien qu'ils n'auraient pu Jamais acquérir d'une façon légitime.

Mais il s'en faut beaucoup cjue Ton doive faire le même raisonnemept des souverains : non -seulement ils n'ont pas besoin de crime pour acquérir et subsister, leur maintien étant de droit divin et humain, mais même toutes les pertes qae les particuliers souffrent, ou plutôt tout le corps d'État, pour former par une infinité d'anéantissements ces précis criminels, retombenf'sur leur propre personne1.

Ira sont les premiers propriétaires et les possesseurs éminents, en termes de philosophie, de tous les fonds, et sont riches ou pauvres à proportion qu'ils sont en valeur.

Cest de la part qu'on leur fait des fruits qu'ils soutiennent leur grandeur et entretiennent leurs armées, et non pas de la destruction de toutes ces choses, comme Ton a malheureusement pratiqué en quelques contrées.

Ainsi un écu, à leur égard, ne vaut jamais qu'autant qu'eux ou ceux qui sont à leur solde s'en peuvent procurer de pain, de vin ou d'autres denrées ; et sans les incommodités du transport, ils seraient tout disposés à donner la préférence à ces choses en essence, pour lesquelles seules ils veulent avoir de l'argent, et savent bien pareillement que leurs sujets ne leur en peuvent donner que par le débit de ces mêmes denrées.

1 Le grand chef d'accusation porté par l'auteur, ainsi qu'on l'a vu , contre le système fiscal de son époque, consistait dans le reproche d'anéantir beaucoup plus de richesse réelle qu'il n'en faisait entrer, sous forme de monnaie, dans le trésor de PÉlat. Aussi comparait-il les financiers aux chimistes, dont le travail a pour résultat de réduire presque à rien les corps qui servent de base à leurs opérations. Il se r*présoiiUît (tac la matière imposable comme passée et évaporée à l'alambic, H il «pelle ffédê, par suite de celte image, ce que la langue actuelle désignerait PW mpression 4» résidu. On retrouvera tout à l'heure cette comparaison, qui ne map- Vtf certainement ni de justesse ni d'énergie, formulée en termes clairs et explicita,

Le crime donc et les anéantissements de fruits ne leur étant pas nécessaires pour recevoir de l'argent, ni n'en voulant point faire non plus un usage criminel, il s'en faut beaucoup que ce métal soit ou doive être une idole chez eux, comme il est chez des sujets qui n'ont point d'autre ressource que le crime pour finir leur misère, et à qui encore une fois les horreurs générales sont fort indifférentes quand elles font leur fortune particulière.

Ce n'est donc ni leur intérêt ni leur volonté que les terres demeurent en friche, les fruits les plus précieux à l'abandon, par l'avilissement où ils se trouvent dans certaines contrées, pendant que d'autres en manquent tout à fait, qui souffrent le même sort à l'égard d'autres denrées singulières , qu elles eussent données en contre-échange, par une compensation réciproque qui, de deux extrémités très-défectueuses, aurait formé deux situations parfaites, s'il n'y avait eu que les intérêts des particuliers et ceux du prince à ménager.

Mais les sujets qui ne peuvent vivre et s'enrichir que de précis, mettent tous ces biens dans un alambic et en font évaporer en fumée dix-neuf parts sur vingt; et de cette vingtième, en donnant une partie au prince, ils croient non-* seulement s'être bien acquittés de leur devoir, mais même que ce sont eux qui font subsister son État, et que sans ce précieux secours, tout serait perdu.

On se met un bandeau devant les yeux, pour supposer que la garantie ou le ministère personnel de gens qui n'ont rien absolument d'eux-mêmes, est d'une nécessité indispensable pour faire payer ceux qui possèdent tout, et que ce cruel service ne peut jamais être acheté à un assez haut prix.

Et ce qui renchérit encore par là-dessus , et fait en quelque manière honte aux lumières de l'homme, est que, n'étant pas douteux que le prince ne veuille avoir de l'argent que pour avoir des denrées , comme pareillement que ses sujets ne les lui peuvent fournir que par la vente des produits dont ils sont propriétaires, ainsi que l'on a dit tant de fois, on souffre néanmoins tranquillement, et on regarde même avec admiration des moyens lesquels, pour parvenir à ce but, abîment vingt fois autant de toutes choses qu'ils en mettent à profit.

On regarde comme une vision creuse ou une fable ce que l'on vient de marquer, savoir qu'un souverain n'a du bien qu'autant que ses sujets en possèdent, et qu'ils ne lui feront jamais part de ce qui n'est point en leurs mains, ou n'est ni consommé ni vendu, étant défendu par la nature de donner ce que l'on n'a point, ou qui est anéanti , comme il arrive à tout ce qui ne peut être vendu, ou qui Test avec perte du marchand.

S'ils ont beaucoup de blés par la culture de quantité de terres, rendue possible par un prix de grains qui supporte les charges et les frais, le prince assurément aura de quoi donner du pain à quantité de troupes. De même du vin, des habits, de la viande, des chevaux, des cordages, des bois de charpente, des métaux dont on construit toutes sortes d'armes, et enfin toutes les espèces dont on lève et entretient toutes les armées de terre et de mer, lesquelle choses ne reçoivent leur naissance, leurs bornes et leur durée, que du degré de pouvoir plus ou moins, que le pays a non-seulement de les produire, mais de les consommer, qui est seul ce qui fait tirer ces biens des entrailles de la terre, parce qu'il faut que les particuliers en absorbent pour leur usage dix fois plus que le souverain , si l'on veut que cette redevance soit de durée ; et si le prince a besoin d'une quantité de denrées , comme des matières dont on construit les vaisseaux et armements de mer, dans un degré qui excède la proportion de consommation dans ses sujets, en sorte qu'il lui en faille davantage qu'une partie de leur usage ordinaire, cela se remplace par le change qu'il fait et peut faire d'autres choses qu'il reçoit en plus haut degré qu'il ne lui en faut ; et il prendra, par exemple, toute la fonte d'un ouvrier qui ne travaillera que pour le prince seul, parce que lui seul lui payera tonte sa dépense à l'aide de ce qu'il a d'excédant d'autres redevances qu'il ne peut consommer : tout de même qu'un particulier qui n'a que du blé, comme e'est en très-grande quantité,

échange le surplus de son nécessaire contre tout le reste de ses besoins ou de «es désirs.

Car enfin, quelque justice qu'il y ait dans les tributs dus aux princes, il serait impossible aux peuples de s'en acquitter s'ils ne trouvaient leur subsistance dans les moyens que Ton prend ou qu'on leur fait prendre pour y satisfaire ; et il fout même que cette subsistance précède toutes sortes de payements, par une justice qu'on doit jusqu'aux bêtes, et dont Dieu fait mention dans la première loi qu'il donna aux hommes.

Le maître d'un cheval de voiture lui donne sa nourriture, avant que de prendre le profit qu'il tire de son service, ou bien il le perdra absolument; ce qui ne manquera pas de le ruiner, sans que personne le plaigne ni doute de la cause de sa désolation, qu'il s'est attirée par son imprudence.

Qu'un prince en use de môme lorsqu'il est maître d'un pays naturellement fécond, et que le peuple est laborieux, et rien ne lui manquera.

La supposition ou la pratique du contraire sont un outrage à la religion , i l'humanité, à la justice, à la politique, et à la raison la plus grossière.

Pourquoi donc, dans une contrée naturellement très-fertile, voit-on un souverain qui n'a pas des armées aussi nombreuses et aussi bien entretenues qu'il serait à souhaiter^ et que ses besoins sembleraient exiger? C'est parce qu'il n'a pas assez de pain, de vin, de viande, et enfin de tout le reste à départir.

Et pourquoi ce défaut ? C'est que les terres de son royaume, qui produiraient amplement toutes ces denrées, sont en friche et très-mal cultivées.

Et pourquoi enfin ce désordre ?,C'est parce qu'on a lié la bouche , non-seulement aux bêtes, mais aux hommes, contre le précepte divin , pendant qu'ils travaillaient dans le champ.

On leur a refusé leur vie et leur subsistance , et ils ont abandonné le travail.

Qui a fait ee beau ménage ? Ce sont les sacrificateurs et les prêtres de cette idole, l'argent.

n n'a qu'une concurrence à l'égard du prince avec les autres denrées, et il ne doit être que leur esclave ou leur porteur de procuration pour la garantie de la tradition future de l'échange, tant envers le prince qu'entre les particuliers, qui n'ont qu'un seul et même intérêt; mais il s'en faut beaucoup que les prêtre» de cette idole le regardent de même œil.

Toutes ces sources d'armées et de flottes, ou plutôt de maintien de l'opulence publique, ne sont que des victimes qu'il faut brûler nuit et jour à cet autel ; et non content des fruits, il faut que les fonds prennent une semblable route et soient immolés à ce dieu, comme il n'est que trop public en quelques contrées de l'Europe.

0 y a donc de l'argent bienfaisant, soumis aux ordres de sa vocation dans le monde et toujours prêt à rendre service au commerce, sans qu'il soit besoin de lui foire la moindre violence, pourvu que l'on ne le dérange pas, et que devant être à la suite de la consommation , ainsi qu'un valet à celle de son maître, on ne le veuille pas faire passer devant, ou plutôt en former un vautour qui la dévore complètement.

Tant qu'il demeure dans ces bornes, non-seulement il ne la déconcerte pas, mais même il la fomente et la fait fleurir; et, bien loin de refuser son secours, et que l'on puisse jamais en avoir disette, la célérité avec laquelle il marche fait qu'on le peut voir en un moment dans cent lieux différente ; et quand cela ne suffit pas, il souffre tranquillement la concurrence, et même la préférence que l'on donne à un morceau de papier ou de parchemin sur lui, n'y ayant aussi presque aucunes denrées qui ne le remplacent avec équivalence par le prix soutenu de leur valeur.

liais il y a de l'argent criminel, parce qu'il a voulu être un dieu au lieu d'un esclave, qui, après avoir déclaré la guerre aux particuliers ou plutôt à tout le

genre humain, s'adresse enfin au Trône, et ne lui fait pas plus de quartier qu'à tout le reste , en lui refusant une partie des besoins dont il met tous les jours une quantité effroyable en poudre, étant même impossible que les choses soient autrement1.

Et le cruel est que, comme l'ignorance a fait admettre et souffrir sa tyrannie, elle redouble ses efforts pour empêcher toute sorte de fip à ces désordres, et fait chercher dans le redoublement du mal le remède des maux qu'il a causés.

Cet argent criminel, ou plutôt ses fauteurs, ont la hardiesse et l'effronterie d'alléguer, lorsque la désolation publique est dans son dernier période, qui est leur unique ouvrage, que c'est qu'il n'y a plus d'espèces et qu'elles ont passe* dans les pays étrangers.

Mais c'est justement le contraire, et il y en a trop si l'on n'en corrompait pas l'usage par les manières décrites dans ce Mémoire; lequel étant rétabli comme cela se peut en un moment , on ne verra rien d'approchant de ce qui paraît aujourd'hui. Si quelques particuliers ne sont pas si magnifiques, tout le reste ne sera pas si misérable ; et par une juste compensation, on sera vingt fois plus riche en général, et par conséquent le prince, que Ton ne l'est dans la situation opposée qui subsiste, et que l'on combat.

De croire que le remède du mal puisse jamais naître des auteurs mêmes, c'est s'abuser grossièrement. ta corruption du cœur ne permettra jamais que l'on balance dans le choix entre une misère innocente et une opulence criminelle, surtout lorsque l'une et l'autre se trouvent en compromis en un si haut degré, et que ce genre de richesse est bien éloigné de craindre aucune persécution de la part de personnes qui soient à appréhender. La préférence est donnée au dernier tous les jours à moindre prix; ainsi l'on peut supposer ce qu'on en peut attendre eu pareille occasion.

La perfection et le comble sont les raisons et les discours qui se répandent lorsqu'il est question de parler du remède; on ne touche de rien moins que d'un renversement entier d'État, quand on parle de voir s'il n'y aurait pas moyen de faire cesser le ptys grand bouleversement qui fut jamais.

Et Ton n'a point de honte de soutenir, par un redoublement d'outrage à la raison, que l'on ne peut discontinuer de laisser les terres du milieu d'un royaume en friche, et les fruits excrus8 au néant, pendant que les peuples voisins en manquent tout à fait, jusqu'à ce qu'une guerre étrangère, qui se passe à deux cents lieues de ces contrées, soit finie ; bien qu'au contraire son sort, bon ou mauvais, dépende absolument des mesures justes ou mal concertées qu'on prend au dedans d'un État : or, il est aisé de juger sur ce compte quel succès on peut attendre de dispositions telles qu'on les vient de décrire, quand par malheur elles *e rencontrent, et que les ennemis en prennent de toutes contraires, qui soqt celles de toutes les nations du monde.

Oqtrc qije toutes les choses que Ton anéantit sont seules le soutien de la guerre, et qu'elles y ont constamment la principale part par une ample &>Hrniture aux décisions de la fortune, la parfaite connaissance que des ennemis peuvent avoir que cette unique ressource des armées sera plus ou moins de durée chez les nations opposées, par rapport à la situation où ils se trouvent à l'égard de ces mêmes provisions, est uniquement ce qui les porte à entendre à la paix, qui doit être l'objet de toutes les guerres, quelque saintes et quelque justes quelles soient.

1 Boisguillebert était loin de penser, en écrivant ces lignes , que, douze ans plus tard. Fargent verrait abaisser son criminel orgueil au point de pérore 10 pour iÙO sur la monnaie de papier de Law, et que les mêmes hommes qui regardaient ce métal comme une divinité, le sacrifieraient , ainsi que toutes les valeurs les plus réelles , aux vateuia ima^nairea négociées par ta Compagnie des Indes.

• Produits.

DISSERTATION SUR LA NATURE DES RICHESSES. é!9

Il ne fytf qu'un moment pour changer tout à coup cette malheureuse situation, décrite cjans le Mémoire des mauvais effets de l'argent criminel, en un état très-heureux.

Il n'est pas question d'agir, il est nécessaire seulement de cesser d'agir ftvec une très-grande violence que Ton fait à la nature, qui tend toujours à la liberté et i la perfection.

Comme il n'y a que de la surprise à l'égard de ces désordres , tant dans les princes que leurs ministres, qui ont toujours bien été intentionnés, leur simple changement de volonté sera la fin de tout le mal, et le commencement d'une Qpulepce générale, et de celle du souverain par conséquent.

Ils n'ont qu'à souffrir que chaque particulier soit personnellement le fermier du prince à sop égard, et que le prix de ce bail n'excède pas la valeur de la ferme; ce qui arrivant, et ce qui n'est pas inconnu, un fermier ne peut que prendre la fuite et laisser la terre en friche, par où le prince perd pour le qioins autant que lui. , r

Bien loin qu'après qu'un malheureux alambic a fait évaporer une quantité effroyable de biens et de denrées pour former ce fatal précis au maître, l'impôt perdu par le prince sur les biens anéantis soit remplacé par ceux qui ont causé ce dépérissement, ce qui ne serait pas même à leur pouvoir; c'est justement fe cputraire, puisqu'ils ne payent pas même leur quote-part d'une juste contribution par rapport à ce qui reste de biens en essence en leurs mains , par cette ppalbeureuse coutume , que la quantité de facultés est une sauvegarde cpntre les hoapôts <ju$ au prince, qui ne doivent être exigés ou payés que par ceijx qui sep trouyent et en doivent être accablés.

Ainsi l'on voit la perte effroyable qui résulte à un souverain de cette conduite ; ipais ce n'est pas tout, ou plutôt ce n'est que la moindre partie du désastre qu'il souffre ; et pour le vérifier, il faut rappeler ce qu'on a dit ci-devant, savoir qu'un écu chez un pauvre ou un très-menu commerçant fait cent fois plus d'effet, ou plutôt fie revenu 1 que chez un riche, par le renouvellement continuel et journalier que souffre cette modique somme chez l'un ; ce qui n'arrive pas à l'égard de l'autre, dans les coffres duquel des quantités biep plus grandes d'argent demeurent des mois et des années entières oiseuses, et par conséquent inutiles, soit par corruption de cœur aveuglé par l'avarice, ou dans l'attente d'un marché plus considérable.

Or, sur cette garde, le roi et le corps de l'État ne retirent aucune utilité, et ce sont autant de larcins que Ton fait à l'un et à l'autre.

Mais cette somme, comme de mille écus, départie à mille menues gepg, Mirait fait cent mille mains dans un moindre temps qu'elle n'a résida dans )n& coffres de ce riche, ce qui n'aurait pu arriver qu'en faisant par conséquent pour cent mille écus de consommation; le prince en aurait eu et reçu la dixième partie pour sa part, c'est-à-dire qu'il eût reçu la valeur de dix mille écus sur une somme à l'égard de laquelle il ne reçoit pas un denier par le dérangement ée l'usage que l'on en fait, et que l'on augmente et fomente tops les jours, en lui persuadant faussement que c'est pour son utilité particulière que fpp ruipe également lui et ses peuples *.

1 Un écu, pour le pauvre comme pour le riche, n'a ni plus ni moins que la valeur d'un écu ; et celle valeur ne hausse ni ne baisse, quand elle entre à titre de rpveny dans la bourse de l'un ou de l'autre de ces deux citoyens. L'auteur a-t-il voulu dira que l'épu louché par le pauvre rapportait plus à l'État que l'écu touché par le riche, parce qu'il était toujours revenu pour le premier et souvent capital peur le second? Ce serait encore une erreur, car l'écu capital contribue, jusqu'à concurrence da ce

Ï'U yaui, à l'entretien du travail productif de la société, sans lequel il n'y aurait os le monq'e d'autre richesse que celle que la terre produit spoutanément. a Boisguillebert tombe ici dans l'erreur, encore très-commune de nos jours, da (Bon* sidérer la circulation de l'argent, ou l'activité des échanges, comme un (ait qui crée

Si donc les riches entendaient leurs intérêts, ils déchargeraient entièrement les misérables de leurs impôts, ce qui en formerait sur-le-champ autant de gens opulents; et ce qui ne se pouvant sans un grand surcroît de consommation , laquelle se répand sur toute la masse d'un État, dédommagerait au triple les riches de leurs premières avances, étant la même chose qu'un maître qui prête du grain à son fermier pour ensemencer sa terre, sans quoi il en perdrait la récolte; et la pratique du contraire par le passé coûte de compte fait à ces puissances six fois ce qu'ils ont prétendu gagner, en renvoyant tous les impôts sur les misérables.

Ainsi Ton voit, par tout ce Mémoire, de quelle force on donne le change au prince lorsqu'on lui fait concevoir que son intérêt consiste à entretenir des médiateurs entre son peuple et lui pour le payement des impôts, qui mettent tout dans l'alambic pour former ces précis ' criminels; mais, comme c'est par une des plus hautes violences que la nature ait jamais reçues , le remède est d'autant plus aisé dans les contrées où ce déconcertement se rencontre, qu'il n'est pas question, encore une fois, d'agir pour procurer une très-grande richesse , mais de cesser seulement d'agir, ce qui n'exige qu'un instant. / Et aussitôt cette même nature mise en liberté, rentrant dans tous ses droits,

/ rétablira le commerce et la proportion de prix entre toutes les denrées, ce qui leur faisant s'entre-donner naissance et s'entre-soutenir continuellement par une vicissitude perpétuelle , il s'en formera une masse générale d'opulence , où chacun puisera à proportion de son travail ou de son domaine; et ce qui allant toujours en augmentant , jusqu'à ce que la terre d'où partent toutes ces sources ne puisse plus fournir, on peut supposer quelle abondance de richesses on verrait si toutes choses, tant le terroir que le reste, étaient autant en valeur qu'il serait possible à la nature de les y mettre, puisqu'il n'y a point de contrée si inculte et si stérile qu'on le suppose, qu'il ne soit aisé de rendre très-abondante, si le prix des fruits que l'on y recueillerait ne manquait point de garantie par rapport aux frais qu'il aurait fallu faire pour y parvenir. Et cela n'arri- \ verait même jamais si une infinité d'hommes qui, par indigence, ne consomment

• presque rien, soit dans leur nourriture, soit dans leurs habits, étaient mis en

de la valeur. Cest là prendre l'effet pour la cause, et même faut-il observer que dans certains cas il n'est pas impossible que l'activité des échanges coïncide avec la décadence de la fortune publique, bien qu'en thèse générale ce soit le contraire. Toujours est-il que l'échange ne crée pas de richesse, et qu'il ne fait qu'opérer le déplacement, la mutation de la richesse produite. Mille écus, donc, qui dans un temps donné s'éparpillent en cent mille mains, ne produisent pas, ainsi que l'auteur semble le croire, pour 100,000 écus de valeur; ils n'en produisent même pas pour un centime, et l'effet de cette circulation est égal à zéro, ou purement négatif, sous ce rapport. Cette somme de mille écus a servi d'instrument pour opérer des échanges dont la valeur réunie s'élève à 300,000 francs, voilà tout le phénomène ; mais elle n'a pas engendré cette valeur. Celle-ci tire son principe, sa raison d'être, de la terre et du travail, et non pas de l'échange. Et si le prince touche dix mille écus d'impôt, ce n'est pas parce qu'une valeur de mille écus a été départie à de menues gens, sous forme de monnaie , mais parce qu'on a produit une richesse de 300,000 francs qui a circulé à l'aide de cette somme de monnaie. Boisguillebert ne s'est pas aperçu qu'il faudrait un miracle pour que les choses se passassent différemment. — Il a été conduit à celte erreur par une autre du même genre, qui lui a fait voir daus la consommation la cause de la production, quoique la première ne soit encore que l'effet de la seconde. De là. le reproche qu'il adresse aux riches de capitaliser leurs revenus^ et l'avantage qu'il suppose quel la société tire de la circonstance que l'argent ne fait que glisser, pour ainsi dire, entre les mains des pauvres. Cependant, au fond, c'est dans le premier cas se plaindre de l'éparçne, qui est un bien ; et se féliciter, dans l'autre, que tout le revenu des classes laborieuses passe dans le fonds de consommation, ce qui revient, en d'autres termes , à se réjouir que la misère ne leur permette point l'économie. (Voyez la note précédente, et le texte auquel elle se rapporte.) 1 Voyez la note de la page 415.

état, comme cela serait facile, de se pouvoir fournir amplement de toutes leurs nécessités et même du superflu.

On peut dire même que Ton a des exemples en Europe de ce secours mutuel que se sont donné tant ces hommes dénués de tout, que ces terres mal partagées par la nature : leur alliance est un peu et même fort difficile à contracter; les commencements en sont très-rebutants; il faut que le travail et la frugalité marchent longtemps du même pied à un très-haut degré; mais enfin l'un et l'autre viennent à bout de tout, et surpassent même assez souvent en richesse des contrées et des peuples beaucoup plus favorisés du ciel : les barbets • vivent commodément dans les rochers des Alpes; et l'Espagne manque presque de tout dans un pays très-fertile et très-fécond , qui est le plus souvent inculte en quantité d'endroits.

Mais, comme c'est là un chef-d'œuvre de la nature, il faut qu'elle agisse dans toute sa perfection, c'est-à-dire dans toute sa liberté, pour produire de pareils ouvrages : le degré de dérogeance que Ton apporte à l'un, savoir à cette liberté, est aussitôt puni d'une pareille diminution dans l'autre.

Ainsi l'on peut voir, pour finir cet ouvrage, quelle effroyable méprise est de se défier de la libéralité ou de la prudence d'une déesse qui sait procurer des richesses immenses, dans les pays les plus stériles, aux hommes qui veulent bien s'en rapportera elle pour la fructification de leur travail , pendant qu'elle laisse dans la dernière misère ceux qu'elle avait beaucoup mieux partagés d'abord , mais qui ne lui marquent leur reconnaissance qu'en la voulant réduire dans l'esclavage; de quoi ils ne viennent jamais à bout, que pour se rendre eux-mêmes plus malheureux que des esclaves.

Cependant elle est si bienfaisante et elle aime si fort les hommes , qu'au premier repentir elle oublie toutes les indignités passées, et les comble par conséquent en un moment de toutes les faveurs, ainsi que Ton a dit.

11 n'est question que de lui donner la liberté, ce qui n'exige pas un plus long temps que dans les affranchissements d'esclaves de l'ancienne Rome, c'està-dire un moment , et aussitôt toutes choses reprenant leur proportion de prix, ce qui est absolument nécessaire pour la consommation, c'est-à-dire l'opulence générale , il en résultera une richesse immense.

Le laboureur et le vigneron ne cultiveront plus la terre à perte, et ne seront point par là obligés de la laisser en friche; et comme ils sont l'un et l'autre les nourriciers de tout le genre humain , ils ne se verront point obligés de déclarer à la plupart des hommes, comme ils font présentement en quelques contrées de l'Europe , qu'il n'y a plus de pain et de vin pour eux, parce qu'ils n'ont pas voulu ou pu payer les frais ordinaires , ou survenus par accident , aux commissionnaires ; ce qu'il ne faut jamais attendre de leur libéralité ou de leur prudence , quand ils devraient tous mourir de faim l'un après l'autre. Ce qui prouve que tout impôt singulier sur une seule denrée est mortel à tout l'État*, parce que, tout y étant solidaire, les autres au lieu de partager le fardeau le lui laissent tout entier, ce qui les ruine toutes par contrecoup, et manque d'intelligence; au lieu que les impôts personnels, par rapport aux facultés générales de chaque sujet, se répandent et se partagent sur toute la masse , et font l'impartition de la charge au sou la livre sur chaque denrée, qui est absolument nécessaire pour le commun maintien , et qu'il ne fait jamais attendre de la prudence et de la raison des particuliers qui ne

1 Les barbets, cités plusieurs fois par l'auteur, étaient des calvinistes piémontais, ainsi appelés parce qu'ils donnaient le nom de barbes (oncles) à leurs ministres. Lors de la guerre Je la France avec le Piémont, de 1792 à 1796, ils opposèrent une vigoureuse résistance à notre armée ; ils faisaient la guerre en partisans , comme les miqueletsen Espagne. Kellermann, en 1795, leur offrit du service dans son armée, et les enrégimenta. Les barbets justifièrent pleinement l'audacieuse confiance du général.

1 Voyez la note de la page 53.

4M BOlSGUILLEflERT.

cherchent qu'à se détraire , surtout dans une contrée où la désolation générale est en possession de former les plus grandes fortunes.

L'argent alors, par cette survenue innombrable de concurrents, qui seront les denrées mêmes rétablies dans leurs justes valeurs, sera rembarré dans ses bornes naturelles; de tyran et de maître, il ne sera plus qu'un esclave dont le service même Se trouvera le plus souvent inutile ; et dans cette hausse prodigieuse de mouvement qui lui surviendrait à la suite de la consommation, une course ou deui , ou davantage, chez le prince, suivies sur-le-champ d'un retour aussi prompt, seraient imperceptibles, et ne laisseraient pas d'être un doublement de tribut qui , bien loin d'incommoder les peuples, ne serait que l'effet de leur crue d'opulence, toutes sortes de redevances tirant leur degré d'excès ou de médiocrité, non de leur quotité singulière et absolue, mais de* facultés de ceux qui payent; et ces fréquentes visions d'argent, auparavant caché ou paralytique , feraient dire qu'il y en aurait beaucoup à ces mêmes ignorants qui publient que la misère moderne vient du manque d'espèces.

Comme tout ceci ne se peut, aux pays où ce déconcertement se rencontre , que par une cessation de manières pour lesquelles, quoique très-ruineuses, on croyait mériter de fort grands établissements , on n'aura aucune peine à comprendre que, bien loin que de pareilles mesures fussent un sujet de mérite et l'effet d'un grand savoir , on leur est au contraire uniquement redevable, tant le prince que ses peuples, d'une extrême misère, laquelle cessera aussitôt que la cause ( qui ne pend qu'à un filet du côté de la nature) sera ôtée.

Mais il s'en faut beaucoup que ce soit la même chose du côté de la volonté ou plutôt du cœur, qu'un mort ressuscité, au témoignage de l'Écriture sainte, ne changerait pas lorsqu'il est une fois corrompu.

Voilà le principe pitoyable de l'allégation , que l'on ne peut sans risquer un bouleversement d'État cesser de ruiner meubles et immeubles depuis le matin jusqu'au soir, pour ne reconnaître d'autre Dieu ni d autre bien que l'argent, qui n'en doit pas faire la millième partie dans un royaume rempli de denrées propres à tous les besoins de la vie, et qui n'est principe de richesses qu'ail Pérou , parce qu'il y est uniquement le fruit du pays , qui bien loin par là d'être digne d'envie, ne nourrit ses habitants que très-misérablement au milieu de* piles de ce métal , pendant que des contrées qui le connaissent à peine ne manquent d'aucun de leurs besoins; pourvu, s'entend, que la liberté ou plutôt k nature fasse la dispensation de ses présents, puisque la production a été son ouvrage.

Car enfin , pour faire un précis salutaire de ces Mémoires , dont l'objet a été de combattre les précis criminels1, on peut dire avec certitude que l'opulence générale, tant à l'égard du prince que de ses peuples dans un pays abondant , est un composé général et perpétuel où chaque particulier doit travailler à tout moment, par un apport et un remport à la masse toujours pareil, le péril étant égal de quelque côté qu'arrive la diminution; ce qui étant observé exactement, il en résulte une composition parfaite où l'on trouve tout, parce qu'on y apporte tout. Mais, du moment que quelqu'un veut déroger à cette règle de la justice , pour prendre plus ou apporter moins que sa part, la défiance alors arrivant , ainsi que le déconcertement de proportion des prix , la masse Se corrompt , et les particuliers, qui n'y trouvent plus leur subsistance, sont obligés d'y pourvoir par des mesures singulières, qui sont très-désolantes et presque toujours criminelles, ou plutôt l'un et l'autre à la fois.

Chacun périt, ainsi qu'on a marqué , par l'excès d'une denrée et la disette d'une autre , ce qui jette tous les sujets réciproquement dans la misère, pendant que la compensation mutuelle de ces extrémités les avait rendus trèsheureux.

1 Voyez la note de la page 415.

11 en arrive comme si quelque prince abusant de son autorité , ce qui n'est pas inconnu dans les persécutions de l'Église naissante ; comme si , dis-je, un souverain , pour tourmenter et faire périr divers sujets d'une façon grotesque, en faisait enchaîner dii ou douze à cent pas les uns des autres , et que l'un étant tout nu , quoiqu'il fit grand froid, il eût une quantité effroyable de viande et de pain auprès de lui , et plus dix fois qu'il n'en pourrait consommer avant que de périr, ce qui ne serait pas fort éloigné, parce qu'il manquerait de tout le reste, et surtout de liqueurs dont il n'aurait pas une goutte à sa portée ; — qu'un autre , pendant enchaîné dans l'éloignement marqué , aurait une vingtaine d'habits autour de lui, et plus trois fois qu'il n'en pourrait user en plusieurs années , sans aucuns aliments pour soutenir sa vie , et défense de lui en fournir ; — tandis qu'à pareille distance un troisième enfin , et ainsi de suite , se trouverait environné de plusieurs muids de liqueurs , mais sans nuls habits ni aliments : —il serait vrai dédire après leur dépérissement qui serait immanquable , si la violence se continuait jusqu'au bout , qu'ils seraient tous morts de faim , de froid et de soif, manque de liqueurs , de pain , de viande et d'habits; cependant il serait très-certain que, tout pris en général, non-seulement ils ne manquaient ni d'aliments ni d'habits, mais que même ils pouvaient , sans la force majeure , être bien habillés et faire bonne chère.

Et si quelqu'un au fort de leur mal, avant leur dépérissement entier, implorait la clémence du prince pour les faire déchaîner, ce qui se pourrait en on instant, et ce qui ne manquerait pas sur-le-champ de les rendre heureux par un échange réciproque, à quoi ils ne tarderaient pas un moment, le prince repartait, ou ceux qui le feraient parler, que le temps n'est pas propre, et que cela pourrait porter un grand préjudice ; qu'en tout cas il faudrait attendre qu'un démêlé qu'il a à deux cents lieues de la contrée où ces malheureux seraient en souffrance, fût terminé ; ne jugerait-on pas aussitôt que l'on voudrait ajouter l'injure et la raillerie à la persécution ?

Il peut y avoir des pays sur la terre où il se passe non pas à peu près, mais à un plus haut degré, des exemples d'une pareille conduite, et en faveur desquels on allègue de pareils raisonnements pour son maintien , ou pour tarder le remède lorsqu'on parle de l'apporter, comme cela se peut pareillement en un moment.

Mais n'y ayant que de la surprise, et nulle mauvaise volonté dans les maîtres du théâtre où une pareille scène se peut représenter aujourd'hui, on en doit avec certitude espérer la cessation, qui sera sur-le-champ un triplement d'opulence publique, dont il est autant impossible que le prince n'ait pas sa part, qu'il n'est pas présumable que l'état contraire et désolant qui subsiste n'apporte pas une diminution effroyable dans ses revenus, tant présents que possibles.

Et dire que cela ne se peut pas en deux heures de travail et quinze jours d'exécution, est proférer la même extravagance que l'on vient de mettre dans la bouche des auteurs de la violence que l'on a ci-dessus décrite ou supposée.

Tout se réduit enfin dans quatre mots souvent répétés, savoir que les peuples ne peuvent être riches ni payer le prince que par la vente de leurs denrées. Or, si l'on peut en deux heures de travail, ou plutôt de cessation de travail, doubler cette même vente de denrées, comme on ne saurait le contester sans renoncer à la raison et au sens commun, il est d'une pareille certitude que l'on peut en deux heures doubler leur richesse, et par conséquent les revenus du prince, bien qu'on ait en quelques contrées de l'Europe justement pris le contre-pied pour parvenir aux mêmes intentions, ce qui a produit la désolation publique. Ainsi, par le principe naturel que, des causes contraires sortent toujours des effets opposés, les conséquences promises , et marquées dans ce raisonnement ou ces Mémoires, ne peuvent trouver de contredisants parmi les personnes qui voudront bien se laisser convaincre que l'autorité ni la faveur

ne dispensent pas qui que ce soit d'obéir aux lois de la justice et de la raison. Au reste, Ton croit s'être acquitté de la preuve, promise à la tête de ces Mémoires, de Terreur qui règne chez la plupart des hommes, dans l'idée qu'ils se font des richesses, de l'argent et des tributs; puisque dans le premier, ils cherchent l'opulence dans sa propre destruction , et font cacher l'argent en le voulant avoir contre les lois de la nature ; tout comme pour recevoir les tributs, on se sert de moyens qui mettent les peuples hors de pouvoir y satisfaire, en leur causant une perte de biens dix et vingt fois plus forte que la somme que Ton a intention de recevoir; ce qui fait que souvent, le dommage étant certain, le payement de l'impôt qui le cause ne peut pas s'ensuivre , étant devenu impossible, en sorte que la ruine est tout à fait gratuite : or, de nier que la cessation d'une pareille manœuvre soit une richesse immense pour les peuples et pour le prince, c'est ne pas convenir qu'un torrent retenu sur le boni d'une pente par une forte digue coulera en bas dès que la barrière qui servait d'obstacle à son cours sera enlevée '.

1 De même que Fauteur avait fait un extrait, en quelques pages, de sou Mémoire sur les grains (voyez la note de la page 393), il avait composé, avec celui qu'on vient de lire, un opuscule intitulé : Causes de la rareté de l'argent , et éclaircissement des mauvais raisonnements du public à cet égard. Cet abrégé très-succinct n'aurait fait qu'un double emploi avec l'ouvrage principal, et c'est pourquoi l'on a jugé inutile de le comprendre dans cette nouvelle édition des œuvres de Boisguillebert.

. FIN DE LA DISSERTATION SUR LA NATURE DES RICHESSES , ET DES OEUVRES DE BOISGUILLEBERT.

Notice historique sur la vie et les travaux de Boisguiilebert 157

PiBMitBB parti b. — De la diminution de la richesse nationale tft

Chap. I. — But et plan de l'ouvrage. — La richesse de tout pays est en proportion de la fertilité de son territoire. — L'abandon de la culture, en France, a diminué

le revenu national de plus de 500 millions depuis trente ans 171

Chaf. II. — Puissance de la France, et ses causes. — Éléments de la richesse en

Europe 178

Cbap. III. — Les revenus industriels ont diminué de moitié depuis 1660 173

Chaf. IV. — La diminution du revenu national n'a pas pour cause l'augmentation

des revenus du roi 174

Chap. V. — Du grand intérêt qu'a le roi au rétablissement du revenu national.. . 175

Cbap. VI. — Coup d'oeil sur la progression de l'impôt depuis Charles VII 176

Chap. VII. — Richesse du petit nombre, et misère du grand. — Henri III plus riche, en 1582, avec 81 millions de revenu, que Louis XIV avec lia millions. . 177

Seconde pabtib. — Des causes de la diminution de la richesse nationale 179

Chap. I. — Dissentiment sur les causes de la diminution du revenu national.. . . 179 Cbap. II. — La véritable cause de la diminution du revenu public est le défaut de consommation. — L'arbitraire de la Taille, les Aides et les Douanes, principes

du maL 180

Chap. III. — Des Tailles 181

Chap. IV. — Suite du précédent. — Abus dans l'assiette de la Taille par paroisses. 181 Chap. V. — Abus dans la répartition individuelle de la Taille. — Manière de procéder des collecteurs 184

Chap. VI. — Du recouvrement des Tailles. — Malversations des receveurs. — Tribulations des collecteurs. — Misère des taillables, qui appauvrit même les privilégiés 186

Chap. VII. — Suite du précédent. — Les petits domaines vendus à vil prix aux seigneurs de paroisses. — Préjudice qui en résulte pour l'agriculture et pour l'État. — La crainte d'être surchargé d'impôt empêche l'amélioration des terres.

— Réduction dans le nombre des bêtes à laine 189

&ap. VIII. — L'intérêt personnel des receveurs généraux et particuliers des Tailles, cause du maintien des désordres précédents. — La difficulté, dans la perception de l'impôt, accroît les remises et les bénéfices sur les frais de contraintes et d'exécutions. — Les receveurs des Tailles, les Élus et les cours des Aides d'accord pour s'opposer à la mise en tarif de la Taille 190

Chap. IX. — Des Aides et des Douanes. — Leurs conséquences désastreuses. —

Consommation et revenu sont une seule et même chose 198

Chap. X. — Des Aides. — Définition de cet impôt. — Ses effets 194

Chap. XI. — De la progression des Aides depuis 1604. — Pourquoi l'on a élevé

cet impôt, et diminué la Taille 195

Chap. XII. — L'énormité des Aides place les débitants de boissons dans l'alternative de renoncer à leur industrie ou de frauder les droits. — Ordonnances qui mettent la fortune de tous les hôteliers a la discrétion des commis des Aides. —

Système préventif des derniers contre la fraude 196

Chap. XIII. — Nouvelles preuves, que les Aides ruinent la consommation. — Pourquoi l'on a arraché les vignes en Normandie et ailleurs. — Les obstacles opposés aux échanges, de province à province, ont pour conséquence la misère de toutes. 199

4M BOISGUlLLEBERT.

Chap. XIV. — Le mal causé par les Aides s'étend même aux provinces non assujetties à cet impôt. — Pourquoi. — De quelle manière les Hollandais préviennent l'avilissement du prix des denrées *°1

Chap. XV. — Des Douanes. — Elles sont aussi funestes que les Aides. — Elles ont banni les étrangers de nos ports, et privé de débouchés les produits les plus importants de notre sol. — Guerre de tarifs de l'Espagne et de la France, après la paix de Vervins. — Concussions et vexations que le Système occasionne 90S

Chap. XVI. — Suite du précédent. — La fraude rendue indispensable par l'élévation des droits. — Comment elle se pratique, et comment s'élève la fortune des directeurs des Douanes, à mesure que baisse le commerce intérieur et extérieur du royaume *0*

Chap. XVII. — Désastres causés par l'exhaussement des droits d'importation et d'exportation. — La vente des céréales rendue impossible en Normandie, et dans toutes les provinces qui en produisent plus qu'elles n'en consomment. — La lamine et la diminution des revenus du roi, conséquences des obstacles apportés à l'exportation des grains. — Destruction, dans la généralité de Rouen, du commerce extérieur des vins, et de la fabrication des chapeaux , des caries à jouer, du papier, des pipes, et des baleines préparées pour l'habillement 807

Chap. XVIII. —Qu'il n'y a pas de paradoxe à soutenir que les revenus de la France sont diminués, bien qu'il se trouve dans le royaume une plus grande abondance d'or et d'argent qu'à l'époque où ces revenus étaient beaucoup plus considérables.

— Digression sur la nature de la richesse et la fonction des métaux précieux. . 989 Chap. XIX. — Que l'accroissement du revenu national est proportionnel, non à

l'augmentation de la somme du numéraire, mais au progrès de la consommation.

— Effets de la circulation et de la non-circulation de l'argent. — Liaison intime de ce double phénomène avec l'état de l'agriculture. — Que la suppression des édits qui paralysent la consommation eût été beaucoup plus avantageuse à l'État que le monnayage de la vaisselle du roi 919

Chap. XX. — Suite du précédent. — Les emprunteurs à la petite semaine 914

Ghap. XXI. — Qu'il n'est pas dans l'intérêt du roi de ruiner la consommation. — Preuves nouvelles de cette vérité. — Que l'État ne consomme pas de l'argent, mais des denrées. — Qu'en France, le produit de l'impôt , comparativement au reste de l'Europe, est en raison inverse des sacrifices imposés aux sujets. — L'Angleterre, les princes d'Allemagne, et le duc de Savoie. — L'agriculture et le commerce sont les deux mamelles de la république. — Comparaison des provinces exemptes de la Taille arbitraire, des Aides et des Douanes, avec celles où ce régime fiscal est en vigueur : les deux généralités de Rouen et de Monta uban. 915

TroisiIuib partie. — Des moyens de rétablir la richesse nationale 919

Chap. I. — Que le mal de la France tient bien moins aux choses qu'aux personnes.

— Le remède n'entraîne ni bouleversement, ni atteinte à la foi publique 919

Chap. II. — Premier moyen de rétablir la consommation : exécuter les ordonnances relatives à la Taille, en la rendant générale et inarbitraire. — Privilèges

en matière d'impôt, principes de ruine, même pour ceux qu'ils favorisent. —

Pourquoi il n'y a pas de pauvres en Hollande 920

Chap. III. — Méthode à suivre pour répartir la Taille équitablement, ou d'après le principe que le riches doivent payer comme riches , et les pauvres comme pauvres. — Obligation pour tous propriétaires et fermiers de déclarer, au greffe de leur Élection, la contenance et le revenu de leurs faire-valoirs. — Officiers de paroisses préposés au dénombrement des prolétaires. — Répartition de la Taille réelle entre les paroisses et les contribuables, par les officiers d'élections. — Taille d'industrie], doit être mise en tarif dans les villes et gros bourgs. — Nécessité d'un classement préalable des professions, dans les lieux où l'on n'adopterait pas cette mesure, pour y subordonner l'importance des cotisations individuelles. — Minimum et maximum du tarif de la Taille pour les gens de journée des campagnes. — Attributions du commissaire préposé au réparte ment général des Tailles.

— Envoi des rôles dans les paroisses. — Faculté de s'affranchir de l'obligation de la collecte, et de la responsabilité qu'elle impose, par l'engagement de verser dans le délai d'un mois, au receveur des Tailles, le montant de sa cotisation indivi-

TABLB DË8 MATIERES. «I

duelle. — Privilèges à accorder a* Trésor en madère de Tailles. — Partage des remises i allouer pour l'assiette et la perception de l'impôt. — Heureux effets de

tous ees règlements 333

Chap. IY. — Que tous les désordres qu'on a exposés rendent la somme de l'impôt bien Inférieure à celle que pourrait acquitter la France. — Moyen de couvrir le déficit qu'occasionnerait la suppression des Aides, des Douanes provinciales, et des Droits à l'entrée et à la sortie des grandes villes. — Calculs et considérations a ce

sujet — Un impôt sur les cheminées 336

Chip. V. — Qu'il y a solidarité dans le malaise on l'aisance de tontes les classes de citoyens. — Quatre sortes de personnes intéressées à l'innovation qu'on propose, les laboureurs, les artisans, les bourgeois, et les nobles. — Preuves qu'elle profitera à tous, ainsi qu'à l'État 339

Chap. VI. — Première conclusion à tirer de ces Mémoires : la sagesse ou l'inhabileté des hommes qui gouvernent n'a pas moins d'influence sur la richesse d'un pays, que la fertilité du sol et la nature du climat. — Les lois de l'ordre économique ne se violent jamais impunément. — Désastreuses conséquences de la per- . turbatlon artificielle qu'on y apporte. — La Provence, la Normandie, et le reste

de l'État, victimes de cette perturbation 383

Chap. VIL — Seconde conclusion à tirer de ces Mémoires : le principe des financiers est que, pour le prince, la France est un pays ennemi , dont la ruine ne doit pas causer le moindre scrupule. — Hypothèse qui démontre l'absurdité de cette doctrine. — Folie des moyens ordinaires et extraordinaires de se procurer de l'argent. 336 Chap. VIII. — Conclusion générale de ces Mémoires. — Le projet exposé, moyen certain de trouver tous les ronds que la guerre exige. — LVdit qui le mettrait à exécution enrichirait tout le monde, et rétablirait le crédit public et privé en vingtquatre heures. — Pourquoi l'on a de tout temps, en France, crié contre l'impôt. — Préjudice que cause à la couronne et aux sujets la création incessante de nouveau! offices. — Mesures indispensables pour emprunter à bon marche. — Le progrès de la richesse publique accroît naturellement le produit de toutes les branches de l'Impôt. — La science financière n'est que la connaissance approfondie des intérêts de l'agriculture et du commerce : elle manque aux ministres, qui ne savent qu'immoler le prince et le peuple aux traitants. — Le projet qu'on propose est inattaquable, et la guerre une raison sans valeur pour conclure à son ajournement 341

Chap. IX. — Résumé de ces Mémoires en vingt-cinq articles 353

Chap. X. — Autre résumé, encore plus sommaire que le précédent 356

ScppléMBht au Détail de la France 359

Chap. I. — Préambule nécessaire.— Peu de succès du Détail de la France. —Offre de 80 millions au roi, par-dessus la capitation et tous les tributs ordinaires. — Pourquoi il ne faut pas s'empresser de tiaiter l'auteur de visionnaire. — Ce n'est pas seulement son opinion personnelle qu'il exprime, mais celle de tous les laboureurs et de tous les commerçants du royaume. — Il plaide la cause du peuple contre le beau monde, et il porte à ce dernier le défi de réfuter une seule de ses propositions, autrement que par des extravagances. — Nécessité de se servir de ce root, quoique la politesse le désavoue. — Qu'en France il y a beaucoup plus de profit à tromper un ministre, pour ruiner le prince et le peuple, qu'à conquérir un royaume au monarque 367

Chap. II. — Qu'il ne faut que deux heures de travail et quinze jours de temps pour procurer 80 millions au roi, payer toutes les dettes de l'Etat en dix ans de paix, et doubler le revenu ordinaire de la couronne en supprimant la capitation, dans on délai de cinq ans. — La richesse des sujets est l'unique base de la richesse des princes. — Ce principe méconnu depuis 1660. — Diminution de 1,500 millions dans le revenu national : ses trois causes. — De la politique suivie à l'égard des grains. 373

Chap. m. — Suite du précédent. — Une pause, après le premier acte de la pièce. 375

Ghaf. IV. — De la nature de la richesse. — Le commerce des premiers âges du monde. — La civilisation rend les métaux précieux nécessaires aux échanges. — Rôle véritable de la monnaie. — Elle peut être suppléée par le papier, le parchemin, el même la parole. — L' argent n'est un principe de richesse que dans les pays qui le produisent. — Le rapport de l'argent avec les marchandises, le haut ou le bas prix des choses, indifférent en lui-même, quand ses causes sont naturelles. — On était aussi riche avec mille francs de revenu du temps de François Ier, qu'aujourd'hui avec quinze mille livres de rente. — L'intérêt général de la société veut que personne ne donne a perte son travail, ou le produit de son travail. — Révolte de l'égolsme contre cette loi providentielle, ou guerre permanente des vendeurs et des acheteurs. — La paix et l'équilibre ne peuvent être que le résultat de la liberté des échanges. — Conséquences du régime contraire. 97C Cbap. Y. — Que la consommation est le principe de toute richesse. — De la Taille. — Les trois vices de cet impôt, et le mal qu'ils occasionnent. — Considérations sur le régime des blés. — La misère de l'agriculteur entraîne la ruine de tous les autres membres du corps social. — Il y a solidarité nécessaire d'intérêts, non-seulement d'homme à homme, et de province à province dans un même État, mais

encore de pays à pays. — L'alliance des dévots et des traitants 381

Chap. VI. — Qu'il est de l'intérêt commun du souverain et du peuple que les impôts ne soient pas nombreux , et que leur produit passe, le plus directement possible, des mains des contribuables dans les caisses de l'Étal — Système fiscal des Romains, de la Turquie, du Mogol, de la Hollande et de l'Angleterre. — En France, depuis 1660, dix mille espèces de taxes, dix mille juges fiscaux, et cent mille hommes employés à la perception du revenu public. — Régime financier de la monarchie jusqu'à François Ier. — Tableau du règne de ce prince. — Comparaison de son revenu avec celui de Louis XIV **•

Chap. VII. — Comment le désordre s'est introduit dans les finances depuis François Ier. — Anticipations et emprunts. — Catherine de Médicis, les traitante italiens, et les États généraux. — Henri III et ses profusions. — Henri IV, et l'heureuse ignorance du duc de Sully.— Marie de Médicis, et la science financière des traitants italiens. — Richelieu double le revenu public. — Minorité de Louis XIV: nouveaux désordres financiers. — La harangue du président Amelot, et les récriminations du surintendant Fouquet. — L'autorité des parlements, seul obstacle aux concussions des hommes de finances, depuis la suppression des États généraux. *97 Chap. VIII. — De l'administration des finances depuis 1660. — Un ministre intègre, et d'effroyables abus. — Fâcheuse préférence donnée, sur la Taille, aux impôts de consommation, et aux affaires extraordinaires. — Le commerce des céréales et des liquides anéanti. — Des propriétaires de vins réduits à livrer leurs marchandises et leurs bateaux en payement des droits. — La douane de Valence. — Vingt-six taxes à payer par un bâtiment de commerce. — Pourquoi l'on a privé les parlements du droit de remontrances. — Le goût ou le besoin des places. — L'ordre consiste-t-il dans le maintien des abus?— La guerre aux charges de robe, ou l'anéantissement de la monnaie de parchemin. — Les partisans aux abois. . 909 Chap. IX. — Comparaison qui explique la véritable situation du royaume, et la facilité de remédier aux maux qui l'accablent. — De la réforme de la première

cause de la misère publique, la Taille 919

Chap. X. — De la réforme des deux autres causes de la misère publique, le régime des blés, et les droits d'aides et de douanes. — L'avilissement du prix des blés, et ses funestes conséquences, ne tiennent pas à la nature des choses. — Diminution que les aides et les douanes apportent au revenu national. — Ridicule des entraves apportées i la circulation des produits. — Nécessité de la suppression des douanes intérieures et des droits à la sortie du royaume. — Maintien des droits d'importation en retranchant toutes les formalités qui gênent le commerce. — Détails sur l'établissement du droit de quatrième denier, et réduction de ce droit. — Abaissement des droits d'entrée dans les villes non tatllables, et fusion de toutes les taxes de cette nature en une seule, dont la quotité soit certaine. — Suppression des droits de jauge, et de la perception de toutes redevances sur les marchandises en passe-debout. — L'accroissement de la consom-

nattai couvrira toe Traitants du déficit opéré par la réduction des droits. — Effets contraires de rabaissement du prix du tabac, et de l'élévation de la taxe des lettres. — Nécessité de proportionner l'impôt aux facultés des contribuables.. . . 334

Cbap. XI. — La capitation, au dixième, de tous les biens meubles et immeubles, moyen de hausser de 80 millions le revenu de l'État. — Absurdité des bases actuelles de cet impôt. — Il accable le pauvre et ménage le riche. — Il doit être proportionnel a la fortune de chaque citoyen. — Réponse à l'objection, que la quotité des revenus individuels n'est pas facile à découvrir, et qu'il serait inquisitorial d'en exiger la déclaration. — Le payement de la capitation au dixième doit avoir lieu en numéraire, et non en nature. — Critique de la Dime royale. — Le système qu'on attaque, impossible à défendre.— Pourquoi il faut repousser de la Provence les blés de Barbarie. 384

Cbap. XII. — Récapitulation : facilité qu'a le roi de se créer un revenu ordinaire de 800 millions. — Un prince doit considérer ses sujets comme un sage propriétaire considère ses fermiers. — Le dommage qu'on leur fait souffrir retombe sur lui-même. — Développement de cette proposition. — Coutume athénienne qu'il eût été bon d'introduire en France, et à laquelle l'auteur se soumet 345

CoifflDÉBATIOKS FEÉLIMIIfAIRES 352

PuntBE fabtte, où l'on fait voir que plus les grains sont à vil prix, plus les pauvres, surtout les ouvriers, sont misérables 354

Cbap. I. — Classification des diverses espèces de biens. — Excellence de l'agriculture. — La justice doit être la base des échanges. — Solidarité d'intérêts de toutes les professions sociales. — Cette doctrine repoussée par l'intérêt individuel. — Nécessité de l'intervention gouvernementale dans le commerce des grains 354

Cbap. II. — Du haut et du bas prix des grains. — Le prix du blé, en 1550, 1600, et 1650, proportionnel au prix de toutes les autres denrées. — Il a cessé de l'être depuis quarante ans : désastre qui en résulte 355

Cbap. III. — Insuffisance du prix actuel des grains pour rembourser les avances, et rémunérer le travail du cultivateur. — La richesse et la pauvreté sont dans les vues de la Providence, et c'est le prix du blé qui doit tenir ces deux conditions dans un juste équilibre. — Considérations sur les bonnes et les mauvaises terres, et sur les frais de culture. — Inconséquence de ceux qui veulent que le pain soit toujours à bon marché 358

Cbap. IV. — Preuves nouvelles de l'erreur de ceux qui croient ftvoriser les pauvres, en avilissant le prix des grains. — Des degrés d'importance entre les diverses professions sociales. — La prospérité du cultivateur, base nécessaire de la richesse de tous les autres états. — Décadence de tous les arts de luxe, après la ruine de l'agriculture. — Les banqueroutes, conséquence du blé à vil prix. — Ce que, dans le négoce, on appelle faire finance 360

Cbap. y. — Suite du précédent. — Calcul du surcroît de dépense qu'occasionnerait, dans une famille de dix ou douze personnes, l'augmentation du prix du blé. 361

faii» vi. — Le prix du blé avant et après 1700. — Parallèle de l'état du royaume a ces deux époques. — Singulière apologie de la famine. — Éloge plus bizarre de la guerre. — Le baromètre de la fortune pour les classes riches et les classes pauvres. 364

Cbap. VII. — L'avilissement du prix des grains, plus désastreux que la famine même. — Considérations sur ce sujet 366

SecoHDE partis, où l'on fait voir que plus on enlèvera de blés en France, et moins ou aura a craindre les extrêmes chertés 36S

Cbap. I. — La libre exportation des grains, dans les temps ordinaires, seul moyen de prévenir les disettes. — Différence essentielle entre le commerce des blés et tous les autres négoces. — La famine, conséquence nécessaire de l'avilissement des grains : détails et considérations sur ce sujet 363

Cbap. II. — La France ne ressemble ni à l'Egypte ni à la Moscovie : conséquences de ce fait — De l'influence du prix du blé sur la culture et l'étendue des terres

430 BOISGUILIEBBRT.

en rapport. — Comment l'abondance naît de la disette, et la disette do l'aboada&e*. 370

Chap. III. — Ridicule des préjugés populaires contre l'exportation des blés 371

Ghap. IV. — Suite du précédent. — Comment raisonnent les adversaires de l'exportation ûes grains. — Système des Anglais sous ce rapport. — Ce que la France produit de blé, et ce qu'elle en consomme. — Le* désirs des fermiers et de leurs maîtres. — Pourquoi Ton cultive souvent les mauvaises terres p*éférabteœent aux bonnes. — Importance des engrais. — Réflexions qui pouvaient conduire a |a théorie de Ricardo sur la renie territoriale. — Les Maures, et la proposition de

défricher la grande Provence ou les landes de Bordeaux 373

Chap. Y. -<- Faire sortir des blés du royaume, ce n'est diminuer ni le produit ni la valeur de la récolte. — La subsistance du peuple nullement intéressée dans cette affaire.— La sottise publique, principale cause des disettes : considérations sar leur naissance et leur progrès. — Les marchés de grains, et ce qui s'y passe. —

Nature véritable du service que rend rapport des blés étrangers 377

Chap. VI. — Insignifiance de l'importation ou de l'exportation des grains relativement à la subsistance du peuple. — Les disettes de 1670, 1609 et 1604. — Les motifs qui commandent l'importation en temps de cherté exigent l'exportation aux époques d'abondance. — Il faut tenir avec les agriculteurs la même conduite que la police tient avec les boulangers. — La liberté d'exportation fut le droit commun jusqu'en 1650. — Comment pensait et agissait M. de Sully sous ce rapport. — Singulières inconséquences de tous les adversaires de l'exportation. 9fl

Chap. VII. — Conséquences déplorables des préjugés contre la sortie c)es grains. — Différence remarquable, à cet égard, entre les peuples du Bord et peux 4M

Midi. — Influence du régime alimentaire sur la question : &l

Chap. VIII. — Que les nations civilisées, en voulant substituer leur prétendue sa-* gesse à celle de la nature, s'attirent des souffrances que ne connaissent pas (es peuples barbares 386

Chap. IX. — Éloge de la sagesse économique de l'Angleterre et de Ja pollande. . 387 Chap. X. — Conclusion de ce Mémoire. — La prospérité .publiquejfofa atteint «m plus haut degré quand la terre et le travail iapporterW-tont ce qu'ils peuvent produire. — C'est à la nature seule qu'il appartient 4e mettre la police dans l'ordre économique. — Antagonisme perpétuel des vendeurs et des acheteurs. — Action et réaction du prix du blé sur le taux des salaires. — Influence (de ce prjx sur le travail. — Les coalitions d'ouvriers, et la valeur des serments <Jans je commerce. — La liberté de l'exportation des grains, moyen unique de (balancer £qu> tablement les intérêts des producteurs et des consommateurs, ou f}e maintenir ja paix et la justice dans la société 306

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