SSS ÉCRITS ET LES OPÉRATIONS DU SYSTÈME
Jeun Law naquit à Edimbourg , en 1*71. Qoe)qiteft"Uns de Ml biographes1 prétendent qu'il descendait, par m Bière, de la célèbre aràsen d'Argyle, qui t après avoir soutenu la cauje de Charles P\ se ladia an gouvernement de GromweU t et ne cessa plot, depuis cette époque, de prendre parti contre les Stuart. H est certain que, mal-* gré cette alliance illustre, William Law, son père, exerçait tout simplement, à Edimbourg, le métier d'orfèvre , auquel se rattachaient, dans en tampt-ià, des opérations de change et d'escompte analogue! à asiles que Sont lea banquiers d'aujourd'hui. Le commerce d'argent 9 teujoura si profitable à ceux qui s'y livrent avec prudence , ne tarda pas à enrichir le père de Law, et il mourut jeune , laissant sa famill* en possession de deux terres considérables en Ecosse. Jeanne Campbell, la veuve , eut à coeur de donner à l'atné de cette famille, qui était Jean Law, une éducation d'autant plus distinguée, qu'il se faisait remarquer déjà par une intelligence précoce et une aptitude singulière I tentai les connaissances dont le calcul est résilient principal. GombM, en outre, par la nature, des* plus grands avantages extérieurs, Law devint, à vingt ans, un gentleman accompli. En même temps qu'H excellait dans tous les exercices du corps , il brillait par une taille
1 M. de Senevevt, dus la Discours préliminaire de soa édition des œuvres dé Lur, sa 1790; — M. TUera, dans sa Notice sur Lom et son Systems , insérée dtns la première et unique livraison <je V Encyclopédie progressive, 1826, in-8°.
Dodos s'exprime ainsi sur ce point, fort peu important d'ailleurs: « Law était Écossais, gentilhomme ou non , mais se donnant pour tel, comme tous les étran- . gen. »
imposante, parla noblesse de sa figure, par l'élégance de ses manières, par le charme et par la facilité de son élocution. Un jeune homme ainsi élevé, devenu libre de sa personne et maître d'une partie de la fortune paternelle , ne pouvait se plaire longtemps dans la triste capitale de l'Ecosse : Law ne tarda pas à l'abandonner, et à se rendre à Londres.
Il paraîtrait qu'il séjourna quatre ou cinq années dans cette ville. Le dernier de ses biographes1 raconte qu'il employa son temps à jouer, à plaire aux femmes, et à étudier les secrets du commerce et du crédit. Nous inclinons à croire que la première de ces occupations l'emporta de beaucoup sur la seconde. Il eut, en eflet, force intrigues amoureuses , se lia avec tous les étourdis de la haute société de Londres, dissipa au jeu la plus grande partie de son patrimoine , et finît par tuer, dans une rencontre particulière, un certain H. Wilson, qui ne se trouvait pas content de ses procédés. Les lois anglaises étant fort sévères sur le duel, Law fut traduit devant les tribunaux, condamné i mort , et n'échappa que par la prison à la peine capitale. Il eut le bonheur de pouvoir mettre fin à sa captivité par la faite , et se sauva sur le continent.
Pendant le séjour de Law à Londres , un grand événement avait en lieu, la création de la banque d'Angleterre, en 1694. Il est probable qu'il commença par fixer à un asses haut degré l'attention d'un homme que la nature avait fait calculateur. En quittant les bords trop hospitaliers de la Tamise, Law s'était réfugié en Hollande. Quand il eut gagné Amsterdam , il se retrouva en présence d'une banque nouvelle v ' qui avait presque un siècle d'existence, dont le mécanisme était i peu près inconnu de toute l'Europe , et ches le peuple le plus commerçant du monde. Ce spectacle , la perte de sa fortune , et la satiété de jouissances qui ne conservaient plus le charme de la nouveauté, imprimèrent dès cette époque à la vie de Law une autre direction. Sans renoncer aux plaisirs, il résolut de les mener de front avec l'étude et les affaires; sans renoncer au jeu, dans lequel il avait trouvé une méthode prompte de se ruiner, il arrêta le ferme dessein de n'y plus chercher que la méthode de s'enrichir. Pour exécuter ce plan , il s'attacha, d'abord, en qualité de commis, au résident anglais à Amsterdam. Dans cette position , il amassa promptement toutes les connaissances commerciales qu'il était jaloux d'acquérir; et, satisfait de ce
* U. Tbitrs.
! côté, il quitta la Hollande pour aller étudier à Venise, à Gènes, à Woreoce, à Naples et à Rome, le commerce et le crédit. En même temps, une constance de bonheur au jeu , qui demeura toujours une énigme pour les contemporains , et, selon toute apparence, d'habiles spéculations sur les fonds publics \ avaient relevé la fortune de l'Écossais, et lui permettaient de voyager en grand seigneur.
Vers 1700, Law, doué de beaucoup d'intelligence naturelle, et surtout d'un génie éminemment propre à l'action , crut avoir fait une grande découverte en économie sociale. Il possédait du moins, sur les choses qui sont le fondement de la vie humaine , et sur lesquelles roulent les plus graves affaires du monde, c'est-à-dire l'ensemble des intérêts matériels de la société, des lumières bien supérieures à celles de ses contemporains ; car il avait compris le besoin de s'en instruire, tandis que les autres ne se doutaient même pas qu'elles valussent la peine d'être étudiées. De magnifiques dehors, de l'esprit, de la richesse, et la conscience de son mérite, ouvrirent alors son cœur à l'ambition. De ce moment , il se crut appelé à jouer le rôle de réformateur : on verra comment une volonté forte et une moralité facile lui en garantirent le succès.
H te présentait justement pour Law une occcasion d'essayer ce nouveau raie en Ecosse même , sa patrie. Une banque y avait été établie en 1695, mais elle n'avait pu se maintenir ; et l'on essayait de la relever sur un autre plan. Law recueillit toutes ses idées économiques, et les résuma dans un mémoire intitulé : Considérations sur le numéraire et le commerce, qu'il alla présenter lui-même au Parlement d'Éeosse. Quoique nous devions revenir sur ce Mémoire , qui est le principal ouvrage de l'auteur, il est indispensable d'énoncer, dès à présent, en quoi consistait la découverte à laquelle celui-ci ne cessa d'attacher la plus haute importance.
Les études de Law s'étaient surtout concentrées sur la monnaie, ce qui n'avait rien d'extraordinaire de la part du fils d'un banquier. Or,
1 M. de Senovert dit que Law jouait sur tous les effets publics de l'Europe, et que lorsqu'un gouvernement faisait une faute, il savait en profiter; qu'il était, en outre, gros joueur dans le sens ordinaire, et gros parieur. Et cet éditeur ajoute : « On sait aujourd'hui que parier est un jeu qui a ses règles particulières. 11 y a fort longtemps que ce genre f industrie est introduit en Angleterre, et Ton assure que quelques Fraça» y ont fait de grands progrès. » (OEuvres de Laïc, édition de 1790, Discours fréUimnaire, en note.)
Voyez la X* lettre sur les Banques, page 652 de ce volume : elle confirme l'opinion exprimée par M. de Senovert,' sur l'origine d'une partie de la fortune de Law.
en réfléchissant profondément sur la matière, il en était tenu à se persuader que les métaux précieux ne remplissaient que par abttS h HAe d'agents de la circulation. 8elon loi , la monnaie par excellence, c'était te papier, parce qu'il foanque de râleur intrinsèque* Voilé t* doctrine économique fondamentale, et, malheureusement, l'espèce d'idée fixe et faosie vers laquelle il fit graviter tontes les forces d'tu esprit supérieur! Et si Ton doit, quant à présent, nous croire sur parole, on ne tardera pei à rencontrer, dans le cours de àette Notice, les preuves graduelles et irrécusables de la proposition que bous venons d'avancer.
Quoique la chimère de l'Écossais consistât réellement à proscrite les métaux précieux, et qu'il ne voulût, dans le commères, d'auttè monnaie métallique que celle indispensable aux plus minimes échanges, il n'avouait part cette proposition en termes explicites dans sou Mémoire au Parlement, et il se contedtait de présenter un système de banqtte territoriale qui eàt produit cet effet, en créant un papier dent le cours devait être obligatoire. Soit que ses compatriotes aient aperça le piège, ou qu'ils ne s'en soient préservés que par hasard , toujours est-il qu'ils repoussèrent le projet. Law l'envoya en Angleterre, oè il ne fut pas mien* accueilli ; mais ce double échec ne vebtate pai son énergique volonté. U se remit à parcourir l'Europe, et* pendant près de qtiinxe années consécutives, c'est-4-dire jusqu'éti moment oà il se fixa tout i fait en Franœ, il poursuivit de ses idées tous les hommes dont il pouvait espérer quelque assistance peur les frire valoir. Ses vues le trouvaient meuve secondées à merveille par le geHra de vie qu'il avait embrassé. Sa profession de jeteur l'appelant i le pwwsnar sans cesse de capitale eu capitale , te mettait en relation perpétuelle avec les courtisans et les diplomates de tous les pays. Or, il tirait de ces rapports la double utilité , et de gagner l'argent de cal messieurs et de s'établir dans leur opinion comme un homme fort habile en matière de finances et de crédit. U se servait» en outre, de leur intermédiaire pour faire passer des Hémoires aux ministres, et cette tactique savante avait fini par accréditer son nom dans presque tous les cabinets de l'Europe.
En 1708, la guerre malheureuse de la succession, jointe à l'Incapacité profonde des trois contrôleurs généraux, qui avaient bien hérité du portefeuille de Golbert, mais non de l'habileté dé cet hommte d'État, avait apporté un inextricable désordre dans nus financée. Chauulkjrt était aux abois* et n'aspirait plus qu'à quitter le peste qui
lai avait été eoefié. Law, bieb instruit sons ce rapport, aeco&rnt de fcoisMis kto oflirir ses ter? iœs \ En Ecosse et en Angleterre, il était pu ne pas être écaoté, ntnis en Fraoce, à cette épeqte, il ne défait pdsaéitf» être compris* Ge désappointement fût snivt d'an autre. Law •fait déployé à Paris an lue de prince, et réalisé au je* des bénéfices cnnsidMffohta. M. Thiors, qui n'a fait, d'ailleurs, que prêter le charme de sa diction aju récite de* contemporains, tons apprend qu'il taillait le pharaon dm la Dnalos, célèbre courtisane de ce temps. « Il n'entrait jamais atl jeu, ajoute te même biographe, arec moins de 100,000 livras* Pot* arriver à compter plus rite, il avait (kit fabri- . <pmr de* jetons en or de 18 hmis.il selteavee plusieurs seigneurs de la eew, et surtout avec le jeune dne d'Orléans, qui aimait les esprits inventifs, et qui parat disposé à adopter se* idées. » Mais, soit que le grand train d n* étranger eût déplm par le contraste qu'il offrait «vee la misera pubKqne, soit que le lieutenant de police d'Argenson a'aimât pas In eoitnee de gagner toujours aux jeux de hasard, ou qu'il aa «rAt pas à cette science, Law se vit bientôt signifier l'ordre de quitter Pari* et la Franc*, immédiatement;
Cette nouvelle défaite ne rendit pas Law infidèle an plan qu'il s'était traaé» Pendant que la baaoette, le pharaon, et les spéculations snr le* eflets publie* continuaient d'accroître sa fortune, il contibuait lui-même à ebeftber aa gouvernement qui voulût bien expérimenter sas théorie On rapporta que Victor Amédée, dw de Savoie, auquel il sonnait sa* partis* lui répondit qu'il n'était pas assez riche pour se ramer» Il alla trouver l'empereur à Vienne, et n'obtint pas plus de snteès» Mais, dtrant oet intervalle, le destin prit en quelque sorte le sein de relever ses espérances- L'impitoyable mort, frappant à coups précipitée sut la famille du grand roi, approcha la couronne tout près de la tête de Philippe d'Orléans. L'âge dm vieux monarque ft celui de son deramr rqjeten ne permirent guère à Law, en 1714* de douter que la prineo qui aimait» oemme dit M. Thiere, les esprits inventifs, ne
1 IL flmfs Mi vmb Law une première fois dam notre pays vers 1093, et il ajout* qu'il visita la France, toute brillante 4*9 prospérités 4ue$ à l'administration de Colèerl. Nous n'avons retrouvé aucune trace du voyage de Law à cette époque ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que Golbert était mort depuis dix ans en 1693, et que b situation du royaume était alors si peu brillante, que, dès 1689, Louis XIV était obligé de convertir en espèces tous les meubles d'argent que le célèbre artiste Ballin avait exécutés pour le palais de Versailles, Déplus, Vauban affirmait, en 1698, qne la dixième partie du peuple était réduite à la mendicité. Quand respecteronsnmiions tes M*, eh ttriVaat rMstoire?
fût à la veille de voir, de manière ou d'autre, le pouvoir royal tomber entre ses mains. Il se tint donc aux aguets, tout prêt à proiter d'un événement, dont l'attente ne fut pas de longue durée.
Le 1" septembre 1715, Louis XIV descendit dans la tombe. Strict observateur de l'étiquette monarchique, il ne manqua pas i l'usage de sermonner son successeur, quoique ce successeur ne ttt qu'pa enfant : il lui recommanda de ne pas l'imiter dans sa passion potor la guerre, et lui fit entendre de belles paroles sur la vertu de l'écom*mie. Mais l'agriculture était ruinée, le commerce et l'industrie n'existaient plus que de nom, et le Trésor était littéralement vide : l'éclat brillant de ce règne, semblable à la lueur funeste que jette un incendie, s'était éteint, pour ne plus laisser apercevoir à l'oeil consterné que tes débris de toutes les richesses qui lui avaient servi d'aliment. Law savait tout cela, et la justesse de son coup d'oeil lui montra de suite; dans cette conjoncture, dans son habileté, et dans la bienveillance du prince qui allait saisir les rênes de l'État, le présage certain de la gloire et de la grandeur qu'il rêvait depuis quinze ans. Aussi s'empressa-t-il de faire passer en France toute sa fortune, qui montait à 1 ,600,000 livres, et d'y arriver lui-même.
Il n'est pas plutôt à Paris qu'il sollicite l'honneur d'être reçu au Palais-Royal, et l'obtient sans peine. Bientôt ses visites de cour se transforment en conférences sérieuses, où il discute ses idées économiques avec le régent. Enfin, soit que Philippe se laisse fasciner par le prestige des considérations que développe son adroit interlocuteur, soit qu'il lui suffise de reconnaître dans ses projets l'intérêt seul de la Couronne, dont il n'est séparé que par une fragile existence d'enfant, l'année qui avait vu mourir Louis XIV n'achève pas son cours, sans que l'adoption des idées de Law soit résolue. Tout rend vraisemblable, néanmoins, qu'ici, comme devant le Parlement d'Ecosse, cet audacieux novateur ne dévoila pas entièrement la théorie singulière dont il méditait l'application. On ne peut guère admettre qu'il ait proposé au régent, et plus tard à son conseil, sans réticence aucune, de substituer la monnaie de papier à la monnaie métallique. Les hommes du dix-huitième siècle furent à leur insu, selon nous, les instruments d'une utopie qu'ils ne connaissaient même pas; et la moralité peu sévère de l'ami du prince prolongea leur aveuglement, en livrant d'immenses richesses à leur cupidité.
Avant d'aborder l'histoire matérielle de cette grande déception, qu'on rencontre au berceau d'un siècle qui mérita phis tard d'être
appelé le siècle des lumières, il faut, de toute nécessité, revenir à son principe générateur, à la doctrine, à la conviction, à la foi économique de Law. Gomme ce n'est pas à tort que les diverses opérations qu'il non» reste à déerire furent baptisées du nom de Système, on doit, pour comprendre ce système, en demander la clef à l'inventeur. À défaut de cette précaution, nul intérêt ne s'attacherait aux événements; ils resteraient inintelligibles, et n'apparaîtraient que comme un tissu de fourberies encore plus insensées que coupables.
Dans le Mémoire au Parlement d'Ecosse, ou les Considérations sur h numéraire, Law disait :
«La valeur des choses n'est pas en raison de leur usage plus ou moins nécessaire, mais en raison de leur quantité plus ou moins grande, comparée à la demande qu'on en fart. L'eau est d'un grand usage, mais de peu de valeur, parce que la quantité de leau est de beaucoup supérieure i la demande. Les diamants sont de peu d'usage, et pourtant d'une grande valeur, parce que la demande surpasse de beaucoup la quantité existante des diamants.
«La valeur des choses varie par deux causes distinctes, la plus ou moins grande abondance des produits, et la plus ou moins grande abondance de la monnaie. De ces deux causes, Tune échappe à Faction de l'homme, tandis que l'autre peut être soumise à son empire. 11 ne dépend pas de l'homme que la quantité du blé, du vin, etc., se maintienne toujours en équilibre avec les besoins, mais il dépend de lui que la somme de la monnaie demeure toujours dans un juste rapport avec la demande, pourvu que cette monnaie n'ait pas de valeur intrinsèque, qu'elle ne consiste point dans For ni dans l'argent.
« 11 y aurait dans ce fait un immense avantage, car la monnaie est le principe du travail, de la culture et de la population. Les pays riches sont ceux où il existe beaucoup de monnaie ; les pays pauvres, ceux où elle est rare.
« Rien n'est plus propre à remplir la fonction de la monnaie, que le papier. Aux avantages que présentent, sous ce rapport, les métaux précieux, il joint d'autres qualités qu'ils ne possèdent pas. 1° On le compte et on le transporte plus facilement ; 2° la matière ne coûte rien, ou presque rien, tandis qu'il faut acheter fort cher l'or et l'argent ; 3° enfin, par cette raison, on ne l'exporte pas, et l'offre peut toujours égaler la demande.
«Ce dernier point a' la plus haute gravité.
« En effet , il y a lutte perpétuelle entre les propriétaires des choses et les détenteurs de l'argent. Les premiers font la loi aux seconds, quand les denrées et les marchandises de toute nature sont rares ; et ils la subissent, au contraire, quand elles deviennent communes. Cependant, la justice et l'intérêt général veulent que la valeur, ou le prix des choses, ne dépasse jamais la limite des frais de production. Or, il n'y a qu'un moyen pour atteindre ce résultat : c'est de faire que la somme de la monnaie soit constamment en équilibre avec la qaantité des choses , hypothèse qui se réalisera du moment que l'on pourra fournir, sur des garanties réelles, du numéraire à tous ceux qui en réclameront. Si la monnaie, sous forme métallique, rend ce desideratum une chimère, rien n'est plus facile que son accomplissement, avec la monnaie sous forme de papier1.»
1 Toutes ces idées sont éparses dans les divers écrits de Law. Voyez Considéra*
A4>vè* l'eaposé de ces théories, Law proposait, comme moyen d'application» rétablissement d'une banque territoriale qui aurait mis et circulation du papier ayant cour» obligatoire, jusqu'à concurrence d'une certaine portion de la valeur des terres du pays. Cette banque n'aurait donné et reçu que des billets; et, pour que la somme du numéraire ne devînt jamais supérieure aux besoins, elle aurait repris II monnaie, à titre de placement, des mains de tous ceux qui n'auraient pas trouvé à en faire emploi» De cette manière, ajoutait-il, fa monnaie ne sera jamais ni trop chère, ni à trop bon marché, et le travail sera sans cesse en mouvement.
Quand Law vint en France pour la seconde fois, il ne modifia qu'en apparence le Tond de ces doctrines» Il ne proposait plus, il est vrai, de créer des billets qui eussent cours obligatoire entre les particuliers ; mais il demandait que le gouvernement se rendit l'entrepreneur d'une banque qui aurait eu pour réserve tout le numéraire provenant de l'impôt, et qui aurait été la caissière de l'État, en ce sens que son papier eût été légalement redevable du roi aux sujets, et des sujets au roi. Si ce n'est là le véritable projet soumis au régent par Law, dans les conférences secrètes du Palais-Royal, on n'en trouve pu d'autre, du moins, dans les deux Mémoires qu'il adressait à ce prince vers la même époque.
Cette analyse des théories patentes de Law ne suffirait pat encore à l'explication du Syliane, si nous n'ajoutions quelques mots relatifs au régime économique des monnaies en ce temps-là.
Au lieu de considérer la monnaie d or et d'argent comme une mardmmêis* tirant sa valeur, de même que tous les autres produits, de ta nature des choses, les légistes, qui n'ont pas peu contribué à obscurcir les notions du sens commun dans le monde, avaient, depuis des siècles, accrédité l'opinion qu'elle n'était qu'un signe arbitraire, imaginé par le souverain pour représenter le prix de tout ce qui entre dans le commerce. De ce principe (aux , on avait tiré la conséquence, trèslegiquement absurde, que la monnaie devait toujours être reçue peur la valeur qu'il plaisait au prince de lui assigner; et que, par exemple, quel que fût le nombre de livres servant de diviseur à un poids de 8 enees d'or ou d'argent, appelé marc, chacune de ces livres devait toujours être prise tur te même pied dans les échanges. C'est sur cette
têonè twr le numéraire, pages 465, 499 et 510 de ce volume, et notamment le chapitre vu du même ouvrage ; — voyez, surtout, les Lettres sur le nouveau Système <fo finance*.
SU& liAW. 440
ingénieuse théorie, puisée à la sonroe du Droit romain, et ayant cours fia France depuis Philippe le Bel, que s'appuyait le fait de roupme»* j4ùa et de la èbumuùm alternatives de la monnaie» Augmenter cclle-ôit c'était tailler plus de litres dans le marc d'or on d'argent; Il diminuer» c'était > au contraire, en tailler moins '. On verra bientôt que cette méthode systématique d'imprimer une variation perpétuelle à la mesure générale de la valeur, et de porter sans cesse fat fraude et le désordre dans toutes les transactions sociales « n'eut pas une médiocre part aux expériences de Law, qui avait eu d'abord le mérite de la flétrir dans ses écrits* .
Louis XIV avait laissé une dette de 3 milliards 412 millions à son successeur*. Elle se composait, avec tous les intérêts exigibles, du capital des rentes constituées, de celui des offices sans nombre créés depuis la mort de Golbert, et de plus de 600 millions d effets royaux qui perdaient 80 ou 00 pour 100 sur la place. L'impôt s'élevait à la somme de 160 millions ; mais il n'y avait plus à espérer qu'un recouvrement, de quatre ou cinq millions sur les trois derniers mois de l'année 1715» Plus de la moitié des revends des deux exercices suivants se trouvait consommée par avance, et le numéraire de toutes les caisses publiques ne dépassait pas 600,000 livres. Il fallait, en un mot, beaucoup plus de 90 millions pour acquitter les seuls intérêts* échUB et courants, de la dette publique» Quant à la situation du pays, on peut juger de ce qu'elle était à cette époque, par la peinture déplorable qu'en avait faite le maréchal de Vauban, dès 1608 * • Dans ees graves conjonctures, on proposa la banqueroute, sur le motif que le prince n'était pas tenu des dettes du feu roi, et qu'il avait reçu le eo**roone franche, libre et quitte de tous le* engagements de ses prédécesseurs. On a fait grand bruit de la noble résistance du duc d'Orléans i ce conseil. L'éloge des scrupules du vertueux élève de l'abbé Dubois témoigne de la candeur de la muse de l'histoire ; mais la vérité est que la politique eut beaucoup plus de part que la morale au trçjet de cette mesure. Le régent avait compris que la banqueroute à détou-
1 La première de ces expressions, augmenter la monnaie , présente le même sens qat ceAes-d : relever, la hausser, la surhausser ou l'affaiblir , et la seconde , di mfmmt la monnaie! m prend dans la même sigalficatioli que les mots : la Miser , tV Ujacer, au la rendre phis forte.
* Voyez Dutot, chap. i", art. 5. — Cet auteur a extrait ce chiffre d'une publication ifttdefc de 1720 , dont if est donné un extrait dans le Mercure de France du mois **ptttBbra ta |a même année.
*?#!«* Il (Hm raavifc, pageSé ffe*e vohn*e.
vert était un très-mauvais moyen de consolider le crédit public, qui équivaut à la possession de la pierre philosophai pour les gouvernements dissipateurs ; et Law, devenu son conseiller intime en matière de finances, lui avait persuadé, d'ailleurs, qu'à laide de ce mot mystérieux, le crédit, il changerait subitement la face du royaume et délivrerait la Couronne , à l'avenir, de toutes les espèces de dépendances que lui imposait le besoin de se procurer de l'argent. Or, ces idées plaisaient d'autant plus à Philippe, qui voulait rester premier ministre, s'il ne devenait roi, que le clergé, la noblesse et le parlement avaient repris dans les affaires de l'État, depuis la mort de Louis XIV, toute l'influence que ce prince avait su leur enlever. Toute- Ibis, comme les circonstances ne permettaient pas une application immédiate des plans de l'Écossais, la non-adoption de la banqueroute générale n'empêcha pas de recourir à l'expédient des banqueroutes partielles, et de la violence contre les gens d'affaires, qui ne s'enrichissaient que grâce à l'impéritie du gouvernement. On commença par réduire à 250 millions les 600 millions d'effets royaux répandus dans le public sous le nom de promesses de la caisse des emprunts, billets de Legendre, billets de V extraordinaire des guerres, de VartiUerie, de la marine, et autres, en les convertissant en un seul papier qui reçut la dénomination de billets d'État. On avait prorois de né plus toucher aux espèces, qui se trouvaient à 28 livres le marc, et un mois après cette déclaration, on les porta à 40 livres. Enfin, un tribunal exceptionnel, appelé chambre de justice, fut rendu mattre de la liberté et de la vie de tous les traitants, comptables et fournisseurs. Les recherches devaient s'étendre jusqu'à l'année 1689. Des édits infâmes conviaient les domestiques à dénoncer leurs maîtres, et portaient peine de mort contre ceux qui médiraient des délateurs. Au lieu d'opérer la réforme dans l'impAt, on organisait la terreur contre les hommes d'argent, et elle n'eut d'autre résultat que de les dépouiller d'une partie de leurs rapines, au profit des hommes de cour.
Il n'existait plus de secrétaires d'État depuis la mort du vieux roi, et le pouvoir exécutif était aux mains de six Conseils, qui relevaient du Conseil supérieur de la régence. Il résultait de ce notable changement dans l'administration du royaume, que les projets de Law ne pouvaient être exécutés qu'avec l'assentiment du Conseil des finances, présidé par le duc de Noailles. Il fut donc convenu, entre le régent et Law, que celui ci soumettrait ses idées à ce Conseil, et que s'il ne pour vait les y faire prévaloir, ce qui arriva en effet, ce serait à l'aide du
\ et de moyens détournés qu'aurait lieu l'application du Système.
Le 2 mai 1716, Law obtint le privilège de créer une banque particulière. Le fonds de cette banque fut de six millions divisés en 1,200 actions de 5,000 livres chacune. Le montant de ces actions, payables au porteur, fut fourni un quart en argent et trois quarts en billets fttai \ La banque escomptait le papier du commerce, se chargeait de la caisse des négociants au moyen des virement* de partie*, et stipulait le payement de ses billets en écus d'espèces ou de banque, c'està-dire d'un poids et d'un titre certains. Elle eut un succès qu'on s'explique. D'abord, le régent lui accordait une haute protection; ensuite , c'était ne établissement très-utile dans un pays dévoré par l'usure, en proie à la plus effroyable misère, et où la persécution même, dirigée contre les Traitants , venait de rendre les espèces plus rares que jamais; enfin ♦ il annihilait l'énorme préjudice que causait au commercé intérieur et extérieur l'instabilité perpétuelle de la monnaie. Par l'effet des stipulations en écus de banque, la mesure de toutes les valeurs, l'argent, devenait fixe; et, par conséquent, quiconque se servait de cette mesure n'avait plus à craindre d'être lésé dans ses transactions. Du reste, il en était des billets de la banque de Law comme de ceux de la Banque de France aujourd'hui, nul n'était contraint de les recevoir. Hais cette circonstance, précisément, ne souriait pas au fondateur. Aussi, le 10 avril 1717, fit-il rendre, par le Conseil, un arrêt qui ordonna que tous les comptables publics prendraient le papier de la banque en payement des contributions, et l'échangeraient à vue contre des espèces. S'il n'y avait pas encore là de violence contre les particuliers, il y en avait l'indice, et les esprits clairvoyants l'aperçurent. La circulation des billets demeura concentrée dans Paris et quelques grandes villes : il fallait mettre un nouveau ressort en jeu pour l'étendre.
On sait qu'à cette époque le commerce de long cours n'avait lieu que par le moyen de compagnies privilégiées. Golbert avait, en 1664, créé celle des Indes et plusieurs autres, dont la décadence fut rapide dès qu'elles ne purent plus se soutenir avec les fonds de l'État. Le trafic de la Louisiane, grande province de l'Amérique du nord, traversée par le Hississipi, qui débouche dans le golfe du Mexique, avait été
1 La fccuké de solder le prix de l'action un quart en argent et trois quarts ea ètf- Uu d'État est une circonstance grave, dont M. Tbiers ne parie pas. Elle prouve que les intérêts de la Banque furent, dés l'origine, liés à ceux du gouvernement. ( Voyez la notice de M. Tbiers, Encyclopédie progressive, page 63. )
concédé! Croeat, dont ta «Mi est resté célèbre dans le» fetfeodu négoce. Citait un pays sauvage, récemment découvert par un François, et ou il existait à peine un germe de colonie. Crosat ne demandant pas miutix que de se démettre de son privilège, Law frrt admie à M accéder, par lettres patentai do mois d'août 1717. Biles l'autorisaient à former «ne société en commandita, qui prendrait |e nom de Ash fagni* dïQooidmU. Le roi donnait à la Compagnie la pleine propriété de tontes les terres de la Looisiane, et de tons les fotts, atmes, eanonSf munitions et vaisseaux qne 8a Majesté pouvait pestéder dans ce gouvernement; en outre, le monopole du commerce de cette pontréo pendant vingt-cinq ans, et celui de la traite des castdts du Canada. Et H lui était attribué, pour armes, * on écusson de smople, à la pointe ondée d'argent, sur laquelle sera touché un fleuve, au naturel, appuyé sur une corne d'abondance d'or, au chef (fasur semé do fleurs do lis d'or, soutenu d'une face en devise aussi d'or f ayant defli sauvages pour supports, et une couronne trélée. s La colonisation et le eommem étaient toqt à la fois l'objet de la .société. Son capital fat fixé à la somme de cent millions, et divisé en 200,000 actions, de 500 Kvres chacune, payables seulement en bilhtê d'Éuu '.
On a vu qu'il eiiajntt dans le publie pour 9&0 millions do bitttié è'ÉUU» Clés effets royaux, malgré la révision à laquelle ils devaient le jour, ne jouissaient pas de beaucoup plus de crédit qae les précédents. Hs pqrdaietot 06 à 7» sur la piaee. Une partie, toutefois, avait été sa léger dans les action» de la banque et formait son capital. Une autre partie, pins considérable, trouva une issue dans les actions de la G$m* pmgim ^Osetâsnt, car l'édtt de création disposait qu'elles ne pourraient être payées qu'en cette monnaie. Ces billets, portant intérêt à 4 pour 100, représentaient, pour la compagnie, nu revenu annuel ds quatre millions, dont la première année devait servir de fonda capital à son entreprise, et les suivantes solder l'intérêt des actionnaires sur le pied aussi de 4 pour 100. Le seul avantage oflert au détantump des bMêls d-Ém consistait donc dans l'expectative des bénéfices on* marciaux de la Compagnie dOtcidm*
* M. Thiers se trompe quand il avance que l'action d'Occident devait être acquitté* un quart en espèces, et trois quarts en billets et État. Cette disposition n'était relative qu'aux actions de la Banque.
Voftst sur es H«>t, Bulst, sbaptot n, art. 7, —Paris^vsney, Ex****** 44- /lipfsni pafflffMff sur U$ Fimmem, teèfei, page tff ; — Fwbowai», Rèckmkm c$ nntii+mUtnî $m U$ FinmcH.tùmeYl, pagefH, el It Sofeede tf.TMetf, Encyclopédie fUfrssffte, page 07.