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CHAPITRE VIII

Fâcheuse situation de l'Ecosse malgré ses avantages naturels.

Les avantages naturels des Hollandais pour le commerce sont leur position à l'embouchure des fleuves d'Allemagne, et leur proximité des marchandises d'un gros volume.

Leurs désavantages naturels sont le peu d'étendue de leur territoire, la stérilité du sol , qui ne produit guère que par une culture forcée, le défaut de mines, les longs hivers, l'insalubrité de l'air ; un fond marécageux qui nécessite de grandes dépenses pour les fondations de leurs bâtiments, pour la confection, l'entretien des grandes routes et les dessèchements continuels ; des côtes dangereuses, l'entrée difficile des rivières ; l'obligation de se défendre d'un côté contre la mer, de l'autre contre des voisins puissants; enfin, de lourdes taxes, conséquence nécessaire de tous les autres désavantages.

Ils ont pourtant perfectionné leur petit nombre d'avantages, au point qu'ils sont devenus une nation riche et puissante. Ce qui a contribué à leur richesse et à leur pouvoir, c'est la protection et la faveur continuelle donnée au commerce par le gouvernement ; la liberté du culte accordée aux différentes religions, et celle du commerce aux étrangers ; l'exemple de l'économie donné par les administrateurs ; mais surtout la négligence des autres pays en fait de commerce, principalement de la part de l'Espagne, qui a repoussé en Hollande la population et le commerce de la Flandre.

L'Ecosse tient de la nature plusieurs avantages pour le commerce : un territoire vaste, d'une défense facile; une population abondante, un air sain , des mines, une situation propre au commerce de l'orient et du couchant ; la proximité des marchandises d'un gros volume, des côtes sûres, des fleuves d'une entrée facile; une mer et des rivières poissonneuses.

Mais une population nombreuse, cette richesse des autres Etats, est ud fardeau pour nous ; le sol n'est pas bonifié ; les matières premières ne sont pas manufacturées ; la pèche et les autres avantages pour le commerce extérieur sont négligés ; et la raison qu'on en donne généralement, c'est que l'indolence et le manque de probité sont chez nous des vices naturels.

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Si le manque de probité et l'indolence étaient naturel», il& lé aéraient pour tous les hommes , ou s'ils étaient particuliers à certains peuples, ils devraient être les défauts des Hollandais plutôt que les nôtres. L'air de la Hollande est plus grossier, ce qui doit porter à la paresse. L'infertilité d'un pays qui ne produit pas de quoi nourrir les habitants devrait les forcer de piller ou de tromper leurs voisins, ou de se voler entre eux ; mais il est bien plus raisonnable de penser que l'indolence et le manque de probité sont la conséquence de la pauvreté, et que la pauvreté est la conséquence d'une administration vicieuse. Si Ton eût pris en Ecosse les mêmes 'mesures qu'en Hollande pour encourager le commerce , nous l'aurions surpassée en puissance et en richesse. Si l'Espagne, la France et l'Angleterre, ou quelqu'une de ces nations en particulier, se fussent appliquées au commerce d'aussi bonne heure, et en suivant le même plan , la Hollande n'aurait pas été habitée. Mais, au moyen de son application précoce et des mauvaises mesures des autres pays, elle a formé des magasins si considérables de tout ce qui est nécessaire à son entretien et à sa défense, de riches marchandises pour vendre aux autres nations, des matériaux de Construction, etc., et d'une si grande quantité d'argent (estimée Audessus de sa valeur comme métal , à raison de son usage comme hioh~ naie), que suivant toute apparence, tarit qu'on se séïvifa de l'argent comme monnaie, le grand amas qu'elle en possède, joint à son extrême économie, qui la met en état de vendre au rabais des iutteà nations, lui conservera le rang qu'elle tient dans le commerce, et par conséquent sa grande puissance , malgré ses désavantages naturels , malgré l'application présente et les avantages naturels des attitrés hâtions *.

L'Ecosse est plus susceptible d'un commerce étendu qu'aucun! a&trê pays de l'Europe , et pourtant elle est réduite à une très-rtiiséràble condition. Le commerce est ruiné ; le fonds national est dilapidé; les habitants ont émigré ; le revenu des terres n'est pas payé ; les maisons dans les villes, les fermes dans les campagnes, sont laissées à la charge des propriétaires ; le créancier ne peut pas retirer de son argent un intérêt suffisant pour subsister ; enfin , la personne et les biens dtt débiteur sont exposés aux poursuites judiciaires.

Le propriétaire foncier, en engageant sa personne et ses biens pour

1 Voltaire nous a retracé également tous les avantages qui résultent, pour un peuple, de la liberté, du travail, et de l'économie. Il écrivait de Hollande, vers 17S6 :

« Ici, pas un oisif, pas un pauvre, pas un petit-maître, pas un insolent. Nous rencontrâmes le Pensionnaire à pied, sans laquais, au milieu de la populace. On ne voit personne qui ait de cour à faire ; on ne se met pas en haie pour voir passer un prince; on ne connaît que le travail et la modestie. »

CONSIDÉRATIONS ftttt LE NUMÉRAIRE. £&

lé payettieht d'titte <}ufefttité d'espèces qu'il n'est jpas en stiK pouloir de hfotiser, et n'ayant poittt d'alternative, Sri |>ersorihe, en Vertu de la loi , se trouve à la merci du créancier, et ses biens se vendront (rouir ce (Ju'on en pourra tirer en espèces. Si deux ou trois capitalistes fredettatideiit leur argent dans le dessein de forcet leur débiteut* de se défaire de ses possessions au prix qu'il leur plaira de lui imftàséK ifi peuvent faire baisser le prix des terres à cfuiriïe ou à dix arinéès dii revenu, cet ils ne prendraient pas des obligations eh payement, et il n'y aurait que peu oti point de personnes en état d'acKëtel- avec de l'aident.

S'il subvenait une disette de dentées, comme nous n'avons aiiëilnê valeur en marchandises ou en argent polir payer des grains au de hôte, note oe pourrions plus conserver qu'une partie de notre population : la classe la plus aisée se procurerait du pain, mais la classe la jilttè nécessaire, les ouvriers, seraient forcés de quitter le pays, ou d'y périt* de faim. Ils ne trouveraient pas plus de ressources en Angleterre; car la pénurie de numétaire ayant privé de travail grand nombre d'habitants dAfas le toyaume , il en à déjà plus qu'il n'en petit eniployet, et les nôtres, du moins en grande partie, y rencontreraient le niériië sort qu'ils voulaient éviter.

Les propriétaires fonciers manqueraient de bras peur fcultiiëb tà terre. Ils se procureraient peût-êtte des âtibsistabces et des Habille— metots pour eut et leurs familles; mais, selon toute Apparence, leurs créanciers n'en pourraient rien tirer. Le cas étant général, et les propriétaires fonciers formant te parti le plus nombreux, ils ne souffriraient jamais qu'on leur enlevât leur liberté ni leurs biens \

* l'appelle contrai cMl, celui en vertti duquel nous possédons nos immeubles ; contrat mercantile, celui qui provient d'un prêt et d'une accumulation d'intérêts.

Le propriétaire d'une terre évaluée 100,000 livres, qui doit cette même somme, est propriétaire nominal; son créancier, ou ses créanciers, sont les propriétaires réels.

Cela posé : lorsqu'en vertu de son contrat mercantile le propriétaire réel veut Se faire payer, il s'établit un combat entre ces contrats de différente espèce; crise fâcheuse peur le propriétaire nominal, qui finit, après des formalités plus ou moins loégues, par être expolié de ses biens.

Mais, lorsque tous les propriétaires nominaux d'un pays sont menacés de ce même dnger, il se forme naturellement entre eut une coalition, qui rend l'exercice de là justice distributive impraticable ; en un mot, lorsque la majorité doit, la minorité perd ordinairement sa créance ; mais l'abolition des dettes est elle-même une crise funeste peur le gouvernement actuel, quel qu'il soit ; et il en résulte, ou révolte, ou scission, eutoartWe.

Vetiè^ea que noua apprend la réflexion; voici les leçons de l'histoire.

L'institution du jubilé, chez les Juifs, avait sans doute pour objet d'éviter cette sécatisse, qui ne pouvait pas manquer d'avoir lieu chez un peuple essentiellement usurier.

Mais quand même la loi s'exécuterait, quand on mettrait en vente les biens des propriétaires fonciers, comme il n'y aurait que peu d'acheteurs, le prix des terres tomberait très-bas. Supposez que les terres fussent abandonnées aux créanciers au denier 15 ou moins ; elles leur seraient vendues pour plus qu'elles ne vaudraient, car ils ne trouveraient point de gens pour les cultiver. Ainsi il y aurait beaucoup de perdants, et personne ne gagnerait.

Aucun de ces cas ne dût-il arriver, il est toujours vrai que l'Ecosse ne peut guère subsister dans la position où elle se trouve. Si l'on ne profite pas des circonstances présentes, si l'on prend des mesures fausses ou inefficaces , il est très-vraisemblable que la confusion sera au comble, avant qu'il se présente une autre occasion de la prévenir.

Hausser les espèces ou les allier, monnayer la vaisselle ou régler le commerce, sont les moyens présentés pour suppléer au défaut de numéraire, et l'on pense qu'il n'est aucun de ces projets qui ne doive nous tirer d'embarras. Quand on les examine de près, on reconnaît que hausser ou allier les espèces, loin d'être un secours, est un préjudice pour le pays. Il est aisé de prouver que les deux autres sont inefficaces.

On croit que notre importation et notre dépense au dehors, l'année dernière, ont surpassé notre exportation d'une somme considérable ; ainsi, pour rendre la balance égale, nous devons non-seulement nous restreindre d'une somme égale aux espèces que nous avons exportées,

Combien de fois Rome n'a-t-elle pas été obligée de venir an secours des débiteurs, pour éviter une révolte, et la destruction du gouvernement!

Dans nos temps féodaux, les Juifs, qui seuls prêtaient à tous les propriétaires fonciers de l'Europe, étaient toujours persécutés, et finissaient par être chassés, tantôt d'un pays, tantôt d'un autre. Ils étaient perpétuellement dans la minorité, et devenaient le jouet de leurs créanciers, composant la majorité.

Les Corses devaient aux Génois, par contrat mercantile, la valeur de leur territoire et au delà ; telle a été la cause nécessaire de leur révolte, et enfin de leur scission absolue d'avec leur souverain.

Les dettes accumulées des particuliers des États-Unis de P Amérique envers la mère-patrie n'ont pas été un des moindres véhicules des troubles, de ia guerre, et enfin de l'indépendance de ces contrées.

Une législation mal combinée a laissé accumuler les dettes des Antilles envers les négociants de nos ports ; l'événement nous apprendra jusqu'à quel point cette cause peut influer sur leurs délibérations.

Enfin, les personnes qui aiment à suivre les effets des causes générales, jusque dans leurs plus petites ramifications, se souviendront que l'idée de l'abolition des dettes est venue au petit peuple de Paris, par rapport à celles qu'il avait contractées au mont-de-piété. La bienfaisance du roi écarta ce danger par une opération qu'avoue ta saine politique. (Note deM.de Senovert)

— Les considérations qui précèdent suggèrent d'importantes réflexions ; mais il faudrait faire un livre pour les exposer.

mais encore de tout <* dont notre valeur annuelle peut avoir été diminuée par le manque de ces espèces et par le défaut d'addition à notre numéraire de la part de la banque. Ainsi, bien qu'il soit possible qu'en monnayant la vaisselle et en réglant le commerce on pût faire pencher la balance de notre côté, il est pourtant à craindre que les suites ne fassent voir que cela n'est pas très-praticable, tant par cette raison que par celles alléguées déjà pages 503 et 518. Néanmoins ce peut être un secours; mais en réglant notre importation, il faut avoir l'attention de ne mettre aucune entrave à la vente de nos marchandises au dehors. Sans cette précaution, nous perdrons plus en manquant un seul marché, que nous ne gagnerons en important moins ; et quoiqu'on eût pris toutes les précautions nécessaires, l'assistance que nous pouvons raisonnablement nous promettre de ces mesures ne saurait nous rétablir : elles nous conserveront seulement dans l'état de langueur où nous sommes, exposés aux désordres du dedans et aux insultes du dehors.

Beaucoup de gens se persuadent que la pénurie des espèces est uniquement la suite d'une balance due, et que le moyen efficace de ramener la balance de notre côté, c'est d'augmenter les espèces.

Le dernier dénombrement de nos pauvres les a portés à 200,000. Notre population était alors plus considérable qu'à présent ; mais le nombre de nos pauvres peut bien être encore aussi grand. Supposons qu'il ne soit que de 100,000, et qu'au moyen de l'augmentation de notre numéraire, on en pût occuper 50,000, mais seulement une moitié de l'année ; que leur journée se paye 3 deniers, et vaille 3 deniers de plus à l'entrepreneur ; enfin que leur consommation est d'un penny de plus qu'aujourd'hui : la valeur annuelle de la nation recevrait d'un pareil travail un accroissement de 189,583 livres 6 schellings 8 deniers.

Si les habitants de la campagne dès environs de Perth et de Stirling ont pour la valeur de 20,000 livres de toiles de serges, et d'autres manufactures, au-dessus de ce qu'on leur a acheté, quoique ces marchandises dussent rendre 20 ou 30 pour cent de profit par l'exportation; cependant les propriétaires ne sauraient les exporter, parce quelles sont dispersées en un trop grand nombre de mains, et faute de correspondants au dehors sur qui ils pussent se reposer de leur vente. A et B se contenteraient de ce bénéfice pour les exporter; mais l'argent est si rare qu'ils n'en trouvent point à emprunter, quoiqu'ils offrent de bonnes sûretés, et ils ne peuvent pas non plus obtenir crédit de la part d'un si grand nombre de personnes auxquelles ils sont étrangers. Quand ils auraient ce crédit, il faudrait encore que les

3° Que le commerce fleurira, et que les individus qui en dépendent seront encore payés;

4° Que la situation des autres classes d'habitants sera améliorée;

5° Que la nation sera en état de se maintenir elle-même dans Tordre, et de résister à ses ennemis;

Tous ces motifs considérés, il n'est plus question que de savoir si nous bonifierons notre pays autant qu'il en est susceptible, sans nous inquiéter nullement des moyens de régler le commerce, ou si nous continuerons de nous bercer de l'espoir d'attirer l'argent des autres nations.

Un grand avantage pour nous, c'est qu'au moyen du cadastre nous sommes en état de mettre ce projet en exécution et d'en recueillir immédiatement les fruits, tandis que les autres pays, avec l'intention de le pratiquer, n'y pourraient parvenir de plusieurs années, quoiqu'il fût à désirer, pour le bien général de l'Europe, que l'Angleterre eût à cet égard les mêmes facilités que nous.

Je n'ai pas eu le temps de ranger mes idées dans l'ordre qu'elles devraient avoir, et je suis obligé de supprimer des réponses que j'avais dessein d'opposer à quelques objections que j'ai entendu faire contre ce projet; mais si le Parlement juge à propos de le prendre en considération, je ne doute point qu'il ne soit aisé de démontrer qu'il a de grands et de solides avantages, qu'il ne doit être nuisible en aucune manière à la nation collectivement, et qu'on peut l'organiser de telle sorte que tout particulier en retire de Futilité, sans jamais en éprouver aucun préjudice.

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