‹ Économistes financiers du XVIIIe siècleChapitre 192 sur 198 · PRIX PRIX · texte numérisé non relu

PRIX PRIX

sous Louis xn, sont Louis XV, en 1508. en ms.

Mouton gras, avec la laine 7 s. »d. 401. » $.

Mouton commun 3

Le veau 5

Le cochon, 40 deniers, mais je le mets à 40

Le chapon 4

La poule »

Le pigeon d

Le chevreau 4

Le lapin »

Les 400 bottes de foin, de 45 livres 40

loumée de manœuvre, en été »

Idem, en hiver »

La charge de froment, pesant 240 livres 20

Totaux 61s. 9d. 721. 6d.

On voit donc ici que ce qui coûtait en Auvergne, en 1508, 61 sous 9 deniers, y coûterait aujourd'hui 72 livres 6 sous, ou 1,446 sous, c'est-à-dire vingt-trois fois un deuxième de plus qu'en 1508. Voyons en Champagne :

BO 150*. gQ 17)5.

Le setier du meilleur froment, pesant 860 livres 20 s. 22 1. » s.

Le setier de seigle 10 12 »

Le setier d'avoine 3 7 4

La journée d'un homme 1 » 18

Total. . . . " 36s. 42 I. 2s.

Ce qui coûtait en Champagne 36 sous, Tan 1508, y coûterait aujourd'hui 42 livres 2 sous, ou 842 sous, c'est-à-dire vingt-trois fois? çt plus, de plus qu'en 1508. Voyons en Bourbonnais :

En ISOt. ÏM |7$5.

La charretée de foin de 12 quintaux. ...... 10 s. »d. 101. »•.

Le tonneau de vin ... . 30 » ($0 »

L'arpent de bois 2 6 1 »

L'arpent de vigne 30 » 12 »

La livre de beurre » 4 » 10

La livre d'huile de noix » 4 » 7

La litre de suif. » 4 » 6

Total 73s. 6d. 74 1. 3s.

Ce qui coûtait en Bourbonnais, l'an 1 508, 73 sou» 6 deniers, y coûterait aujourd'hui 74 livres 3 sous, ou 1,483 sous; c'est plus de vingt fois davantage qu'en 1508.

De ces trois résultats particulier», j'en forme un prix général et commun, de cette façon :

En |50». Eq f736.

En Auvergne 61 s. 9d. 1,446 s.

En Champagne , 36 a 842

Et en Bourbonnnais 73 6 1,483

Total 171s, 3d. 3,771s.

Je peux donc dire que ce qui coûtait 171 sous 3 deniers sous Louis XII, en 1508, coûterait aujourd'hui sous Louis XV, en 1735, 3,771 sous. C'est plus de 22 pour un, c'est-à-dire que, depuis ce tentps, les denrées ont haussé de 1 à 22 et plus. D'où il suit évidemment qu'il faut aujourd'hui à Louis XV, pour pouvoir faire la même dépense que faisait Louis XU, toutes choses égales, vingt-deux fois et plus autant que le revenu qu'avait Louis XII. Or, ce revenu était au moins de 7,650,000 livres, et vingt-deux fois cette somme fait celle de 168,300,000 livres. Donc, Louis XV, pour être aussi riche que l'était Louis XII en 1508, doit avoir, toutes choses égales, un revenu de 168,300,000 livres. Nous avons cependant vu ci-devant que

•M MJfôT.

eèllél de ee temps-ci comme 1 est à 4 19/40, ou près de 4 1/8; et les dénréè* étant comme 1 est à 15, suivant ce qu'on vient de voir, il s'ensuit que, sous François 1er, 1 marc d'or fin faisait autant que feraient aujourd'hui 3 7/10 marcs, aussi d'or fin.

Or, les denrées, dès le temps qu'écrivait l'auteur du Détail dé la France, étant comme 1 est à 15, il est clair que les 1 5,730,000 livres dont jouissait François Ier produisaient, par rapport à lui, le même effet que feraient aujourd'hui à Louis XV quinze fois 15,730,000 livres, qui font 235,950,000 livres, et même 283,140,000 livres; car, joignant à ces 235,950,000 livres son cinquième, pour les Etats réunis à la couronne depuis ce temps, on a cette somme de 283, 1 40,000 livres, qui représente ce que devrait être aujourd'hui le revenu annuel de Louis XV, pour pouvoir se procurer les mêmes degrés de besoin que faisait François I" avec ses 15,730,000 livres. Ainsi, il est évident que ce monarque était beaucoup plus riche avec ce faible numéraire, que ne l'est aujourd'hui Louis XV avec un revenu de 200 millions, lesquels 200 millions sont encore affaiblis par des charges que François Fr n'avait point à payer.

A la mort de ce prince, il n'y avait pas trente mille livres de rente sur l'Hôtel-de»Ville A payer annuellement, parce que la première constitution, faite en 1522, Ait rachetée et payée en deniers comptants en 1547; et Louis XV en a aujourd'hui à payer, y compris les gages des payeurs, pour 41,800,000 livres, comme on Ta vu à l'article précédent; c'est de plus que François 1er une somme

de 41,300,000 I.

La régie du contrôle des actes des notaires 1,550,000

Les gages des officiers des monnaies 500,000

Aux 40 fermiers-généraux 2,416,000

Cela FAit 45,566,000 1.

Non compris les intérêts des charges et offices, et toutes les autres chargés qui me sont inconnues, que paye Louis XV, et que FrançoisIer n'avait point à payer, lesquels 45,566,000 livres seulement, déduits des 200 millions qui font le revenu actuel de Louis XV, il ne lui restera de net que 154,434,000 livres. Or, pour être aussi riche que Tétait François Ier, il lui faudrait 283,140,000 livres, comme on vient de le voir : donc, il est moins riche de 128,706,000 livres.

Par le poids des espèces, les 15,730,000 livres, qui faisaient le revenu de François Ier à 165 livres 7 sous 6 deniers le marc d'or fin, fat— saient95, 1174/25 marcsd'or fin, que recevait annuellement ce prince; et comme de son temps on faisait autant avec 1 marc que Ton pourrait faire aujourd'hui avec 3 7/20 marcs, ces 95,117 4/25 marcs équivalent à 318,642 9/20 marcs, auxquels joignant leur cinquième pour

REFLEXIONS SUR LE COMMERCE ET LES FINANCES. Ml

les Etats réanis à la couronne depuis François Ier, on a 382,379 9/20 marcs d'or fin, qui est ce qu'il faudrait que Louis XV reçût tous les ans pour pouvoir faire aujourd'hui les mêmes dépenses que faisait alors François F'. Or, Louis XV ne recevant annuellement que 154,434,000 livres, qui, à 740 livres 9 sous 1 denier le marc d'or fin, ne font que 208,567 14/20 marcs, il s'ensuit que ce monarque reçoit tous les ans l'équivalent de 173,81 1 3/4 marcs d'or fin de moins que François Ier. Ainsi il est moins riche, quoiqu'il ait un plus grand numéraire pour revenu. Il est donc évident que les 15,730,000 livres, dont jouissait François Ier, lui fournissaient autant que pourraient faire aujourd'hui 235,950,000 livres à Louis XV. Et si François VT eût joui des Etats réunis à la couronne depuis son temps , il aurait eu 283,140,000 livres de rente de notre monnaie actuelle. Ce fait est véritable dans tout son contenu, puisque, pour fournir 15,730,000 livres à François Ier, il fallait que ses sujets vendissent la même quantité de denrées qu'il faudrait en vendre aujourd'hui pour payer 235,950,000 livres, et même 283,140,000 livres. Ainsi, on peut dire que ce prince jouissait de cette somme. Le fait ne paraîtra pas douteux à quiconque voudra bien jeter les yeux sur ce qui se passa de son temps.

Durant le cours de son règne, toutes les puissances conjurèrent la ruine de son royaume, et toutes ces puissances n'obéissaient pas à différents princes comme aujourd'hui : elles n'obéissaient qu'à une ou deux têtes, à l'empereur Charles V et à son frère Ferdinand, roi de Hongrie. L'Angleterre se mit de la partie : le pape et les Vénitiens de même; les Suisses lui déclarèrent aussi la guerre. Avec tout cela, il ne perdit pas un pouce de terre ; il augmenta son domaine, au contraire, surtout en Italie. On peut dire même qu'il aurait conquis le pays de ses ennemis , qui ne pouvaient lui résister à force ouverte , s'ils ne lui eussent pas corrompu, non-seulement un prince de son sang, et ses principaux officiers, mais même son conseil, ce qui seul lui fit perdre la bataille de Pavie, la liberté, le duché de Milan, le royaume de Naples, et peut-être l'empire.

Bien loin que tant d'ennemis lui fissent retrancher de sa dépense, jamais prince n'avait été plus magnifique avant lui, soit en achat de meubles précieux, soit en construction de palais superbes. De plus, il rétablit les lettres dans son royaume, et même dans l'Europe : il fit venir à grands frais tous les habiles gens en toutes sortes de sciences, et il leur fit de grosses pensions. Deux ans avant sa mort, il équipa une flotte de 200 voiles, avec laquelle il ravagea les côtes d'Angleterre, et loin d'être accablé de dettes, François I" laissa en mourant, Tan

1547, quatre millions d'argent comptant, qui en font près de 18 des nôtres, et 60 par rapport aux prix des denrées de 1 à 15. Un historien célèbre dit qu'on trouva, après la mort de ce prince, « quatre cents mille écus d'or, outre la.quatrième partie de ses revenus, dont le recouvrement n'avait pas encore été fait1.*» Ces écus d'or étaient de 71 1/6 au marc, et à 23 carats de fin : ils valaient donc environ 10 francs de notre monnaie actuelle, c'est-à-dire 4 millions de livres en total.

Abticle IV. — Comparaison des revenus de Henri II et de François II, avec ceux de Louis XV.

Sous Henri II et François II, les choses étaient à peu près sur le même pied pour les revenus et les denrées. Je trouve dans le Détail de la France, chapitre u, du Traité de la nature, culture, commerce et intérêts des grains*, que par ordonnance de Henri II, de Tan 1549, la paire de souliers, qui vaut aujourd'hui 5 livres, fut fixée à 5 sous.

Ko 1S49. En 1735.

La paire de souliers à 5s. »d. 100 s.

Le levreau » 6 30

Le perdreau x> 6 20

Et en 1550 le setier de blé, année commune, valait. . • 20 » 240

Total 26 s. » d. 390 s.

Ce qui valait 26 sous en 1549, en vaut 390 aujourd'hui 1735 : c'est exactement comme 1 à 15.

Suivant l'auteur du Denier royal ( pages 138 et 270), les revenus de Henri II étaient de 18 millions. Or, les denrées étant de 1 à 15, ces 18 millions équivalent à 270 millions d'aujourd'hui, et si à cette somme on y joint son cinquième pour les États réunis à la couronne depuis ce temps, on aura 324 millions, qui est le revenu qu'il faudrait à Louis XV pour pouvoir faire à présent les mêmes dépenses que faisait Henri n avec son revenu de 18 millions. Mais Louis XV n'aquç 200 millions de revenu tout compris : donc, il est moins riche de 124 millions, ou de l'équivalent.

Au commencement du règne de Henri II, le marc d'or fin a valu 165 livres 7 sous 6 deniers, comme sous le règne précédent; mais depuis l'an 1549 jusqu'en l'an 1561, il a valu 172 livres. Sur ce pied,

1 Histoire de M. de Thou, tome 1, livre 111, page 182, dernière traduction, ou page 153 de la traduction de Du-Rier, in-folio. (Note de Fauteur.)

— Voyez le Factum de la France , IIe partie, chapitre vi , page 293 et suivantes de ce volume.

* Voyez pages 330 et 557 de ce volume,

Henri II recevait annuellement 104 mille 651 mares d'or fin': le marc d'or fin vaut aujourd'hui 740 livres 0 sous 1 denier. Ainsi, une livre de ce temps-là en vaut 4 41/200 de ce* temps-ci : les espèces de ce temps-là sont donc à celles de ce temps-ci comme 1 est à 4 41/200:, et les denrées étant comme- 1 à 15, il s'ensuit qu'un marc d'or fin de ce temps-là équivaut à 3 14/25 marcs d'or fin de ce temps-ci. Cela étant, les 104,651 marcs ci-dessus équivalent à 372,557 14/25 marcs, auxquels joignant leur cinquième pour les États réunis à la couronne ou conquis, on aura 447,069 9/125 marcs d'or fin. Or, Louis XV n'en reçoit annuellement que 208,134 21/50 marcs : donc Henri II et François H recevaient l'équivalent de 238,934 163/250 marcs d'or fin de plus que Louis XV n'en reçoit actuellement.

Charles IX.

Je n'ai aucun prix des denrées sous ce règne : ainsi, je ne puis comparer son revenu avec celui du monarque régnant.

Article V. — Comparaison du revenu de Henri III avec celui de Louis XV.

L'auteur de Y Histoire des derniers troubles de la France l nous dit que « Henri III avait dix millions d'or de revenu. » Ce sont dix millions d'écus d'or à 23 carats de 72 1/2 au marc, qui faisaient trente millions de livres, en 1576, et 32 millions 500 mille livres, au mois de juin 1577.

L'auteur du Détail de la France dit que Henri III avait, en 1582% trente-deux millions de revenu. Mézeray, dans sa grande histoire3, dit, sous l'an 1583, « que ce prince avait trente-deux millions de revenu, et qu'il lui en manquait plus de cjnq pour la dépense de sa maison des années 1583 et 1584. » Et selon H. de Sully \ «* Henri III avait, l'an tp81 , la somme de 31,654,400 livres de revenu. » Comme ce ministre était en état de le savoir au juste, nous allons nous fonder sur ce qu'il dit, afin de ne pas grossir les objets.

Sous ce règne, le marc d'or valait 222 livres : sur ce pied, les 31,654,400 livres de revenu faisaient 142,587 marcs d'or fin. Aujourd'hui, il est fixé à 740 livres 9 sous 1 denier. Ainsi, une livre de ce temps-là vaut 3 livres 6 sous 8 deniers 1/2 de ce temps-ci, c'est-àdire que la valeur numéraire des monnaies a haussé de 1 à 3 1/3, un peu plus. Il faut présentement voir ce que valaient alors les denrées, et ce qu'elles valent aujourd'hui.

1 Lyon, 1756, in-8°, page 57.

* Voyez le Détail de la France, l* partie, chapitre vi, page 177 de ce volume, 5 Page 310 de l'édition de Guillemot.

♦ Mémoires $ç Sully, tome III, page $64, édition in-folio de i&i%.

Dorant le règne de Henri m, les denrée» furent très-chère», et notamment les blés, dont il y eut disette en 1574, 1577 et 1587. C'est pourquoi je n'emploierai point ici leur prix , je me contenterai de ceux de quelques autres denrées, lesquelles, quoique chères aussi, me serviront cependant k comparer les revenus de Henri in à ceux de Louis XV, aujourd'hui régnant.

Je trouve, dans le Cabinet des trois perles précieuses1 (livre I), le poids et la contenance du setier de blé et de la queue de vin, et au livre IIP f, les prix des denrées suivantes, à côté desquelles je Tais mettre les prix actuels de ces mêmes denrées. Savoir :

La queue de vin de 400 pots est estimée 7 li- ed ism. eu tus.

vres 10 sous; c'est pour 144 pots, ou le muid — —

d'aujourd'hui 2 1. 14 s. »d. 50 1. »•-

La charretée de 14 à 15 quintaux de foin. 3 » » 22 »

Un bœuf gras 24 » » 170 »

Un mouton gras 3 » » 16 »

Chapon gras » 6 » 2 »

Poule grasse » 2 6 » 15

Petit cochon » 5 » 3 »

Douzaine d'œuft » 1 » » 10

L'aune de toile » 5 » t »

La livre de beurre » 2 » » 12

La chaire de bois » 10 » 7 10

Total 341. 5 s. 6d. 274 1. 7 s.

On voit, par ce bordereau, que ce qui coûtait alors 34 livres 5 sous 6 deniers en temps cher, coûterait au moins aujourd'hui, qui n'est point une année chère, 274 livres 7 sols: c'est huit fois plus qu'en 1580. Ainsi les denrées ont haussé de 1 à 8, et les espèces n'ayant haussé que de 1 à 3 1/3, il s'ensuit que l'on donne aujourd'hui pour une chose 2 fois 2/5 plus d'argent que Ton ne donnait alors pour la même chose; car 3 1/3 est à 8 comme 1 est à 2 2/5. Or, les denrées étant haussées de 1 à 8, les 31,654,400 livres, qui font le revenu de Henri UI, équivalent à 253,235,200 livres d'aujourd'hui. Si on y joint son cinquième pour les Etats réunis à la couronne depuis ce temps, on aura trois cent trois millions huit cent quatre-vingt-deax mille deux cent quarante livres, qui est ce qu'il faudrait de revenu k Louis XV, pour pouvoir faire aujourd'hui les mêmes dépenses que Henri m faisait alors avec son numéraire de 31,654,400 livres. Louis XV n'ayant que 200 millions de revenu, qui se réduisent même à 140 millions au plus, attendu plus de 60 millions de charges annuelles que ce prince paye actuellement, et que Henri III n'avait point à payer,

1 In-8°, 1581 , page 66. — » Pag* tm.

en peut donc dire que Louis XV, avec son grand numéraire de 200 millions, estmoins riche de 163,882,240 livres par an, que ne Tétait Henri m, avec son faible numéraire de 31,654,400 liv. Voyons par le poids.

Puisqu'une chose coûte aujourd'hui 2 fois 2/5 plus d'argent qu'elle n'en coûtait en 1580, les 142,587 marcs d'or fin que Henri III recevait annuellement, équivalent à 342,208 marcs 4/5 d'or fin, auxquels joignant leur cinquième pour les Etats réunis k la couronne, on aura 410,650 marcs 14/25 d'or fin, qui est ce qu'il faudrait que Louis XV reçût annuellement, pour pouvoir se procurer le même degré de besoins que Henri III se procurait. Or, les 140 millions qui restent de retenu net à ce prince, à 740 livres 9 sols 1 denier le marc d'or fin, n'en font que 227,463 marcs 3/5. Donc Louis XV est en arrière de l'équivalent, de 183,186 marcs 24/25 d'or fin. Et, quand on compterait sur le revenu en plein de 200 millions, ils ne font que 270,106 marcs d'or fin, et Henri III recevait l'équivalent de 410 mille, 650 marcs 14/25: on trouverait donc encore Louis XV en défaut de 140,544 marcs 14/25 d'or fin.

Preuve de la bonté de mes calculs, et que mes suppositions ne sont pas trop fortes.

Pour prouver que mes calculs ne sont point outrés, et qu'ils sont plutôt trop faibles que trop forts, je vais en faire un autre, qui, à ce que j'espèrç, rendra cette vérité sensible.

Dans le Secret des Finances de Froumenteau est un état très-long, et très-détaillé, dont j'ai fait le dépouillement et le calcul, ainsi que je l'ai déjà dit ci-dessus, contenant toutes les dépenses faites pendant les règnes de Henri II, de François II, de Charles IX, et pendant 4 ans 7 mois de celui de Henri ni, suivant lequel état je trouve que depuis le dernier mars 1547, jour de l'avènement de Henri II à la couronne, jusqu'au dernier décembre 1578, ces monarques ont dépensé pour toutes charges généralement quelconques, pendant ces 31 années 9 mois, une somme de neuf cent vingt-six millions cent quatre-vingtdouze mille cinq cents livres ;

Ci 946,498,5001.

Pour connaître quelle a été la dépense annuelle de chacun de ces rois, je vais partager cette dépense totale et commune , 926,192,500 livres, entre eux, proportionnellement au revenu que je leur ai attribué, et à la durée de leurs règnes. Si ce partage me donne des sommes qui surpassent le revenu attribué à chacun, ce sera une preuve que ces revenus seront trop faibles , ou que ces dépenses les surpassaient. La premier cas

A reporter 9*8,192,500 1.

Report 926,492,5001.

est avantageux à mes calculs, qui ne diraient pas assez. Le second est contre; cependant je le suivrai, s'il a lieu. Pour faire cette distribution, voici comme je raisonne.

Henri H et François H avaient i8 millions de revenu; ils ont régné 13 ans 8 mois 5 jours, ce qui fait une somme de 246,230,0001/

Charles IX avait 21 millions de revenu ; il a régné 13 ans 5 mois 25 jours ; ce qui fait. . . 283,208,333 7 \ 674,541,000

Henri III avait 31,654,400 livres de revenu , c'est pour 4 ans 7 mois 145,082,266 f

Partant leur dépense excède le revenu de 251,654,500 1.

Me voilà déjà convaincu que les revenus que j'ai attribués à chacun de ces princes sont trop faibles , et que les dépenses qu'ils ont faites, les ont surpassés.

Dépense moyenne, véritable, de chacune des années * :

En monnaie acluefe.

Du règne de Henri II et de François II. 24,714,7401. 19 s. lOd. » ou 110.686,1551. 7s, »d.

— de Charles IX 28,833,874 5 1 OU 111,3*3,774 » »

— de Henri III 43,462,941 » 9 * ou 145,669,376 5 11

La dépense de Louis XV, pour Tannée 1724, s étant élevée à la somme de 206,745,318 livres, il en résulte que ses charges de cette année ont excédé celles de Henri II et de François II, année commune, de la somme de 96,059,162 1. 13s.

Celles de Charles IX, de la somme de 95,421,544 »

— de Henri III 61,075,941 14

Ce calcul nous prouve donc invinciblement deux choses, la première, que les revenus attribués à Henri II, François II, Charles IX et Henri III, sont trop faibles pr rapport à leurs dépenses, puisque le produit total 674,541,000 livres de ces mêmes revenus, multipliés par la durée de leurs règnes, est beaucoup au-dessous de leur dépense totale 926,192,500 livres. Et la seconde, que l'excédant des charges, que j'ai dit que Louis XV avait à payer de plus que ses prédécesseurs, et dont j'ai diminué son véritable revenu, est aussi au-dessous de celui qui résulte de ce calcul, puisque cet excédant est de 96 millions à Henri H et François II, dont je pouvais affaiblir le revenu de Louis XV, et je n'y ai rien diminué: à Henri III je pouvais le diminuer de 61,075,941 livres, et je n'en ai ôté que 60 millions. Il est donc bien démontré que, loin d'avoir grossi les objets, je les ai toujours affaiblis, afin de donner toute la faveur au système de l'auteur deVEtsai politique sur le commerce.

1 L'auteur arrive à ces derniers résultats en posant une règle de proportion, et en se livrant à des calculs qu'il était inutile de reproduire, pour comprendre la suite de ses raisonnements.

* Ou 143,690 ~ marcs d'or fin, à 740 livres 9 sous 1 denier le marc,

' Ou 195,779 fnarcs dty fin, au nrijt ci-dessus,

Ces faits me paraissent démonstratifs. Hais peut-être ne paraîtrontils pas tels à ceux qui ne porteront leur esprit que du côté des comparaisons entre les actions, les dépenses et le nombre de troupes que ces rois ont entretenues, et les actions, les dépenses et le nombre prodigieux de troupes qui ont été à la solde de Louis XIV. Je conviens que les faits de ce dernier monarque surpassent de beaucoup ceux des premiers ; mais ils ne sont pas concluants, parce qu'ils n'ont pas été exécutés avec les seuls revenus de Louis XIV, puisqu'il a laissé plus de deux millards de dettes ' qu'il a faites au delà. Ainsi, outre que cette comparaison exige des connaissances de détail, que je n'ai pas la liberté de prendre où elles doivent être, c'est qu'elle ne m'aurait pas montré la vérité que je cherchais. H me suffit d'avoir prouvé clair comme le jour, que Louis XII, François 1er, etc. , pouvaient avec leur faible numéraire acheter une plus grande quantité de denrées aux prix de leur temps, que Louis XV aujourd'hui régnant n'en pourrait acheter aux prix actuels, avec son plus grand numéraire, pour conclure que ce prince est réellement moins riche que ses prédécesseurs. Cette preuve me paraît sans réplique ; elle est infiniment plus forte que ne peut l'être un raisonnement qui ne sera point soutenu de faits de détail assez concluants pour pouvoirdétruire ceux que j'apporte. Voyez encore ce que j'ai dit ci-devant à ce sujet, à la fin de la troisième comparaison, pages 951 et suivantes.

Voici encore un autre calcul qui, sans avoir égard au prix des denrées, va nous montrer que le roi était beaucoup plus riche en 4683 qu'il ne Tétait en 1715, parce que les revenus étaient en 1715 plus faibles, et les charges plus fortes.

En 1683 les revenus du roi étaient de 116,873,4761.

Et les charges n'étaient que de 23,375,274

Partant, il en trait de net dans les coffres du roi. .... 93,498,202

Alors Técu de 9 au marc passait pour 3 livres : par conséquent, le marc d'argent monnayé valait 27 livres. A ce prix, les 93,498,202 livres ci-dessus faisaient 3,462,970 marcs d'argent monnayé.

En.1715, les revenusdu roi étaient de» 113,389,074 1.

Et les charges étaient de - 82,859,504

Tartant il entrait de net dans les coffrés du roi 32,529,570

Alors Técu de 8 au marc valait 3 livres 10 sous, et le marc d'argent monnayé par conséquent 28 livres. A ce prix, les 32,529,570 livres ci-dessus ne faisaient que 1 million 261,770 marcs d'argent monnayé, d'où il résulte cette balance:

Voyez, plus haut, chapitre i, article v, page 869 de ce volume. * Voyez-en le détail, ci-après, article vi de ce chapitre.

m DUTOT.

Beveaus, les Ceaverti* ta charges déduites, toires <Targesn.

En 1683, le* revenu*, charges déduites, étaient — —

de 93,498,** I. 3,462,970

En 1715, idem 52,529,570 4,261 ,770

Donc le roi était moins riche en 1715 qu'il ne

l'était en 1683, de 60,968,632 2#H,200

Les revenus de 1683 excèdent ceux de 1715 de 1,484,4011.)

Les charges de 1715 excèdent > 60,968,6» 2,201,200

celles de 1683 de 59,484,000 )

Il est donc clair que le roi était plus riche en 1683, qu'il ne Tétait en 1715, de la somme de 60,968,632 livres, ou de 2,201,200 marcs d'argent, et cela sans avoir égard à la différence du prix des denrées de l'un à l'autre temps, mais seulement à la dimioution des revenus et i l'augmentation des charges. En 1715, les sujets étaient dans une telle misère, que le roi leur remit une partie des impositions, quoique ses charges fussent beaucoup plus fortes qu'en 1685.

Pour me résumer, pour rapprocher sous les yeux les résultats des calculs précédents, et pour mieux faire sentir les conséquence* qui en naissent nécessairement, je vai$ les présenter au lecteur par le te* bleau ci-après :

In lirres. Ea naret.

Revenus réels de ; — —

Louis Xn 7,650,020 58,770 \

François lw 15,730,000 93,117 £

Henri II et François 11 18,000,000 104,651 »

Henri 1U 31,654,400 142,587 »

Équivalents actuels, à raison du haussement des eenrees *

Louis Xll 168,300,000 «7,353 J

François 1er 235,950,000 3!8,64fc£

Henri H et François II 270,000,000 372,557 £

Henri III 253,253,200 342,208 |

Équivalents actuels, avec l'addition du cinquième, pour les États réunis à la couronne depuis ces princes :

Louis XII 201,960,000 272,7»H

François!" 283,140,000 532,379 £

Henri II et François II 324,000,000 447,069 £

Henri HI 303,882,240 410,650^

Excédant des revenus de ces princes sur ceux de Louis XV :

Louis XII 66,8*3,000 90,260g

Françoise 128,706,000 173,81114

Henri H et François U 124,000,000 238,»4 &

Henri Ul 1$5,8M^40 J854#»H

REFLEXIONS SUR LE COMMENCE ET LES FINANCES «59 Proportion du haussement :

De l'augm.

Des De» do prix

espèces. denrées, des choses

Louis XD 4à5fi là 22 5£

Françoise , . . . 1 4 £ i 15 5£

Henri II et François II 1 4£? 4 15 3£f

Henri IH 1 3 f 1 8 2 \

Ce tableau nous montre au premier coup d'œil :

1° Que Louis XII avait 7,650,000 livres de revenu annuel, lequel revenu, attendu le prix des denrées haussé de 1 à 22, équivaut à 163,300,000 livres, à laquelle somme ajoutant sou cinquième pour les Etats réunis à la couronne, on a 201,960,000 livres.

Les 200 millions de revenu de Louis XV, réduits par les 64,853,000 livres de charges qu'il paye annuellement, et que Louis XII n'avait point à payer, à la somme de 135,147,000 livres, il s'ensuit que Louis XII jouissait tous les ans de l'équivalent de 66,813,000 livres de plus que Louis XV.

Les 7,650,000 livres dont jouissait Louis XII annuellement, faisaient 58,770 1 marcs d'or fin, qui, multipliés par 3 Jf, donnent un équivalent de 227,333 i marcs, auxquels ajoutant leur cinquième, comme dessus^on a 272,799 tj marcs d'or fin. Or, les 135,147,000 livres dont jouit Louis XV, ne font que 182,519 £ marcs. Donc, il jouit de moins que Louis XII d'un équivalent annuel de 90,260£ marcs d'or fin. Ainsi on peut dire que Louis XII était plus riche que Louis XV

Litres. Mares.

de 66,813,000 90,260 £

H. Que François ï", par la même raison, était plus riche que Louis XV de 128,706,000 173,811*

ni. Que Henri II et François II étaient plus riches que Louis XV de 124,000,000 238,934 Jg

IV. Que Henri III était encore plus riche que Louis XV de. . . 163,882,240 183,186^

V. Que, depuis Louis XII, les espèces ont haussé de 1 à 5 ^ et les denrées de 1 à 22. Ainsi il faut donner aujourd'hui 3 g fois plus d'argent pour une chose, que l'on n'en donnait en 1508 pour cette même chose ; car 5 H est à 22 comme 1 est à 3 £.

VI. Que, depuis François Ier, les espèces ont haussé de 1 à 4 ^ et les denrées de 1 à 15. Ainsi on donne aujourd'hui 3 -h fois plus d'argent pour une chose, que l'on n'en donnait pour cette même chose sous François Ier, puisque 4#est à 15 comme 1 est à 3 £.

VII. Que, depuis Henri II et François II, les espèces ont haussé de 1

à 4 ^ et les denrées de 1 à 15. On donne donc aujourd'hui 3 if fois plus d'argent pour une chose, que l'on n'en donnait sous ces règnes pour cette même chose ; car 4 £7 est à 15 comme 1 est à 3 if.

VIII. Que, depuis Henri III, les espèces ont haussé de 1 à 2 i et les denrées de 1 à 8. Ainsi on donne k présent 2 i fois plus d'argent pour une chose, que l'on n'en donnait en 1580 pour cette même chose ; car 3 i est à 8 comme 1 est à 2 j.

De tous ces faits il résulte :

1° Des quatre premiers points, une démonstration invincible, que tous ces rois, avec leur faible numéraire, étaient en état d'acheter plus de denrées aux prix de leur temps, que ne le peut faire Louis XV aujourd'hui, aux prix actuels, avec son plus grand numéraire; et conséqûemment que cette Augmentation numéraire est contraire au toi et au peuple, comme débiteurs, ce qui est diamétralement opposé à la maxime que donne notre Auteur (page 775 de ce volume), où il dit que a l'Augmentation numéraire demeure toujours avantageuse « au roi et au peuple, comme débiteurs. »

2° Cette prodigieuse augmentation du prix des denrées au pardessus de celle des espèces, ne peut s'attribuer ni aux monopoles ni aux disettes de ces denrées ; car ces choses ne sont que passagères et de peu de durée. Elle ne saurait donc avoir d'autres abuses que celle de l'abondance de l'or et de l'argent, qui roulent en ce royaume en plus grande quantité que jamais, et celle du Surhaussement de la valeur numéraire de nos monnaies ; car nos terres sont aujourd'hui pour le moins aussi bien cultivées qu'elles l'étaient alors, et elles produisent aussi au moins autant qu'elles produisaient sous les règnes de ces rois. Ce n'est donc que l'abondance de nos métaux et les Surhaussements de nos monnaies qui ont fait monter le prix des denrées où nous le voyons aujourd'hui. Car quoiqu'il soit vrai, comme je l'ai déjà dit ' , que les denrées n'augmentent pas d'abord autant que l'espèce, elles augmentent néanmoins de quelque chose avec la monnaie; et quand on revient à la forte monnaie en diminuant sa valeur numéraire, les denrées ne suivent pas non plus cette Diminution. Le marchand et l'ouvrier augmentent plus aisément qu'ils ne diminuent ; on en a des preuves évidentes. Il faut donner aujourd'hui pour une chose beaucoup plus d'argent que l'on n'en donnait ci-devant pour la même chose.

3° Que tous les revenus n'ayant pas haussé comme les denrées, on ne voit pas que le progrès ou Augmentation des valeurs numéraires ait produit, comme le dit notre Auteur (voy. p. 773 de ce volume) , « le 1 Chapitre i, article vu, application m.

« même progrès et la même augmentation dans les fermes des terres, « et dans toutes sortes de marchandises. » Car il est bien démontré ci-dessus, que les revenus du roi, onde tel particulier qu'on voudra prendre, n'ont pas haussé comme les denrées, et conséquemment, que la terre ou la maison qui était affermée une pistole sous Louis XII n'est pas affermée 22 pistoles aujourd'hui, comme elle devrait l'être si les Augmentations numéraires avaient produit le même progrès et la même augmentation dans les fermes des terres, etc.

Il est vrai que, lorsque les fermes des terres, les loyers de maisons, le bétail, la volaille, etc., s'affermaient ou se vendaient en apparence vingt-deux fois moins qu'aujourd'hui, le revfenu des terres, des seigneuries, etc., était d'autant moins estimé, et les baux affermés par conséquent à meilleur marché, aussi bien que les terres. *Mais que m'importe que ces biens soient à présent estimés par un plus grand nombre de livres qu'ils ne l'étaient alors, si cette plus grande estimation ne me procure pas aujourd'hui le même degré de mes besoins, que cette plus faible estimation me procurait alors? Je suis constamment moins riche que je ne Tétais : donc l'Augmentation numéraire m'est contraire ; et c'est ce qui arrivera toujours, lorsque les revenus ne monteront pas dans la même proportion que les denrées. Ceux du roi ont monté nutnérairement ; mais les charges, qui les affaiblissent, ont encore plus monté. Ainsi, de toutes façons, cette Augmentation numéraire du revenu n'étant pas proportionnée à celle des denrées, elle est contraire au roi et au peuple, comme débiteurs, et à ce que dit notre Auteur (page 775 de ce volume), que, l'espèce étant haute, « le roi « reçoit plus de numéraire ; que cette augmentation de paye * devient « indifférente, et que l'augmentation numéraire demeure toujours « avantageuse au roi et au peuple, comme débiteurs. »

Si mon revenu n'augmente point, et que néanmoins ma dépense augmente, cette augmentation de dépense est en pure perte pour moi. Cela étant, comment peut-elle m'être indifférente? Et quel est mon avantage dans l'Augmentation numéraire de l'argent? Je n'y vois qu'une perte évidente.

A la page 773, notre Auteur veut nous persuader que « la cherté « des denrées est indifférente à celui qui est également vendeur et « acheteur, et qu'elle n'est préjudiciable qu'à celui qui n'est qu'ache- « teur, comme le rentier en argent et le militaire. »

Si tous les hommes achètent ou vendent également, il est clair qu'il y aura une parfaite égalité de part et d'autre : autant de per-

1 L'auteur veut apparemment dire l'augmentation de dépense, que le Haussement d'espèces occasionne au roi et au peuple. (Note de Dutot.)

dants que de gagnants : la perte compensera le bénéfice, et le bénéfice la perte, Je conviens de ce fait; mais ce fait ne donne aucune faveur à l'Augmentation des espèces, qui occasionne la cherté des denrées , puisque alors elle n'aurait aucun effet , que celui de faire hausser toutes choses sans faire hausser les revenus, et par conséquent de nous rendre moins riches que nous ne Tétions avant l'Augmentation.

D'ailleurs, tous les hommes dépensent journellement ; dès là, tous le* hommes achètent et sont acheteurs ; mais tous les hommes ne vendent pas , il s'en faut beaucoup. Il y a donc infiniment plus d'acheteurs que de vendeurs. Ainsi, l'avantage que reçoit le vendeur ne saurait, je pense, balancer la perte ou le dommage de l'acheteur; parce que les acheteurs étant constamment en plus grand nombre que les vendeurs , il y a certainement plus de perdants que de gagnants , et conséquent ment plusde perte que de gain. Or, le roi faisant la plus grande dépense, il est le plus grand acheteur de son royaume, et par conséquent le plus grand perdant. Tous ses sujets qui dépensent aussi, sont acheteurs, et ils y perdent de même. Il n'y a donc que le vendeur, qui est en petit nombre, qui peut trouver quelque avantage dans l'Augmentation numéraire des espèces : encore n'est-il pas bien décidé si ce prétendu bénéfice peut compenser la perte qu'il fait sur les sommes qu'il doit k l'étranger, lors d'une Augmentation d'espèces; car il arrive toujours que nos marchands doivent, ou qu'il leur est dû par les étrangers, dans le temps que l'oq publie une Augmentation des monnaies. Us W peuvent payer leurs créanciers étrangers que sur le pied que l'espèce a cours en leur pays, et ils sont forcés de recevoir de leurs débiteurs, en France, l'or et l'argent pour beaucoup plus qu'ils ne valaient avant l'Augmentation; en sorte qu'ils payent plus qu'ils ne doivent, et ils reçoivent moins qu'il ne leur est dû ; ce qui leur cause des doubles pertes si notables sur leurs dettes actives et passives , qu'ils sont très-souvent forcés d'abandonner leur commerce.

On peut donc Conclure de ce chapitre, que les variations de monnaies dérangent extrêmement notre commerce, et qu'en dérangeait notre commerce, elles dérangeut aussi les revenus du roi et de l'Etat. Car le laboureur et le paysan, tirant du commerce tous leurs moyens de payer, si on diminue ce commerce , on diminue en même temps , et dans le même rapport, leurs moyens de payer. Alors les fermes générales, les Tailles, etc., en souffrent considérablement. Ainsi, l'utilité d'une monnaie fixe et immuable est évidente. Je suis persuadé q*e cette utilité sera sentie parfaitement par ceux qui connaissent combien il est important à la France de ne pas interrompre son commerce, et

de lui donner au contraire toute protection et aide, par préférence à la finance , et même à son préjudice.

On me dira peut-être qu'il résulte de mon raisonnement, que le roi n'est pas aussi riche que Tétaient ses prédécesseurs, puisqu'il ne tire pas tant d'argent de ses peuples qu'en tiraient autrefois Louis XII, François Ier, Henri II, François II et Henri III, et que par conséquent les peuples ne payent pas assez d'impositions.

Cette objection se détruira en montrant que Louis XV tire réellement beaucoup plus de ses sujets que n'en tiraient ses prédécesseurs. Les révenus de Louis XV sont aujourd'hui de 200 millions, qui , à 710 livres 9 sous 1 denier le marc d'or fin, font 270,106 marcs que tire actuellement Louis XV de ses sujets.

Or, on a vu ci-devant (page 948) que Louis Xll n'en tirait que 38,770 ± marcs, auxquels ajoutant leur cinquième pour le produit des États réunis à la couronne depuis son temps, on aura pour son revenu la quantité de

70,324 J marcs.

François Ier (page 950) tirait 95,117 £ marcs : en y ajoutant leur cinquième on aura 114,141

Henri II et François II (page 985) tiraient 104,651 marcs, qui avec leur cinquième font 125,581

Henri III (page 953) tirait 142,587 marcs, qui avec leur cinquième font 171,104 f

Tout cela est fort éloigné des 270,106 marcs

que Louis XV reçoit actuellement. Donc il ne s'ensuit pas qu'il tire moins de ses sujets que ses prédécesseurs. Il en tire, comme on le toit, beaucoup plus, et il est cependant, dans un sens, moins riche, par rapport à l'augmentation des denrées et des espèces, et à cause de ses charges, qui ont beaucoup plus augmenté que ses revenus : ce qui (ait tomber l'objection , et est encore une preuve sensible que l'Augmentation numéraire des espèces, et celle du prix des denrées jointes à ses charges, ont été désavantageuses au roi. Il ne s'ensuit donc pas que les peuples ne payent point assez d'impositions. Je soutiens, an contraire (ce qui n'est pas de mon sujet), qu'ils payent actuellement tout ce qu'on en peut moralement exiger. La manière de percevoir ces impositions fait plus de mal aux peuples, que l'imposition même1 .

Abticlb VI, contenant une addition à ce chapitre.

Depuis cet ouvrage fait, il paraît une seconde édition de YEuaif*litique sur le commerce, dans laquelle on trouve une addition au

1 Voyoz, sur cette comparaison des revenus de Louis XV avec ceux de Louis XII, de François Ier, de Henri II et de Henri 1U, les obeer? ation* de Voltaire. (Pouikiue ■t législation , Lettre à M. T***% sm lu Hère* dé MM. Mehm et Dmtêê.)

964 DLTOT.

chap. xix. Pour prouver que V augmentation numéraire a été nécessaire, ou du moins qu'il est nécessaire qu'elle existe à présent, l'Auteur prend un exemple dans les revenus du roi de l'année 1683, comparés à ceux de 1733. C'est la matière de ce chapitre, qui ne roule que sur de semblables comparaisons. Ecoutons l'Auteur, voici comme il s'exprime * :

a Selon ce qui est rapporté dans les ouvrages de M. l'abbé de Saint-Pierre \ par son calcul que nous supposons juste, les revenus du roi, en 1683, montaient à quatre millions deux cent quatre-vingt-six mille marcs d'argentà28francsle marc, et en 1755 ces mêmes impositions *, à 49 livres le marc, ne rendaient que 456 millions. Or, dit M. l'abbé de Saint-Pierre, la quantité de marcs payés en 1685 ferait à présent plus de 200 millions. Donc le roi perd, par l'augmentation numéraire, 45 millions. Observez (dit ici notre Auteur), qu'il les regagne par la capitation, le contrôle et l'augmentation de la ferme du tabac. »

C'est-à-dire que, l'Augmentation numéraire ayant mis le roi audessous de sa dépense , Sa Majesté , pour mettre sa recette au ni-' veau de sa dépense, encore augmentée par le Surhaussement des monnaies , a été forcée de charger ses sujets de la Capitation, que M. l'abbé de Saint-Pierre * évalue à 22 millions, du contrôle qu'il estime 10 millions, et d'augmenter la Terme du tabac de plus de trois millions. Voilà donc le peuple chargé de 35 millions de plus qu'il ne l'était, et le roi en perd 45. Donc Sa Majesté ne les regagne pas par la capitation , le contrôle et l'augmentation de la ferme du tabac , comme l'Auteur le prétend, puisqu'il s'en fout 10 millions qu'elle ne retrouve les 45 qu'elle perd. Mais, quand le roi les regagnerait par cette augmentation de droits, l'Augmentation numéraire en a-t-elle moins fait le mal qui lui est attribué, d'avoir diminué les droits du roi de 45 millions, et chargé le peuple de 35 millions de plus qu'il ne Tétait? Est-ce là un avantage? Non, assurément. L'auteur de V Essai politique a bien senti que cet exemple ne prouvait pas la nécessité de l'Augmentation numéraire. Aussi la soutient-il par cet autre discours qu'il tient tout de suite. Écoutons-le :

« Voyons si un autre raisonnement n'est pas d'une conséquence plus vraie et plus utile. Par toutes les dépenses et les emprunts faits depuis 1685, les charges de l'État sont augmentées au point qu'il faut 200 millions annuels pour les acquitter. Or , si le marc d'argent était à 28 francs , il faudrait, pour payer ces 200 millions, 7 millions de marcs d'argent, et il n'en faut que quatre lorsque le marc d'argent est à 49 livres ; donc le peuple paye trois septièmes de moins en poids, c'est-à-dire en valeur réelle. »

M. l'abbé de Saint-Pierre1 dit que V imprudente augmentation des

1 Voyez page 784 de ce volume. — * Tome VIII, sur le ministère des finances.

3 Les fermes générales, les tailles et les pays d'États.

4 Tome VIII, page 40. — • Tome VIII, page 41.

monnaies causa là plus grande partie de la diminution des revenus du roi. N'aurait-il pas dû dire de plus qu'elle fit augmenter le prix de toutes choses, et par conséquent les charges de l'État ? Ce qui fait pour le roi une double perte, en diminuant ses revenus et en augmentant ses dépenses. Si le marc d'argent était resté à 28 francs, et que l'argent ne fût pas devenu plus commun, rien n'aurait augmenté; toutes choses auraient resté à peu près sur le même pied qu'elles étaient ; le peuple payerait toujours ce qu'il payait; ses charges et celles de l'État n'auraient poiqt augmenté ; le roi aurait toujours été, comme il était, au niveau de sa dépense, et le peuple n'aurait pas été surchargé de 35 millions. Ce peuple, en 1733, payait-il mieux ses charges, et en avait-il plus de reste qu'en 1683? Pouvait-il faire plus dans l'un et dans l'autre temps, que de payer les impositions, de vivre et de s'entretenir assez mal ? S'il paye au roi 3/7 de moins en poids, il n'y gagne rien ; au contraire, il y perd : car il reçoit aussi 3/7 de moins en poids pour le prix de ses denrées, de ses journées, etc. L'augmentation de toutes choses, opérée par le Surhaussement des monnaies, augmente aussi ses dépenses; et comme il reçoit beaucoup plus qu'il ne paye au roi et au propriétaire de la terre qu'il cultive, il y perd aussi beaucoup plus qu'il n'y gagne. Il en est de même du roi : si le peuple lui paye 3/7 de moins en poids, il reçoit donc ces 3/7 de moins : cela étant, le roi était réellement moins riche en 1733, qu'il ne Tétait en 1683. S'il est moins riche, et que sa dépense soit augmentée par le Surhaussement des monnaies et par l'augmentation de ses charges, il fait une double perte : alors il est forcé d'augmenter les impositions, et de charger son peuple plus qu'il ne l'était. C'est aussi ce qui est arrivé. Est-ce là gagner? N'est-ce pas plutôt une perte réelle pour le peuple et pour le roi même '?

Ce que nous disons ici, et ce que dit M. l'abbé de Saint-Pierre, peut encore se prouver.de cette façon.

Suivant une récapitulation des revenus du roi en 1683, qui m'a été communiquée par l'auteur du livre qui fait le sujet de ces remarques, et que je suppose juste, le prix des baux de cette année 1683 se montait à 116,873,476 livres1. En voici le détail, à côté duquel on a mis le produit actuel des mêmes impositions pris dans la seconde observation de l'ouvrage de M. l'abbé de Saint-Pierre3.

1 Les preuves de tous ces faits ont été données plus haut, chapitre i , article vni , applications i, h et m, et chapitre n, article v, n°" 3 et suivants. (Note de V auteur.)

1 Vovez, plus haut, page 957, la comparaison des revenus de 1683 a ccu* de 171K.

» Tome VIII, pages 7 et suivantes,

Année I68i. Année» I m «tarir.

Fermes générales 64,937,000 lîv. 84,000,000 liv.

Recettes générales . 37,908,244 43,900,000

Recettes des pays d'États ; 4,223,503 3,748,537

Dons gratuits . . , 5,608,51 6 2,530,136

Revenus casuels 2,786,900 5,000,000

Bois du roi 1,411,313 } 1,500,000

Totaux . . . .7 lÏ6,873,476 Hv7 140,278,473 liv.

M. l'abbé de Saint-Pierre dit cependant1 que les revenus du roi, en 1683, étaient de 130 millions; mais pour donner tonte la faveur du cété de notre Auteur, nous allons tabler sur le revenu le plus faible, les 116,873,476 livres qui, à 28 francs le marc, faisaient 4,174,052 5/7 marcs d'argent.

En 1730, temps, de paix, le» mêmes revenus produisaient, suivant le détail précédent, 140,278,473 livres, laquelle somme, à 49 livres 16 sons le marc d'argent, fait 2,816,836 67/83 marcs d'argent : ainsi, le numéraire de 1730 était plus fort que celui de 1683 de 23,404,997 livres. Cependant, le roi recevait réellement 1,357,215 527/581 marcs d'argent de moins qu'il n'en recevait en 1683. Donc le roi était réellement moins riche en 1730 avec un plus grand numéraire, qu'il ne l'était en 1683 avec un plus faible numéraire. Ce bit, qui parait laisser peu de réplique, et qui est pins fort encore que celui de M. l'abbé de Saint-Pierre, prouve-t-il que l'Augmentation numéraire soit avantageuse au roi et au peuple comme débiteurs, el quelle soit nécessaire pour soulager le laboureur accablé de l'imposition, comme le veut l'auteur de l Estai politique*! Ne prouve-t-il pas plutôt ce qu'on vient de dire, que le roi était réellement moins riche en 1730 avec son plus grand numéraire, qu'il ne l'était en 1683 avec un plus faible numéraire, et cela indépendamment du prix des denrées, qui a suivi le numéraire ou à peu près? Cela étant, où est la nécessité de l'Augmentation numéraire? Il est clair qu'elle est ôoniraire au roi et au peuple comme débiteurs. Car le peuple en est plus chargé, et il y perd comme le roi.

Les 4,174,052 5/7 marcs d'argent que recevait le roi en 1683 (araient à présent ( à 49 livres 16 sous le marc) un revenu de 207,867,845 livres : les mêmes impositions produisent aujourd'hui 140,278,473 livres. Donc l'Augmentation numéraire fait perdre au roi une somme de 67,589,372 livres, indépendamment du prix des denrées. L'auteur dira-t-il encore, comme il l'a dit*, que le roi les

1 Tome VIII, page 10. — * Voyez pages 775 et 784 de ce volume. * Chapitre xix, page 784 de de volume.

Yegagtie par la capitation et autres droits qui étaient sur le peuple ért 1730, et qui n'y étaient point en 1683? Non, car il ne doit pas ignorer que cet expédient fait une charge de plus sur le peuple, et une preuve évidente que l'Augmentation numéraire lui est désavantageuse. Mais outre cette raison, qui paraît invincible, notis allons tâcher de lui montrer que le roi, par cet excédant d'impositions sur le peuple, ne retrouve point les 67,589,372 livres que l'Augmentation numéraire lut fait perdre réellement.

Toutes les parties qui composaient le revenu du roi en 1730, détaillées dans l'ouvragé de M. l'abbé de Saint-Pierre cité ci-dessus, montent ensemble à 182,399,090 livres, les 5 millions du cinquantième supprimé déduits : nous n'en comptons ci-dessus que 140,268,473 livres. La différence, 42,120)617 livres, est ce dont le peuple est chargé de plus, et que le roi retrouve, à la façon de notre Auteur. Mais s'il perd 67,589,372 livres par l'Augmentation numéraire, et que l'augmentation des impositions ne lui en fasse retrouver que 42,120,617 livres^ n'est-il pas clair que le roi y perd encore 25,468,755 livres? Ainsi, l'Auteur ne pourra pas dire que le rot retrouve, par l'augmentation des impositions, ce que lui fait perdre l'Augmentation numéraire des monnaies, puisque avec cette augmentation d'impositions il perd encore 25,468,755 livres. Carie roi recevait, en 1683, l'équivalent :

Ci, de '. . . . 207,867,845 liv.

Il ne recevait en 4730 que 182,399,090

Partant , le roi y perd encore. .' 25,468,755 liv.

Cela s'accorde exactement au premier calcul, et c'est une preuve qu'il est bon. Après de pareils faits, on ne croit pas que Ton puisse regarder l'Augmentation numéraire des monnaies comme avantageuse au roi ni au peuple, en aucun cas. C'est ee que j'avais à prouver.

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