‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 35 sur 38 · PELLEGRINO P.05S · texte numérisé non relu

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des machines, les ouvriers ont fini par en comprendre l'utilité, et c'est avec plaisir que l'on aime à rappeler la réponse d'un tisserand écossais, Joseph Fauster, devant une commission d'enquête. Après avoir déclaré que le travail mécanique ruinait sans retour le travail a la main, et que son salaire était descendu d'une livre sterling par semaine à sept shillings, Fauster ajouta : « Les tisserands de Glasgow savent que les machines doivent continuer a marcher, qu'il est impossible de les" arrêter; ils savent aussi que tout ce qui est instrument, outil d'agriculture ou de manufacture, est une force mécanique ; en d'autres termes, une machine; que tout ce qui est au delà des dents et des ongles est une machine. H n'y a qu'à s'y résigner. En parlant ainsi, j'exprime l'opinion delà majorité de mes confrères. »

Ajoutons que des découvertes aussi décisives, aussi révolutionnaires que celles de la vapeur et de ses applications, ne se renouvellent qu'à de longs intervalles et ne peuvent être considérées que comme des faits accidentels dans le cours des siècles. Après un élan pareil, ordinairement le génie humain se repose, et à ce point de vue notre époque, pleine de surprises, se détache des temps réguliers. Les douleurs del'enfantement pèsent sur nous; notre génération souffre poulies générations qui vont suivre ; mais ces douleurs sont glorieuses comme celles de la fécondité; elles en ont le charme et les angoisses. Il en est ainsi pour la

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liberté induslriolle et commerciale, dont les écaris seuls nous frappent, et pour cette colonisation algérienne, pleine rte sacrifices si méritoires. Partout nous préparons l'avenir en vaillants pionniers : ici, jaloux rte laisser dans nos institutions et dans nos lois les germes d'une émancipation féconde; là, sur le sol de l'Afrique, l'empreinte de notre nationalité. Faut-il se rebuter parce que la besogne est rude, la plainte vive, le sol ingrat? Faut-il retourner sur nos pas à la vue des difficultés qui nous attendent encore, renoncer à assainir ce qui est insalubre, à fertiliser ce qui est stérile? Suffira-t-il de quelques mécomptes pour nous faire abandonner et les conquêtes de principes et les conquêtes de territoire?-

Il est des personnes que les maux du temps découragent, et qui volontiers les imputeraient à un affranchissement trop précoce du travail. Les souffrances de l'artisan au sein de l'atelier, les violences des coalitions, l'abus des forces humaines, les fluctuations du salaire, les brusques déclassements opérés par l'emploi des machines, les écarts de la concurrence, l'audace des sophislicalions, tous ces symptômes, et d'autres encore, leur rendent la liberté de plus en plus suspecte, et, pour échapper a ces inconvénients, ils ne sont pas éloignés de se réfugier dans l'arbitraire ou de se livrer à l'empirisme. C'est un sentiment qu'il faut combattre avec les armes de la raison, et l'économie politique a pour principal devoir de maintenir

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le travail dans les voies où notre Révolution l'a fait entrer. L'avenir n'est pas du côté de la servitude, el encore moins du côté de l'utopie. Il est dans un exercice plus régulier de droits désormais acquis, dons un esprit d'ordre et de prévoyance qui se développe de plus en plus, dans le respect mutuel des intérêts et des personnes, dans l'équilibre des modes d'activité, dans l'emploi mieux réparti des forces et des facultés sociales, toutes choses qui doivent nécessairement naître d'une longue pratique de lu liberté et des leçons quelquefois sévères de l'expérience. En industrie comme en politique, on passera de l'abus à l'usage, on se dégoûtera des agitations stériles; la fièvre des intérêts se calmera comme s'est calmée la fièvre des petites ambitions. Il y aura toujours des douleurs; quel régime ici-bas en est exempt? Mais peu à peu, les mœurs aidant, on verra s'accroître la somme du bien et diminuer celle du mal, sans qu'il soit nécessaire de recourir pour cela à une organisation arbitraire ou d'entrer dans le pays des rêves.

Sans doute l'économie politique ne repousse aucun des moyens de détail qui peuvent rendre le régime des intérêts moins pesant à l'ouvrier, fonder sa sécurité et préparer son bien-être. Toutes les institutions de prévoyance, tout ce qui tend à répandre dans les classes laborieuses des sentiments d'ordre et de solidarité, tout cela, la science l'accepte, le défend, le propage : elle ne veut rester étrangère à aucune idée mo-

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raie, à aucune inspiration généreuse: mais il lui est impossible de s'abuser sur les effets nécessairement restreints de ces combinaisons. Toutes, elles se fondent sur l'épargne, et l'épargne est une vertu facultative, quand elle est possible : il n'y a donc rien de général à en attendre. La rendra-l-on obligatoire? Il faudrait pour cela que le salaire fut plus que suffisant, ce qui n'est pas la règle, mais l'exception. Ira-t-on alors jusqu'à se placer entre l'ouvrier et l'entrepreneur, et à imposer à celui-ci un taux déterminé pour le salaire, soit tout autre charge accessoire au profit du salarié? C'est faire d'un contrat libre un contrat forcé et frapper la production en même temps que le producteur. Il est difficile d'échapper à ce cercle vicieux. Avec Rossi, avec les véritables économistes, il faut chercher ailleurs un remède plus général et plus efficace. Parmi les maux qui affligent le monde industriel, il en est beaucoup qui dérivent de la situation fausse, précaire, factice, que nos lois avaient faite aux intérêts. Ces lois multipliaient sur tous les points les existences artificielles aux dépens des exislences naturelles, et il en résultait des embarras et des lésions dont la main-d'œuvre se ressentait. Au lieu de laisser les industries se distribuer d'elles-mêmes selon le vœu de la nature et l'aptitude des populations, au lieu de les maintenir dans un jeu uniforme où elles engageraient seulement le nombre d'hommes qu'elles peuvent nourrir, on ne semblait pas avoir d'autre souci

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que de les faire éclore par artifice, el de leur imprimer ensuite, à coups de tarifs, des fluctuations qui troublaient leur économie el déclassaient les travailleurs. C'est ainsi que l'activité du pays ne marchait que par accès, tantôt frappée de langueur, tantôt animée d'une énergie fébrile. Ce régime funeste, dangereux, la science économique en a poursuivi la condamnation. L'un de ses titres sera de l'avoir atténué avant de l'abolir. M. Rossi avait tracé le chemin avec une autorité irrésistible. Il ne s'agit plus que d'insister sur quelques grands principes à l'empire desquels le monde ne saurait plus longtemps se dérober. Surtout plus de querelles dans le champ des idées abstraites ; rien qui puisse lasser l'attention, causer des vertiges à l'intelligence. L'économie politique ne doit plus livrer de combats hors du terrain des réalités. Adam Smith, qui était un grand esprit, a voulu en Faire une science expérimentale; c'est une malheureuse déviation que de lui donner des allures trop spéculatives.

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