‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 34 sur 38 · PELLE G IU KO BOSS1. (2B · texte numérisé non relu

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résultat de la loi fut d'épargner cent millions de francs âl'Élatetaux paroisses, en revanche il fallut que le salaire manufacturier comblât ce vide et nourrit celte population déclassée. De là ce doublu effet d'une irruption soudaine de nouveaux venus dans des cadres déjà pleins, et d'un avilissement de la main-d'œuvre par suite d'une offre excessive du travail. Combinée avec la diminution du débouché extérieur, celte affluencedes pauvres dans la inanufacfure dul y apporter le principal élément d'une détresse dont on a fait de si sombres tableaux.

Quoi qu'il en soit, un enseignement a du sortir de ces crises, c'est que la supériorité industrielle ne s'acquiert et ne se maintient qu'au prix de grandes douleurs. En Angleterre même, celle conviction pénèlre dans les esprits. Sans exclure la misère, le travail isolé ne lui communiquait pas une fermenlalion dangereuse et ne l'aggravait pas par de continuelles intermittences. Il semble que de tous côtés on s'accorde à voir les choses ainsi. Jamais plaintes plus vives ne se lirent entendre conlrc les excès du régime manufacturier; on le dépeint comme une école de débauebe, comme une source d'infection morale. Les populations s'y étiolent et s'y dégradent; on y abuse non-seulement de l'adolescence et de l'âge mûr, mais aussi de l'enfance; on y écrase sous le poids d'un travail forcé nonseulement les hommes, mais les femmes. C'est une exploitation odieuse qui se consomme à la face du ciel,

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et où la créature faite à l'image de Dieu descend jusqu'au rôle de la brute. A la bonne heure; il ne reste plus alors qu'à expliquer une inconséquence singulière. Dans les pays môme où cette accusation trouvait de nombreux échos, où la plainte contre le régime industriel avait le plus d'énergie, on se donnait un mal infini pour en accroître les applications. On trouvait mie la manufacture énerve, pervertit, abaisse l'homme, et l'on faisait tout pour que la manufacture absorbât chaque jour des populations plus nombreuses. Encore s'il se fût agi d'industries naturelles, le danger eilt été moindre; maïs c'était d'une manière artificielle, à l'aide de lois prohibitives et de tarifs exagérés, empiriquement et à l'aventure, que l'on faisait nailre une foule d'industries caduques et précaires. Au lieu de s'apitoyer sur les êtres qu'opprime l'atelier, il eût été bien plus sage de les arrêter en chemin et de n'y laisser arriver que le contingent nécessaire. Pour cela, il n'y avait pas même à agir; il suffisait de s'abstenir à propos et de ne pas vouloir tout produire ; il suffisait de remplacer le travail direct par l'échange, et de prendre l'étranger pour fournisseur là où il opère avec moins d'efforts et avec plus d'avanlages. C'est la liberté en matière de commerce qui peut seule assainir l'industrie, lui rendre son équilibre et faire cesser les tristes hécatombes qui s'y succèdent. Aucun principe n'a plus de vertu, plus d'efiicacilé. Rossi en a fait l'objet de deux chapitres qui sont des modèles de

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clarté, de logique et de raison. Il y a vraiment du vertige au fond de cette prétention qu'avaient naguère les peuples, même les plus éclairés, de se passer de leurs voisins tout en les mettant à contribution, de leur fournir le plus d'objets possibles sans en rien recevoir, de fermer leurs propres frontières en demandant l'accès des autres filais. Ce sont là autant de contradictions qu'expliquaient seules l'àprclé habituelle des intérêts et les terreurs puériles dont ils s'inspiraient. On avait l'air de chercher autour de soi des nations qui consentissent à être dupes, et l'on dirigeait contre elles des tarifs de douanes comme des machines de guerre. Tout cela est désastreux en pratique, insensé en théorie. S'il est une vérité démontrée, hors d'atteinte, c'est qu'un État ne perd pas nécessairement ce qu'un autre gagne, et qu'il paye toujours en produits de son sol et de son industrie les produits que lui fournissent l'industrie et le sol étrangers : d'où il suit que chacun d'eux doit s'attacher à faire ce qu'il fait bien et à bon compte, et demander aux autres ce qu'ils font mieux et à meilleur marché que lui. Cette loi si simple était cependant méconnue. De toutes parts on affichait le dessein de régler ses intérêts à l'exclusion de ceux des autres peuples. On prétendait se suffire en tout, on s'isoiail par des blocus volontaires. L'Allemagne et la Belgique échangeaient un jour des aggravations de droits; elles se rendaient rigueur pour rigueur, blessure pour blessure. Le lendemain, c'était la France,

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ou la Hollande, ou bien l'Angleterre, berceau de la prohibition. Les Ëlats ainsi régis en étaient-ils plus heureux? La prospérité y était-elle plus générale, plus soutenue? Le travail s'y maintenait-il dans une situation régulière par le seul fait qu'il se trouvait placé à l'abri de toute concurrence extérieure? Les convulsions commerciales et industrielles sont là pour répondre. En revanche, il est quelques points de l'Europe, la confédération helvétique par exemple, qui n'ont jamais pu ni voulu défendre l'activité locale au moyen d'un cordon de douanes, ce luxe des grands empires. En ont-ils été plus mal partagés? Y a-ton vu régner la misère qui décimait les autres foyers industriels? Les populations y étaient-elles plus chôtives, les races plus dégradées? Ce régime libéral était-il la source d'une infériorité en toutes choses, et les mettait-il bien au-dessous des pays qui assuraient à leur propre production le privilège du dèbouciié intérieur ? M. Rossi nous le dira : « La production suisse, lit-on dans son Cours ', n'a pas cessé de s'accroître; l'industrie agricole et l'industrie manufacturière y ont également prospéré. Sur le penchant des Alpes, à côté de la fumée pastorale des chalets, on voit s'élever les noirs et épais tourbillons de l'usine qui carde, qui file, qui tisse à la vapeur. L'Anglais, le Français, le Belge, le Saxon, rencontrent sur plus d'un marché l'indus-

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tricux Hclvètien, qui, par le seul effet de. son travail intelligent et de son esprit d'ordre et d'économie, parvient à lutter avec les producteurs que le privilège favorise. »

A la rigueur, on peut admettre qu'à l'origine des industries une protection a été légitime, afin de leur laisser le lemps de se placer au niveau des pays les plus avancés et de fournir l'entière mesure de leur force. On doit reconnaître aussi que les intérêts crééssous l'influence d'un régime, môme abusif, ont droit à tous les ménagements, et qu'une réforme ne peut être que l'œuvre des années. La science, qui est la vérité, doit savoir attendre ; elle n'a jamais désiré une victoire douloureuse aux vaincus, mais une victoire inoffensive, lente, successive. L'essentiel cfait que le principe fût mis au-dessus de toute atteinte, que le droit fût reconnu par ceux que les circonstances en avaient fait sortir. Quant aux applications, le temps devait y pourvoir avec persévérance, mais avec mesure. Eh bien, cette concession, si adoucie qu'elle soit, les intérêls privilégiés l'ont repoussée longtemps. Au principe delà liberté progressive, ils ont opposé celui ■ d'une protection élernelle. Ils ne se contentaient pas d'un bail à courte durée, ils exigeaient un emphytéose. A les entendre, le marché français leur était irrévocablement aliéné, c'était leur bien ; ils ne souffraient pas qu'on y touchât. Aussi, sur quelque point que le privilège fût menacé, s'élevait-il à l'instant un

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concert de voix éplorées ou furieuses qui demandaient le maintien des tarifs avec un accent déchirant ou le ton de la colère. Le gouvernement lui-même était mis au défi d'y porter la main, et cette effervescence des intérêts allait parfois jusqu'à prendre le caractère d'une coalition de chefs d'industrie el de législateurs. Les sages avis ne manquaient pas pourtant, et M. Rossi s'exprimait là-dessus avec autant d'éloquence que de .raison : a Geux-ià seuls ont besoin de privilèges, disait-il, qui manquent de courage, de prévoyance, de lumières, ou bien qui, plus rèprêhensibles encore, veulent s'enrichir à la hâte, aux dépens de n'importe qui, et demandent à la loi soudainement les gains qu'ils ne devraient faire que peu à peu, a l'aide d'un travail habile et persévérant, » ■

Évidemment toutesces questions étaient graves; elles touchaient la société par mille points, elles demandaient des solutions promptes. Le rôle de l'économie polilique a été d'y concourir d'une manière active, avec modération sans doute, mais avec fermeté. On voit aujourd'hui encore, et malgré le progrès des idées, des ouvriers prendre pour cri de ralliement la destruction des machines. Ces excès ne sont pas nouveaux ; l'Angleterre, berceau des découverles mécaniques, a eu à s'en défendre, et l'expérience a suffi pour les éloigner. Les classes laborieuses ne sont pas longtemps rebelles aux conseils de la réflexion et aux inspirations de la sagesse. Mieux éclairés sur l'emploi

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