LE DUC DE NEMOURS
On a dit de Madame la duchesse d' A ngoulême « C'était le plus loyal gentilhomme, et qui n'a jamais menti (2). » Ce mot, on le pourrait dire aussi du duc de Nemours. Il fut de ceux qui font partout leur devoir, et plus que leur devoir. Il avait la noblesse du cœur comme celle du sang, sage dans le conseil, héroïque sur le champ de bataille, admirablement désintéressé, pur de toute ambition, d'une élégance et d'une distinction suprêmes ; très instruit, ami des arts, unissant à la solidité du jugement l'art de bien dire, il était par-dessus tout bon, charitable, d'une vertu sans apparat et d'une piété sans ostentation.
(1) Le Duc de Nemours, par René Bazin, de l'Académie française. Un volume in-4 , orné de 41 gravures, dont 4 tirées en héliographie. Tours, Maison Alfred Marne et fils, 1906.
(2) Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, tome V, page
Il n'avait peut-être qu'un seul défaut, car c'en est un chez un prince : il était timide ; il avait, lui si brave, peur de se mettre en avant, de prendre la première place. Le I er avril 1832, au plus fort de l'épidémie, avec son aîné le duc d'Orléans et avec Casimir Périer, qui prit dans cette visite les germes du mal dont il mourut le 16 mai, il traversa les salles de l' Hôtel-Dieu, s* approchant des malades, ne manifestant ni répugnance ni appréhension. Seulement, tandis que son frère se répandait en paroles de consolation et d'encouragement, il parlait très peu, parce qu'il n'était qu'en second, et le duc d'Orléans de lui dire : « Allons, Nemours, parle donc ! Tu emboîtes trop le pas !
— Près de toi, je n'ai qu'à m' effacer.
— Tu as tort ; je veux que tu sois aimé autant que moi.
— Que faire pour cela ?
— Te montrer.
Montrer le duc de Nemours, c'est ce que vient de faire M. René Bazin dans son très beau livre.