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Ecrin d'amour familial

Le titre du présent ouvrage l'indique assez; c'est un livre de famille, et partant qui n'atteindra pas une grande publicité. Ne serait-il pas à désirer cependant qu'il suscitât des imitateurs ? Aussi bien, le pays est couvert de descendances dont les membres instruits et distingués pourraient et devraient sortir de l'oubli la beauté de leurs origines et la gloire inhérente à leurs noms.

M. Thomas Chapais a bien dit : " S'il n'y avait pas d'histoire monographique, une foule de détails importants, de personnalités intéressantes, de faits notables et fertiles en enseignements, seraient voués pour toujours à l'oubli " (^). Et, après avoir reconnu les services des historiens les plus en renom, qui ont tracé la grande route parcourue par la nationalité canadienne française à travers trois siècles d'existence, M. T. Chapais ajoute: " Mais de chaque côté de cette route partent ici et là des chemins qui se perdent sous bois, qui se dissimulent dans des plis de terrain, et dont on ne peut connaître l'utilité et le but, à moins d'y pénétrer. Ne nous bornons pas à jeter en passant un regard distrait sur ces voies latérales. Si nous voulons connaître à

(1) Louis Jolliet. — E. Gagnon. — Préface, p. 16 17).

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fond notre histoire, comprendre la raison de certains faits, entrer dans l'intelligence complète de notre passé, il nous faut explorer ces chemins peu fréquentés de nos jours, enfouis souvent sous l'épaisse ramure d'une végétation séculaire, et semés de mille obstructions. Il faut nous y engager la hache à la main, pour leur arracher leurs secrets.

Rude et pénible tâche, mais tâche bien payée par les résultats obtenus. "

Nous estimons, pour notre part, que c'est une tâche bien douce. Il suffit pour l'accomplir de s'y mettre, car une fois qu'on a feuilleté un peu les vieux papiers de familles, il en sort un parfum d'amour et de gloire. Une plume un peu exercée, et nous en avons un bon nombre parmi nous, part à écrire d'un élan enthousiaste, devant cet amas de nobles choses. Quel regret saisit l'âme en voyant tant d'ignorance, tant d'oubli d'une foule de noms se rattachant au sien, à ceux des parents, qui tous ont contribué à la défense du pays, à son progrès religieux et social !

Dira-t-on qu'il y a vaine gloire ici ? Mais n'est-ce pas saluer les dons de Dieu où il a plu à sa bonté de les répandre ? Non, plus le travail monographique agrandira son oeuvre, plus il fera approfondir les secrets du développement de tous les progrès chez nous. Jusqu'au début de ce travail, et même depuis qu'il a multiplié ses produits, ça été comme une léthargie mentale un peu partout. En face de toutes nos institutions on ne s'est guère préoccupé de leurs fondateurs.

Notre jeunesse aménage sa vie de lectures de romans plus ou moins dangereux ou de feuilletons, au lieu de connaître l'histoire de notre beau pays. Que de Laure Conan surgiraient si nos jeunes si brillants et nos filles si intelligentes compulsaient

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au moins leurs papiers de famille, s'ils se préoccupaient un peu des gloires de leurs villages et des doux souvenirs de leur maison. Ah ! la maison de l'aïeul, savez- vous qui l'a bâtie ? Je la trouve pourtant fort belle, surtout avec ce décor que la nature lui a fait souriant, près de cette rivière, dont les vagues souvent plaintives semblent pleurer un regret que vous devriez avoir au coeur.

" On la barbouillerait, dit Henry Bordeaux, en parlant de la sienne, du haut en bas que je ne m'en apercevrais point. Je continue à la voir telle qu'elle fut de mon temps, du temps, vous savez bien, que j'étais petit. Je l'ai dans les yeux pour le restant de mes jours. "

Mais cette maison ancestrale, comment pouvez-vous la connaître, si vous ne vous êtes jamais préoccupé de son site, de ses alentours ?

Et la terre, dont les produits ont fortifié la vie de toute la descendance jusqu'à vous, qui l'a acquise? Vous parlez cependant de certains faits d 'armes que votre grand 'père vous a racontés au coin du feu . . . votre village a eu, comme presque tous ceux du pays, des événements décisifs ... Il y a eu des bienfaiteurs, des hommes de robe et d 'épée de marque . . . faites-les donc connaître ? . . .

" Ici, écrit encore M. T. Chapais, l'on découvre le principe et les commencements de notre organisation paroissiale; là le mécanisme de notre ancienne administration; ailleurs, les sources de notre droit ; les origines de nos institutions religieuses, la naissance et le fonctionnement de notre régime féodal. Plus loin c 'est la carrière d 'un découvreur, d 'un pionnier, d'un dignitaire, d'un soldat, d'un apôtre, qui nous apparaît et dont les particularités, jusqu'ici inconnues, nous font

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voir SOUS un aspect nouveau tels événements ou telle période. Voilà l'oeuvre de la monographie dans l'histoire canadienne. Et l'on ne saurait en méconnaître l'importance. ".

Nous n'avons rien à ajouter à ces paroles, si ce n'est qu'elles nous donnent une haute approbation de notre présent ouvrage. Elles nous compensent de nos recherches et de nos fatigues. Les années vieillissantes vivent de souvenirs; mais si les jeunes ne recueillent pas les événements qui les touchent de près, à quoi songeront-ils sur leurs vieux jours ? Quelle douce amorce aux affections des vieux coeurs que la souvenance du courage des aïeux, du vieux toit et des vertus qui l 'ont si bien décoré ! . . .

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