L'ART DE RODIN
L'art de Rodin sort de la terre et y retourne, semblable aux blocs géants qui affirment les solitudes et dans l'héroïque grandissement desquels l'homme s'est reconnu.
La transmission de la pensée par l'art, comme la transmission de la vie, est œuvre de passion et d'amour.
La passion, dont Rodin est le serviteur obéissant, lui fait découvrir les lois qui servent à l'exprimer, c'est elle qui lui donne le sens des volumes et des proportions, le choix de la saillie expressive.
Ainsi la terre projette au dehors ses formes apparentes, images, statues qui nous pénètrent du sens de sa vie intérieure.
Ce sont ces formes terrestres qui furent les initiatrices véritables de Rodin. Ce sont elles qui l'ont libéré des traditions d'école, c'est en elles qu'il a retrouvé son être et linstinct créateur des hommes dont l'humanité se réclame.
Les arbres, les plantes lui ont révélé leur analogie avec ces belles jeunes femmes aux jambes lisses montant en frôles colonnes, au torse mouvant où se gonfle le sein sur lequel lourdement s'appuie la tête dans l'accompagnement d'un cou souple et fort, ainsi un beau fruit de sève pressé contraint sa branche.
Le front massif ombre les yeux et la joue doucement amène la lèvre à l'amoureuse demande.
Les formes se cherchent et se rejoignent dans de voluptueux désirs de violence et de résignation, révoltées et obéissantes aux lois auxquelles rien ne se dérobe ; partout triomphe une logique consciente.
L'esprit généralisateur de Rodin lui a imposé la solitude. 11 n'a pu collaborer à la cathédrale absente ; mais son désir d'humanité le relie aux formes éternelles de la nature.