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L'ENSEIGNEMENT D'ART ET L'ÉDUCATION PAR LA VIE

Rapport an Congrès international de l'Éducation sociale (1900).

Il faut aller de la nature à l'art et de Tart à la nature. Comment intéresser à Texpression des formes plastiques des êtres qui n'ont pas appris à les comprendre et à les aimer dans la vie ?

Quoi de plus justifié dans ce cas que la Pensée de Pascal : « Quelle vanité que la peinture qui pense nous intéresser par la reproduction des choses qui ne nous intéressent point dans la nature. »

L'art n'est donc intéressant que lorsqu'il nous parle des choses que nous avons appris à connaître. Ainsi nous émeuvent les images des êtres qui nous sont chers. C'est par l'éducatiouj par l'enseignement des formes objectives, que nous devons préparer rhomme à en voir exprimer la iigure et le sens dans l'art.

Il faut continuer chez l'enfant l'éveil de la curiosité qui le porte à entrer en contact avec les objets qui l'entourent, le mènera accepter la vie présente et à en entrevoir la beauté en même temps que la jouis-

(1) Texte relevé sur les épreuves du recueil des Rapports au Congrès internaiional de l'Education sociale.

ÉCRITS il

sance. C'est pourquoi je pense que dans renseignement du dessin, qui devrait avoir pour but l'éducation de la vision, une grande place devrait être réservée à des promenades dans la rue, les usines, ateliers, paysages, enfin au spectacle de la vie.

Le maître exciterait à Tadmiration et à la compréhension des belles lignes, des effets de lumière, des gestes significatifs des êtres, ses élèves.

Ils prendraient des notes, recueilleraient des souvenirs, et, comme d'autres, pour les lettres, font des relations de voyages, ils reproduiraient de mémoire les effets, formes, actions qui les ont frappés.

Il leur serait donné ainsi un point de comparaison pour l'émotion éprouvée dans la vie et celle exprimée dans les œuvres des musées; ils trouveraient aussi en eux le besoin de manifester les dons d'expression que la nature leur a donnés.

On ne peut expliquer une œuvre d'art avec profit qu'en montrant quels sont les rapports entre elle et la nature, dans quelle part nos sentiments ou nos sensations s'y trouvent exprimés.

Pour se reconnaître dans les œuvres d'art, il est indispensable que nous ayons le sentiment de notre être, et nous l'avons par comparaison. Il faut donc commencer par étudier nos semblables pour les retrouver en nous et nous reconnaître en eux.

Les formes extérieures portent en elles cet enseignement de la logique des apparences des êtres et choses.

Elles développent en nous le sens de l'analyse et le

besoin d'harmonie générale qui prend des noms si diderents, elles nous mettent en garde contre les œuvres de mensonge et de mode qui sont contraires à la vie.

Ainsi nous sommes prêts à accepter l'initiation à l'œuvre supérieure d'accord avec la vie, dans une exaltation qui nous la rend plus communicative, et nous reporte à l'instant où, supérieurs à nous-mêmes, l'admiration donnait à la vie son éloquence.

La visite aux musées doit suivre la fréquentation et l'initiation à la nature. Sans cette préparation les hommes passent devant les œuvres d'art comme les ignorants devant les savants, pleins de respect, mais avec ennui ; ils s'arrêtent à ce qui se trouve à leur misérable portée, s'amusent d'une ignorance fraternelle et adroite, aguichés par la ruse flatteuse du courtisan des foules.

Préparés par l'amour renseigné de la nature et ayant conscience d'eux-mêmes, ils sauront mieux distinguer le sens de l'œuvre d'art qui leur parle de la vie, comme dans un visage ils verront l'amour qui augmente nos forces, et sauront s'éloigner des vœux hostiles créés par des ouvriers indifférents à la vie.

Il n'est pas nécessaire de restreindre cette forme d'enseignement à ceux-là seuls qui se destinent aux arts quels qu'ils soient. 11 doit s'étendre à tous. Des cours-promenades d'adultes devraient se faire dans les rues ; le soir, après le travail, la jouissance serait éveillée par les mêmes spectacles que nous traversons sans voir, dans l'instant de la fatigue. Évoquée

par une parole généreuse, nous y verrions la beauté. C'est la rue, la salle de conférence, et non cette salle d'hospice pleine de gêne et de glaciale nudité, où l'orateur s'exténue loin des sources de la vie ! La rue fournirait le thème continu et donnerait la vie à la pensée. L'éducation par les yeux doit être regardée comme la plus indispensable, la plus élémentaire et absolument générale ; elle est la plus morale, parce qu'elle est la plus vivante.

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