FONTENELLE & VOLTAIRE
La France littéraire donne à cet opuscule le titre de Dialogue entre Voltaire et Fontenelle, et la date de 1785; les Mélanges littéraires, recueillis par FayoUe, auxquels nous l'empruntons, l'intitulent Dialogue des morts ( i ) . L'édition de lySS est certaine, bien que nous ne l'ayons pu retrouver ; Rivarol en parle dans sa lettre à l'abbé Roman, à la date du 8 janvier de la même année (2) ; elle
(1) Mélanges littéraires composés de morceaux inédits de Diderot, de Cayliis, de Thomas, de Rivarol, d'André Chénier, etc., recueillis par Fayolle. Paris, Pouplin, 181G, in-12, p. 1-18.
(2) Cette lettre publiée pour la première fois dans une notice d'Auguste Couvret sur l'abbé Roman, en tête des Mémoires historiques et inédits sur les Révolutions arrivées en Danemarck et en Suède, pendant les années iyjo-7 2... Paris, Léopold Colin, 1807, in-8, est reproduite dans le t. II des Œuvres complètes de Rivarol, de 1808, p. 368-371. L'original est au Bristish muséum, volume 2 5 du fonds Egcrton.
avait doncparu, antidatée, dansundesderniersmoisde 1784: a Avez-vous reçu la première Lettre au Président (i), le Chou et le Navet (2), la deuxième Lettre au Président, et un Dialogue entre Voltaire et Fontanelle, que je vous ai fait passer dans le temps? »
Il est à noter que la seconde Lettre au Président, sans doute sur le a globe airostatique, » comme la précédente, reste une pièce introuvable. On ne s'expliquerait pas l'extrême rareté des premières productions de Rivarol, si son ami Cubières-Palmézeaux ne nous avait appris qu'elles étaient tirées à petit nombre, aux frais de l'auteur qui en donnait plus qu'il n'en vendait (3). Rivarol, à ses débuts, croyait peu à la compétence du grand public, et depuis n'y a pas cru davantage ; la qualité des lecteurs lui sembla toujours incompatible avec la quantité. Nous aurons occasion de voir sur quel ton il le prenait avec les abonnés
(i) Lettre à monsieur le Président de ***.Sur le Globe airostatique, sur les Têtes parlantes, et sur l'état présent de l'opinion publique à Paris. Pour servir de suite à la Lettre sur le poème des Jardins. Paris, Cailleau, lySS, in-8. — Réimprimée dans les Œuvres complètes de 1808, t. II, p. 207-246.
(2) Lettre critique sur le poème des Jardins, suivie du Chou et du Navet. Par M. le comte de Baruel. Paris, chez les marchands de nouveautés, 1782, in-12, 36 p. Réimprimé dans les Œuvres complètes de 1808, la Lettre, t. II, p. ig3 et suiv.; le Chou et le Navet, t. III, p. 3 1 1 . Cubières-Palmézeaux a parlé de la part que prit à cette plaisanterie le comte de Baruel, cousin de Rivarol; p. 25o du livre Fontenelle, Colardeau et Dorât... Paris, i8o3, in-8.
(3) P. 298 du livre Fontenelle, Colardeau et Dorât, éloges de
ces trois écrivains suivis d'une vie d'Antoine Rivarol. Par C.
Palmézeaux. Paris, Cérioux, an XI-i8o3, in-8.
du Journal politique qui osaient se plaindre de son style trop relevé. C'est pourquoi il ne mettait pas non plus son nom à ses écrits, persuadé que sa manière les signait assez pour les lecteurs de choix auxquels il s'adressait. De fait, nous ne le relevons sur aucune de ses brochures, avant 1789, non pas même sur les deux éditions du Discours sur l'universalité de la langue française^ couronné par l'Académie de Berlin. Ces façons littéraires sont bien d'un autre âge.
Nous n'aurions rien à dire que d'inutile sur le sujet du Dialogue entre Fontenelle et Voltaire. Contre les prévisions de Rivarol, l'Académie française est restée en butte aux respects de la nation, et suivant les apparences, le restera longtemps encore.