AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR
La date inscrite en tête du Parallèle et qui suivant toute apparence indique le moment où Saint-Simon commença à l'écrire, doit être remarquée.
En mai 1746, Saint-Simon était entré dans sa soixante-douzième année depuis le mois de janvier précédent, et il se reprochait de n'avoir pas encore acquitté la dette de reconnaissance dont il se sentait redevable, au nom de son père et au sien, envers la mémoire de Louis XIII. Ce prince non seulement avait comblé Claude de Saint-Simon de ses bienfaits, en l'attachant à sa personne comme premier gentilhomme de sa Chambre et son premier écuyer ; il lui avait accordé une estime et une confiance particulières et Tavait honoré d'une véritable amitié. Louis
II AVANT-PROPOS DE LlDlTEDlU
de Saint-Simon, dans ses Mémoires, dans rœuvrc même que nous publions aujourd'hui et dans d'autres pages encore inédites en offre des témoignages dont la véracité ne saurait être suspectée ' .
Au sentiment de la reconnaissance qui avait pour Saint-Simon toute la force d'une tradition domestique, se joignait le désir de remplir un autre devoir d'un ordre plus général et non moins sacré à ses yeux.
La gloire de Louis XIII lui semblait obscurcie et comme étouffée entre le règne demeuré si populaire de Henri IV, et celui de Louis XIV qui avait pendant tant d'années répandu dans le monde le plus éblouissant prestige. Il avait depuis longtemps à cœur d'accomplir à l'égard de Louis XIII une œuvre de justice et de réparation historique. En 1746, il avait terminé la plus grande partie de ses Mémoires, il allait y mettre hi dernière main, et cej)endant sa
1. Voici une preuve bien directe de raftection de Louis XIH pour Claude de Saint-Simon. Nous rempruntons à une .lettre inédile du rui adressée le janvier 1636 à Bouthillier, ministre des affaires étrangères, qui était probablement lié avec Claude de Saint-Simon. Celui-ci souffrait alors d'une grave indisposition et Louis XIII après avoir repondu à son ministre sur une question d'affaires, lui donnait spontanément des nouvelles du malade : ( Saint-Simon se porte toujours de mieux en mieux. La fièvre est fort <( diminuée depuis que l'abcès est percé que les médecins croyent estre dans . le mésantaire, et m'ont tons dit ce matin qu'il esloit tout à fait hors de (i danger. »
AVAST-PROPOS DE L'ÉDITEUR. m
plume infatigable et qui avait déjà si prodigieusement travaillé, n'avait encore consacré que quelques pages à réloge de Louis XIII*,
Son âge avançait; il sentait le besoin de se hâter et il écrivit le Parallèle; jugeant que le meilleur moyen de mettre en tout leur jour les mérites du souverain trop méconnu était d'établir la comparaison de son règne avec ceux d'Henri IV et de Louis XIV.
Le Parallèle est écrit avec l'accent d'une conviction profonde et qui veut êlre impartiale. Saint-Simon nous fait connaître à la fin de cet ouvrage * la manière dont il l'avait conçu pour le rendre complet et concluant, et il énumère les divers points sur lesquels il lui a paru essentiel de faire porter son enquête historique. Ce programme qui consistait non seulement à apprécier les actes accomplis par les trois rois, comme souverains, mais à tenir compte à l'égard de chacun d'eux des diverses influences qui ont prise sur la destinée humaine, à rechercher les circon-
i. Cet éloge auquel renvoie Saint-Simon et qui figurait sous le n" 13 parmi les Pièces jiutificatives de ses Mémoires, lui avait été demandé pour l'Histoire métallique du règne de Louis XIV par l'abbé Tallemant, Tourel et Dacier. Il n*y fut pas inséré. Nous ravons vainement recherché dans les archives des afraires étrangères.