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iT AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR.
Stances plus ou moins favorables ou contraires de leur éducation première, de leur famille, de leur milieu primordial, enfin à les étudier dans l'intimité de leur vie intellectuelle et morale aussi bien que dans les habitudes de leur existence extérieure, de façon à tout mettre en balance, les faiblesses et les défauts comme les qualités et les vertus de l'homme et du souverain, ce programme si complet, Saint-Simon l'a rempli avec une scrupuleuse et pénétrante sagacité.
Toutefois, soit qu'il ait entrepris son œuvre trop tardivement pour y apporter les soins qu'eût exigés le sujet, s'il l'avait traité avec tous les développements que pouvait comporter le résumé d'une des périodes les plus mémorables de notre civilisation et qui comprenait plus d'un siècle ; soit qu'il ait voulu circonscrire son cadre, ou plutôt qu'il ait obéi aux longues habitudes de son esprit, cette œuvre n'offre, par la forme et l'ordonnance, pas plus que ses Mémoires, les caractères d'une grande composition historique.
Au fond, Saint-Simon était moins un historien qu'un prodigieux biographe et un moraliste. Il se plaisait avant tout au spectacle des événements qui
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devenaient la matière de ses réflexions et lui fournissaient l'occasion d'apprécier et de juger les mérites, les vertus, les vices, les inhabiletés, la capacité ou les travers de ceux qui y prenaient part. Richelieu a dit dans un endroit de ses Mémoires qu'il y avait plus de contentement à fournir la matière de l'histoire qu'à lui donner la forme. Saint-Simon n'aurait pas tenu ce langage; il n'avait ni assez d'ambition, ni assez de goût pour la pratique des affaires, et nous pensons que comme Montaigne, un de ses ancêtres intellectuels, il aimait mieux tenir sa place an parterre ou dans quelque loge disposée pour y bien voir, que figurer sur le théâtre de la politique. Nous venons de faire allusion à la manière de travailler de Saint-Simon. Accoutumé à mettre sur le papier, avec une incessante curiosité, les informations et les anecdotes qu'il recueillait dans ses entretiens avec les personnages qui avaient pris
part ou assisté aux événements ; ou à retracer le récit des faits dont lui-même avait été le témoin, ^^ y joignant ses propres impressions, il apportait dans ce travail au jour le jour l'allure d'un esprit primesautier et pétillant, ayant peut-être plus de pénétration que d'étendue, et qui par un rare pri-