SUR TOUS LES DUCHÉS-PAIRIES, COMTÉS-PAIRIES
Le savant éditeur des Écrits inédits de Saint-Simon^ M. P. Faugère, est décédé le 15 mars 1887.
Nous analyserons rapidement sa carrière administrative et littéraire.
Arnaud-Prosper Faugère naquit à Bergerac, où son père était substitut du procureur impérial, le 17 février 1808. Il fit ses études au collège de cette ville et obtint à Paris, en 1828, le grade de licencié en droit et plus tard celui de licencié es lettres. Attaché en 1832 au ministère du Commerce et des Travaux publics (division du Commerce extérieur), il y remplit pendant plusieurs années des fonctions trop modestes pour son mérite. En 1839, M. Villemain, qui le connaissait depuis longtemps et avait apprécié la sûreté de son caractère, la distinction de son esprit et Télégance de sa plume, le nomma chef du secrétariat au ministère de Tln-
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struction publique. M. Faugère abandonna volontairement celle position Tannée suivante, à la chute de son protecteur. C'est alors qu'il fut attaché aux Affaires étrangères et sous-chef du cabinet de M. Thiers. Rédacteur depuis 1841, il fut appelé le 22 janvier 1852 à la sous-direction politique du Midi et de TAmérique, qui comprenait alors l'Espagne, le Portugal, les États italiens et la Suisse. Les États américains lui furent retirés en 1855 pour être attribués à la sous-direction du Nord, et les affaires d'Orient et d'Extrême-Orient furent portées à la sous-direction du Midi. La direction des Archives et de la Chancellerie fut confiée à M. Faugère à la fin d'octobre 1866. Sa compétence littéraire le désignait d'une façon spéciale à ce poste privilégié, mais ce ne fut pas sans regret qu'il quitta la politique active, à laquelle il avait consacré plus de vingt-cinq années. Il était ministre plénipotentiaire de première classe, commandeur de la Légion d'honneur depuis 1861, quand il prit sa retraite au mois de janvier 1880, avec le titre de directeur honoraire*
Deux fois, pendant sa carrière diplomatique, il fut apj3elé à traiter avec les pleins pouvoirs de son gou-
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vernement. Il conclut avec le prince de Monaco la convention du 2 février 1861, qui valut à la France les communes de Menton et de Roquebrune. Cinq ans plus tard, il fut charge de négocier avec le plénipotentiaire italien le traité du 7 décembre 1866, qui régla la répartition de la dette pontificale. Le pape Pie IX l'honora, à cette occasion, de la grand-croix de Saint-Grégoire.
Ses indiscutables qualités diplomatiques lui acquirent au département des Affaires étrangères une réputation méritée. Nous n'insisterons pas sur ses travaux administratifs, dont les archives du ministère gardent les minutes; nous nous contenterons d'indiquer sommairement ses nombreuses publications historiques et littéraires.
La première fut un écrit sur la Vie et les bienfaits de La Rochefoucaud-Liancourt couronné par la société Monlyon et Franklin le 1*' février 1855. M. Faugère collabora la même année au Moniteur de la religion. De 1836 à 1842 il remporta trois prix d*éloquence aux concours de l'Académie française. L*un fut décerné au Discours sur le courage civile ou L Hôpital chez Montaigne^ l'autre à VÉloge de Gerson, le troi* sième à VÉloge de Biaise Pascal*
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Voici dans quels termes s'exprimait M; Villemain dans son rapport à l'Académie sur l'Éloge de Pascal : a On sent une âme qui, émue d'un respectueux « effroi devant celle de Pascal, a cherché, a souffert « avec elle, et qui s'en approche par cette égalité a d'une douce et humble douleur. Le jeune homme ce qui a écrit ces pages remplies d'une tristesse nac< lurelle et sans effort est M. Faugère ». Ce dernier se voua dès lors au culte du grand penseur au nom duquel son nom devint inséparablement uni. Il publia, en 1844, les Pensées^ fragments et lettres de Biaise Pascal^ édition coUationnée sur le texte original, qui acquit une rapide célébrité et fut aussitôt traduite en allemand et en anglais; en 1845, les Lettres f opuscules et mémoires inédits de Madame Periery de Jacqueline^ sœurs de Pascal^ et de Marguerite Perier^ sa nièce; en 1847, V Abrégé de la vie de Jésus-Christ par Pascal^ avec le Testament de Pascaly découvert par M. Faugère dans l'étude d'un notaire de Paris; en 1847, la traduction d'uii article de YEdinburgh Review intitulé Génie et écrits de Pascal; en 1858, les Lettres de la mère Agnès Arnauldy abbesse de Port-Royal ^ l'une des plus sympathiques figures de la « tribu sacerdotale des
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Arnauld »; en 1868, la Défense de Pascal et accès-' soirement de Newton, Galilée^ Montesquieu j etc., contre les faux documents présentés par M. Chasles à V Académie des sciences.
Parmi les autres ouvrages publiés par M. Faugère, nous citerons : Un mot de vérité sur la crise ministé'rielle et sur sa solution probable (1839); un mémoire sur le Zollverein ou l'Union des douanes de la Prusse et des États allemands y couronné par la Société d'encouragement en 1842; le Journal d'un voyage à Paris de deux jeunes seigneurs hollandais en 1657- 1658, d'après un manuscrit appartenante la Biblio* thèque de La Haye (1862); les Mémoires de Madame Roland y édition revue et complétée sur les manuscrits autographes confiés à M. Faugère par Madame Champagneux, fille de Madame Roland, avec laquelle il était lié de longue date; La vérité vraie sur la publication des Mémoires de Madame Roland (1864); enfin, en 1865, deux volumes intitulés Fragments de littérature morale et politique, dans lesquels il réunit à ses discours couronnés et aux préfaces de ses publications sur Pascal et sur sa famille une Notice sur Turgotet divers travaux historiques sur TAllemagne, Haïti, la Circassie et la colonisation de TÂlgérie,
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qu'il avait autrefois publiés dans Y Encyclopédie du XIX' tiède et dans le Con-espondant.
Mais c'est à Pascal, à sa famille, ù ses amis, que M. Faugère a consacré sa vie. Nul mieux que lui ne possédait les traditions littéraires et morales du dix-septième siècle. Aussi fut-il charçé d'éditer les œuvres de Biaise Pascal dans la Collection des grands écnvaim publiée par la maison Hachette. De ce monument si impatiemment attendu, en vue duquel il réunissait depuis tant d'années de si nombreux et si précieux matériaux, M. Faugère a posé la pre* mière pierre. Un seul volume des Provinciales a paru en 1886, quelques mois avant sa mort. L'impression du second volume, qui paraîtra très prochainement, était alors presque terminée.
Un illustre historien fut aussi l'objet de Tadmiration de M. Faugère. On sait que les manuscrits de Saint-Simon, enfouis dans les cartons des Affaires étrangères, y défiaient depuis trop longtemps la curiosité des lettrés. Le directeur des Archives diplomatiques pouvait mieux que tout autre réunir et coordonner ces précieux documents. 11 en lit l'objet d'une importante publication qui comprendra huit volumes, dont sîx ont déjà
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paru. Le septième était sous presse quand la mort surprit M. Faugère et interrompit l'œuvre qui eût si dignement couronné sa longue et laborieuse carrière.